
Résumé : Murder in Venice: A totally addictive 1920s historical cozy mystery (The Posie Parker Mystery Series Book 6)
L.B. Hathaway
2.Présentation et droits de l’œuvre
Cette section présente les éléments préliminaires de l’ouvrage Murder in Venice, une enquête de la série Posie Parker Mystery écrite par L.B. Hathaway et publiée par Whitehaven Man Press à Londres. La page de titre identifie le roman et son autrice, tandis que la page de copyright précise les informations de publication, l’année de première parution en Grande-Bretagne en 2018, les droits réservés, les mentions légales concernant les personnages et événements fictifs, ainsi que les crédits liés à l’illustration de couverture et à la mise en forme. Elle rappelle également les restrictions de reproduction et fournit les références bibliographiques de l’édition électronique et papier.
5.Un voyage vers l’incertitude
Le début de l’ouvrage présente les différentes œuvres de L.B. Hathaway dans la série des mystères de Posie Parker, ainsi que la structure du roman, organisée en plusieurs parties situées à Venise en novembre 1923, suivies d’un épilogue à Londres. Le prologue s’ouvre sur Posie Parker, détective privée, qui attend à la gare Victoria de Londres avant son départ pour Venise, où doit avoir lieu son mariage avec Alaric Boynton-Dale. Alors qu’elle observe depuis le salon de première classe de l’Orient Express une gare presque déserte à cause de la neige et du brouillard, elle aperçoit un homme aux cheveux blond clair dont l’apparence lui rappelle quelqu’un qu’elle n’a pas vu depuis près de deux ans. La rencontre fugace de leurs regards la bouleverse et lui donne l’impression troublante de retrouver une personne importante de son passé.
Posie est sur le point de traverser la gare pour le rejoindre lorsqu’elle est interrompue par Heather Babner, sa compagne de voyage dans le compartiment couchette partagé. Heather, une jeune femme enthousiaste et expansive, se rend elle aussi à Venise pour devenir gouvernante auprès d’une riche famille anglaise. Elle remarque immédiatement l’air perturbé de Posie, qui tente de cacher son trouble en affirmant qu’elle n’a vu aucun fantôme. Lorsqu’elle regarde de nouveau vers le café de la gare, l’homme blond a disparu, laissant Posie avec un sentiment d’inquiétude et l’impression que son imagination lui joue des tours.
Le voyage vers Venise est déjà compromis par les conditions météorologiques difficiles. Une épaisse couche de neige paralyse les lignes ferroviaires britanniques et retarde considérablement l’Orient Express, qui devait partir à quinze heures. Dans la salle d’attente luxueuse mais remplie de voyageurs mécontents, Posie s’inquiète surtout parce que son mariage avec Alaric Boynton-Dale doit avoir lieu trois jours plus tard à Venise. Après deux mois de séparation, elle espère retrouver son fiancé à son arrivée à la gare Santa Lucia. Alaric, explorateur et aviateur célèbre, doit arriver dans la ville italienne le soir même, avant leur réunion prévue le lendemain. Posie craint que les retards ne bouleversent un calendrier déjà serré.
Heather tente de rendre l’attente plus agréable en apportant des pâtisseries et des magazines. Malgré son amour pour les gâteaux, Posie mange sans plaisir, préoccupée par sa tenue de mariage qui lui semble déjà trop ajustée. Heather lui annonce que le train devrait repartir bientôt et que la correspondance avec l’Orient Express français à Paris sera maintenue. Elle décrit avec enthousiasme l’itinéraire qui les conduira à travers Paris, Zurich, Innsbruck, le col du Brenner et les Dolomites, même si une grande partie du paysage sera cachée par la nuit. Posie reste cependant distraite, davantage absorbée par la mystérieuse apparition de l’homme blond et par ses inquiétudes personnelles.
Alors qu’elle refuse un magazine pour poursuivre la lecture du roman Whose Body de Dorothy L. Sayers, un titre d’un exemplaire de The Bystander attire soudain son attention. La couverture annonce un article intitulé « Capers in Constantinople » et déclenche chez Posie une réaction immédiate. Elle découvre une photographie montrant Silvia Hanro, une célèbre actrice de cinéma, en compagnie d’Alaric devant une mosquée de Constantinople. L’image semble montrer une scène intime et spontanée entre eux, avec une complicité évidente. Cette découverte bouleverse Posie, car Alaric lui avait seulement expliqué qu’il s’était rendu à Constantinople après avoir abandonné son projet de voyage en Inde, afin d’y enseigner temporairement à l’université locale avant de rejoindre Venise pour leur mariage.
Posie se rappelle qu’Alaric est à Constantinople depuis deux mois, qu’il lui a envoyé quelques cartes postales et qu’ils ont eu plusieurs conversations téléphoniques depuis son agence de détective située à Grape Street. Pourtant, il ne lui a jamais mentionné la présence de Silvia Hanro à ses côtés. Cette omission lui semble d’autant plus douloureuse que Silvia n’est pas une inconnue pour elle : elle avait été la dernière cliente célèbre de Posie. En observant la photographie, Posie ressent une profonde inquiétude et un sentiment de trahison possible. Elle arrache la couverture du magazine, la glisse dans sa poche et se demande si elle doit renoncer à son voyage et rentrer chez elle plutôt que de poursuivre un mariage qui pourrait reposer sur un mensonge.
Malgré ses doutes, Posie refuse immédiatement d’abandonner Alaric. Elle l’aime et se convainc qu’elle doit se battre pour leur relation, même face à une femme aussi séduisante et célèbre que Silvia Hanro. Elle cache ses émotions devant Heather et affirme que tout va bien, mais son malaise persiste. En quittant le calme relatif de la gare pour poursuivre son voyage vers Venise, Posie garde la sensation oppressante que quelque chose a été organisé avec une précision inquiétante, peut-être trop parfaite pour être innocent.
6.Le Mystère de la Gare Victoria
Posie Parker, détective privée, attend dans le salon de première classe de la gare Victoria à Londres en raison d'un retard de train provoqué par de fortes chutes de neige. Alors qu'elle regarde par la fenêtre vers un café de la plateforme opposée, elle aperçoit un homme mystérieux aux cheveux blond glacé dont la vue la bouleverse immédiatement. Elle le reconnaît comme un homme énigmatique croisé deux ans auparavant et s'apprête à le rejoindre précipitamment. Cependant, sa compagne de voyage et future gouvernante, Heather Babner, vient l'interrompre en lui rapportant des douceurs. Lorsque Posie regarde à nouveau vers le café, l'inconnu a complètement disparu et elle se demande si son esprit ne lui joue pas des tours.
Le voyage de Posie vers Venise s'annonce déjà compliqué et tendu alors que son mariage avec l'explorateur et aviateur Alaric Boynton-Dale doit avoir lieu dans trois jours seulement. Alaric est censé l'attendre dans la ville italienne après une séparation de deux mois passés à l'étranger. Alors qu'Heather discute des détails du trajet ferroviaire via Paris et l'Europe, Posie essaie de se détendre en lisant un livre. Elle remarque alors les magazines que Heather a achetés pour passer le temps et est soudainement frappée d'effroi en découvrant la couverture de l'un d'eux.
La publication met en scène la célèbre actrice et ancienne cliente de Posie, Silvia Hanro, aux côtés d'Alaric devant une mosquée à Constantinople. L'image montre les deux complices riant ensemble dans une attitude très complice, vêtus de blanc et profitant du soleil. Ce cliché vieux de six semaines plonge Posie dans une profonde perplexité et un malaise naissant, car Alaric ne lui avait jamais mentionné la présence de la star à ses côtés. En proie à des doutes sur la fidélité de son fiancé et sur la sincérité de leur avenir commun, elle arrache la couverture du magazine pour la dissimuler dans sa poche. Malgré le serment qu'elle se fait de lutter pour son amour, Posie reste hantée par la terrible impression que cette situation a été orchestrée bien trop habilement.
7.L orients express au cœur de l hiver
Dans le salon de première classe de la gare de Victoria à Londres, la détective privée Posie Parker aperçoit soudain un homme mystérieux aux cheveux de glace à travers les voies enneigées, un homme qu elle n avait croisé qu une seule fois deux ans auparavant. Alors qu elle s apprête à le rejoindre, elle est interrompue par Heather Babner, sa compagne de voyage bavarde avec qui elle doit partager un compartiment vers Venise. Le départ du train est lourdement retardé en raison des intempéries hivernales, ce qui stresse Posie dont le mariage avec le célèbre explorateur et aviateur Alaric Boynton-Dale est prévu trois jours plus tard dans la cité des doges.
Alors que Heather installe des gâteries et des magazines sur la table pour passer le temps, Posie tente de se détendre malgré sa robe de mariée qui la serre un peu trop et l anxiété qui l envahit. En feuilletant distraitement un exemplaire du magazine The Bystander, elle tombe soudain sur une couverture en couleur représentant Constantinople et s fige d effroi. Elle y découvre une photo datant de six semaines montrant Alaric en train de rire complice aux côtés de la célèbre actrice et ancienne cliente de Posie, la star de cinéma Silvia Hanro.
Bouleversée par cette découverte et tourmentée par le silence d Alaric à ce sujet, Posie cache rapidement la page dans sa poche tout en luttant contre les larmes et les doutes qui l assaillent. Tandis que le train s apprête enfin à démarrer pour rejoindre Paris puis l Italie, la détective se demande si elle ne fait pas l objet d une machination. Malgré la peur d être menée en bâteau, elle se promet de se battre pour l homme qu elle aime, même si un sentiment persistant d angoisse continue de planer sur son voyage nuptial.
8.Les secrets du flacon d’argent
Dans la cellule de police où elle est détenue, Lucy Christie reçoit la visite de Posie, qui découvre que la pièce ressemble davantage à une petite chambre d’hôtel qu’à un lieu d’enfermement. Le confort inattendu, avec des fruits, du chocolat, des livres, des bougies et des tapis, contraste pourtant avec les signes révélateurs de la prison, comme le seau, l’odeur de désinfectant et la peur persistante qui imprègne les lieux. Posie vient confronter Lucy au sujet de sa véritable identité et de son lien avec la famille Alladice. Grâce à l’intervention de l’inspecteur Lovelace, elle sait désormais que Lucy Christie est en réalité Alicia, une femme autrefois accusée à tort dans l’affaire du meurtre de Robert Gattling.
Posie révèle qu’elle connaît l’existence des deux flasques identiques offertes par Johnny Alladice, l’une appartenant à Lucy et l’autre à Bella. Elle comprend que Johnny avait protégé Lucy après le procès, lui permettant de changer de nom, de vivre cachée à Édimbourg et de survivre malgré la destruction de sa réputation. Lucy explique que le procès de Robert Gattling n’a pas été la seule épreuve de sa vie, car la mort de Johnny en 1917 l’a profondément anéantie. Après avoir fermé son appartement, elle s’est formée comme infirmière et a tenté de servir sur le front occidental, mais l’expérience l’a brisée. Sans ressources et sans protection après la disparition de Johnny, elle a accepté l’offre de Bella de devenir sa compagne, pensant qu’un départ à l’étranger lui permettrait de recommencer sa vie. Leur arrivée à Venise représentait pour elle une possibilité d’échapper définitivement au passé.
Lucy raconte ensuite que Bella, malgré son témoignage accablant lors du procès de Robert Gattling, n’était pas animée par la cruauté mais par ses convictions. Elle croyait sincèrement que Lucy était coupable après l’avoir vue seule près d’une table lors du bal du printemps. Lucy reconnaît que Bella s’est ensuite excusée, comprenant son erreur. Elle explique aussi que Bella avait beaucoup souffert de son amour pour Robert Gattling, qui l’avait abandonnée après s’être lassé d’elle. Posie reste cependant choquée par la façon dont Lucy a été traitée pendant des années. Lucy insiste alors sur l’importance de Johnny dans sa vie, racontant qu’il l’avait aidée matériellement et moralement, même s’il ne l’avait jamais épousée ni protégée après sa mort.
La conversation révèle également l’origine du conflit entre les frères Alladice. Lucy explique que Dickie croyait que Johnny avait empoisonné Robert Gattling afin de pouvoir épouser Lucy, ce qui avait provoqué une rupture entre eux. Elle confirme aussi que Roger Valentine faisait chanter Lucy depuis qu’il avait découvert son identité. Grâce à ses recherches sur l’ancien procès, Roger avait retrouvé des articles sur l’affaire et menaçait de révéler le passé de Lucy à la presse. Elle lui versait chaque mois de l’argent pour préserver son secret. Peu avant le meurtre de Bella, Lucy avait demandé de l’aide à Dickie, qui avait finalement renvoyé Roger de son poste. Posie comprend alors que certaines paroles de Dickie à Lucy prenaient un nouveau sens.
Posie interroge Lucy sur le possible rôle de Roger dans le meurtre de Bella et dans l’incendie du Palace, mais Lucy pense qu’il n’en serait pas capable. Elle le décrit comme un homme compétent pour les recherches, mais fondamentalement lâche. Lorsque Posie lui montre le fragment de photographie retrouvé parmi les indices du chantage, Lucy ne reconnaît d’abord rien. Elle explique ensuite que Minnie Alladice pourrait avoir eu un mobile lié à son passé familial. Elle révèle que Mr Alladice Senior avait profité d’une période de fragilité psychologique de Minnie pour lui faire céder presque toutes ses parts dans l’entreprise familiale. Bella aurait toutefois réparé cette injustice dans son testament, faisant de Minnie la future actionnaire majoritaire grâce à ses propres parts et à celles qu’elle lui léguait.
