Il y a quelques années, Claude Gueux, un ouvrier intelligent et pauvre vivant à Paris, commet un vol par grand froid pour subvenir aux besoins de sa compagne et de leur enfant. Condamné à cinq ans de prison, il est incarcéré à la maison centrale de Clairvaux où il se fait rapidement remarquer par sa dignité, son intelligence et l'ascendant naturel qu'il exerce sur ses codétenus. En raison d'un appétit particulièrement vorace que la ration réglementaire de la prison ne parvient jamais à combler, il se lie d'une amitié profonde avec un jeune détenu nommé Albin, qui accepte de partager son pain avec lui chaque jour.
La situation bascule le jour où le directeur des ateliers, un homme tyrannique et obstiné qui jalousait secrètement l'autorité morale de Claude, décide arbitrairement de séparer les deux amis en changeant Albin de quartier. Malgré les supplications répétées de Claude et ses avertissements répétés, le directeur refuse obstinément de revenir sur sa décision. Poussé à bout par cette provocation morale et par la faim, Claude élabore minutieusement son plan, se procure une hache, avertit ses codétenus de ses intentions et, le quatre novembre 1831, tue le directeur lors de sa ronde avant d'essayer vainement de se suicider avec les ciseaux de sa compagne.
Jugé le seize mars 1832 devant la cour d'assises de Troyes, Claude assume pleinement son acte avec un calme souverain et une grande éloquence, plaidant la provocation morale face aux brimades subies pendant quatre ans. Malgré la clarté de ses explications et l'émotion de l'assemblée, les jurés le condamnent à mort. Exécuté le huit juin suivant, il conserve jusqu'au bout sa liberté d'esprit, pardonne à ses bourreaux et offre sa dernière pièce de monnaie aux pauvres, laissant derrière lui une immense interrogation sur les défaillances de la société, l'insuffisance de l'éducation et la violence des lois pénales.