Marcel Schwob

30. La stèle du rire et la fragilité des lettres

Spicilège — Résumé 🇫🇷 Français

L auteur évoque un conte méconnu d Edgar Poe décrivant les ruines de Sparte, où le socle d une stèle portant les lettres mutilées d un ancien mot se dresse encore au milieu du chaos. Étonnamment, la stèle dédiée au dieu Rire a survécu à tous les autres temples et divinités de la cité, alors même que la monnaie de fer lourde et lugubre des Lacédémoniens a disparu à jamais. Cette survivance insolite amène l auteur à imaginer que la lointaine postérité ne retiendra que deux ou trois excellentes plaisanteries au milieu des décombres littéraires de l époque contemporaine. De même que les offrandes faites aux divinités spartiates ont été payées avec une monnaie massive, l humanité aura acquis par une immense production de romans les quelques petits ouvrages qui surnageront peut-être de l océan de papier noirci. Lorsque les divinités modernes se seront effondrées à leur tour, des milliers d années après celles de la Grèce et de l Italie, les ruines ne conserveront même plus le socle du dieu Rire. Il ne restera plus qu à chercher ailleurs, par exemple en Chine, pour admirer de lointaines idoles comme celle en bois de la Miséricorde.