Un retournement majeur survient lorsque Lucy examine le flacon d’argent que Posie lui apporte. Elle affirme que ce flacon n’est pas le sien mais celui de Bella. Le sien était presque intact car elle l’utilisait rarement, tandis que celui de Bella était fortement rayé puisqu’elle s’en servait quotidiennement pour boire de la liqueur d’amande. Posie réalise alors que le meurtrier a utilisé les deux flacons pour organiser un échange. Le flacon de Lucy, probablement dérobé après que Posie l’a laissé devant sa porte, aurait été empoisonné puis remplacé par celui de Bella afin de faire croire à un usage unique du flacon contaminé. Cette découverte montre que le meurtre n’était probablement pas prémédité mais le résultat d’une opportunité saisie au dernier moment.
Posie cherche ensuite à comprendre qui connaissait l’existence des deux flasques identiques. Lucy répond que tous ceux qui avaient connu Johnny pouvaient s’en souvenir, mais qu’elle avait toujours caché son propre flacon pour ne pas blesser Bella, qui pensait posséder un cadeau unique de Johnny. Avant de partir, Posie apprend à Lucy qu’un corps a été découvert dans une chambre secrète. Il s’agit de Silvia Hanro, et Lucy comprend que Bella avait probablement découvert la liaison entre Silvia et Alaric. Elle explique que Bella avait des principes stricts et qu’elle avait reproché à Alaric son comportement envers Posie.
Alors que Posie s’apprête à partir, elle demande la signification de l’inscription « FRARI » qu’elle a remarquée. Lucy lui apprend qu’il s’agit de la basilique des Frari à Venise, un lieu célèbre pour ses œuvres d’art et ses tombeaux. Posie soupçonne qu’il s’agit d’un lieu de rendez-vous indiqué avec l’heure « 7 AM ». Lucy examine enfin le fragment de photographie et identifie un détail essentiel : une broche en camée appartenant à Bella. La photo représenterait Bella au moment du procès de 1912, ce qui suggère que Roger possédait peut-être une information compromettante sur elle. Épuisée par les révélations et les contradictions, Posie rentre chez Mrs Persimmon, se couche sans dîner et sombre dans un sommeil agité peuplé de brumes, d’incendies et de pièces cachées. Elle croit entendre Alaric pleurer, mais cette idée semble impossible car il a disparu lui aussi, tout comme Roger Valentine, avec son sac à dos, dans la nuit glaciale de Venise.
9.L’arrivée bouleversante à Venise
À son arrivée à la gare Santa Lucia de Venise avec l’Orient Express, Posie Parker est plongée dans une atmosphère chaotique mêlant agitation, fumée, odeurs de café et de chocolat brûlé, cris des porteurs et musique inattendue d’un quatuor à cordes installé sur le quai. Au milieu de cette scène étrange, son attention est attirée par un homme imposant qui semble dominer la gare entière. Vêtu d’un uniforme noir richement décoré d’or, portant une arme à la ceinture et entouré de deux agents, il inspire immédiatement la peur aux voyageurs et aux habitants présents. Posie comprend qu’il s’agit de la police fasciste italienne, ce qui provoque chez elle un profond rejet. Elle observe que même les personnes occupées dans la gare évitent le groupe avec inquiétude, comme si la peur se propageait autour d’eux.
Malgré cette présence intimidante, Posie ne cherche qu’une seule personne : Alaric Boynton-Dale, son fiancé qu’elle doit retrouver après deux mois de séparation. Mais il n’est pas là pour l’accueillir. Déstabilisée par son absence, et encore troublée par les soupçons nés de la photographie d’Alaric avec Silvia Hanro découverte dans le magazine à Londres, elle s’arrête brusquement au milieu du passage. Son mouvement provoque un désordre parmi les voyageurs et les bagages, mais Posie ne prête aucune attention au tumulte. Elle tente de garder son calme tout en se demandant où son fiancé peut bien être.
C’est alors que l’imposant policier s’avance vers elle et l’appelle par son nom. Il lui demande de le suivre car la situation est urgente. Posie est immédiatement inquiète, car elle ne comprend pas pourquoi le chef de la police voudrait lui parler. Elle remarque que toute la gare semble observer la scène : les musiciens ont cessé de jouer, les employés du train regardent avec surprise et les voyageurs attendent de voir ce qui va arriver. Elle a l’impression d’être au centre d’un spectacle public et craint d’avoir commis une faute inconnue. Heather Babner, sa compagne de voyage, profite de la confusion pour s’éloigner, heureuse de rejoindre la famille qui doit l’employer et de ne plus être associée à cette situation embarrassante.
Le policier conduit Posie dans un coin plus isolé de la gare, près des consignes à bagages et de distributeurs automatiques. Elle se demande si elle est arrêtée et remarque la présence d’autres hommes en uniforme noir qui semblent appartenir au même appareil policier. Elle rassemble cependant son courage et demande directement des explications. Dans un réflexe presque comique, elle se félicite d’avoir porté tous ses bijoux de mariage en descendant du train : sa bague de fiançailles, ses perles et surtout ses grandes boucles d’oreilles en saphirs et diamants offertes par Rufus et Dolly, le comte et la comtesse de Cardigeon. Elle espère que son apparence montrera qu’elle est une femme respectable et influente.
L’homme finit par révéler son identité. Il s’agit du commissaire Salvo Salvarocca, chef de la police de Venise. Posie comprend alors qu’elle n’est pas une accusée. Malgré son apparence massive et son uniforme impressionnant, le commissaire se montre calme et bienveillant. Il lui explique qu’elle n’a rien à craindre de lui et que son uniforme n’est qu’une nécessité imposée par l’époque troublée dans laquelle ils vivent. Posie remarque alors ses yeux noisette étonnamment doux et la tristesse profonde qui semble imprégner sa personnalité. Le commissaire lui fait comprendre qu’il faut savoir s’adapter aux circonstances, surtout dans une ville comme Venise où l’on doit apprendre à survivre au changement.
Après cette explication, Salvo Salvarocca donne des ordres rapides à ses hommes en italien et organise le déplacement de Posie. Il lui annonce qu’ils vont rejoindre une motoscafo, un bateau de police qui les attend sur le Grand Canal. Posie, de plus en plus inquiète, insiste pour savoir ce qui se passe réellement. Elle rappelle qu’elle est venue à Venise pour se marier et demande où se trouve Alaric. Le commissaire finit alors par lui expliquer qu’il est simplement venu l’escorter à cause d’un événement grave : un incendie s’est déclaré au palais de la famille Romagnoli, le lieu où Alaric devait séjourner avant leur mariage.
Cette révélation change immédiatement l’état d’esprit de Posie. Sa colère et sa jalousie envers Alaric, alimentées depuis la découverte de la photographie avec Silvia Hanro, disparaissent face à une peur bien plus urgente. Elle demande avec angoisse si son fiancé est sain et sauf. Le commissaire la rassure en lui affirmant qu’Alaric va bien et qu’elle pourra le voir plus tard. Il précise également que toutes les personnes présentes dans le palais ont survécu à l’incendie. Cependant, le bâtiment lui-même est détruit : le palais est devenu une ruine après avoir brûlé avec une rapidité spectaculaire. Posie comprend alors que son arrivée à Venise sera marquée non par les retrouvailles romantiques qu’elle espérait, mais par un événement dramatique qui bouleverse tous ses projets.
10.La traversée du Grand Canal
Posie Parker quitte la gare Santa Lucia sous l’escorte du commissaire Salvo Salvarocca, qui la conduit vers une embarcation de police après l’annonce de l’incendie du palais Romagnoli. Elle tient fermement son sac de voyage et tente de garder son indépendance en se dégageant de l’aide du chef de la police. En descendant vers le quai, elle découvre une Venise vivante et contrastée : élégantes habitantes vêtues de noir, hommes d’affaires, marchands revenant des marchés, enfants pauvres portant des filets de pêche et foule animée autour des bateaux et des gondoles. Salvarocca lui conseille de faire attention à ses bijoux, car certains enfants qui vivent sur l’eau pourraient être des voleurs. Malgré cette remarque, Posie est frappée par la beauté étrange de la ville, avec ses palais étroits bordant les canaux, ses lanternes colorées et l’air marin qui l’accueille.
Le commissaire lui fait découvrir le Grand Canal à bord de sa motoscafo de police, un bateau rare à Venise, réservé aux forces de l’ordre et aux pompiers. Posie monte à bord sans accepter son aide, encore méfiante envers lui, tandis que Salvarocca range lui-même sa valise. Elle est cependant choquée lorsqu’un jeune policier frappe le porteur qui l’accompagnait et le renvoie sans recevoir le pourboire qu’elle voulait lui donner. Cet incident renforce son irritation envers les hommes qui l’entourent. En observant l’eau sombre défiler devant elle, Posie ressent que son arrivée à Venise est loin du rêve romantique qu’elle avait imaginé. Elle espérait retrouver Alaric dans une atmosphère de bonheur et de fête, mais elle a été accueillie par la confusion, l’angoisse et la présence oppressante du fascisme.
Pendant le trajet, Posie réfléchit à la montée du fascisme en Italie. Elle se rappelle que les journaux britanniques parlaient depuis longtemps de Mussolini et de ses chemises noires, mais que beaucoup pensaient qu’il s’agissait d’un mouvement extrémiste sans réelle influence. Elle constate cependant que tout a changé en 1922 lorsque Mussolini a pris le pouvoir après sa marche sur Rome et que le roi l’a nommé Premier ministre. Depuis, Mussolini, appelé Il Duce par ses partisans, a transformé les institutions italiennes selon sa vision, notamment la police, l’armée et l’éducation. Posie espérait que Venise, avec son caractère ancien et mystérieux, resterait éloignée de ces bouleversements politiques, mais la présence du commissaire et de ses hommes lui prouve le contraire.
Salvarocca, remarquant son silence, commence alors à lui présenter la ville. Il lui explique que le Grand Canal est la principale artère de Venise, longue de plusieurs kilomètres et bordée par deux cents palais magnifiques mais fragiles, rongés peu à peu par le temps et l’humidité. Il lui montre le pont du Rialto, l’un des rares passages au-dessus du canal, ainsi que les quartiers animés de la ville. Malgré son admiration pour les paysages, Posie reste prudente à l’égard du commissaire, qu’elle considère toujours comme un représentant du régime fasciste. Elle lui demande finalement où ils se rendent, et il lui explique que la famille Romagnoli a été déplacée dans l’English Guesthouse de Mrs Persimmon après l’évacuation du palais incendié.
Salvarocca précise que cette maison d’hôtes se trouve près de l’église anglaise St George’s et qu’elle a été choisie car la comtesse Romagnoli est anglaise et possède de nombreux proches de cette origine vivant avec elle. Il mentionne également Dickie Alladice, le frère de la comtesse et ami d’Alaric, qui avait invité Posie et son fiancé à séjourner au palais. Posie apprend ainsi que l’invitation venait surtout de lui, car Dickie Alladice soutient financièrement certains projets d’Alaric. Elle demande ensuite pourquoi Alaric n’est pas venu lui-même la chercher s’il est indemne.
Le commissaire lui révèle qu’il a vu Alaric sur les lieux de l’incendie, couvert de suie et sentant l’essence. Son fiancé aidait les pompiers et les policiers car Dickie Alladice avait laissé un objet important dans sa chambre et Alaric avait promis de le récupérer. Posie reconnaît immédiatement ce comportement : malgré le danger, Alaric a toujours été attiré par les situations difficiles. Mais un détail la trouble profondément : l’odeur d’essence. Salvarocca lui explique alors discrètement que la présence de pétrole indique probablement un acte criminel. L’incendie pourrait être un incendie volontaire, et il lui demande de ne pas révéler cette information. Posie comprend avec inquiétude qu’elle arrive dans une situation bien plus dangereuse qu’elle ne l’imaginait.
Le bateau poursuit sa route à travers la fumée et les cris jusqu’au palais Romagnoli. Salvarocca lui montre les lieux depuis le canal : une foule s’est massée sur le pont de l’Accademia pour observer le désastre, tandis que des flammes et de la fumée s’élèvent encore du bâtiment. Lorsque Posie découvre le palais en feu, elle est horrifiée par le spectacle. L’immense demeure bleue, autrefois élégante avec ses balcons et ses fenêtres vénitiennes, est ravagée par les flammes. Des pompiers escaladent la façade avec leurs tuyaux tandis que des morceaux brûlants tombent dans l’eau comme des cendres.
Posie s’inquiète qu’Alaric ait pu pénétrer dans un tel endroit, mais Salvarocca lui explique que les chambres concernées étaient accessibles par une zone moins touchée par le feu, avec un réseau d’échelles métalliques à l’arrière du bâtiment. Il assure qu’il n’aurait jamais permis une entrée inutilement dangereuse. Après avoir débarqué sur le Campo San Vio, près de l’église anglaise et de la maison de Mrs Persimmon, Posie découvre une petite place sombre mais animée par les chats errants, les touristes costumés et les préparatifs de la Festa della Salute du lendemain. Elle décide de continuer seule vers la maison d’hôtes.
Avant de partir, Salvarocca insiste pour lui ouvrir la porte. Un domestique en uniforme apparaît dans la lumière chaleureuse de l’entrée, offrant un contraste rassurant avec la fumée et l’agitation extérieure. Le commissaire s’éloigne ensuite dans l’obscurité, mais Posie l’entend murmurer une phrase étrange affirmant que quelqu’un avait raison et qu’elle était très belle. Lorsqu’elle lui demande de qui il parle, il a déjà disparu dans la nuit vénitienne.
