3. L'impuissance des dieux païens face aux désastres
The City of God, Volume I — Résumé 🇫🇷 Français
Augustin démontre que les dieux païens n'ont jamais protégé Rome des calamités extérieures ni de la décadence morale, rappelant que la cité fut jadis prise et incendiée par les Gaules malgré leur présence supposée. Il souligne l'absurdité de ces divinités qui, loin de réprimer les vices, ont favorisé l'ascension de figures brutales comme Marius tout en favorisant la propagation d'exemples pernicieux par des visions belliqueuses et des spectacles licencieux. Les esprits malins se sont complus à encourager le crime par le biais d'imitations théâtrales et d'exemples célestes supposés, cherchant uniquement à asservir les âmes des hommes dans un culte d'impureté.
L'auteur oppose ensuite la fausseté de ces pratiques démoniaques à la pureté salvatrice de la religion chrétienne, qui enseigne la justice et conduit les fidèles vers la cité céleste. Il exhorte les Romains à rejeter ces faux dieux dont les supplications mêmes reposaient sur la glorification de la honte et du vice, ainsi qu'en témoigne l'exclusion légitime des acteurs de la citoyenneté terrestre. Enfin, il annonce que le livre suivant achèvera de prouver que ces démons possédaient encore moins de pouvoir qu'on ne le prétend sur les biens et les maux temporels de ce monde.
La fratricide guerre des origines
Dans ce deuxième livre consacré aux désastres endurés par Rome, l'auteur entreprend d'analyser les causes et les conséquences de la chute de Troie, berceau légendaire du peuple romain. Bien que les Troyens et les Grecs adorassent les mêmes divinités, ces dernières n'empêchèrent point la destruction de la ville par le feu et le fer. Les défenseurs de la religion païenne invoquent divers prétextes, tels que le parjure de Laomédon envers Apollon et Neptune ou encore l'adultère de Pâris. Toutefois, de tels arguments s'avèrent fallacieux, car les dieux eux-mêmes ne cessèrent d'encourager la débauche et le crime par leurs propres exemples, comme en témoignent les légendes entourant les amours illicites de Vénus et de Mars.
L'examen de l'histoire romaine révèle ensuite que les prétendues divinités tutélaires ne protégèrent point la cité contre les calamités intérieures et les guerres fratricides. Dès sa fondation, la République dut recourir à l'enlèvement des femmes sabines pour assurer sa descendance, plongeant les familles dans un deuil cruel et provoquant des conflits sanglants entre pères et gendres. Même durant le règne pacifique de Numa Pompilius, la paix ne fut point l'œuvre des dieux, mais résulta des circonstances politiques. Plus tard, les affrontements dévastateurs contre Albe la Longue, ville mère de Rome, illustrèrent à nouveau l'horreur de ces luttes intestines où les descendants d'Énée s'entreturèrent sans pitié.
L'épisode tragique du combat des Horaces et des Curiaces, couronné par le meurtre d'une jeune femme en pleurs par son propre frère, démontre que la violence et le sang versé constituèrent le fondement véritable de la grandeur romaine. Loin d'incarner une bienveillance divine ou une justice morale, le polythéisme se révèle impuissant et complice des pires égarements humains. Ces désastres historiques confirment ainsi que la prospérité temporelle de l'Empire ne reposait point sur la faveur des faux dieux, mais sur la vanité des ambitions terrestres et les tourments de la guerre.
La guerre et la vanité des empires
Dans ce troisième livre, Augustin poursuit sa démonstration en soulignant que les désastres temporels, tels que les famines, les pestes et les massacres, n'ont jamais été évités par les faux dieux, même lorsque ceux-ci étaient le plus fidèlement honorés. Il rappelle que Troie, berceau légendaire de Rome, fut détruite par les Grecs malgré la présence de ses sanctuaires et l'intercession de ses divinités impuissantes. Les défenseurs du paganisme s'efforcent d'expliquer cette chute par le parjure de Laomédon ou l'adultère de Pâris, oubliant que ces prétendues divinités ne cessèrent jamais d'encourager le vice et la perversité par leurs propres exemples et leurs mythes débauchés. L'auteur souligne l'absurdité de telles croyances et démontre que la prospérité temporelle ne saurait dépendre de la faveur d'esprits malins et trompeurs.
L'analyse de l'histoire romaine révèle ensuite que la cité de Rome, loin d'être préservée par ses innombrables dieux, fut constamment secouée par des guerres cruelles et des luttes intestines d'une violence extrême. Depuis l'enlèvement coupable des Sabines et le meurtre fratricide de Rémus jusqu'aux affrontements destructeurs contre Albe la Longue, les descendants d'Énée s'entreturèrent pour satisfaire une insatiable soif de domination. Les rois successifs connurent des fins tragiques et violentes, à l'instar de Romulus déchiré par le sénat ou de Tullus Hostilius foudroyé avec toute sa maison, tandis que des parricides notoires comme Tarquin accédaient au trône sous les yeux complices de Jupiter et des autres divinités du Capitole.
Même après l'instauration du consulat et durant les périodes prétendument régies par la justice et la modération, la république romaine demeura la proie des séditions, des famines, des épidémies dévastatrices et des guerres puniques qui épuisèrent les forces des deux nations. Les victoires chèrement acquises et les triomphes ensanglantés ne furent que des consolations illusoires pour des hommes prisonniers de l'ambition et de la détresse. Augustin conclut que ces calamités historiques prouvent l'inutilité totale des cultes païens, invitant les hommes à rejeter ces fausses divinités pour se tourner vers la cité céleste où règne la véritable justice éternelle.
