Dans le premier livre de son ouvrage majeur, Augustin entreprend de défendre la cité de Dieu contre les attaques des païens. Ces derniers attribuent la récente prise et le sac de Rome par les Goths d'Alaric au christianisme, affirmant que l'interdiction du culte des dieux traditionnels a provoqué cette calamité. L'auteur réfute cette accusation en soulignant que les barbares ont paradoxalement épargné de nombreux Romains par respect pour le Christ, offrant un sanctuaire inviolable aux réfugiés dans les églises. Il rappelle en outre qu'il est contraire aux usages de la guerre que des vainqueurs épargnent les vaincus pour l'amour des dieux de ces derniers, comme le démontre l'histoire ancienne où Troie fut détruite malgré ses sanctuaires.
Augustin critique vivement l'aveuglement des Romains qui confient leur protection à des dieux vaincus et impuissants, rappelant à travers les œuvres de Virgile que ces prétendues divinités ne surent ni défendre leur propre patrie troyenne ni protéger leurs propres prêtres. Il démontre que la chute de Rome ne découle point de l'abandon des idoles, mais résulte plutôt des mœurs dissolues et de l'orgueil de ses citoyens. Enfin, l'auteur oppose la fragilité des empires terrestres à la permanence de la cité de Dieu, posant ainsi les fondements philosophiques et théologiques d'une relecture chrétienne de l'histoire universelle.
Secours divin et leçons des épreuves
Les auteurs classiques rapportent en toute sincérité que les divinités vaincues de Troie n'ont pu sauver la cité. En comparant le temple de Junon aux églises chrétiennes lors du sac de Rome, la différence saute aux yeux. Le temple antique servait de dépôt où les vainqueurs entassaient le butin et maintenaient les captifs dans l'asservissement. À l'inverse, les églises dédiées aux apôtres ont été choisies par les barbares eux-mêmes comme des lieux de refuge où les victimes trouvaient la liberté et la vie. Même les généraux romains célèbres, tels que Marcus Marcellus à Syracuse ou Fabius à Tarente, bien qu'observant la coutume de la guerre et faisant preuve d'une certaine retenue, n'ont jamais édicté d'asile religieux pour protéger les vaincus. La clémence inédite observée à Rome ne provient donc pas de la tradition militaire mais directement de la puissance du nom de Christ.
Les malheurs et les prospérités temporelles frappent indifféremment les bons et les méchants. Dieu agit ainsi afin d'inviter les pécheurs au repentir et de former la patience des justes. Les biens de ce monde ne doivent pas être convoités à l'excès, ni ses maux craints outre mesure. Sous la même épreuve, la vertu se purifie tandis que le vice se décompose, tout comme le même feu fait briller l'or et fumer la paille. Les chrétiens souffrent des calamités communes parce qu'ils manquent parfois de fermeté pour réprendre le vice d'autrui, préférant conserver leur tranquillité ou leurs possessions terrestres. Les souffrances du temps présent servent ainsi à corriger cette faiblesse, à détacher les âmes pieuses de la cupidité et à prouver leur dévouement envers Dieu.
La perte des biens matériels ne saurait ruiner la véritable richesse du chrétien, qui réside dans sa foi et sa piété. Ceux qui plaçaient leur trésor au ciel ont conservé l'essentiel, à l'image de Paulin de Nola qui pria pour ne pas s'affliger de la perte de son or. Les tortures endurées par certains pour révéler des richesses enfouies n'ont pu leur enlever leur vertu. De même, les tourments physiques, la famine et les morts violentes ont simplement hâté la fin d'une vie de toute façon éphémère. Quant à l'absence de sépulture pour les cadavres abandonnés, elle ne nuit en rien à la résurrection promise par Dieu. Les honneurs funèbres consolent les vivants mais ne profitent pas aux morts, la mort des saints demeurant précieuse devant le Seigneur peu importe le sort réservé à leur enveloppe charnelle.