11.La Nuit Vénitienne de Posie Parker
Posie Parker arrive dans une petite pension lugubre de Venise et s'entretient brièvement avec le majordome Jones tout en s'inquiétant de l'absence prolongée de M Boynton-Dale. Elle se rend ensuite dans le grand salon de la maison, un espace immense et richement décoré dont les murs sont tapissés de miroirs et qui offre une vue directe sur le palais en feu de l'autre côté du canal. Dans cette pièce, elle fait la connaissance de Lucy Christie, la compagne de la comtesse, ainsi que de Dickie Alladice, un homme élégant mais visiblement nerveux qui sent fortement l'alcool et qui semble incapable de détacher son regard de l'incendie extérieur.
Dickie explique à Posie qu'Alaric est retourné courageusement dans les flammes pour récupérer un objet de la plus haute importance malgré les risques évidents. Posie discute brièvement avec lui tout en essayant de masquer son angoisse grandissante face à ce retard qui s'allonge. Dickie lui rappelle alors que c'est en réalité sa sœur, la comtesse Bella Alladice, qui a rendu possible leur séjour vénitien, tout en précisant que l'invitation venait à l'origine d'Alaric.
La comtesse Bella se tourne enfin vers Posie et se montre immédiatement caustique et abrasive envers son entourage, humiliant publiquement sa compagne Lucy Christie. Bella interpelle ensuite brutalement la jeune femme au sujet d'Alaric, suggérant avec une cruauté évidente qu'il est tragique de perdre un fiancé dans un incendie tout en laissant entendre qu'il aurait pu être séduit par une autre femme. Cette remarque déstabilise profondément Posie et plonge l'ensemble des personnes présentes dans un silence glacial.
12.Les secrets du palais brûlé
Posie Parker se retrouve au centre de l’attention du groupe réuni dans le salon après l’incendie du palais Romagnoli, lorsque Bella Alladice l’interroge de façon provocatrice sur une « autre femme » qui aurait accompagné Alaric à Constantinople. Posie ignore si cette insinuation est connue de tous ou si Bella cherche simplement à la déstabiliser. Se rappelant les avertissements de son amie Dolly Cardigeon sur la cruauté et le goût des conflits de Bella, elle répond avec calme qu’elle fait entièrement confiance à Alaric et qu’elle ne croit pas l’avoir perdu. Bella semble accepter sa réponse, mais retourne s’isoler avec une attitude boudeuse. Lucy Christie tente alors de rassurer Posie, expliquant que Bella est probablement seulement effrayée par l’incendie et par l’avenir incertain.
Lucy présente ensuite à Posie les autres membres du groupe. Roger Valentine, le secrétaire personnel de Bella et de Dickie Alladice, apparaît comme un homme intelligent, élégant et légèrement ironique, qui observe tout avec une grande attention. Posie est intriguée par ce personnage, qui semble peu impressionné par la famille qu’il sert malgré ses capacités évidentes. Elle se demande quelles raisons ont pu pousser un homme aussi compétent à travailler pour Bella. Aunt Minnie Alladice, une femme délicate et bavarde passionnée par les cercles mondains anglais, accueille Posie avec enthousiasme. Elle se montre ravie de rencontrer une personnalité connue et demande à Posie des nouvelles d’un livre de Dorothy L. Sayers qu’elle n’arrive pas à se procurer. Pour mettre fin à la conversation, Posie lui promet de lui prêter son exemplaire.
Lucy conduit ensuite Posie auprès du comte Giancarlo Romagnoli, qui observe tristement son palais familial en flammes. Le jeune homme, d’une grande beauté mais d’une apparence fragile et mélancolique, semble écrasé par la perte de six siècles d’histoire familiale. Posie est frappée par le contraste entre Giancarlo et Bella, comprenant à quel point leur mariage est improbable et fondé sur l’argent plutôt que sur l’affection. Lucy lui révèle que les soupçons concernant l’incendie se portent sur les Corsettis, une ancienne famille noble devenue criminelle après sa disgrâce, qui entretient une vieille querelle avec les Romagnoli. Elle précise toutefois qu’elle pense que l’affaire est probablement liée à des questions financières plutôt qu’à une véritable vendetta romantique.
Au cours de leur conversation, Lucy explique à Posie que Giancarlo aurait dilapidé une grande partie de la fortune obtenue grâce à son mariage avec Bella. Selon les rumeurs, il aurait vendu ou mis en gage de nombreux trésors familiaux avant l’incendie, notamment des tableaux, des bijoux et des objets précieux. Elle insiste sur le fait qu’elle ne possède aucune preuve et ne parle que comme une humble compagne de Bella. Posie comprend néanmoins que la situation du jeune comte est bien plus compliquée qu’il n’y paraît. Elle profite de cette confiance naissante pour demander à Lucy ce que Bella voulait dire en parlant d’une autre femme liée à Alaric. Lucy évite de répondre directement, supposant que Bella est simplement jalouse de Posie et de son mariage prochain.
Lucy confie ensuite son propre malaise vis-à-vis du palais Romagnoli, où elle vit depuis le mariage de Bella. Elle décrit un lieu loin du rêve romantique d’un palais vénitien, marqué par l’humidité, les mauvaises odeurs, les eaux stagnantes, les rats, les bruits incessants et une atmosphère oppressante. Selon elle, le bâtiment semble cacher quelque chose, comme s’il refusait de révéler ses secrets. Elle raconte alors à Posie la légende de la Mariée au gui, une histoire de jeune femme disparue après s’être cachée lors d’un jeu. Cette histoire rappelle une ancienne disparition survenue au palais, lorsque l’une des filles Romagnoli se serait cachée dans une chambre secrète pour échapper à un prétendant indésirable et n’aurait jamais été retrouvée. Le palais, autrefois utilisé comme casino, aurait été rempli de passages et de cachettes secrètes, dont certains seraient encore inconnus.
Alors que Posie écoute cette histoire inquiétante, elle remarque que l’homme qui se trouvait avec Giancarlo a disparu. Lucy lui apprend qu’il s’agit probablement d’un voyageur commercial suisse, un certain Mr Löhri ou Löhrson, qui séjourne habituellement chez Mrs Persimmon. Posie est déçue de comprendre que cet homme n’est pas celui qu’elle croyait reconnaître. Elle décide alors de monter chercher le livre promis à Aunt Minnie afin de quitter l’atmosphère pesante du salon. Mais au moment de traverser le hall aux miroirs, la porte s’ouvre brutalement et Alaric apparaît, couvert de suie mais sain et sauf, portant un petit coffre-fort argenté récupéré dans l’incendie.
La présence d’Alaric provoque un immense soulagement chez Posie, qui est heureuse de retrouver son fiancé après deux mois de séparation. Cependant, cette joie est immédiatement troublée lorsqu’Alaric remarque qu’elle tient encore le morceau de couverture de magazine qu’elle avait arraché à Victoria et caché dans sa poche. Son expression change lorsqu’il comprend qu’elle a retrouvé cette image compromettante. Posie réalise alors qu’il connaissait bien l’existence de ce magazine, et que leurs retrouvailles tant imaginées prennent une tournure douloureuse et inattendue. Avant qu’elle puisse s’expliquer, Alaric se montre contrarié par le moment choisi pour ressortir cette affaire. Puis une silhouette imposante apparaît dans l’encadrement de la porte : le commissaire Salvarocca entre dan
13.Le palais de Venise et l incendie
Posie et Alaric apprennent par le chef de police que l incendie du palais etait un acte criminel commis avec de l essence dans la chambre de la comtesse Bella Alladice. La police a deja arrete Pietro Corsetti comme suspect principal bien que le comte discute cette hypothese avec irritation. Le commissaire insiste sur la gravite de la situation car l un des occupants etait vise par cette tentative de meurtre avant de quitter les lieux.
Lucy Christie vient chercher Posie pour un entretien prive avec la comtesse dans sa chambre en desordre. Bella confie a Posie qu elle se sent surveillee depuis des mois par un bateau suspect et qu elle a recu une lettre de menace anonyme evocatrice d une ancienne piece secrete. Elle explique egalement ses relations familiales complexes ainsi que les details de son testament qui legue sa fortune aux chats et ses parts d entreprise a sa tante Minnie.
Posie realise que le danger provient probablement de l interieur du palais parmi les proches de la comtesse. Elle accepte de l aider malgre ses reticences et interroge Bella sur sa haine envers Lucy Christie. La comtesse repond laconiquement que Lucy vole les cœurs qui ne lui appartiennent pas juste avant le retentissement du gong pour le diner.
14.Sous la pluie des secrets vénitiens
Au pensionnat de Mrs Persimmon, le dîner est marqué par une nourriture médiocre et par l’absence remarquée du voyageur de commerce rencontré plus tôt. Posie s’étonne de ne pas voir Mr Stefan Löhri à table et interroge discrètement la propriétaire. Mrs Persimmon lui explique que cet homme est un vendeur suisse de montres, un client respectable mais d’un rang qu’elle juge inférieur, et qu’il mange séparément dans la cuisine parce qu’elle ne veut pas mélanger les catégories sociales. Posie remarque avec malaise le mépris de la propriétaire pour ceux qui ne correspondent pas à son idée de la bonne société. Plus tard, profitant d’un moment d’inattention, elle consulte le registre téléphonique près de l’entrée et découvre que Löhri a passé plusieurs appels internationaux vers Zürich en passant par Rome, à intervalles réguliers pendant la soirée. Cette découverte semble confirmer son lien avec la Suisse et éloigner l’idée qu’il puisse être la personne qu’elle soupçonnait auparavant, même si son comportement lui paraît toujours étrange.
Après le dîner, Alaric propose à Posie de sortir malgré le mauvais temps. La pluie devient rapidement une violente averse et le vent rend la promenade difficile, mais ils quittent avec soulagement l’atmosphère étouffante du pensionnat. Sous un parapluie, sans vraiment se toucher, ils traversent les rues sombres de Venise jusqu’à la pointe de l’île, près de la Salute et de la Dogana da Mar. Posie découvre un paysage impressionnant de nuit, avec les bateaux éclairés, les ouvriers préparant un pont provisoire pour les pèlerins, les vagues qui frappent les pierres et les lumières lointaines qui se reflètent sur l’eau. Dans cet endroit isolé, Alaric tente d’expliquer son état d’esprit depuis son arrivée. Il s’excuse pour les circonstances désastreuses du voyage, l’incendie du Palais, la perte de ses affaires et l’obligation de porter des vêtements empruntés. Il affirme vouloir rendre le séjour agréable pour Posie malgré les difficultés. Celle-ci lui répond que les problèmes matériels ne sont pas ce qui la trouble et que leur véritable difficulté vient de leur séparation prolongée, qui leur donne l’impression d’être devenus presque des étrangers.
La conversation devient alors une confrontation sur leur relation. Posie avoue qu’elle est blessée par ce qu’elle a découvert dans un magazine concernant Silvia Hanro, une femme qu’Alaric a accompagnée à Constantinople. Elle lui reproche de ne pas lui avoir parlé de cette proximité et lui demande ce qui s’est réellement passé. Alaric reconnaît avoir passé beaucoup de temps avec Silvia, mais explique qu’elle était seule, célèbre et exposée à des dangers, et qu’il considérait qu’il était de son devoir de l’aider. Posie reste méfiante, estimant qu’il a surtout évité de lui dire la vérité par peur de sa réaction. Alaric lui assure cependant qu’il l’aime toujours et qu’il n’a jamais cessé de vouloir l’épouser. Elle finit par lui parler d’un autre sujet qui l’intrigue, la raison de sa présence à Venise auprès de Dickie Alladice. Alaric révèle que Dickie l’a invité parce qu’il soutient financièrement plusieurs de ses expéditions prévues, notamment un grand voyage dans l’Himalaya, et qu’il souhaite en échange qu’Alaric devienne son partenaire dans une entreprise de verre vénitien destiné aux grands magasins anglais. Alaric explique qu’il pourrait utiliser sa notoriété pour promouvoir les produits, même s’il ne connaît pas réellement le commerce du verre. Posie trouve cette idée surprenante et douteuse, car elle a l’impression que Dickie cherche surtout à exploiter le prestige d’Alaric. Celui-ci admet que certains éléments restent flous mais affirme qu’il vérifiera tout avant de signer les documents prévus pour la semaine. Il ajoute qu’il envisage peut-être une vie plus stable, car le mariage et une éventuelle famille pourraient l’éloigner des expéditions dangereuses. Cette déclaration rassure partiellement Posie, qui comprend qu’il souhaite toujours leur union à St George’s Church le jeudi suivant. Après cette réconciliation fragile, ils s’embrassent et retrouvent momentanément la proximité qu’ils avaient perdue. Pourtant, Alaric annonce qu’il lui reste encore quelque chose à lui révéler au sujet de Silvia. Avant qu’il puisse parler, un bruit de pas retentit derrière eux sur les pierres mouillées. Quelqu’un qui les observait dans l’ombre semble avoir entendu suffisamment de leur conversation, et Alaric se retourne brusquement tandis que Posie pense reconnaître la présence d’un témoin caché.
15.Une nuit de révélations cachées
Après leur discussion tendue au bord du canal, Posie et Alaric reprennent le chemin du pensionnat sous la pluie, encore bouleversés par les secrets qui les entourent. Ils s’arrêtent un moment sur un petit quai du Campo San Vio pour regarder le Palais Romagnoli, détruit par l’incendie, dont il ne reste qu’une carcasse sombre et fumante. Les pompiers ont abandonné la lutte et le bâtiment semble être devenu une maison vide et hantée. Posie tente de rassurer Alaric en lui rappelant que personne n’a été blessé et qu’il a réussi à récupérer le coffre de Dickie, mais elle remarque que son fiancé reste troublé et que sa main tremble. Alaric finit par reprendre ses esprits et affirme que ce n’est qu’un bâtiment, ajoutant que Salvarocca, un homme qu’il juge fiable, saura probablement régler les conséquences de l’incendie. Il mentionne également que Salvarocca connaît Richard Lovelace grâce à une ancienne affaire policière à Rome, ce qui éveille la méfiance de Posie. Elle trouve étrange que tant de personnages de leur entourage semblent reliés par des relations inattendues.
