LES PIRATES DES PRAIRIES

Résumé : LES PIRATES DES PRAIRIES

Gustave Aimard

Chapitre 3

Le récit s'ouvre sur une vaste description du Far West, un immense océan de verdure et une nature primitive aux harmonies saisissantes. Ce paysage grandiose mais redoutable abrite une flore luxuriante et une faune variée où se côtoient bisons, chevaux sauvages, prédateurs et reptiles venimeux sous le regard des aigles. Dans ce désert, l'Indien règne en maître absolu, s'opposant à l'avancée de la civilisation européenne, tandis que tout trappeur isolé s'expose à une mort certaine. C'est dans ce décor sauvage, près du Rio-Gila, que réapparaît le Cèdre-Rouge après deux mois d'absence. Seul, épuisé et démuni, le squatter se trouve dans une situation critique : il n'a ni cheval, ni vivres, ni fusil, possédant pour unique arme un couteau presque inutile. Face à l'immensité divine du désert, ce vieux coureur des bois ressent une profonde détresse spirituelle et physique. Suivi par son fidèle chien, il marche au hasard pendant toute une journée, ignoré par les animaux sauvages qui semblent ressentir son impuissance. À la nuit tombée, sans possibilité d'allumer un feu pour éloigner les fauves, il s'attache à un arbre pour tenter de dormir, en proie aux délires de la faim et aux tourments de l'insomnie. Le lendemain, après avoir repris sa marche sous un soleil de plomb et s'être nourri d'une racine de yuca partagée avec son chien, le Cèdre-Rouge remarque une anomalie dans la végétation. Son expérience lui permet d'identifier les traces d'une cache, un trou aménagé par les chasseurs ou les Indiens pour dissimuler leurs marchandises à l'aide de peaux de bison et de gazon arrosé. Conscient que cette découverte représente sa seule chance de salut, il s'agenouille et commence à creuser la terre avec ferveur en utilisant son couteau. Après des heures d'un travail épuisant qui le pousse au découragement, la pointe de son couteau se brise net contre un objet métallique. Pris de frénésie, il creuse alors avec ses ongles et met au jour une peau de bison. Malgré la crainte de trouver la cache vide, il retire la protection et découvre un véritable trésor de chasseur : des trappes, des fusils, des pistolets, de la poudre, des balles et du tabac. Métamorphosé par cette fortune inespérée, le Cèdre-Rouge retrouve son audace et sa nature implacable. Il s'équipe des meilleures armes, de munitions et de harnais, puis remet méticuleusement les lieux en état par respect pour le propriétaire légitime. Armé et prêt à se venger, il s'éloigne à grands pas, laissant le narrateur s'interroger sur les événements mystérieux qui l'avaient conduit à un tel dénuement.

Chapitre 4

Une seconde troupe, menée par Valentin Guillois et composée de Curumilla, du général Ibañez, de don Miguel Zarate et de son fils Pablo, s'enfonce dans le désert. Contrairement au Cèdre-Rouge, ces cinq hommes ne cherchent pas d'or, mais la vengeance et la délivrance de la fille de don Miguel, enlevée par des bandits. Profitant de la chaleur écrasante du milieu de la journée, la troupe fait une halte stratégique dans une clairière ombragée, traversée par un ruisseau, tandis que le silencieux Curumilla s'installe en sentinelle pour veiller sur leur sécurité. Valentin profite de ce moment de répit pour tenir conseil et parler avec franchise à ses compagnons blancs. En vieux coureur des bois aguerri, il les met en garde contre les dangers extrêmes du désert, qui incluent la faim, la soif, les bêtes fauves et les ennemis de toutes origines. Craignant que les Mexicains, habitués au luxe, ne puissent pas supporter cette vie de privations et ralentissent la poursuite, il leur propose loyalement de rebrousser chemin vers la frontière toute proche, s'engageant à retrouver l'enfant avec le seul appui de Curumilla. Don Miguel, profondément touché mais résolu, refuse catégoriquement de reculer et réaffirme sa détermination absolue. Valentin expose alors son plan de campagne basé sur la ruse. Face aux forces du Cèdre-Rouge, qui s'alliera certainement aux Apaches et aux pirates des prairies, le chasseur prévoit de s'assurer l'appui des Comanches et du cacique des Coras. Il insiste également sur la nécessité de faire un détour de deux jours pour sceller une alliance avec le Loup-Jaune, chef d'un village navajo, avant que leurs ennemis ne le fassent. Malgré l'inquiétude des Mexicains face à ce retard, ils acceptent la stratégie du guide. Leur discussion est soudainement interrompue par Curumilla, dont l'ouïe exercée perçoit un danger imminent. Le groupe se dissimule dans les fourrés et assiste à une course-poursuite désespérée : un cavalier blanc, monté sur un cheval épuisé, tente d'échapper à une trentaine de guerriers indiens. L'inconnu se défend avec une bravoure héroïque, abattant un ennemi à chaque fois qu'il retourne son fusil. Admiratifs devant son courage, don Miguel et ses compagnons décident d'intervenir pour empêcher son massacre. Valentin ordonne à sa troupe de se mettre en selle tout en restant invisible derrière la végétation. Il attend patiemment que les poursuivants, identifiés comme des Apaches, arrivent à portée de fusil. Au moment critique, juste après le passage de l'inconnu, Valentin donne l'ordre de tirer. Cinq coups de feu éclatent simultanément, abattant instantanément cinq guerriers indiens et créant une diversion salvatrice.