La sépulture chrétienne et la force de l'âme
Dans ce troisième livre, Augustin soutient que l'absence de sépulture ou les mauvais traitements subis par les corps des défunts ne diminuent en rien leur béatitude future. Il rappelle que la Providence divine veille sur la chair promise à la résurrection et souligne que les soins pieux apportés aux morts témoignent de l'amour des vivants et de la foi. Par ailleurs, il discute du sort des chrétiens emmenés en captivité, affirmant que Dieu ne les a jamais abandonnés et comparant leur sort à l'exemple de Régulus, un général romain qui subit d'atroces tortures pour avoir respecté son serment envers ses dieux malgré l'inutilité de ce sacrifice temporel.
L'auteur aborde ensuite la question délicate de la violation des femmes et des vierges consacrées lors de la prise de Rome. Il établit fermement que la pureté est une vertu de l'âme qui réside dans la volonté intègre, et que le viol commis par la violence d'autrui sans le consentement de la victime ne souille point sa conscience. Cette position le conduit à condamner le suicide, même commis par peur du déshonneur ou par désespoir. Il examine l'exemple célèbre de Lucrèce, qui se donna la mort par honte après son agression, en soulignant le dilemme tragique de son acte qui innocente l'adultère tout en aggravant le meurtre.
Augustin conclut que le suicide ne peut jamais être justifié par une véritable grandeur d'âme, car la loi divine interdisant le meurtre ne fait aucune exception pour soi-même. Ni les patriarches ni les apôtres n'ont eu recours à une telle extrémité, et même les actions de personnages illustres comme Caton relèvent de la faiblesse face aux épreuves de la fortune plutôt que d'un courage véritable.
L'apologétique chrétienne face au paganisme
Dans ce quatrième livre, Augustin poursuit sa défense des chrétiens en démontrant l'absurdité de comparer la conduite des héros païens à la fermeté morale des fidèles. Il critique le comportement de Caton, qui préféra se donner la mort plutôt que de vivre sous la domination de César, contrastant cette faiblesse avec la patience héroïque de Marcus Regulus, lequel retourna volontairement chez ses ennemis mortels par respect pour son serment. L'auteur réaffirme que le suicide ne peut jamais se justifier pour échapper au péché ou aux outrages subis, soulignant que la pureté véritable réside inébranlablement dans la volonté de l'âme et non dans le corps.
L'évêque d'Hippo analyse ensuite les desseins impénétrables de la Providence divine qui permit aux barbares d'outrager la chasteté de certaines femmes chrétiennes, non point par abandon, mais afin d'humilier leur orgueil potentiel et d'affermir leur humilité. Il rappelle aux païens que leurs propres plaintes sont hypocrites, car leurs lamentations ne visent point la sauvegarde de la vertu ou de la patrie, mais la recherche égoïste de l'impunité pour leurs plaisirs dissolus et leurs mœurs corrompues. L'instauration passée des jeux scéniques par leurs dieux démontre bien que ces prétendues divinités prenaient un malin plaisir à corrompre les âmes bien plus qu'à préserver les corps de la peste.
Augustin conclut enfin ce premier volume en annonçant la transition vers la suite de son œuvre magistrale. Il rappelle que la cité de Dieu et la cité terrestre demeurent inextricablement entremêlées en ce monde jusqu'au jugement dernier. Dans les livres suivants, il entreprendra de prouver que les faux dieux n'ont jamais protégé Rome des calamités avant l'avènement du christianisme, exposant au contraire comment ils ont précipité les Romains dans la pire des ruines, celle de la corruption morale et de la perversion des âmes.
La dépravation des dieux païens
Dans ce cinquième livre, qui introduit la seconde partie de sa discussion, Augustin revient brièvement sur les accusations injustes formulées par les païens à l'encontre du christianisme à la suite du sac de Rome, avant d'aborder les calamités et la corruption morale qui ont accablé l'Empire bien avant l'avènement du Christ. Il démontre que les prétendues divinités païennes n'ont jamais édicté de lois morales pour guider leurs fidèles vers une vie vertueuse et n'ont pas non plus cherché à réprimer la perversité des âmes. Bien au contraire, ces faux dieux exigeaient d'être honorés par des spectacles licencieux et des fêtes obscènes, telles que celles dédiées à la mère des dieux Cybèle, où des paroles d'une extrême impudicité étaient publiquement scandées. L'auteur souligne l'aberration de ces cultes en s'appuyant sur l'exemple de Scipio Nasica, le citoyen jugé le plus intègre par le Sénat, qui n'aurait jamais toléré de telles bassesses pour sa propre mère, révélant ainsi la nature trompeuse de ces esprits malins.