Sur le chemin du retour, Posie aperçoit une silhouette noire entrer dans le pensionnat de Mrs Persimmon. Alors qu’elle croit retrouver enfin un peu de calme avec Alaric, celui-ci lui annonce brusquement qu’il devra partir de son côté le lendemain et qu’elle devra visiter Venise seule. Il explique qu’il doit retrouver quelque chose d’important et de précieux. Posie suppose d’abord qu’il s’agit de remplacer des objets perdus dans l’incendie, mais elle comprend rapidement que son explication ne suffit pas. Lorsqu’ils arrivent devant la porte du pensionnat, Alaric refuse de monter avec elle et prétend devoir repartir immédiatement. Posie est blessée et frustrée, car elle ne comprend pas pourquoi il doit encore s’éloigner après leur récente réconciliation. Elle refuse de l’attendre docilement et lui demande une explication avant qu’il ne revienne dans sa chambre. Face à son silence, sa colère éclate. Elle lui dit qu’elle ne veut plus le voir, peut-être même pas le lendemain ni après, puis elle entre seule dans le bâtiment, laissant Alaric sous la pluie et dans l’obscurité.
Dans le vestibule du pensionnat, Posie découvre que Lucy Christie est également revenue de l’extérieur. Lucy lui explique qu’elle était sortie chercher un médicament pour Bella Alladice, qui souffre encore de violents maux de tête. Contrairement à Posie, Lucy est restée au sec grâce à une grande cape imperméable mise à disposition des clients. Elle remarque l’état de Posie, trempée et frigorifiée, et lui propose de l’aider. Comme il est trop tard pour obtenir un bain chaud, Lucy lui offre une petite flasque en argent contenant une liqueur qui pourrait la réchauffer ou l’aider à dormir. Pendant que Lucy se tient près du téléphone et du registre des appels, Posie ressent de nouveau cette étrange impression d’être observée. Elle croit apercevoir un mouvement dans l’ombre près du porte-chapeaux, comme si quelqu’un d’autre se trouvait dans le hall, mais elle décide finalement que ce n’est probablement qu’un courant d’air provoqué par la tempête. Cependant, son instinct reste en éveil et elle revient à la question qui l’obsède depuis le début de la soirée, celle des appels de Stefan Löhri.
Posie demande alors à Lucy, qui maîtrise l’italien, de contacter l’opérateur téléphonique pour vérifier les communications passées depuis le pensionnat. Après un échange rapide en italien avec l’opérateur de Rome, Lucy découvre que trois appels ont bien été effectués ce soir-là, mais qu’ils n’étaient pas reliés à la Suisse comme Posie l’avait cru en consultant le registre. Les appels étaient en réalité destinés à Londres, à Whitehall. Cette révélation confirme que Stefan Löhri cache quelque chose et que son histoire de simple vendeur suisse ne correspond probablement pas à la réalité. Posie remercie Lucy et inscrit son nom dans le registre afin de payer l’appel plus tard. De retour dans sa chambre, elle tente de se calmer après cette soirée éprouvante. Elle enlève ses vêtements mouillés, enfile son pyjama, cache sa tenue de mariage sous le lit et s’installe sur son lit inconfortable. Le bruit de la pluie, des gouttières et des rues sombres de Venise l’empêche de trouver le repos. Elle boit une gorgée de la liqueur de Lucy, dont le goût lui paraît étrange mais agréable, presque familier, puis remarque sur la flasque une gravure ancienne portant les lettres AA.
Avant de s’endormir, Posie repense à toutes les personnes rencontrées depuis son arrivée. Elle songe à Bella Alladice, probablement seule avec sa peur et ses mystérieux messages menaçants, à l’homme blond qui semble mentir sur son identité et recevoir des ordres venus de Londres, ainsi qu’à Lucy Christie, Dickie Alladice, Roger Valentine et les autres membres du groupe réuni à Venise. Elle a le sentiment que chacun d’eux dissimule une partie de la vérité et qu’aucun ne peut être considéré comme totalement fiable. Alaric lui-même reste pour elle une énigme à cause de son comportement, de Silvia Hanro et de ses explications incomplètes. Alors que le sommeil finit par l’envahir, quelqu’un frappe deux fois à sa porte. Pensant qu’il s’agit d’Alaric venu tenter de s’expliquer, Posie lui ordonne de partir. Mais une voix grave et légèrement accentuée lui répond que ce n’est pas son fiancé. Reconnaissant cette voix, Posie se lève aussitôt, mais lorsqu’elle ouvre la porte, deux mains puissantes l’empoignent et l’entraînent violemment hors de sa chambre.
16.Le secret du faux prêtre
Posie découvre que l’homme qui l’a enlevée de sa chambre est le mystérieux homme blond qu’elle avait déjà rencontré presque deux ans auparavant, lorsqu’il était déguisé en prêtre. Malgré son entrée clandestine et son comportement secret, elle lui fait confiance en raison de l’aide qu’il lui avait apportée dans le passé. L’homme lui demande de le suivre jusqu’à sa chambre cachée dans une partie isolée du pensionnat de Mrs Persimmon, loin des autres occupants. Ils traversent des couloirs sombres puis atteignent une petite pièce située dans un ancien local de blanchisserie. Posie découvre qu’il ne s’agit pas vraiment d’une chambre, mais d’un espace dissimulé où l’homme vit avec très peu d’affaires : un lit étroit, quelques livres, des crayons, des lunettes et une valise de voyage. Il lui explique qu’il a obtenu cet endroit en prétendant être asthmatique et avoir besoin d’un lieu sec, mais que la véritable raison de son choix est son emplacement stratégique. Une grande fenêtre donne sur une terrasse ancienne offrant une vue directe sur le Grand Canal et surtout sur le Palais Romagnoli incendié. Des jumelles posées près de la fenêtre révèlent qu’il observait le bâtiment depuis cette cachette.
L’homme blond, trempé et frigorifié, demande à boire dans la flasque que Posie tient encore à la main. En goûtant la liqueur, il se plaint de son étrange saveur d’amande et comprend qu’elle provient probablement de Bella Alladice, qui apprécie particulièrement ce parfum. Posie réalise alors pourquoi la boisson lui semblait si familière et explique qu’elle appartenait à Lucy Christie. La conversation devient ensuite une confrontation sur leur identité respective. Posie lui reproche d’avoir espionné sa discussion avec Alaric près de la Customs House et de l’avoir suivi dans le pensionnat. L’homme reconnaît qu’il l’observait et qu’il a décidé de lui parler parce qu’il craignait qu’elle ne découvre son secret. Il lui révèle que, contrairement à ce qu’il avait laissé croire, il n’est pas un simple vendeur de montres suisse. Posie se souvient alors de leur précédente rencontre à Maypole Manor, lors d’une affaire dangereuse où il s’était présenté comme le père Moriarty, un prêtre du Kent. Elle se rappelle aussi qu’il avait ensuite admis être le docteur Matthias Brenner, un médecin allemand spécialisé dans les poisons, et qu’Inspector Lovelace avait vérifié ses documents après l’affaire. Pourtant, elle comprend maintenant qu’aucune de ces identités n’était totalement vraie.
L’homme explique à Posie qu’il n’avait pas inventé seul ces histoires : il suivait des ordres et avait reçu de faux documents, notamment une fausse photographie destinée à rendre son identité crédible. Il lui révèle finalement son véritable prénom, Max, mais refuse de donner son nom de famille. Il raconte son passé de médecin allemand. Formé à Berlin, il avait été contraint pendant la guerre de participer au développement de gaz toxiques, une expérience qui l’avait profondément marqué. Après avoir demandé un transfert, il avait été envoyé comme médecin militaire sur le front, où il avait soigné des soldats blessés. Lors de la bataille de Messines en 1917, il avait pris en charge un officier anglais grièvement blessé, un homme qu’il avait soigné toute une nuit en lui promettant de l’aider à rentrer chez lui. Cet officier portait un crucifix et une médaille de Saint Christophe, et Max lui avait confié son propre désespoir face à son rôle dans la guerre et son désir de quitter cet enfer. Peu après, alors qu’il travaillait encore dans un hôpital militaire, Max avait été convoqué par des hommes qui l’avaient emmené à cheval puis forcé à monter sur un bateau. Des agents britanniques lui avaient alors proposé de rejoindre une organisation secrète, sous la menace d’une arme. Il avait accepté de devenir un agent travaillant pour les intérêts britanniques, chargé notamment de surveiller les trafics clandestins et les ventes internationales d’armes.
Max explique à Posie qu’il ne travaille ni pour MI5 ni pour MI6, mais pour une organisation indépendante qui collabore parfois avec eux. Son passé allemand fait de lui un agent particulièrement utile, car il peut enquêter sur d’éventuels espions ou réseaux étrangers. Il affirme cependant qu’il ne pourra jamais revenir dans son pays, où il serait considéré comme un traître. Posie lui demande alors s’il a déjà retrouvé l’officier anglais qu’il avait sauvé à Messines. Max raconte qu’il a seulement cru l’apercevoir une fois dans un couloir de Whitehall, des années plus tard, reconnaissant son visage marqué par des cicatrices. Il n’a jamais su qui était cet homme ni pourquoi leurs destins avaient été liés. Posie lui demande ensuite ce qu’il fait à Venise, mais Max refuse de révéler les détails de sa mission. Il précise seulement qu’elle est courte, urgente et sans rapport direct avec elle.
Alors que Posie s’apprête à partir, Max lui demande de regarder avec lui à travers ses jumelles. Il lui montre des lumières qui apparaissent dans les ruines du Palais Romagnoli. Posie pense d’abord qu’il s’agit simplement d’hommes envoyés par la police pour surveiller le bâtiment, mais Max lui rappelle que l’endroit est trop dangereux pour qu’un commissaire y envoie ses hommes. Il lui révèle alors que ce qu’elle voit correspond probablement à l’activité mystérieuse qu’Alaric lui a cachée lorsqu’il a refusé de rentrer avec elle au pensionnat. Selon Max, Alaric se trouve dans le palais en train de chercher ce qu’il prétendait devoir retrouver, quelque chose de précieux. Posie est bouleversée par cette révélation et comprend qu’Alaric lui dissimule encore des choses. Avant qu’elle parte, Max l’avertit qu’une forme de mal règne dans le pensionnat et qu’une menace plus personnelle semble peser sur elle. Il critique également Alaric, qu’il juge incapable de prendre de bonnes décisions et indigne de Posie. Lorsqu’il lui affirme que le mariage prévu jeudi n’aura peut-être pas lieu et qu’Alaric serait incapable de lui dire la vérité, Posie se met en colère et défend son fiancé. Elle quitte la pièce sans vouloir entendre davantage. En retournant vers sa chambre, elle aperçoit Lucy Christie entrer discrètement dans celle de Roger Valentine, ce qui ajoute encore un nouveau mystère à cette nuit déjà pleine de révélations. De retour dans sa chambre, Posie ferme la porte à clé, épuisée et troublée par tout ce qu’elle vient d’apprendre.
17.Les ombres de Venise
Posie Parker se réveille tôt après une nuit agitée et décide de reprendre le contrôle d’elle-même en adoptant une attitude froide et déterminée. Elle revêt son tailleur en tweed rouge sombre, remet ses saphirs de mariage et ajoute un rouge à lèvres éclatant, comme une déclaration de force face aux incertitudes qui l’entourent. Elle choisit de ne pas penser à Alaric, absent et mystérieux, ni à Max, l’espion allemand rencontré la veille, et se concentre plutôt sur la demande d’aide de Bella Alladice concernant les menaces qui pèsent sur elle. Au petit déjeuner, elle explique à la comtesse qu’elle souhaite enquêter sur sa situation et lui propose d’emprunter Lucy Christie pour l’aider grâce à ses connaissances de l’italien. Bella accepte volontiers, car elle doit rester seule pour s’occuper de documents importants et de ses propres affaires.
Accompagnée de Lucy, Posie visite Venise sous une apparence de simple touriste, mais son esprit reste occupé par son enquête. Elles découvrent la basilique Saint-Marc, achètent quelques souvenirs, puis se rendent près du Palais des Doges. En observant la ville, Posie réfléchit à l’étrange beauté de Venise, une cité magnifique mais fragile, construite sur des fondations incertaines. Lucy partage son amour pour la ville tout en soulignant son caractère dangereux, rappelant que même les monuments les plus solides peuvent disparaître soudainement, comme le campanile de Saint-Marc qui s’est effondré autrefois avant d’être reconstruit. Ces paroles renforcent chez Posie l’impression que rien ni personne à Venise n’est réellement ce qu’il semble être. Elle continue à soupçonner Lucy, dont l’identité et les intentions lui paraissent encore mystérieuses.
Au Café Florian, Posie profite d’un moment d’isolement pour utiliser le téléphone public et contacter Londres. Elle appelle Scotland Yard afin de demander des renseignements sur plusieurs personnes liées à l’affaire Alladice. Le chef inspecteur Richard Lovelace étant absent pour une mission confidentielle, elle parle au sergent Rainbird, qui accepte malgré son travail chargé de rechercher des informations sur les antécédents, les dossiers de police, les liens militaires ou les activités suspectes de Bella Alladice, Dickie Alladice, Lucy Christie et d’autres personnes. Elle appelle ensuite son agence de détectives à Londres et découvre que son jeune employé Sidney est seul au bureau, Prudence étant absente pour s’occuper de sa mère malade et Len étant sorti. Elle lui confie une nouvelle tâche urgente : consulter le testament de John Alladice à Somerset House afin de découvrir comment il avait réparti ses biens et s’il avait laissé des indications particulières sur certaines personnes.