Chapitre 5

L'attaque surprise menée par la troupe de Valentin Guillois plonge les Apaches dans une terreur folle. Après une seconde décharge meurtrière, les survivants de la tribu du Bison fuient dans toutes les directions et disparaissent rapidement. Pendant que les chasseurs restent dissimulés, le silencieux Curumilla s'avance sur le champ de bataille pour achever et scalper méticuleusement les victimes, tout en capturant au lasso un cheval égaré avant de retourner à son poste. Intrigué par ce secours providentiel, le cavalier poursuivi rebrousse chemin et pénètre résolument dans la clairière. Cet homme n'est autre que don Melchior, un mystérieux personnage redouté par le Cèdre-Rouge. Après de courtois saluts, Valentin décline l'identité de ses compagnons mexicains. À l'évocation du nom de don Miguel de Zarate, l'inconnu est pris d'une vive émotion. Reconnaissant également en Valentin le célèbre chasseur Koutonepi, il déclare se vouer corps et âme à leur cause. À la surprise générale, il révèle qu'il sait tout de leur quête, notamment la trahison qu'ils ont subie et l'enlèvement de la jeune fille par le Cèdre-Rouge. Interrogé sur sa véritable identité, l'homme aux mille noms se dévoile. Connu à Mexico comme le banquier don Luis Arroyal, surnommé el Gambusino dans le Nord, "l'Inconnu" sur les côtes, ou encore "le Fils du Sang" par les Nord-Américains, il déclare que son véritable nom est la Vengeance. Cet aventurier légendaire, associé à des récits de bravoure héroïque autant que de cruauté inouïe, suscite une profonde fascination mêlée de terreur chez les Blancs et les Peaux-Rouges. Valentin, touché par la détresse de ce nouvel allié, accepte sa main tendre et son aide pour traquer leur ennemi commun. Le Fils du Sang révèle alors qu'il combat le squatter depuis vingt ans et qu'il dispose de cinquante compagnons déterminés cachés dans le désert. Malgré la puissance des Apaches et des pirates des prairies alliés au Cèdre-Rouge, cette annonce redonne de l'espoir à la troupe, qui compte aussi s'allier à d'autres tribus indiennes. Grâce au cheval capturé par Curumilla, qui remplace sa monture épuisée, le Fils du Sang invite immédiatement le groupe à se mettre en selle. Il leur propose de les guider jusqu'à son refuge secret situé à environ vingt-cinq milles dans les montagnes afin d'y échafauder leur plan d'attaque. La troupe s'élance ainsi au galop, abandonnant la clairière aux vautours qui planent déjà au-dessus des cadavres mutilés des Apaches.

Chapitre 6

Les six compagnons s'engagent dans le désert sous la conduite du Fils du Sang, suivi de près par Curumilla. L'ulmen indien repère soudain une empreinte de fer de cheval à demi effacée sur le sol. Valentin examine la piste et confirme que le Cèdre-Rouge est passé par là. Grâce aux observations minutieuses de Curumilla, le chasseur explique que le cheval du squatter possède une ferrure unique aux quatre pieds et une démarche particulière. Le Fils du Sang en déduit que le bandit a laissé sa troupe sous les ordres du moine pour rejoindre un repaire de pirates à proximité. Guidés ensuite par les traces d'un des chiens du fugitif, les six hommes décident de se lancer à sa poursuite. Après avoir franchi le fleuve Gila à cheval, la troupe se déploie en ligne de tirailleurs pour fouiller les abords d'un fourré dense situé au pied d'une colline. Le signal de Curumilla rassemble bientôt le groupe près de branches cassées où le cheval du squatter a été attaché. Valentin s'enfonce hardiment dans les broussailles et se retrouve face au Cèdre-Rouge, qui se tient le fusil à la main devant l'entrée d'une grotte. Une conversation tendue s'engage entre les deux hommes. Sentant le piège se refermer, le bandit s'apprête à tirer lorsque don Miguel, le Fils du Sang et l'Indien surgissent des bois. Entendant la voix retentissante du Fils du Sang, le squatter blêmit, mais refuse de se rendre. Valentin fait feu instantanément pour briser le fusil du hors-la-loi et sauver sa propre vie. Privé de son arme d'épaule, le Cèdre-Rouge se réfugie dans la caverne où il lutte avec l'énergie du désespoir. Il décharge successivement ses quatre pistolets sans toucher personne, puis lance ses armes inutiles sur ses assaillants avant de fuir vers le fond de la grotte. Pensant utiliser une seconde issue secrète, le misérable s'aperçoit trop tard que le Gila en crue bloque la sortie. Acculé par ses poursuivants armés de torches, il choisit de plonger directement dans les eaux tumultueuses du fleuve. Pendant que don Miguel croit à un suicide, Curumilla, resté à l'extérieur pour surveiller les berges, guette le fugitif. Le Cèdre-Rouge refait surface sur un îlot et tente de s'enfuir sur un cheval qu'il y avait dissimulé. L'Indien l'ajuste calmement et abat la monture d'une balle en plein crâne, entraînant le squatter dans sa chute. Le bandit se relève immédiatement et se jette à corps perdu dans les flots pour s'échapper à la nage. Privé de ses armes et de sa monture, le Cèdre-Rouge est temporairement hors d'état de nuire, même si le Fils du Sang reste convaincu que ce redoutable adversaire finira par retrouver sa puissance.

Chapitre 7

Le Cèdre-Rouge, régénéré par les armes trouvées dans la cache, est déterminé à accomplir sa vengeance. Malgré sa redoutable habileté, le squatter sait que sa solitude le rend vulnérable face à des ennemis résolus à le traquer, et qu'il lui est impossible de regagner son propre camp. Pour faire face aux Blancs et aux Peaux-Rouges, il échafaude rapidement un plan et décide de chercher des alliés. Après une marche rapide de trois heures, il s'éloigne du Rio-Gila pour s'enfoncer dans une région montagneuse et sauvage, aux abords de la Sierra-Madre. Ignorant la tombée de la nuit et les cris des prédateurs qui rôdent, il progresse d'un pas déterminé à travers un terrain accidenté. Il s'engage finalement dans un sentier encaissé menant à un précipice de trente mètres de large. Pour franchir ce gouffre, un énorme mélèze fait office de pont suspendu, au bout duquel s'ouvre une vaste caverne naturelle. Le Cèdre-Rouge signale sa présence en imitant à trois reprises le cri du mawkawis. Après un échange de codes, il est interpellé par la voix rude de l'Espagnol don Pedro Sandoval. Une fois son identité déclinée, le bandit traverse l'arbre et pénètre dans le repaire. La grotte, aménagée de longue date, est divisée en plusieurs compartiments par des nattes. Autour d'un feu où cuit de la viande d'elk se trouvent neuf aventuriers armés, connus sous le nom de pirates des prairies. Ces hommes sans pitié, exclus de la société pour leurs crimes, cumulent les vices des Blancs et des Indiens. Le Cèdre-Rouge est chaleureusement accueilli par cette troupe de bandits qu'il connaît bien. Sandoval et ses complices expliquent qu'ils sont réduits à la misère, car l'avancée de la civilisation et l'afflux des Blancs gâchent le commerce du meurtre et du vol dans le désert. Après avoir soupé avec appétit, le Cèdre-Rouge prend la parole pour leur proposer une solution lucrative. Il leur révèle qu'il a découvert un placer d'une richesse incalculable et qu'il dispose déjà d'une centaine d'hommes dévoués à sa fortune à vingt lieues de là. Par une hypocrite bonhomie, le squatter propose aux pirates de se joindre à son expédition, leur promettant plus d'or qu'ils n'en ont jamais rêvé. Intriguer et séduire par cette offre, Sandoval et ses compagnons reçoivent un délai de réflexion jusqu'au lendemain matin. Le Cèdre-Rouge s'enveloppe alors dans son zarapè et s'endort sereinement, laissant les brigands délibérer passionnément sur les chances de réussite de cette alliance.

