Le narrateur tente en vain de consigner par Ă©crit une vision grandiose vĂ©cue avant-hier. Il lutte contre lâoubli et la fatigue, mais ses mots sâavĂšrent incapables de restituer la vĂ©ritĂ© de lâĂ©motion, ressemblant Ă de simples chaĂźnes ou Ă un barbouillage dâenfant. AccablĂ© dâimpuissance et de dĂ©faite, il abandonne sa plume, convaincu que le langage Ă©choue Ă exprimer ce quâon a rĂ©ellement vu. Quelques jours plus tard, dans une chambre voisine aux volets clos, le narrateur perçoit des bruits de pas. Une fillette et un jeune garçon, Jean et HĂ©lĂšne, pĂ©nĂštrent dans la piĂšce dĂ©serte et sâassoient sur le canapĂ©. Ils se rendent compte quâils sont seuls et Ă©voquent leur amitiĂ© dâenfance, sâaventurant peu Ă peu hors de lâinnocence. Ils dĂ©cident de sâappeler par le vouvoiement et finissent par sâembrasser sur la bouche, dĂ©couvrant ainsi lâamour et les prĂ©ludes dâun dĂ©sir partagĂ©. Tandis quâils sâabandonnent Ă cette Ă©treinte intime, le narrateur observe chaque instant de leur mĂ©tamorphose. Soudain, la vieille grandâmĂšre ouvre la porte et les appelle avec douceur pour les ramener. Les deux enfants se jettent dans ses bras avant de quitter la piĂšce, unis par le lien mystĂ©rieux de leur faute. RestĂ© seul dans le sanctuaire vide, le narrateur se targue dâavoir sauvĂ© et gardĂ© ce spectacle prĂ©cieux du premier regard dâamour que les amants eux-mĂȘmes finiront par oublier.