À son retour à la table du café, Posie retrouve Dickie Alladice et sa tante Minnie, qui se sont installés avec Lucy. Dickie annonce qu’il envisage de transférer tout le groupe au prestigieux Hôtel Metropole après l’incendie du palais Romagnoli, jugeant impossible de rester chez Mrs Persimmon. Il propose même de prendre les frais à sa charge. Il interroge ensuite Posie sur son mariage et son voyage de noces avec Alaric, ce qui la met profondément mal à l’aise, car elle réalise qu’elle et son fiancé n’ont en réalité rien organisé ensemble. Lucy intervient habilement pour éviter l’embarras en affirmant qu’un voyage de noces doit rester une surprise. Mais cette remarque renforce les doutes de Posie sur Alaric et sur la place qu’elle occupe réellement dans ses projets.
En observant Dickie et Lucy, Posie remarque leur proximité troublante. Lucy semble parfaitement à l’aise avec lui, fumant, plaisantant et posant parfois une main sur son genou tout en conservant une certaine distance. Posie s’interroge sur ses véritables motivations et se demande si Lucy cherche à épouser Dickie pour échapper à sa situation précaire. Elle repense également à la bague en diamant cachée que Lucy porte et à la scène de la nuit précédente où elle l’a vue entrer discrètement dans la chambre de Roger Valentine. De nouveaux soupçons apparaissent autour de chacun des membres du groupe. En regardant la pluie tomber sur la place Saint-Marc, Posie pense à son frère Richard, mort en 1917, et se demande ce qu’il lui conseillerait face à cette situation dangereuse. Elle remarque alors une étrange coïncidence : Bella Alladice avait rédigé son testament deux mois auparavant, au même moment où les menaces avaient commencé.
Ses réflexions sont interrompues lorsqu’elle entend Dickie murmurer des paroles rassurantes à Lucy, lui disant de tenir bon et que tout ira bientôt mieux. Posie comprend que cette conversation cache quelque chose d’important, mais avant de pouvoir en tirer des conclusions, une agitation éclate dans le café. Jones apparaît sous la pluie, courant vers eux, visiblement bouleversé. Son visage exprime une inquiétude profonde lorsqu’il entre dans le café. Posie comprend immédiatement que quelque chose est arrivé à Bella Alladice. Jones confirme que Mrs Persimmon l’a envoyé chercher le groupe. Lorsque Dickie demande ce qui s’est passé, Jones, épuisé et incapable de retenir la nouvelle plus longtemps, annonce que sa sœur est morte. Posie ressent alors l’horreur de voir son enquête arriver trop tard et comprend que les événements qu’elle tentait d’empêcher se sont déjà accomplis.
18.Les ombres de Venise
Posie se réveille tôt à Venise et se prépare avec une froide détermination qui ressemble à un mécanisme de défense. Elle enfile son tailleur de tweed rouge sombre, remet ses saphirs de mariage par défi et ajoute un rouge à lèvres éclatant, décidée à profiter de sa matinée comme une simple touriste plutôt qu’à penser à Alaric ou à l’étrange espion allemand qu’elle a revu la veille. Au petit déjeuner, elle profite de l’absence des deux hommes pour réfléchir à la demande d’aide de Bella Alladice et organise mentalement une enquête sur la situation inquiétante de la comtesse. Lorsque Bella arrive accompagnée de Lucy, Posie lui propose d’emprunter sa compagne pour la journée, officiellement pour l’aider avec la langue, mais aussi parce qu’elle souhaite une présence amicale. Elle confie discrètement à Bella qu’elle a déjà quelques idées et qu’elle va effectuer des recherches afin de lui fournir un rapport avant la fin de la journée. Bella accepte volontiers, car elle doit rester seule pour examiner des documents liés à ses affaires, laissés par Roger Valentine pendant sa demi-journée de congé.
À huit heures trente, Posie et Lucy partent explorer Venise. Elles visitent la basilique Saint-Marc, admirant son atmosphère sombre, ses trésors et ses mystères, puis Posie achète quelques souvenirs pour Dolly, Prudence et Phyllis, la fille du chef inspecteur Lovelace dont elle est la marraine. Elles essaient ensuite de visiter le Palais des Doges, mais arrivent trop tard pour la séance du matin et prennent des billets pour l’après-midi. En attendant, elles observent la ville depuis le quai, près des colonnes qui marquent l’entrée de Venise. Posie réfléchit à cette cité magnifique construite sur une apparente fragilité, tandis que Lucy lui explique que Venise est un endroit où rien n’est exactement ce qu’il semble. Elle évoque la beauté de la lumière, son plaisir de peindre les variations de l’eau et du ciel, mais aussi le danger permanent d’une ville sans véritables fondations. Elle rappelle notamment que le Campanile de Saint-Marc s’est autrefois effondré avant d’être reconstruit, donnant à Posie l’impression que cette ville repose sur des apparences trompeuses. Cette remarque renforce les propres inquiétudes de Posie, qui sent que Venise cache des menaces et que certaines personnes pourraient ne pas en sortir indemnes.
Cherchant à obtenir des informations, Posie entraîne Lucy au Café Florian afin de boire un café et de téléphoner discrètement à Londres. Dans une cabine isolée, elle contacte Scotland Yard et demande le chef inspecteur Lovelace, mais apprend qu’il est absent pour une affaire confidentielle. Elle parle alors au sergent Rainbird, qui a pris la place laissée vacante par le défunt sergent Binny. Posie lui demande de réunir rapidement des renseignements sur plusieurs personnes liées à l’affaire Alladice, notamment leurs dossiers de police, leurs antécédents militaires, leurs activités commerciales et tout élément suspect. Malgré son étonnement face au délai très court demandé, Rainbird accepte d’essayer de l’aider. Avant de raccrocher, Posie pense à son agence de détective à Londres, à Prudence et Len, et ressent fortement combien son bureau et sa vie habituelle lui manquent.
Elle appelle ensuite directement l’agence depuis Venise et est surprise d’entendre la voix de Sidney, le jeune employé de bureau, répondre au téléphone. Elle apprend que Prudence est rentrée chez elle pour s’occuper de sa mère malade et que Len est sorti chercher du lait et quelques provisions. Posie demande alors à Sidney de se rendre à Somerset House pour consulter le testament de John Alladice, mort pendant la guerre en juin 1917. Elle veut surtout découvrir comment il a réparti son argent et ses biens, car Bella lui a affirmé que son frère lui avait laissé ses parts d’entreprise tout en excluant volontairement Dickie. Sidney accepte avec enthousiasme et note les instructions, même si Posie sait qu’il devra probablement mémoriser les informations plutôt que rapporter des documents.
En retournant au Café Florian, Posie découvre que sa table près de la fenêtre a été occupée par Dickie Alladice et Aunt Minnie. Dickie, élégant dans un costume coûteux, semble très différent de l’homme nerveux rencontré la veille. Il se montre chaleureux, sociable et capable de mettre les autres à l’aise. Il propose de déplacer tout le groupe au prestigieux Hotel Metropole, estimant que Mrs Persimmon ne peut pas continuer à héberger autant de personnes après l’incendie du palais. Il explique que le comte Giancarlo est actuellement sur place avec les assurances et la police pour examiner les dégâts, une tâche difficile qui pourrait empêcher un retour au palais pendant longtemps. Dickie propose également de prendre en charge les frais de Posie et d’Alaric, puis évoque leur lune de miel. La question déstabilise Posie, car elle réalise avec colère qu’elle n’a encore rien organisé avec Alaric et qu’elle ignore même où il se trouve. Lucy intervient habilement en rappelant qu’une lune de miel peut être une surprise préparée par le marié, évitant ainsi à Posie une humiliation.
Pendant que Dickie plaisante et fume avec les autres, Posie observe attentivement les relations autour d’elle. Elle remarque l’aisance de Lucy auprès de Dickie, mais reste intriguée par la jeune femme, notamment par son alliance en diamant cachée et par le souvenir de l’avoir vue entrer dans la chambre de Roger Valentine la nuit précédente. Elle se demande si Lucy cherche simplement à épouser un homme riche ou si elle poursuit un objectif plus dangereux. La pluie commence à tomber violemment sur la place Saint-Marc, et Posie pense à son frère Richard, mort en 1917, ainsi qu’aux conseils qu’il aurait pu lui donner concernant Alaric et cette ville inquiétante où tout semble faux. Elle remarque alors un lien troublant entre les événements récents, car cela fait deux mois que Bella a rédigé son testament et deux mois que les menaces et les soupçons d’espionnage ont commencé.
Soudain, Posie entend Dickie murmurer à Lucy de garder son courage et lui promettre que tout ira bien bientôt. Elle comprend que quelque chose se trame entre eux, mais n’a pas le temps d’enquêter davantage. Un homme trempé et paniqué apparaît sous la pluie devant le café. C’est Jones, envoyé par Mrs Persimmon. Son visage bouleversé annonce une catastrophe avant même qu’il ne parle. Posie comprend immédiatement que son enquête arrive trop tard. Lorsque Jones révèle que la nouvelle concerne Bella Alladice, Dickie demande ce qui s’est passé, et Posie lui annonce avec gravité que sa sœur est morte.
19.Le parfum mortel des amandes
À son retour à la pension, Posie, Dickie, Lucy, Aunt Minnie et Jones sont accueillis par Mrs Persimmon, bouleversée mais soulagée de les voir revenir. La propriétaire leur explique qu’elle a découvert Bella Alladice morte avec Jones en allant débarrasser les affaires du petit déjeuner. Elle a immédiatement verrouillé la salle à manger pour préserver la scène et appelé le commissaire Salvarocca, mais elle ignore encore où trouver le jeune comte Giancarlo, qui n’est pas au courant du drame. Malgré le choc, Posie reprend instinctivement son rôle d’enquêtrice, prend des notes et organise les premières étapes de l’examen. Elle demande à Jones d’aller chercher Salvarocca et le comte au palais Romagnoli, puis rassemble Lucy et Dickie pour entrer avec elle dans la pièce. Elle les avertit de ne toucher à rien, car chaque détail peut constituer une preuve et disparaître avec le temps.
Dans la salle à manger verte, Posie découvre une scène tragique. Bella Alladice gît sur le sol, une main agrippée à la nappe avec sa bague en rubis encore brillante, l’autre serrant une flasque d’argent gravée des initiales AA. Elle remarque immédiatement que cette flasque ressemble étrangement à celle que Lucy lui avait prêtée la veille et qu’elle avait rendue en la déposant devant la chambre de la jeune femme. Des papiers, de l’encre, une tasse de café presque vide et des amandes roses sont éparpillés dans la pièce. Le portefeuille de cuir noir de Bella recouvre son visage, tandis que son chat Petrucci est également mort près d’elle. L’ensemble donne d’abord l’impression d’une crise soudaine, peut-être liée au cœur fragile de Bella. Dickie, bouleversé, retire le portefeuille du visage de sa sœur et veut la couvrir avec sa veste, mais Posie l’arrête afin de ne pas contaminer les preuves. Lucy s’effondre de culpabilité en se souvenant des gouttes pour le cœur de Bella, qu’elle était chargée de lui fournir et de lui administrer. Dickie tente de la rassurer, expliquant que Bella n’aurait peut-être pas eu le temps de les prendre. Il exprime ensuite une douleur contradictoire, disant q
20.Le poison dans la tasse
Salvarocca revient dans la salle à manger accompagné de Max, un homme au calme imperturbable qui porte une grande valise de voyageur de commerce et un chapeau tenu avec respect. Malgré son visage neutre, ses yeux bleus observent immédiatement le chaos et le corps de Bella Alladice. Posie explique au Commissario que Max est un médecin formé, spécialiste des poisons, connu également du Chief Inspector Lovelace grâce à une affaire passée. Rassuré de pouvoir obtenir un avis compétent, Salvarocca accepte de le laisser examiner la scène tout en lui demandant d’agir rapidement et sans laisser de traces.
Max reprend aussitôt son rôle d’expert médical. Il enfile des gants, sort des instruments, des bocaux et des papiers de test, puis examine le corps sans rien déplacer. Il analyse le visage, les mains, les restes de vomissure et le café avant de conclure que Bella est morte environ une heure et demie auparavant, entre dix heures et dix heures trente du matin. Selon lui, la cause du décès est une crise provoquée par une dose massive d’acide prussique, un poison de type cyanure. Les signes visibles sur le visage de la victime confirment cette hypothèse, notamment la coloration bleutée qui apparaît progressivement. Max affirme que la mort a été extrêmement douloureuse et exclut le suicide, estimant que personne ne choisirait une telle fin. Pour lui, il s’agit presque certainement d’un meurtre.
L’enquête se précise lorsque Posie demande où le poison aurait pu être introduit. Max explique qu’il avait d’abord soupçonné le café, mais que les tests du pot et du lait n’ont révélé aucune trace d’acide prussique. Il pense alors que le poison se trouvait dans la petite flasque d’argent contenant la liqueur ajoutée ensuite au café par Bella. Comme il s’agissait d’une liqueur aux amandes qu’elle appréciait, l’odeur du poison aurait été masquée et la victime n’aurait rien remarqué. Salvarocca, déçu que les soupçons de Posie soient confirmés, décide d’aller chercher le Count et de préparer la suite de la procédure. Il demande à Max de rencontrer le médecin de police, mais celui-ci refuse, expliquant qu’il ne peut officiellement apparaître dans l’affaire ni laisser de traces administratives sur son passage.