Chapitre 8

Grâce à sa solide expérience de coureur des bois, le Cèdre-Rouge choisit un emplacement stratégique pour installer le campement de sa troupe avant de s'enfoncer dans le Far West. Encore marqué par une récente et dangereuse embuscade tendue par les Pawnies, le squatter refuse de poursuivre son voyage sans s'assurer d'alliés fiables dans la prairie. Prévoyant secrètement de les duper dès qu'il aura obtenu leur aide, il décide de s'absenter quelques jours pour recruter des renforts, laissant sa cuadrilla temporairement derrière lui. Pour garantir la sécurité de ses hommes en son absence, il sélectionne une île boisée et escarpée sur le Rio-Gila. Ce refuge naturel, ceinturé de fourrés inextricables et de lianes, offre une protection idéale contre les attaques tout en constituant un observatoire discret pour surveiller les deux rives. Les gambusinos s'y installent sans laisser de traces, puis le Cèdre-Rouge réunit ses lieutenants, dont le moine Fray Ambrosio, Andrès Garote, les Canadiens Dick et Harry, ses propres fils, et le sachem des Coras nommé la Plume-d'Aigle. Il leur annonce son départ immédiat pour deux ou trois jours afin de ramener dix tireurs émérites ainsi que l'appui du grand chef apache Stanapat. Confiant le commandement collectif au moine et aux autres chefs, il leur ordonne de ne sous aucun prétexte quitter l'île, avant de franchir le fleuve à cheval vers dix-huit heures. À la nuit tombée, tandis que la troupe dort sous la surveillance des sentinelles canadiennes, Fray Ambrosio, Garote et la Plume-d'Aigle s'entretiennent discrètement près d'un abri de branchages. Une silhouette mystérieuse se glisse hors de la cabane pour espionner leur conversation. Connaissant l'hostilité cachée entre l'Indien et le Cèdre-Rouge, le moine révèle de manière percutante qu'il a percé à jour le déguisement du sachem, reconnaissant en lui Moukapec, le grand cacique des Coras. Fray Ambrosio tente de le faire chanter en le menaçant de le dénoncer comme traître, une révélation qui signerait son arrêt de mort. Impassible et méprisant, le guerrier refuse de se laisser intimider par les intimidations du prêtre, qu'il accuse d'avoir orchestré le massacre de son peuple. Moukapec rejette toute alliance avec ses anciens ennemis et s'éloigne fièrement. Dépités par cette résistance farouche, le moine et Garote choisissent de temporiser à l'égard du chef indien. Leur discussion s'oriente ensuite vers doña Clara, la prisonnière du squatter. Fray Ambrosio confie que la présence de cette femme le perturbe profondément, tandis que le gambusino minimise la situation, affirmant qu'elle est en sécurité sur l'île et ne fera pas obstacle à leur quête d'un placer d'or incalculable. Garote finit par s'endormir, abandonnant le moine à ses sombres projets de trahison, au moment même où l'espionne regagne silencieusement la hutte des femmes.

Chapitre 9

Doña Clara, de nouveau captive du Cèdre-Rouge, sombre dans le désespoir en s'enfonçant dans le désert au milieu d'hommes brutaux. Bien que le squatter feigne de l'ignorer, il a ordonné qu'elle soit épargnée. Confiée à la mégère Bethsy et à sa fille Ellen, Clara trouve en cette dernière une alliée inattendue. Élevée dans la rudesse, Ellen fait preuve d'une délicatesse touchante et gagne rapidement la confiance et l'amitié de la prisonnière. Le Cèdre-Rouge observe cette complicité d'un œil favorable, car Ellen est la seule créature qu'il aime d'un amour absolu, et il voit en elle le geôlier le plus sûr pour sa captive. Après avoir espionné Fray Ambrosio et Garote, Ellen retourne à la hutte et surprend une conversation secrète entre Clara et la Plume-d'Aigle. L'Indien s'est glissé dans la cabane alors que Bethsy dort dehors. Il décline sa véritable identité : il est Moukapec, grand chef des Coras, reconnaissant envers la famille de Clara. Il lui révèle que son village n'a pas été détruit par les Apaches, mais par les chasseurs de chevelures. Moukapec jure de la sauver et profite de l'absence du Cèdre-Rouge pour planifier leur évasion. Clara accepte courageusement de le suivre au premier signal. Soudain, Ellen intervient et, loin de les trahir, déclare qu'elle a tout entendu et qu'elle souhaite fuir avec eux, ne pouvant plus supporter cette existence. Moukapec dissimule une sinistre joie sous une apparente impassibilité. Ellen prend alors la direction des opérations et interroge le chef sur l'existence d'un refuge. L'Indien mentionne un village coras situé à deux jours de marche vers le nord-ouest. Ellen ordonne à Moukapec de quitter le camp immédiatement pour rallier les guerriers de sa tribu et venir à leur rencontre afin de les protéger d'une éventuelle poursuite des gambusinos. Le chef accepte et fixe le rendez-vous quatre heures après leur départ, prévu au premier chant du hibou. Moukapec salue les jeunes filles, se glisse hors du camp à l'insu des sentinelles canadiennes et traverse le fleuve Gila à la nage après avoir fixé ses vêtements sur sa tête. Restée seule avec Clara, Ellen la presse de se reposer en prévision des fatigues du lendemain avant de s'éclipser pour finaliser les préparatifs. Rassérénée, la jeune Mexicaine adresse une fervente prière à Dieu puis s'endort sur sa couche de feuilles sèches.

