L'auteur commence par revendiquer une démarche subjective et passionnée, refusant l'impartialité qu'il juge réservée aux tièdes et aux morts. Interpellé par son confrère Myzon, il assume pleinement son appartenance à la bourgeoisie et son intention de prendre la défense de cette classe sociale souvent dénigrée. Pour aborder ce sujet, le narrateur s'interroge sur le rapport étroit entre les mots et les choses, rappelant le débat platonicien entre Cratyle et Hermogène sur le caractère naturel ou conventionnel du langage. Il constate que le substantif bourgeois est particulièrement déroutant, oscillant perpétuellement entre la qualification honorable et l'insulte dédaigneuse. Persuadé que la réflexion sur la signification du terme doit nécessairement précéder l'examen de la réalité sociale, il décide de s'enquérir auprès d'une autorité intellectuelle afin d'éclairer cette énigme linguistique.
Sur la recommandation d'un ami, le narrateur consulte un philologue original et révolutionnaire nommé Mélanthée, haut placé dans l'Enseignement et ennemi des traditions scolastiques. Ce savant bavard expose sa doctrine personnelle selon laquelle les mots n'ont de réalité que par la température et les nuances que le locuteur leur insuffle par le ton. Mélanthée souligne la parfaite ambiguïté du terme bourgeois, qui désigne tour à tour le citoyen nanti de droits municipaux, l'homme fortuné, le patron respecté ou détesté, mais aussi la cible d'un mépris virulent alimenté surtout par les artistes contemporains. Quoique amusé par ce personnage singulier et vaniteux, le visiteur repart sans certitude nouvelle sur le plan purement théorique.
Le texte s'achève sur une double esquisse morale du bourgeois inspirée de Théophraste. Le premier profil expose une mesquinerie méticuleuse et une avarice de chaque instant, l'homme veillant jalousement sur son patrimoine en évitant les pourboires, en récupérant les restes des banquets ou en contournant les frais de vestiaire. Le second profil dépeint un individu ambitieux et autoritaire, animé par une soif de pouvoir et un dégoût profond de la populace. Ce personnage méprise la démocratie, dénonce les revendications populaires, exige les pleins pouvoirs civiques et fustige la sévérité des agents du fisc qui menacent ses biens.