Resté seul avec Posie près du corps, Max lui révèle son inquiétude. Il lui explique que ce meurtre prouve que l’endroit est bien plus dangereux qu’elle ne l’imagine et que des personnes puissantes et sans scrupules sont prêtes à tuer pour parvenir à leurs fins. Il lui conseille de quitter Venise immédiatement, estimant qu’elle n’a aucune raison de risquer sa vie dans une affaire qui relève désormais de la police. Posie est troublée par cet avertissement, mais elle refuse de partir sans comprendre ce qui se passe. Max insiste alors en révélant que son fiancé Alaric lui ment. Il affirme qu’aucune cérémonie n’est prévue à l’église annoncée pour leur mariage et qu’il l’a vérifié lui-même. Posie, choquée, demande comment il peut le savoir, et Max répond qu’il observe les lieux et les gens, utilisant son statut d’homme invisible pour recueillir des informations.
Max lui apprend ensuite qu’Alaric avait l’intention de partir ce jour même. Il était revenu chercher ses affaires et préparer son départ, mais la découverte du meurtre a bouleversé ses plans. Il ignore encore où Alaric voulait aller ou pourquoi il voulait disparaître si rapidement, laissant à Posie le soin de résoudre ce mystère. Pour prouver ses capacités d’observation, Max sort une fine pièce de métal travaillée en forme de clé, montrant qu’il peut entrer dans les chambres et découvrir des secrets que les autres ignorent. Alors que le médecin de police doit arriver bientôt et que la surveillance du corps est assurée par un jeune policier, Max estime que Posie n’a plus rien à faire auprès de Bella. Il lui saisit le bras et lui propose de lui montrer ce qu’il a découvert. Malgré ses doutes et son trouble, Posie accepte de le suivre sans résistance.
21.Les secrets du couloir
Max emmène Posie à l’étage du palais Romagnoli, dans le couloir où se trouvent les chambres des membres les plus importants du groupe. Il s’arrête devant la porte d’Alaric et l’ouvre avec son passe-partout. Posie trouve presque ironique de pénétrer enfin dans la chambre de son fiancé, mais de manière clandestine et accompagnée d’un autre homme. La pièce est vaste, élégamment meublée et parfaitement rangée. Elle découvre sans surprise le sac de voyage en cuir d’Alaric déjà préparé près du lit, avec une étiquette indiquant Constantinople ainsi que ses documents de voyage britanniques. Elle comprend immédiatement qu’il n’y a rien d’autre à chercher, car Alaric n’a laissé aucun objet personnel derrière lui. Cette preuve confirme qu’il avait prévu de partir et renforce les doutes de Posie sur ses véritables intentions.
Dans le couloir, Posie demande à Max ce qu’il a appris sur les autres membres du groupe malgré son conseil de rester à l’écart de l’enquête. Après quelques hésitations, il accepte de partager ses découvertes. Il explique que Dickie Alladice est un homme très prudent qui garde ses affaires sous clé et possède même un coffre que son passe-partout n’a pas permis d’ouvrir. Il parle ensuite de Lucy Christie, dont la chambre révèle une vie modeste mais pas totalement dénuée de passé. Max a trouvé une boîte à chapeaux brûlée contenant de vieilles lettres, des souvenirs et des reçus de mandats mensuels envoyés en Angleterre, à une maison de soins située dans le nord du pays. Posie suppose qu’il s’agit d’un soutien financier destiné à un proche âgé, ce qui correspond à l’image généreuse qu’elle a de Lucy.
Les informations concernant Roger Valentine sont en revanche beaucoup plus troublantes. Max a découvert que le secrétaire possède un appareil photo Leica coûteux, probablement utilisé pour photographier des sujets qui l’intéressent ou qui pourraient lui rapporter quelque chose. Il conserve également plusieurs photographies dans un dossier vert contenant des éléments personnels suspects. Max révèle que Roger cherche activement un nouvel emploi et a envoyé de nombreuses candidatures pour des postes similaires au sien. Cependant, ses références sont fausses et aucun de ses anciens emplois ou employeurs ne peut être vérifié. Selon Max, Roger est un homme intelligent mais un imposteur, et il se dit surpris que Bella Alladice ait accepté ses mensonges. Posie se demande alors si Bella avait découvert la vérité et si cela pouvait expliquer le départ prévu du secrétaire.
Max ajoute un détail encore plus mystérieux concernant Roger. Dans le même dossier, il a trouvé des mandats réguliers envoyés par Lucy Christie depuis l’année précédente, toujours pour de petites sommes identiques. Posie est déconcertée, car elle pensait que Lucy et Roger étaient simplement proches. Max envisage plusieurs possibilités, mais Posie finit par soupçonner que Roger pourrait faire chanter Lucy. Les montants sont faibles, mais ils représentent une part importante du maigre salaire de Lucy. Max précise toutefois que Roger n’a jamais encaissé ces mandats et qu’il possède déjà une réserve d’argent importante. Il a récemment reçu une somme équivalant à plusieurs années de salaire, provenant d’un compte privé à Venise. Cette transaction a eu lieu au moment même où il cherchait un autre emploi, ce qui rend sa situation encore plus suspecte.
Posie interroge ensuite Max au sujet d’Aunt Minnie. Celui-ci réagit avec étonnement face à l’image de vieille dame douce qu’elle donne habituellement. Il révèle avoir lu son journal intime, son seul bien personnel, et y avoir découvert une profonde hostilité envers les Alladice, en particulier Bella. Aunt Minnie accuse Bella d’être responsable de sa pauvreté et de l’avoir rendue impopulaire auprès des dames respectables d’un club anglais de Venise qu’elle apprécie beaucoup. Son journal exprime constamment son ressentiment et contient également des jugements très négatifs sur Roger et Lucy. Max avoue avoir été frappé par la méchanceté qui transparaît dans ces pages, mais il reconnaît ne pas savoir si ces pensées ont réellement conduit à des actes criminels. Il conseille à Posie de transmettre simplement ses soupçons à la police et de ne pas chercher elle-même à résoudre l’affaire.
Avant qu’ils ne se séparent, Max rappelle à Posie qu’elle devrait quitter Venise et lui demande d’enlever les précieux bijoux qu’elle porte. Posie décide alors de lui confier ses boucles d’oreilles en saphir. Elle explique que, dans son métier d’espion, il pourrait avoir besoin d’argent ou d’un objet de valeur à échanger. Max accepte sans protester et range les bijoux dans un compartiment secret de sa valise. En échange, il lui offre un cadeau qu’il a acheté pour elle au marché du Rialto le matin même : un collier de perles en verre de Murano rose pâle, décoré de petits motifs dorés. Ce bijou simple contraste avec les pierres précieuses qu’elle vient de lui donner, mais il touche profondément Posie, qui retrouve enfin un sourire.
Alors qu’elle s’apprête à descendre, Max la rappelle une dernière fois pour lui parler de la flasque en argent qu’ils avaient vue la veille. Il lui rappelle que Posie lui avait donné cette flasque à boire et que Lucy lui avait dit qu’elle appartenait à Bella Alladice. Or quelqu’un a utilisé cette même flasque pour introduire le poison qui a tué Bella. Max insiste pour que Posie révèle ce détail à la police. Après son départ, Posie réfléchit à cette possibilité. La flasque portait les initiales AA, probablement celles d’Annabella Alladice, et Lucy l’avait empruntée à son employeuse avant de la prêter à Posie puis de la rendre le matin même. Posie refuse pourtant de croire facilement à la culpabilité de Lucy, qu’elle considère comme une personne bienveillante. Elle se demande néanmoins ce que Lucy a réellement obtenu chez l’apothicaire la veille au soir, si la bouteille sombre contenait l’acide prussique et quel rôle les différents hommes du groupe peuvent jouer dans cette affaire. Elle comprend que chacun cache des secrets, mais que cela ne signifie pas forcément que chacun est un meurtrier.
Soudain, Posie entend le téléphone sonner dans le vestibule. Comme personne n’est disponible pour répondre, elle descend rapidement et décroche. Après quelques mots échangés en italien, elle demande que la communication soit établie. L’opérateur international lui annonce alors que Londres appelle et que Scotland Yard souhaite lui parler. Posie espère que cet appel lui apportera enfin des informations utiles sur l’affaire.
22.Les révélations de Scotland Yard
Posie découvre une agitation inhabituelle devant l’entrée du Campo. La porte est entrouverte, des flashs éclairent l’extérieur et des policiers vénitiens se pressent près du quai de Campo San Vio. Elle pense d’abord que la presse locale a appris la mort de Bella Alladice et cherche un scoop, mais elle remarque bientôt que les policiers et les experts semblent hésiter sur la direction à prendre, regardant plutôt vers le palais de l’autre côté du canal. Cette scène étrange est interrompue par l’appel attendu de Sergeant Rainbird, qui a obtenu les informations demandées par Posie sur les membres du groupe réuni à Venise. Elle prend rapidement des notes sans répéter les noms à voix haute, mais les premiers résultats ne correspondent pas entièrement à ses attentes.
Les renseignements sur Bella Alladice et Dickie Alladice apportent peu d’éléments suspects. Bella apparaît comme une femme respectable, à jour dans ses obligations fiscales et associée comme directrice et actionnaire d’Alladice Holdings. Dickie n’a aucun passé militaire ni judiciaire, bien qu’il soit souvent en retard dans le paiement de ses impôts. Il est cependant connu pour ses dons importants à des œuvres caritatives, notamment des hôpitaux et des maisons de travail du nord de l’Angleterre. Les informations concernant Millicent Minnie Alladice sont en revanche plus surprenantes. Posie apprend que Minnie a été mariée à Henry Walters, un facteur et commerçant de la région de Burnley, en 1913, alors qu’elle était déjà dans la quarantaine. Elle ignorait totalement ce mariage et réalise qu’elle avait commis l’erreur de considérer Minnie comme une simple vieille fille. Rainbird lui explique que Walters avait fait faillite peu après leur mariage, après avoir accumulé de lourdes dettes auprès de la Poste, de son commerce et de bookmakers. Minnie n’a pas été déclarée en faillite, mais elle a dû supporter les conséquences financières de la situation avant que la famille Alladice ne règle les dettes. Son mari est ensuite mort pendant la guerre en France, laissant Minnie dans une situation difficile et provoquant chez elle une période de fragilité psychologique. Posie comprend que cette histoire explique peut-être certaines rancœurs de Minnie, mais elle ne trouve pas de preuve d’un mobile criminel évident.
Les informations sur Lucy Christie sont beaucoup plus troublantes. Rainbird affirme qu’il n’existe aucune trace officielle d’elle : pas d’acte de naissance, pas d’emploi déclaré, pas de dossier de guerre, pas d’existence auprès des autorités fiscales. Selon lui, soit Lucy n’existe pas, soit elle n’est pas celle qu’elle prétend être. Posie est déconcertée, car elle sait que les changements d’identité existent, mais elle ne comprend pas pourquoi Lucy aurait choisi une telle dissimulation. Le cas de Roger Valentine révèle des éléments encore plus inquiétants. Rainbird apprend qu’il a étudié la chimie à Oxford avec d’excellents résultats et qu’il a travaillé pour le gouvernement britannique pendant la guerre sur des recherches chimiques hautement confidentielles. Posie se demande s’il s’agissait de travaux liés aux gaz toxiques, ce qui lui rappelle le rôle de Max dans un domaine similaire. Rainbird explique ensuite que Roger a été soupçonné de sabotage : plusieurs laboratoires où il travaillait ont connu des accidents, explosions, incendies ou disparitions de documents chaque fois que des découvertes importantes semblaient proches. Il a été accusé de trahison et soupçonné d’être payé par les Allemands, mais faute de preuves suffisantes il a seulement été emprisonné pendant la durée de la guerre pour négligence professionnelle. À sa sortie, il lui était interdit de travailler à nouveau comme chimiste ou pour le gouvernement.
Depuis, Roger a exercé différents emplois, principalement comme secrétaire, en cachant probablement son passé compromettant. Rainbird remarque que plusieurs de ses postes se sont terminés brusquement avec d’importantes sommes d’argent versées à leur conclusion. Il suppose que Roger faisait chanter ses employeurs pour obtenir ces paiements. Posie est frappée par l’accumulation des éléments contre lui : chimiste spécialisé, connaissances en poisons, passé trouble et possible chantage. Elle demande ensuite des informations sur Alladice Holdings, mais Rainbird lui explique que les dossiers de l’entreprise sont temporairement indisponibles car ils sont en cours de révision auprès des autorités. Cette coïncidence intrigue Posie, mais elle n’a pas le temps d’y réfléchir car le téléphone sonne de nouveau.
Cette fois, l’appel vient de Sidney, qui travaille depuis Londres sur le testament retrouvé à Somerset House. Il explique à Posie qu’il a essayé de la joindre depuis un moment et qu’il se souvient parfaitement des détails du document. Le testament de John Alladice est très court et semble avoir été écrit avant son départ pour la France pendant la guerre. John précise que, même si les gens pensent qu’il est riche, sa fortune personnelle est limitée car l’essentiel de ses biens appartient à l’entreprise familiale. Son seul véritable trésor est un diamant solitaire ayant appartenu à sa mère. Il révèle qu’il aime une jeune femme mais qu’il n’ose pas lui demander de l’épouser, par peur d’être rejeté, et qu’il prévoit de lui faire sa demande après son retour de guerre. Il a cependant déjà envoyé la bague à cette femme et insiste pour que ses volontés soient respectées.
John explique également qu’il possède de nombreuses actions de l’entreprise familiale. Comme il ne peut les léguer qu’à un membre de la famille Alladice, il hésite entre ses frères et sœurs, car les relations entre eux sont mauvaises. Finalement, il décide de laisser ses parts à Bella Alladice, à une condition précise : elle devra protéger la femme qu’il aime, lui assurer une vie confortable et prendre soin d’elle. Posie, surprise, se demande qui peut bien être cette mystérieuse jeune femme que Bella devait protéger. Sidney, fier d’avoir retenu le détail essentiel, lui donne alors le nom de l’héritière secrète. Lorsque Posie entend sa réponse, elle est stupéfaite : la femme aimée par John Alladice est Lucy Christie.