Chapitre 10

Au cœur d'une nuit calme et sereine, alors que toute l'île dort profondément, Ellen rejoint les deux sentinelles canadiennes, Dick et Harry. Ces derniers confessent que leur présence au sein de cette bande de criminels leur pèse lourdement, expliquant qu'ils ne les ont rejoints que pour rester auprès d'elle. Jusqu'alors, la jeune fille avait toujours rejeté leurs offres d'évasion par loyauté filiale, espérant un changement chez ses proches. Cependant, elle déclare avoir perdu tout espoir. Elle révèle surtout aux chasseurs une conviction intime : le féroce Cèdre-Rouge n'est pas son véritable père. Elle conserve le souvenir embrumé d'une tout autre enfance, marquée par l'affection d'un couple mystérieux, des cris, des flammes et un enlèvement nocturne. Les deux coureurs des bois la confortent dans ses doutes et jurent solennellement sur leur honneur de la protéger comme leur propre sœur jusqu'au retour à la civilisation. Profitant de l'absence du squatter, l'évasion est planifiée sur-le-champ. Harry devine et approuve immédiatement le souhait d'Ellen d'emmener avec elle la prisonnière mexicaine, doña Clara, afin de la soustraire à ses ravisseurs et de la rendre à sa famille. Ellen retourne en hâte à la hutte et trouve son amie totalement éveillée, consumée par l'anxiété. Durant de brefs préparatifs, Ellen découvre dans un vieux coffre une petite cassette en palissandre sculpté et incrusté d'argent. Poussée par un pressentiment impérieux, elle s'en empare et la dissimule contre sa poitrine avant de guider Clara vers la berge. Pendant ce temps, les deux Canadiens préparent minutieusement leur fuite. Dick rassemble les quatre chevaux les plus vigoureux du camp tandis qu'Harry sabote les montures des gambusinos en jetant leurs selles et leurs harnais dans le fleuve. Ce stratagème astucieux doit leur garantir une avance confortable de douze à quatorze heures, le temps que les bandits s'aperçoivent de la disparition et fabriquent de nouveaux équipements. Une fois réunie sur le rivage, la petite troupe se met en selle et traverse le Gila sans encombre malgré la force du courant. À onze heures du soir, les fuyards foulent la terre ferme et s'abritent temporairement dans les hautes herbes pour laisser souffler les chevaux. Interrogée sur l'itinéraire à suivre, Ellen ordonne de mettre le cap droit vers le nord-ouest. Elle explique alors à ses guides que le sachem Moukapec a quitté l'île avant eux dans le but de lever les guerriers de sa tribu et de venir sécuriser leur trajet. Enthousiasmés par cette précaution, les quatre cavaliers lancent leurs montures au galop et s'enfoncent à toute vitesse dans les ténèbres de la prairie, laissant les pirates dormir paisiblement.

Chapitre 11

Vers minuit, Valentin et ses cinq compagnons atteignent une imposante masse de granit solitaire au cœur de la prairie. À la suite d'un signal sonore émis par leur mystérieux guide, le Blood’s Son, le rocher s'illumine subitement et une cinquantaine d'hommes armés de torches en descendent. Cet inconnu révèle disposer d'une armée de séides fanatiquement dévoués, composée de proscrits de diverses tribus indiennes. Parmi eux se trouve Schaw, le propre fils du Cèdre-Rouge, dont le Blood’s Son a autrefois sauvé la vie à Santa Fé. Le groupe entame l'ascension de la montagne en empruntant les marches d'un vieil escalier dissimulé par la végétation. Au tiers de la hauteur, ils pénètrent dans une immense salle souterraine sculptée, que Valentin identifie immédiatement comme un ancien téocali aztèque. Après un repas soigné, le Blood’s Son dissipe la méfiance instinctive de Valentin en livrant une franche explication sur ses activités. Il révèle qu'il a choisi de consacrer sa formidable force à faire la police du désert, menant une guerre impitoyable contre les forbans des prairies qui pillent les caravanes. Touché par cette noble mission, Valentin lui accorde sa confiance et son amitié. Le chef met alors ses hommes à la disposition des chasseurs pour accomplir leur vengeance commune contre le Cèdre-Rouge. Valentin expose son plan de bataille : plutôt que de déployer une troupe imposante et facilement repérable, il préconise la ruse en resserrant un cercle invisible autour du bandit grâce à des alliances indiennes. Il annonce que Curumilla et lui se mettront sur la piste du criminel à pied dès l'aube. Il refuse la participation de don Miguel et du général Ibañez, estimant que leurs habitudes militaires et leur ignorance de la guerre indienne constitueraient un fardeau. En revanche, face à l'insistance passionnée du jeune don Pablo, désireux de sauver sa sœur doña Clara, le chasseur français accepte de l'emmener pour parfaire son initiation au désert. Le Blood’s Son impose également la présence de Schaw dans l'escouade. Ce dernier servira d'agent de liaison pour l'avertir dès que la piste du Cèdre-Rouge aura été découverte, pendant que le chef parcourra les villages indigènes pour sceller les alliances nécessaires. Valentin accepte après avoir sondé le jeune homme, décelant chez lui un intérêt secret et profond pour la réussite de l'entreprise. Avant de s'endormir sur des lits de feuilles sèches pour les quelques heures de nuit restantes, don Miguel, bouleversé, supplie Valentin de lui ramener sa fille et de veiller sur son fils. Le chasseur jurant de réussir ou de mourir, le silence et le sommeil retombent sur le téocali sous la seule garde des sentinelles.