Les désastres de la république romaine
Dans ce quatrième livre, Augustin poursuit sa vaste démonstration en examinant les calamités innombrables qui frappèrent la république romaine pendant la période de la seconde guerre punique et les siècles qui suivirent. Il évoque l'invasion fulgurante d'Hannibal, les défaites sanglantes subies par les armées romaines, et notamment le désastre de Cannes où le carnage fut tel que des boisseaux entiers de bagues appartenant à l'élite romaine furent envoyés à Carthage. Face à une telle pénurie de soldats et à l'épuisement du trésor public, Rome dut enrôler des esclaves et des criminels, allant jusqu'à reprendre des armes déposées dans les temples en guise d'offrandes vaines, démontrant par là l'impuissance totale de ses divinités à secourir la cité. L'auteur rappelle également le sort tragique et lamentable de Saguntine, une ville alliée entièrement dévouée à Rome qui fut assiégée, détruite et poussée aux extrémités de l'horreur par Hannibal sans que les dieux daignent intervenir pour la protéger.
L'auteur souligne ensuite les paradoxes et l'ingratitude de cette société qui, même durant les époques prétendument vertueuses, maltraita ses plus illustres défenseurs à l'instar de Scipion l'Africain, contraint de s'exiler loin de la patrie qu'il avait sauvée, tandis que s'introduisait à Rome le luxe d'Asie, plus destructeur que les armées ennemies. Les guerres civiles et les dissensions intestines vinrent achever de ruiner la république de l'intérieur, illustrées par les massacres effroyables perpétrés lors des séditions des Gracques et le bain de sang provoqué par la rivalité impitoyable de Marius et de Sylla. Des milliers de citoyens, de sénateurs et de magistrats furent impitoyablement égorgés dans les rues, sur les places publiques et même au cœur des sanctuaires les plus sacrés, transformant la paix civile en un carnage pire que la guerre elle-même.
Augustin conclut que cette longue chaîne de catastrophes, de trahisons et de guerres fratricides s'est déroulée bien avant l'avènement du christianisme, à une époque où les temples des faux dieux resplendissaient de sacrifices, d'encens et de fêtes solennelles. Il démontre ainsi l'absurdité et l'ingratitude des païens qui persistent à rejeter la faute des malheurs du monde sur la religion chrétienne, alors que les divinités qu'ils ont si longtemps adorées se sont révélées totalement incapables d'apporter ni la paix ni la concorde, ni même d'épargner à leurs propres fidèles des souffrances aussi abjectes que destructrices.
L empire romain et la véritable source des royaumes
La critique chrétienne de la religion romaine s attaque d abord aux accusations injustes qui attribuent la propagation de la foi chrétienne aux grands malheurs et aux prodiges survenus autrefois dans l empire. L auteur démontre que de terribles calamités, telles que les pluies de pierres, les éruptions destructrices de l Etna, les invasions de sauterelles en Afrique provoquant des pestes mortelles, ou encore la ruine de cités entières, s étaient déjà produites bien avant l ère chrétienne. Les païens attribuent pourtant tous les maux aux chrétiens tout en épargnant leurs propres dieux, oubliant que les anciens adorateurs de ces divinités n avaient pas été davantage préservés de ces désastres monumentaux.
L argumentation se poursuit ensuite sur la vanité de la gloire liée à l immensité et à la longue durée des empires terrestres conquis par la guerre. En comparant la condition d un homme modeste mais vertueux et paisible à celle d un homme riche constamment tourmenté par la crainte, l avidité et les guerres incessantes, l auteur montre que la véritable félicité réside dans la piété et le culte du vrai Dieu. Sans la justice, les royaumes ne diffèrent en rien de vastes bandes de brigands, ainsi que l illustre la célèbre réponse du pirate captif à Alexandre le Grand. Les succès temporaires des brigands ou des gladiateurs révoltés ne sauraient être imputés à l aide des dieux, pas plus que l expansion originelle des empires par le moyen de la violence et de la convoitise injustifiée, telle qu elle fut initiée par Ninus chez les Assyriens.
Enfin, l examen détaillé de la foule des divinités romaines révèle l absurdité de confier des fonctions et des aspects de la vie humaine ou agricole à une multitude de dieux et de déesses spécialisés. Aucun de ces dieux subalternes, pas même les grandes divinités majeures comme Jupiter, Junon ou Saturne prisonniers de fables contradictoires et de divisions entre les éléments du monde, ne saurait être considéré comme le véritable auteur de la fondation et de la conservation de l empire. C est donc uniquement au Dieu unique et véritable, régulateur suprême des royaumes terrestres, qu il convient d attribuer la grandeur et la stabilité des nations.
La vérité divine au-delà des fables païennes
L analyse finale de ce livre aborde les origines allégoriques et philosophiques attribuées aux divinités suprêmes que sont Jupiter et Junon. L auteur démontre que qualifier ces dieux de fils du Temps, en les assimilant respectivement au ciel et à la terre, revient implicitement à reconnaître leur création et donc leur non-éternité. Cette conception ne relève pas seulement de l invention poétique, mais puise directement dans les écrits des philosophes eux-mêmes.
L ensemble de cette réflexion met en lumière la vanité des croyances païennes face à la grandeur du véritable Dieu souverain. Les autorités intellectuelles de Rome reconnaissent ainsi, à travers leurs propres livres, les limites inhérentes à ces représentations divines. Aucun de ces dieux fabriqués ou interprétés par la spéculation humaine ne saurait fonder la stabilité ou la durée véritable des royaumes terrestres.