Augustin poursuit sa critique en comparant l'attitude des Grecs et des Romains face à ces traditions théâtrales. Les Grecs, plus cohérents avec la nature dépravée de leurs dieux, accordaient des honneurs civiques aux acteurs qui incarnaient sur scène les crimes divins. Les Romains, en revanche, interdirent aux poètes de diffamer leurs concitoyens et frappèrent les acteurs d'infamie, tout en continuant paradoxalement d'offrir ces mêmes spectacles licencieux en l'honneur de leurs dieux. L'auteur met en relief cette contradiction flagrante, montrant que les Romains protégeaient jalousement l'honneur de leur sénat tout en bafouant la décence par la vénération de divinités qui prenaient plaisir à l'immoralité. Par ce raisonnement, Augustin conclut que ces puissances invisibles ne sont point des dieux bienveillants, mais des démons trompeurs dont le culte mène inévitablement à la ruine spirituelle et morale des cités.
La dépravation morale de Rome
Ce sixième livre poursuit la critique rigoureuse des divinités païennes en analysant la responsabilité de ces faux dieux dans la ruine morale de la république romaine. Augustin souligne l'ironie de voir des philosophes comme Platon bannir les poètes de leur cité idéale pour préserver les citoyens du vice, tandis que les dieux romains exigeaient au contraire que leurs propres turpitudes soient publiquement représentées sur scène. Il démontre ainsi que le paganisme a constamment encouragé la débauche en sacrant la débauche par une apparente autorité divine, incapable d'offrir des lois salutaires pour purifier les âmes.
L'auteur s'appuie ensuite sur les témoignages des historiens et des écrivains romains eux-mêmes, notamment Salluste et Cicéron, pour attester de la décadence profonde de l'empire bien avant la naissance du Christ. Il rappelle que la république, minée par l'ambition, le luxe, la discorde et l'injustice, s'était corrompue au point de perdre sa substance et sa justice intérieure. Par conséquent, les païens font preuve d'une totale mauvaise foi lorsqu'ils imputent au christianisme les malheurs actuels de l'État, puisque les dieux qu'ils vénèrent n'ont jamais su ni voulu empêcher la corruption des mœurs qui a détruit Rome de l'intérieur.
L'abandon des dieux face à la décadence
Dans cet ultime extrait, Augustin poursuit son réquisitoire contre les divinités païennes en soulignant leur incapacité totale à fournir des préceptes moraux ou une règle de vie à leurs fidèles, malgré l'immense déploiement de temples, de prêtres, de sacrifices et de jeux solennels. Il démontre que ces démons ne cherchaient qu'à satisfaire leur propre orgueil et à inspirer la crainte, se désintéressant totalement de la conduite morale de leurs adeptes, voire les incitant activement à mener une vie dissolue. L'auteur met au défi quiconque de présenter des lois édictées par ces dieux qui auraient pu empêcher ou réprimer les séditions et les guerres civiles sanglantes déclenchées par des figures telles que les Gracques, Marius, Cinna, Carbo ou Sylla.
L'effondrement de la république romaine et la destruction de ses fondements moraux témoignent de l'absence manifeste de protection et de sagesse de ces prétendues divinités au cours de ces crises majeures. Ces hommes d'État et ces chefs militaires ont plongé leur propre patrie dans des conflits d'une iniquité et d'une cruauté sans pareilles, confirmant par leurs actions l'anéantissement de la vie civique bien avant l'avènement du christianisme. Augustin anticipe enfin l'argument fallacieux selon lequel ces dieux auraient abandonné Rome uniquement en raison de la corruption de ses citoyens, rappelant ainsi l'hypocrisie de ceux qui refusent d'admettre la faillite intrinsèque et morale de leur système polythéiste.