Chapitre 12

La proposition d'alliance du Cèdre-Rouge représente une opportunité inespérée pour la bande de pirates de Pedro Sandoval. Réduite à seulement dix individus et acculée à la misère dans sa grotte fortifiée, cette troupe subit depuis des années une guerre impitoyable de la part du Blood’s Son, un justicier autoproclamé qui protège les caravanes et décime les bandits. Pour survivre, ils sont contraints de se déguiser en Indiens afin de préserver leur incognito. Malgré l'intérêt évident de l'offre du squatter, les pirates refusent de valider l'accord sans l'assentiment de leur palladium : une jeune femme de vingt ans surnommée la Gazelle blanche. Dotée d'une beauté remarquable, d'une intelligence d'élite et d'un costume d'une excentricité sauvage, elle exerce une autorité absolue et quasi superstitieuse sur ces hommes sans foi ni loi, qui n'entreprennent rien sans son approbation. Au lever du jour, Sandoval accepte la proposition sur le principe mais souligne la nécessité d'obtenir l'aval de la jeune fille. Le Cèdre-Rouge part chasser le déjeuner pour leur laisser le champ libre. Sandoval est alors rejoint par la Gazelle blanche, qui a en réalité espionné toute leur conversation de la veille. Initialement très méfiante envers le squatter, qu'elle qualifie d'égoïste et de manipulateur capable d'entraîner la bande dans un véritable guêpier, elle interroge Sandoval, puis le Cèdre-Rouge à son retour, sur l'identité exacte de leurs cibles. Lorsque le squatter révèle qu'il s'agit de la riche et influente famille mexicaine de Zarate, la jeune fille est saisie d'une profonde émotion. Le bandit ajoutant que leur objectif ultime sera d'anéantir le Blood’s Son, leur plus cruel ennemi, la Gazelle blanche change instantanément d'avis et ordonne des préparatifs de départ immédiats. Le groupe s'active avec ferveur. Tandis qu'on attribue un cheval de rechange au Cèdre-Rouge, dont la monture avait été tuée, les bandits dissimulent leurs objets de valeur sous un énorme rocher servant de cachette. Sandoval et ses hommes précipitent ensuite le tronc d'arbre leur servant de pont dans le précipice et camouflent soigneusement l'entrée de la grotte avec des broussailles. Impatiente, la troupe s'engouffre dans un souterrain et, après une demi-heure de marche à tâtons, récupère les chevaux stationnés dans un ravin. Alors que la bande se met en selle, la Gazelle blanche s'isole à l'arrière avec le Cèdre-Rouge. Elle lui fait préciser, d'une voix basse et concentrée, que sa rancune cible bien don Miguel de Zarate, le père de don Pablo, avant de s'éloigner au galop. Resté en arrière, le squatter affiche un sourire sinistre : ayant intercepté le trouble de la jeune fille, il se jure de percer le secret de son intérêt pour don Pablo afin de l'exploiter à ses propres fins.

Chapitre 13

La petite troupe de pirates galope en silence à travers un paysage d'automne grandiose, dominé par la montagne de la Main-d’Ours. Guidés par la cupidité, ils se dirigent vers le fleuve Rio-Gila pour rejoindre le village fortifié de la tribu du Bison. En débouchant sur les rives, ils découvrent une multitude d'Apaches en proie à une vive agitation. Face à l'hostilité apparente des Indiens, le Cèdre-Rouge prend les devants de manière audacieuse. S'avançant seul en ambassadeur avec une robe de bison, il est abordé par le chef Chat-Noir. Le squatter décline son identité et propose aux Indiens l'alliance de ses onze rifles pour éliminer leur ennemi commun, le Blood’s Son. Pour sceller sa sincérité, il offre des présents précieux, dont de l'eau de feu. Captivé par cette témérité et par les cadeaux, Chat-Noir offre son bonnet de plumes au Cèdre-Rouge, conférant ainsi un statut sacré et inviolable à toute la bande, qui est reçue au camp avec les plus grands égards. Alors que le Cèdre-Rouge s'apprête à révéler l'emplacement du justicier lors du conseil de tribu, l'assemblée est interrompue par l'arrivée successive de deux contingents alliés : les Bisons, menés par le grand sachem Stanapat, et les Siksekai. Ces renforts, forts de mille guerriers peints en guerre, exécutent des manœuvres martiales et bruyantes avant de planter leurs emblèmes sacrés pour fumer le calumet de la paix. Pour s'assurer les faveurs du Soleil, le principal sorcier des Bisons accomplit un sacrifice fanatique en se tranchant le poignet d'un coup de hache, aspergeant de sang les chefs galvanisés. Le conseil reprend avec près de deux mille guerriers déterminés. Stanapat prend la parole pour exhorter les factions à oublier leurs querelles internes afin de s'unir contre l'envahissement des Visages Pâles et d'exterminer le Blood’s Son. Chat-Noir enchaîne en préconisant une attaque immédiate et foudroyante. Il révèle l'existence de leurs alliés blancs, affirmant que ces derniers détiennent des informations stratégiques pour envahir le repaire de leur ennemi. Intrigué et désireux de ne rien laisser au hasard, Stanapat demande que ces chasseurs soient introduits et entendus par le conseil des sachems. Chat-Noir se détache alors de l'assemblée pour aller chercher les pirates qui attendaient l'issue des délibérations.