23.La vérité derrière Lucy
Cachée quelques instants après avoir reçu les révélations de Sidney, Posie tente de remettre de l’ordre dans ses pensées tandis que des masques de carnaval noirs tombés d’une étagère gisent à ses pieds. La nouvelle concernant le testament de John Alladice bouleverse complètement sa perception de Lucy Christie. La jeune femme n’est plus seulement la compagne mal payée et maltraitée de Bella, mais aussi celle que Johnny Alladice aimait et dont il avait voulu assurer la protection après sa mort. Selon ses dernières volontés, Bella devait prendre soin de Lucy et lui garantir une vie digne, mais elle semble au contraire avoir conservé les parts de l’entreprise familiale tout en maintenant Lucy dans une situation humiliante. Posie ne comprend pas pourquoi Bella a agi ainsi ni pourquoi Lucy a accepté de rester pendant six ans dans de telles conditions.
Posie cherche une explication au comportement de Bella et pense immédiatement à la jalousie. Elle imagine que Bella, profondément attachée à son frère Johnny, a pu ressentir de la rancœur envers Lucy, la femme qui avait attiré son affection. Elle se souvient alors des paroles de Bella affirmant que Lucy avait l’habitude de voler des cœurs qui ne lui appartenaient pas. Cette phrase prend un nouveau sens et laisse entendre que les sentiments de Johnny n’étaient peut-être pas les seuls concernés. En revanche, Posie reste incapable d’expliquer pourquoi Lucy aurait supporté aussi longtemps cette injustice. La situation lui paraît être un enchevêtrement de rancunes, de secrets et de blessures anciennes liées à la guerre, qui continue d’influencer la vie des personnages plusieurs années après sa fin.
Malgré sa compassion pour Lucy, Posie comprend qu’elle doit transmettre ces informations au Commissario Salvarocca. Bella lui avait demandé son aide et, même si elle n’a pas réussi à empêcher sa mort, elle peut encore contribuer à découvrir la vérité. Les nouveaux éléments rendent Lucy particulièrement suspecte aux yeux de Posie, car elle semble être la personne qui a le plus souffert directement des décisions de Bella. Posie se demande si les humiliations accumulées ont finalement poussé Lucy à agir, si elle a empoisonné la flasque d’argent avec de l’acide prussique et pourquoi elle aurait choisi ce moment précis après des années de patience. Cette possibilité lui est douloureuse, car elle apprécie Lucy et ressent désormais autant de pitié que de méfiance envers elle. Elle regrette aussi l’absence de Inspector Lovelace, dont les conseils rassurants lui reviennent à l’esprit. Elle imagine presque sa voix lui disant que l’affaire est un véritable chaos impossible à démêler, mais elle décide malgré tout d’aller parler à Salvarocca.
En arrivant près de la salle à manger, Posie découvre Count Giancarlo assis devant la scène du crime, surveillé par deux policiers. Il paraît profondément affaibli, presque malade, avec une apparence très différente de son élégance habituelle. Posie suppose que la mort de Bella et les événements importants liés à l’évaluation d’assurance en cours ont contribué à son état. Dans la salle, les policiers chargés de la scène de crime emballent le corps de Bella dans une housse de toile. Posie rejoint Salvarocca, qui discute avec Doctor Alessandro, le médecin de police récemment arrivé. Ils examinent un porte-documents noir appartenant probablement à Bella. Posie le reconnaît immédiatement et demande où sont les documents qu’il devait contenir. Salvarocca lui répond qu’il n’y a justement aucun papier à l’intérieur, ce qui constitue un élément étrange. Posie se souvient pourtant qu’à son dernier contact avec Bella, lors du petit déjeuner, le porte-documents était rempli de nombreux dossiers que la comtesse devait étudier pendant longtemps. Elle suggère donc d’interroger Roger Valentine, qui avait préparé ces documents pour elle le matin même.
Salvarocca lui apprend ensuite que Doctor Alessandro confirme le diagnostic de Max : Bella a bien été assassinée avec de l’acide prussique. Le chat de la comtesse est également mort, ayant probablement ingéré du poison répandu dans la pièce ou ayant léché le visage de sa maîtresse. Posie ressent un profond malaise face à cette cruauté. Le commissaire ajoute que le meurtrier a agi avec beaucoup de précaution, sans laisser la moindre empreinte identifiable. Cependant, le médecin pense pouvoir peut-être obtenir des traces sur le porte-documents noir. Posie leur explique alors que plusieurs personnes l’ont touché, puisqu’il était presque posé sur le visage de Bella lorsqu’ils ont découvert le corps. Les chances d’obtenir une empreinte précise semblent donc compromises.
Profitant de leur présence, Posie décide de révéler tout ce qu’elle a appris depuis leur dernière conversation. Elle leur expose les informations recueillies auprès de Max et de Scotland Yard sur les membres du groupe Romagnoli : les secrets de Lucy, le passé douteux de Roger, les rancœurs de Minnie, les projets de départ d’Alaric et les circonstances entourant la flasque d’argent et les médicaments. Elle insiste particulièrement sur le fait qu’elle a vu la flasque gravée et la bouteille de médicament entre les mains de Lucy la veille au soir. Salvarocca l’écoute avec un mélange d’amusement, de surprise et d’incrédulité, reconnaissant que Posie semble avoir accompli une grande partie du travail d’enquête à sa place.
Soudain, une voix retentit depuis l’entrée de la pièce. Chief Inspector Lovelace apparaît, élégant dans un costume bleu marine à fines rayures, portant une mallette et, de manière inattendue, les deux étranges masques de carnaval noirs que Posie avait fait tomber auparavant. Sa présence est totalement incongrue dans cette scène macabre, mais elle apporte à Posie un immense soulagement. Heureuse de retrouver enfin une figure familière et rassurante, elle s’élance vers lui les bras ouverts.
24.Les soupçons se referment
Chief Inspector Lovelace retrouve Posie et Salvarocca dans la salle du crime, provoquant une vive émotion chez le Commissario qui l’accueille avec une étreinte enthousiaste. Lovelace explique peu de choses avant de rejoindre l’enquête, car Salvarocca doit immédiatement retourner auprès des suspects réunis dans le salon. Tous les membres du groupe Romagnoli y sont présents, accompagnés du Count Giancarlo, de Mrs Persimmon et du personnel de la maison. L’atmosphère est lourde, les domestiques semblent effrayés et mal à l’aise, tandis que les invités boivent du brandy en attendant de savoir ce qui va se passer. Posie remarque qu’Alaric, lorsqu’il voit Lovelace entrer, ne manifeste aucune surprise mais semble plutôt soulagé, comme s’il attendait cette arrivée.
Lovelace reprend son attitude professionnelle habituelle et observe silencieusement les personnes présentes. Salvarocca annonce alors officiellement que la mort de Bella Romagnoli fait désormais l’objet d’une enquête pour meurtre. Il explique que les médecins ont confirmé que Bella a été empoisonnée à l’acide prussique entre dix heures et dix heures trente du matin. Elle avait été vue vivante pour la dernière fois à neuf heures trente par Mrs Persimmon et Jones, puis retrouvée morte un peu plus d’une heure plus tard dans la salle à manger, où elle semblait être seule. Le Commissario demande si quelqu’un peut contester cette chronologie, mais personne ne répond. Il montre ensuite le porte-documents noir de Bella, désormais vide, et demande des explications.
Roger Valentine reconnaît immédiatement l’objet comme appartenant à sa défunte employeuse. Il affirme l’avoir vu tôt le matin lorsque Bella le lui avait demandé, mais précise qu’il était alors rempli de documents, probablement une trentaine de pages. Interrogé sur leur contenu, Roger refuse de répondre devant les domestiques, invoquant la confidentialité due à son poste de secrétaire privé. Il ajoute qu’il doit contacter l’avocat personnel de Bella à Londres au sujet de son testament. Cette information surprend Dickie Alladice, qui pensait que les affaires de sa sœur étaient gérées par l’avocat local Mr Ennario. Roger explique que Mr Proudfoot du cabinet Pring and Proudfoot a préparé le testament et qu’il doit venir à Venise pour le lire une semaine après la mort de Bella. Posie remarque alors que Roger était peut-être sur le point de devenir l’ancien employé de Bella, ce qui lui vaut un regard hostile de sa part.
Salvarocca demande ensuite à chacun de raconter ses mouvements entre le petit déjeuner et dix heures trente. Posie a déjà fourni son propre témoignage et le Count Giancarlo est exempté car il est resté avec le Commissario pendant toute la période. Dickie comprend alors qu’ils sont tous considérés comme des suspects. Aunt Minnie intervient en rappelant qu’un homme, Pietro Corsetti, avait déjà été arrêté pour son rôle dans l’incendie de la veille. Salvarocca lui explique que Corsetti sera bientôt relâché, car il était enfermé au moment du meurtre de Bella et ne peut donc pas être impliqué dans cette mort. Il précise que tous les occupants de la maison doivent désormais rester dans leurs chambres sous surveillance policière jusqu’à la réunion prévue à six heures.
Alaric proteste vivement contre cette forme d’assignation à résidence, affirmant qu’il n’a rien à voir avec cette affaire et qu’il connaît à peine les autres invités. Il fournit néanmoins son emploi du temps : il serait parti tôt à pied vers la gare Santa Lucia, aurait pris son petit déjeuner dans un café appelé Fiorenza, puis serait revenu en passant par un magasin du Campo Rialto Nuovo où il aurait acheté un costume. Un reçu doit confirmer son histoire. Lucy Christie indique que ses déplacements correspondent à ceux de Posie. Aunt Minnie explique avoir pris son petit déjeuner seule dans sa chambre avant de rejoindre Dickie vers neuf heures. Tous deux seraient ensuite allés voir un notaire, Mr Ennario, dans le quartier juridique, avant de revenir vers la maison en passant par la place Saint-Marc. Dickie confirme son récit, ajoutant seulement qu’il n’avait pas pris de véritable petit déjeuner et qu’il avait été bouleversé en découvrant la mort de sa sœur.
Lorsque vient le tour de Roger Valentine, la situation devient plus délicate. Il reconnaît ne pas avoir d’alibi précis. Il affirme être parti vers sept heures trente et avoir simplement marché seul dans le quartier du Dorsoduro pendant plusieurs heures pour réfléchir. Personne ne peut confirmer sa présence. Salvarocca lui demande de trouver une explication plus convaincante avant six heures, faute de quoi il devra se rendre au commissariat. Les témoignages de Mrs Persimmon, Jones et du personnel n’apportent aucun élément nouveau.
Avant que tout le monde ne retourne dans ses chambres, Mrs Persimmon demande pourquoi Inspector Lovelace porte les deux masques de carnaval noirs qu’il avait récupérés. Elle explique qu’ils appartiennent à la maison et qu’ils étaient autrefois colorés de manière éclatante. Lovelace les lui rend et remarque que la peinture noire semble avoir été appliquée rapidement avec une matière semblable au charbon. Il suggère que la domestique pourra probablement les nettoyer. Posie remarque l’inquiétude de la jeune servante face à cette tâche et comprend que quelque chose autour de ces masques reste mystérieux.
Alors que chacun s’apprête à partir, Salvarocca sort finalement la flasque en argent retrouvée sur la scène du crime. Les initiales AA brillent sur le métal et attirent immédiatement l’attention de tous. Il se tourne vers Lucy Christie et lui demande de confirmer si elle possédait cette flasque la veille au soir. Lucy reste silencieuse, mais son visage trahit la peur et un sentiment de trahison lorsqu’elle regarde Posie. Le Commissario affirme que l’acide prussique se trouvait probablement dans ce récipient et rappelle que Lucy a été vue avec cet objet. Dickie prend immédiatement sa défense, affirmant qu’elle n’aurait jamais pu être impliquée dans l’empoisonnement. Il reconnaît cependant que Lucy s’occupait des médicaments de Bella et qu’elle était allée chez l’apothicaire la veille, mais insiste sur le fait qu’elle n’aurait jamais eu accès à la liqueur de la comtesse.
La réaction de Roger intrigue Posie lorsqu’il murmure presque pour lui-même « acide prussique, encore ». Elle se demande pourquoi ce type de poison semble avoir une importance particulière pour lui. Salvarocca exige une dernière fois que Lucy réponde. Comme elle garde le silence, il ordonne à un policier d’entrer. Le fonctionnaire lui passe les menottes et Lucy est emmenée hors du salon sous les regards stupéfaits de tous. Dickie proteste, convaincu que le Commissario se trompe, mais Salvarocca reste ferme. Il répartit les policiers chargés de surveiller chaque occupant et rappelle à chacun de rester dans sa chambre jusqu’à la réunion du soir.
25.Le secret du faux nom
Après l’arrestation de Lucy Christie et le départ des suspects vers leurs chambres surveillées, Alaric Boynton-Dale est le dernier à quitter le salon. Il demande à parler au Chief Inspector Lovelace, qui lui remet une épaisse enveloppe brune portant la mention de documents juridiques confidentiels. Posie comprend alors que cette rencontre était préparée à l’avance et s’interroge sur le contenu de ces papiers. Avant de partir, Alaric révèle qu’il avait l’intention de quitter Venise, non pas de l’abandonner, mais parce qu’il pensait qu’une personne espionnait ses affaires. Il explique avoir découvert que quelqu’un avait fouillé sa chambre malgré sa serrure, grâce à un test avec un cheveu placé sur la fermeture de son sac. Il accuse Posie d’avoir forcé son coffre et d’avoir examiné ses affaires, ce qui provoque entre eux une nouvelle rupture de confiance. Posie admet intérieurement qu’elle ne lui fait pas vraiment confiance, et aucun des deux ne parvient à apaiser le conflit.