Chapitre 14

Escortées par les chasseurs canadiens Harry et Dick après leur fuite du camp du Cèdre-Rouge, doña Clara et Ellen s'accordent un bref répit au lever du soleil sur les rives du fleuve Gila. La reprise de leur marche est brutalement interrompue par l'attaque soudaine d'une quarantaine d'Apaches. Comprenant l'inutilité de toute résistance, doña Clara exhorte ses compagnons à fuir, mais Ellen refuse de l'abandonner. Dans un élan désespéré, Harry hisse Ellen sur son cheval et parvient à fendre les rangs ennemis en usant de son rifle comme d'une massue. Moins chanceux, Dick est désarçonné, tué d'un coup de lance et scalpé sous les yeux horrifiés de doña Clara, qui est enlevée par les guerriers. Le détachement de ravisseurs, fort d'une centaine d'hommes bien montés, est dirigé par le Chat-Noir, un chef sexagénaire respecté pour sa sagesse. Après une course effrénée de six heures destinée à semer d'éventuels poursuivants, les Apaches établissent leur campement nocturne sur une colline bordant le Gila. Le Chat-Noir rend visite à doña Clara sous sa tente et tente de la consoler avec bienveillance. Cependant, il refuse de la libérer contre rançon, arguant qu'elle constitue un otage précieux et qu'elle doit se préparer à devenir l'épouse d'un chef. Cette perspective plonge la jeune Mexicaine dans un profond désespoir. Le lendemain, la caravane reprend sa route et pénètre à la mi-journée dans son village fortifié, une importante agglomération de cabanes en terre protégée par de hautes palissades et des bastions. Doña Clara est enfermée dans une hutte solide au cœur du village, tandis que le Chat-Noir s'éloigne pour préparer une grande conjuration magique visant à anéantir les Visages Pâles. Au milieu de la nuit, doña Clara est tirée de sa torpeur par l'apparition furtive de la Plume-d'Aigle. Le chef coras lui reproche doucement de ne pas avoir suivi ses indications initiales, ce qui lui aurait évité cette captivité. Face à la détermination de la jeune fille, qui préfère la mort à l'esclavage, la Plume-d'Aigle lui promet de la rendre à son père, quitte à trahir les hommes de sa race. Il lui révèle que le Chat-Noir doit accomplir le lendemain la cérémonie de la grande médecine pour provoquer la chute du Blood’s Son. Il ordonne à doña Clara d'y assister et de guetter ses moindres signaux avec la plus extrême discrétion pour ne pas les perdre. Après le départ du sachem, la prisonnière retrouve l'espoir et prie fervemment, ignorant que Moukapec figure parmi les sentinelles apaches qui surveillent sa hutte.

Chapitre 15

Les Indiens pueblos du nord du Mexique marient habilement industrie, agriculture et ardeur belliqueuse. Parmi leurs tribus, les Comanches se détachent par leur fierté et leur refus de l'alcool. Leurs coutumes matrimoniales sont marquées par un rituel singulier, où le prétendant cloue le cœur saignant d'un cheval à la porte de la femme convoitée. Le lendemain matin, le chef apache Chat-Noir invite doña Clara à assister à la grande médecine du Bih-oh-akou-es, une cérémonie magique destinée à lui livrer le Blood’s Son. Feignant un profond abattement, la prisonnière accepte l’offre pour masquer son dessein. Le village se vide et la population se rassemble sur les rives du Rio-Gila. Lors des rituels de purification dans une cabane à suer, Chat-Noir offre stoïquement la première phalange de son index au sorcier en échange de la victoire. Une ferveur mystique s'empare alors de la foule, entraînant les vieilles femmes chargées de surveiller doña Clara. Désormais seule et oubliée, la jeune Mexicaine se rapproche discrètement de la rivière en feignant de cueillir des fleurs. C'est alors que la Plume-d’Aigle surgit d'un fourré, saisit son vêtement et la guide derrière un rocher où attendent deux chevaux. Les fugitifs s'élancent aussitôt à bride abattue. L’alerte est rapidement donnée au camp. N’ayant pas leurs montures ni leurs armes à portée, les Apaches perdent une heure précieuse, mais leur virtuosité équestre légendaire comble rapidement la distance. Une course-poursuite frénétique de cinq heures s'engage à travers la prairie, épuisant les montures jusqu’au sang. Alors que Chat-Noir et quelques guerriers talonnent les fugitifs, la Plume-d’Aigle fait brusquement volte-face. Il abat un premier poursuivant, assomme le second avec la crosse de son fusil, s’empare de leurs chevaux frais pour doña Clara et repart, laissant ses ennemis stupéfaits. Malgré ce répit, la traque reprend. Acculé sur une crête rocheuse dominant le Gila d'une vingtaine de pieds, le chef coras propose à sa compagne de choisir entre l'esclavage et le gouffre. Déterminée, doña Clara choisit la liberté. Leurs chevaux bondissent dans le précipice et réapparaissent après un plongeon spectaculaire, nageant vers la rive opposée sous les cris de rage des Apaches. Un guerrier adverse tente de les imiter, mais son cheval s’écartèle dans la chute. Poussé par la bravoure, la Plume-d'Aigle fait demi-tour dans l'eau, poignarde le nageur, le scalpe sous les yeux de ses ennemis impuissants et brandit son trophée avant de regagner la berge. Alors que les fugitifs reprennent leur course pour échapper aux Apaches qui cherchent un gué, la Plume-d’Aigle aperçoit un épais nuage de poussière à l'horizon. Une nouvelle troupe de cavaliers surgit à la vitesse de l'éclair, brisant instantanément leurs derniers espoirs de salut.

Chapitre 16

Au téocali du Blood’s Son, Valentin s’éveille peu avant l’aube et presse don Pablo et Schaw de se préparer pour le départ. En bas de la structure, ils retrouvent Curumilla qui, prévoyant, a pris l’initiative de seller quatre chevaux. Bien que don Pablo rappelle qu’ils devaient initialement traquer la piste à pied, Valentin choisit de faire confiance à l’instinct éprouvé de son compagnon araucan. Le groupe se met en selle et galope vers les rives du Rio-Gila. Après deux heures d'une course rapide à travers les sentiers complexes de la prairie, ils atteignent le fleuve au moment où le soleil se lève. Alors que Valentin s'apprête à planifier la recherche de la piste du Cèdre-Rouge, des cris retentissent à une demi-lieue d’eux. Les chasseurs découvrent avec stupeur une troupe d'Apaches en pleine agitation sur la berge opposée. Curumilla repère immédiatement doña Clara au milieu du tumulte. Sans hésiter, Valentin et ses compagnons se jettent à l'eau avec leurs montures sous une pluie de flèches pour voler au secours de la jeune fille. Au même moment, un contingent de guerriers apaches, de retour d'une chasse aux bisons, traverse également le fleuve pour couper la retraite aux fugitifs. La Plume-d’Aigle, comprenant que la plaine ouverte condamnerait sa compagne, change de tactique et oblique vers le fleuve pour se retrancher sur l'un de ses îlots boisés. Devinant la manœuvre du chef coras, Valentin ordonne une attaque surprise pour faire diversion. Les quatre chasseurs virent de bord et chargent les Apaches avec de vigoureux hourras, abattant plusieurs guerriers à coups de rifle. Cette diversion providentielle offre aux fugitifs le répit nécessaire pour atteindre un îlot d’une centaine de mètres de circonférence, situé au milieu du Gila. Le sauvetage de doña Clara réussi, Valentin ordonne la retraite vers l’île. Cependant, son cheval, criblé de flèches, s'effondre brutalement sur la berge. Les Apaches se ruent sur le Français pour le scalper, mais Valentin se relève, utilise le corps de sa monture comme rempart, et fait feu de toutes ses armes. Bientôt à court de munitions, le chasseur retourne son rifle et s’en sert comme d’une massue. Bien qu’indemne grâce à la cohue des Indiens qui se gênent entre eux, Valentin s'épuise et son arme se brise. Alors qu’il est sur le point de succomber, don Pablo, Schaw et la Plume-d’Aigle quittent l'îlot pour charger les assaillants, tandis que Curumilla charge son ami évanoui sur ses épaules. Après une mêlée acharnée, les défenseurs parviennent à regagner l'îlot. Valentin reprend rapidement ses esprits, sain et sauf. Constatant que leurs adversaires sont désormais hors de portée, les Apaches cessent le combat et se retirent. Les chasseurs profitent du reste de la journée pour fortifier solidement leur refuge insulaire.

Chapitre 17

La nuit tombe sur le Rio-Gila, enveloppant l'îlot d'une obscurité totale. Sur les deux rives, le nombre de guerriers apaches augmente rapidement et de grands feux de bivouac sont allumés. La situation des fugitifs est critique : leurs munitions se réduisent à une vingtaine de charges et leurs vivres à quelques poignées de maïs et de pemmican. Pour ne pas révéler leur position exacte, Valentin et ses compagnons s'embusquent dans les taillis sans allumer de feu, veillant sur doña Clara qui s'est endormie de lassitude. Depuis la berge, le chef Chat-Noir et un autre sachem agitent leurs robes de bison pour demander à parlementer. Malgré le scepticisme de Valentin, don Pablo, la Plume-d'Aigle et Curumilla estiment qu'il faut écouter leurs propositions. Prudent, Valentin confie son rifle à don Pablo et s'avance à l'extrémité de l'île pour recevoir les deux émissaires indiens, qui traversent le fleuve sur un léger radeau. Chat-Noir expose alors la situation avec assurance : encerclés par des centaines de guerriers, privés de pirogues et bientôt à court de ressources, les blancs n'ont aucune issue. Il propose de les laisser repartir libres vers leur nation à une seule condition : lui livrer immédiatement le Lys blanc (doña Clara) et le guerrier coras. Valentin rejette instantanément cette offre avec mépris, rappelant que doña Clara est libre de droit et qu'il refuse de commettre la lâcheté de livrer son ami Moukapec à une mort certaine par la torture. Alors que la tension monte et que Chat-Noir profère des menaces, la Plume-d’Aigle surgit du groupe. Prêt à se sacrifier pour honorer le serment de protection fait au père de la jeune fille, le Coras annonce sa décision de se livrer. Valentin et don Pablo s'y opposent avec force, mais l'Indien s'apprête fermement à suivre les Apaches. C'est alors que doña Clara s'éveille et intervient résolument. Elle refuse catégoriquement les conditions des ravisseurs et somme la Plume-d'Aigle, au nom de son père, de rester parmi eux. Elle lui démontre avec clairvoyance que son sacrifice serait inutile, les Apaches cherchant simplement à éliminer leur meilleur défenseur pour mieux les exterminer ensuite. Ému et convaincu, le Coras cède et annonce aux émissaires qu'il reprend sa liberté, rompant définitivement tout lien d'hospitalité avec leur tribu. Face à ce refus, Chat-Noir et son compagnon lancent d'un ton glacial des insultes et des promesses de mort, jurant de scalper les blancs avant l'aube. Valentin réplique par de cinglants sarcasmes, rappelant la portée de leurs carabines, avant de renvoyer les deux chefs sur leur radeau.

Chapitre 18

La situation des fugitifs retranchés sur l'île demeure extrêmement précaire, encerclés par des contingents d'Apaches de plus en plus nombreux sur les deux rives du fleuve. Après une journée d'attente trompeusement calme, une nuit d'encre s'installe, accompagnée d'un brouillard d'une intensité rare sur le Rio-Gila. Alors que les chasseurs sont plongés dans un silence d'angoisse, Valentin perçoit le clapotis suspect d'une embarcation. En se glissant furtivement à travers les fourrés pour identifier la menace, il découvre avec surprise Rayon-de-Soleil. Cette jeune Indienne comanche, que Valentin a sauvée autrefois, a été envoyée par le chef l'Unicorne. Profitant de la brume, elle apporte une grande pirogue contenant des vivres, deux sacs de balles et six cornes pleines de poudre, redonnant instantanément espoir aux assiégés. Pendant que doña Clara fait bon accueil à Rayon-de-Soleil, les hommes organisent leur fuite. L'Indienne révèle que trois mille Apaches quadrillent la prairie, ce qui rend une longue navigation suicidaire. Elle suggère de rejoindre les villages comanches en empruntant l'unique voie inattendue : traverser à pied le camp même des Apaches. Bien que Valentin juge ce plan scabreuse, la Plume-d’Aigle soutient cette stratégie, affirmant que l'excès de confiance des Apaches fera leur force pour dérober des chevaux. Doña Clara approuve, puis elle offre son bracelet en or à Rayon-de-Soleil, s'assurant ainsi de sa fidélité indéfectible. Soudain, Schaw signale des ombres mouvantes sur la rivière. Valentin comprend que l'ennemi tente une surprise nocturne. Un premier radeau apache servant d'avant-garde émerge du brouillard, mais les chasseurs, embusqués, l'accueillent par une fusillade synchronisée et meurtrière. Si le reste de la flottille indienne bat prudemment en retraite, le premier équipage persiste et débarque. Une mêlée acharnée s'ensuit, et les assaillants sont impitoyablement abattus, noyés ou repoussés à coups de crosse. Valentin estime alors que la nuit sera tranquille et ordonne le départ immédiat. Cependant, alors que Curumilla s'apprête à stabiliser la pirogue, il s'aperçoit qu'elle dérive de manière inhabituelle. Le chef araucan plonge dans les eaux fangeuses et découvre qu'un nageur apache dissimulé tracte le canot entre ses dents par sa corde pour le voler. Un terrible combat subaquatique s'engage. Curumilla poignarde le voleur au cœur, le scalpe et ramène l'embarcation sur la rive. Devant ce trophée sanglant, Valentin salue la vigilance infaillible de son ami. La petite troupe se rassemble rapidement et s'installe à bord. Grâce à une astuce de Curumilla consistant à envelopper les palettes des pagaies avec des feuilles pour étouffer le bruit, les fugitifs entament leur traversée silencieuse, le cœur battant, suspendus entre la peur et l'espoir de réussir cette évasion désespérée.

Chapitre 19

Bénéficiant de l'excès de confiance des huit cents Apaches qui dorment paisiblement après leur assaut manqué sur l'île, les fugitifs entament une évasion audacieuse. Dissimulée par un épais brouillard, la pirogue glisse le long du fleuve sous la direction de la Plume-d’Aigle et accoste au pied d'un rocher protecteur. Les chasseurs débarquent et s'avancent en file indienne à pas de loup au cœur du camp ennemi, rasant les tentes et enjambant les guerriers endormis. Malgré la tension insoutenable, la chance leur sourit lorsqu'un Apache s'éveille brusquement face à eux. Paralysé par la surprise et l'aspect spectral de cette procession silencieuse, l'Indien se méprend en croyant à une vision céleste et se rendort sans donner l'alerte. Une fois sortis du camp, la priorité est de trouver des montures. Suivant les conseils de don Pablo, le groupe décide de rester uni plutôt que de se séparer. Guidés par Rayon-de-Soleil, ils découvrent rapidement les chevaux de la tribu, entravés à l'amble et sous la surveillance d'une sentinelle. Refusant de verser le sang inutilement comme le suggère doña Clara, Curumilla s'approche en rampant et neutralise silencieusement le gardien apache à l'aide de son lazo. L'homme est ligoté et déposé sain et sauf aux pieds de la jeune Mexicaine. Les chasseurs s'emparent des sept meilleurs chevaux, enveloppent leurs sabots de cuir de bison pour étouffer le bruit et s'élancent à fond de train dans le désert, assurés d'avoir au moins six heures d'avance. Au lever du jour, après une course effrénée de dix lieues à travers les collines et les rivières, la brume se dissipe et révèle une prairie calme. Vers huit heures du matin, Valentin repère une fumée bleuâtre. Grâce aux explications de la Plume-d’Aigle, les blancs apprennent à distinguer la fumée légère et impalpable des feux indiens faits de bois sec de celle, blanche et épaisse, des feux de bois vert faits par les blancs. En approchant, ils sont accueillis amicalement par deux Comanches armés. Valentin reconnaît parmi eux Pethonista, l’un des chefs les plus vénérés de la nation comanche. L’accueil est chaleureux, car Valentin est un enfant adoptif de cette tribu. Pethonista explique que le grand sachem l'Unicorne l'avait informé de leur arrivée imminente avant de quitter le village. Le chef comanche souhaite la bienvenue à doña Clara, rebaptisée le Lis blanc de la vallée, ainsi qu'à Rayon-de-Soleil, puis il repart au galop pour annoncer la nouvelle à son peuple et préparer leur réception. Soulagés d'être enfin hors de danger, Valentin invite ses compagnons à ralentir le pas pour respecter les traditions de leurs hôtes. La petite troupe poursuit sa route au petit trot vers le village comanche, le cœur rempli de gratitude pour cette protection providentielle.

Chapitre 20

Une heure après leur départ, les chasseurs atteignent le sommet d’une colline d’où ils aperçoivent un grand village comanche. À leur approche, trois cents guerriers s'élancent à leur rencontre au galop, déchargeant leurs fusils en l'air et agitant leurs robes de bison en signe de bienvenue. Valentin invite ses compagnons à rivaliser d'adresse. La troupe descend la pente à bride abattue en faisant tonner ses rifles, suscitant l'admiration des Peaux-Rouges. Pethonista accueille solennellement Valentin, fils adoptif de la nation, et met trois huttes distinctes à la disposition des voyageurs. L'entrée dans le village s'effectue dans une joyeuse cacophonie d'instruments traditionnels, de cris et de hurlements de chiens. Après avoir installé doña Clara et Rayon-de-Soleil, le chef se retire, les invitant à partager son repas à la douzième heure. Une fois isolée avec la jeune Mexicaine, Rayon-de-Soleil annonce son départ immédiat. Malgré les supplications de doña Clara, l'Indienne refuse de révéler sa destination exacte, expliquant qu'elle doit accomplir un serment sacré de vengeance contre Stanapat, un chef apache qu'elle qualifie de chien. Comparant sa destinée à une feuille d'arbousier emportée par le vent, elle refuse de trahir son secret. Afin de sceller leur amitié, doña Clara lui offre son second bracelet en or. Émue, Rayon-de-Soleil sollicite les prières de sa compagne avant de disparaître comme une biche effarouchée, laissant la jeune femme en proie à de sombres pressentiments. Deux heures s'écoulent lorsque doña Clara est tirée de ses pensées par un soupir. Schaw se tient debout devant elle, l'observant avec une dévotion absolue. Face à ce jeune homme intrépide qui a risqué sa vie pour elle, la Mexicaine éprouve un trouble profond et inédit. Attirée par sa bravoure et sa beauté sauvage, elle s'éveille inconsciemment au sentiment amoureux. Brillant par sa franchise, Schaw lui jure une fidélité éternelle, déclarant qu'il sera toujours prêt à mourir pour elle au moindre danger. Flattée et intriguée, doña Clara l'encourage à poursuivre la conversation. Le dialogue qui s'instaure transforme le jeune homme, qui puise dans son cœur des accents d'une tendresse inouïe. Bien que le mot amour ne soit jamais prononcé, une complicité divine s'établit entre eux, submergeant Schaw de bonheur. Cet entretien intime est interrompu par l'arrivée d'un guerrier comanche chargé de mener les invités auprès de Pethonista. Suivie par Schaw, doña Clara rejoint Valentin, don Pablo et les deux Indiens pour se diriger vers la demeure du chef.

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