L’arrivée de Lovelace change cependant l’atmosphère, car Posie retrouve en lui une présence familière et rassurante. Commissario Salvarocca leur demande de s’éloigner une heure du lieu de l’enquête pour déjeuner dans une trattoria voisine, tout en leur recommandant avec humour d’éviter les fruits de mer locaux à cause de la pollution des canaux. Avant de les laisser partir, il explique pourquoi il libère Pietro Corsetti, l’homme arrêté pour l’incendie du Palais. Le jeune homme aurait agi uniquement pour de l’argent, et Salvarocca espère qu’en le laissant libre il mènera la police jusqu’à la personne qui l’a payé. Pendant leur promenade dans les rues sombres et calmes de Venise, Posie et Lovelace profitent d’un moment de répit loin de la tension du meurtre. Mais au restaurant, elle cherche rapidement à comprendre la véritable raison de sa présence à Venise et l’origine des documents confiés à Alaric.
Lovelace finit par révéler qu’il est venu à la demande d’Alaric, qui a financé son voyage deux semaines auparavant pour qu’il soit témoin au mariage. Cette information trouble profondément Posie, car elle ne comprend plus le comportement récent de son fiancé. Elle raconte alors au policier tout ce qui s’est accumulé depuis son arrivée, notamment l’attitude distante d’Alaric, son sac déjà préparé, ses déplacements nocturnes près du Palais incendié et ses doutes sur la tenue réelle du mariage. Lovelace reconnaît que la situation est étrange, mais il assure qu’Alaric semblait sincèrement heureux du mariage lorsqu’il l’a contacté. Il propose de vérifier auprès du religieux chargé de la cérémonie si tout est toujours prévu. Posie avoue ensuite l’existence de Max, l’espion allemand qu’elle a rencontré et dont elle a utilisé les informations pour enquêter sur les habitants de la maison. Elle lui raconte ce qu’elle sait de ses découvertes sur Alaric et les autres pensionnaires. Lovelace est impressionné par l’importance de cette affaire et reconnaît la compétence de Max, mais il met Posie en garde contre un possible manque d’impartialité de sa part.
Lovelace suggère en effet que Max pourrait avoir développé des sentiments pour Posie et que ses conseils concernant Alaric ne seraient peut-être pas entièrement désintéressés. Il lui rappelle qu’elle connaît à peine cet homme et qu’un agent secret reste malgré tout un homme avec ses propres motivations. Posie rejette cette idée, sans révéler le cadeau que Max lui a offert ni les bijoux qu’elle lui a confiés, consciente que ces détails pourraient donner une autre impression de leur relation. Les deux compagnons terminent leur repas dans une atmosphère plus calme, tout en partageant le sentiment qu’une menace plus vaste se cache derrière la mort de Bella Alladice. De retour dans les rues froides de Venise, Posie et Lovelace constatent que quelque chose de profondément inquiétant se déroule autour d’eux, au-delà du simple meurtre de la comtesse. Soudain, Lovelace s’arrête, frappé par une idée qui le tourmente depuis son arrivée. Il affirme ne pas savoir encore qui a tué Bella, mais il vient de comprendre où il a déjà vu Lucy Christie. Selon lui, la jeune femme accusée d’avoir empoisonné son employeuse avec la flasque de Bella ne porte pas son véritable nom.
26.Les secrets de la fille glacée
Posie et l’inspecteur Lovelace quittent la trattoria et s’arrêtent dans l’église San Vidal pour discuter de l’identité véritable de Lucy Christie. Dans le calme froid de l’édifice, alors que des musiciens préparent un concert et que des religieuses prennent place, Lovelace révèle à Posie qu’il a reconnu Lucy non pas pour l’avoir rencontrée auparavant, mais parce qu’elle lui rappelle une affaire criminelle célèbre d’avant-guerre. Il s’agit du meurtre de Robert Gattling, surnommé par la presse « le meurtre de la fille aux glaces ». Posie comprend progressivement que Lucy n’est autre qu’Alicia Allessandro, une femme autrefois accusée d’un empoisonnement retentissant.
Lovelace raconte l’affaire qui avait passionné l’opinion publique. Robert Gattling appartenait à une riche famille propriétaire d’hôtels sur la côte de Blackpool, tandis que les Alladice possédaient une importante chaîne de confiseries et les Allessandro, une famille italienne prospère, des restaurants réputés. Les enfants de ces trois familles fortunées fréquentaient les mêmes cercles. Robert Gattling, jeune homme séduisant mais réputé instable, violent et dépensier, avait jeté son dévolu sur Alicia Allessandro, une jeune femme douce et artistique qui semblait pourtant peu faite pour son monde mondain. Tous s’attendaient à leurs fiançailles, jusqu’au soir où Robert mourut brutalement pendant un bal de printemps, empoisonné alors qu’il dînait avec ses proches.
Alicia fut immédiatement soupçonnée. Un flacon de poison fut retrouvé dans son sac et l’accusation affirma qu’elle avait eu l’occasion de verser le produit dans le verre de champagne de Robert lorsqu’elle s’était retrouvée seule près de la table. Pourtant, Posie ne comprend pas pourquoi une femme sur le point d’épouser cet homme aurait voulu le tuer. Lovelace explique que des rumeurs circulaient sur leur relation, notamment qu’Alicia aimait un autre homme et ne souhaitait pas réellement épouser Robert. D’autres rumeurs, plus sombres, évoquaient les excès de Robert, ses fréquentations douteuses et son comportement violent, mais ces éléments avaient été largement étouffés pour préserver l’image du jeune héritier.
Le procès fut un immense scandale. Alicia refusa de parler pour se défendre, restant silencieuse malgré les efforts de son avocat. Les frères Alladice témoignèrent pourtant en sa faveur, affirmant qu’ils doutaient de sa culpabilité. Malgré cela, elle fut reconnue coupable et condamnée à mort. La presse s’acharna contre elle, insistant sur ses origines italiennes et modestes, transformant son histoire en récit sensationnel d’une jeune femme ambitieuse ayant voulu atteindre un monde qui n’était pas le sien. Alors qu’elle attendait son exécution, ses parents, détruits par la persécution médiatique et l’angoisse, tentèrent de se suicider. Sa mère survécut mais resta gravement diminuée.
Posie révèle alors à Lovelace les informations découvertes grâce à Max. Elle lui apprend que de l’argent est régulièrement envoyé à une maison de soins dans le nord de l’Angleterre, probablement pour la mère d’Alicia. Elle ajoute aussi que Lucy verse chaque mois une partie de son maigre salaire à Roger Valentine, ce qui suggère que Roger connaît depuis longtemps la véritable identité de Lucy et pourrait avoir exercé une forme de pression sur elle. Posie comprend que l’histoire de Lucy Christie est encore plus tragique qu’elle ne l’imaginait, car cette femme continue de sacrifier ses ressources pour réparer les conséquences du passé.
Lovelace explique ensuite que l’appel d’Alicia avait finalement abouti. Son avocat avait réussi à démontrer que les preuves contre elle étaient fragiles, notamment concernant la présence du poison dans son sac et le témoignage affirmant l’avoir vue seule près de la table. Ce témoignage capital fut discrédité lorsqu’un des frères Alladice révéla que la personne accusant Alicia n’était pas impartiale. Il s’agissait d’une femme qui avait été autrefois proche de Robert Gattling et qui avait été rejetée par lui, nourrissant depuis une profonde jalousie envers Alicia.
En marchant vers le Campo San Vio, au milieu des rues froides de Venise et des foules qui se dirigent vers la Salute, Posie relie enfin tous les éléments. Elle se souvient des paroles de Bella sur Lucy, affirmant qu’elle avait l’habitude de voler les cœurs qui ne lui appartenaient pas. Avec horreur, elle comprend que Bella Alladice n’était pas seulement liée à l’histoire de Lucy, mais qu’elle était elle-même la jeune femme jalouse qui avait contribué autrefois à son accusation. Posie réalise alors l’ampleur du drame qui se cache derrière le meurtre de Bella et murmure à Lovelace que Bella avait autrefois voulu voir Lucy pendue.
27.Le secret des deux flasques
Posie, bouleversée par les révélations de l’inspecteur Lovelace, voit désormais les événements sous un jour nouveau, même si tout reste encore confus. Elle comprend que Bella Alladice était probablement consumée par une jalousie ancienne envers Lucy, qu’elle connaissait autrefois sous le nom d’Alicia Allessandro. Le fameux anneau de rubis porté par Bella pourrait être celui de Robert Gattling, retrouvé après son meurtre en 1912, et aurait symbolisé l’obsession de Bella pour un amour perdu. Posie relie les paroles énigmatiques de Bella sur les cœurs qu’on lui avait volés à deux hommes aimés par Lucy, d’abord Robert Gattling puis Johnny Alladice. Dans l’esprit tourmenté de Bella, Lucy aurait donc été responsable de deux trahisons sentimentales.
Alors qu’ils arrivent devant l’église St George pour vérifier les préparatifs du mariage de Posie, elle interroge Lovelace sur la raison pour laquelle Lucy serait restée six ans auprès d’une femme qui avait autrefois contribué à sa condamnation. L’inspecteur suppose qu’Alicia avait changé d’identité pour échapper à la célébrité du procès, aux journalistes et aux éventuels maîtres chanteurs. Une nouvelle vie sous le nom discret de Lucy Christie pouvait lui offrir une forme de protection, même si elle restait encore entourée de personnes connaissant son secret. Posie pense immédiatement à Roger Valentine, qui semble utiliser ses connaissances sur le passé de Lucy contre elle. Lovelace reconnaît que les circonstances rendent Lucy très suspecte, car des années de mauvais traitements auraient pu la pousser à commettre un acte désespéré, même s’il admet avoir toujours cru à son innocence lors de l’affaire Gattling.
Lovelace confirme ensuite un détail essentiel qui trouble profondément Posie : Robert Gattling avait lui aussi été empoisonné à l’acide prussique. La même substance que celle utilisée pour tuer Bella Alladice. Cette révélation donne une nouvelle signification aux réactions de Dickie Alladice et de Roger Valentine lorsqu’ils ont entendu le nom du poison. Malgré cela, Posie refuse de croire que Lucy soit coupable. Elle estime qu’une personne assez intelligente pour commettre un meurtre ne choisirait pas exactement la même méthode des années plus tard, en laissant une piste aussi évidente. Elle parie même son précieux anneau de fiançailles sur l’innocence de Lucy, ce qui amuse Lovelace.
Les deux enquêteurs entrent finalement dans l’église et rencontrent le révérend Blythe, un aumônier chargé temporairement des lieux. Lovelace lui demande des renseignements sur le mariage de Posie et Alaric prévu le lendemain. Le registre confirme d’abord qu’une cérémonie Boynton-Dale avait bien été réservée plusieurs semaines auparavant et que les frais avaient été payés. Posie ressent alors un soulagement, pensant que Max s’était trompé et qu’Alaric avait bien préparé leur mariage. Mais le révérend remarque ensuite une modification dans le registre : une ligne de crayon appuyée sur l’inscription indique que le mariage semble avoir été annulé. Le prêtre se souvient également que le vicaire, Father Gregory, avait mentionné une annulation par téléphone. Posie reçoit cette nouvelle comme une confirmation de la trahison d’Alaric et décide de se réfugier dans son enquête plutôt que de laisser la douleur personnelle l’envahir.
En quittant l’église, Posie et Lovelace passent devant un vendeur ambulant de masques de carnaval installé illégalement sur une place de Venise. L’inspecteur, amusé par cette scène qui lui rappelle les vendeurs londoniens, achète deux masques, un doré pour son épouse Molly et un rouge en cadeau pour Posie. Ce petit geste réconforte la jeune femme, qui apprécie ce souvenir offert sans lien avec les tensions de son mariage incertain. De retour à la pension de Mrs Persimmon, Posie repense cependant à la soirée précédente et au flacon d’alcool que Lucy lui avait confié. Elle réalise soudain que l’inscription « AA » gravée dessus n’était peut-être pas celle de Bella Alladice, mais pouvait correspondre à Alicia Allessandro.
Cette idée change entièrement la perspective de l’enquête. Posie imagine qu’il pourrait exister deux flasques identiques portant les mêmes initiales, l’une appartenant à Bella et l’autre à Lucy. Johnny Alladice aurait peut-être offert des cadeaux similaires aux deux femmes qu’il estimait, sans imaginer qu’ils deviendraient un jour des objets liés à un meurtre. Si la flasque donnée par Lucy à Posie était bien la sienne et non celle de Bella, alors le principal élément reliant Lucy au meurtre disparaîtrait. Lovelace reconnaît que l’hypothèse semble improbable, mais qu’elle mérite d’être vérifiée. Il organise immédiatement une fouille de la chambre de Lucy, car découvrir une seconde flasque identique pourrait innocenter définitivement la jeune femme.
Pendant que Lovelace part avec les policiers, Posie cherche elle aussi une preuve qui permettrait de clarifier toute cette histoire. Elle décide de contacter Sidney à Londres pour obtenir une photographie ou un document pouvant confirmer certains éléments de l’enquête. Elle lui demande de se rendre rapidement au bureau de l’Associated Press, de retrouver une personne capable de l’aider, puis d’envoyer les documents dans une enveloppe confidentielle par l’Orient Express jusqu’à Venise. Sidney accepte avec enthousiasme, surpris par cette mission liée à un meurtre. Posie attend alors nerveusement les résultats des recherches, espérant enfin obtenir une preuve qui permettra de distinguer la vérité des apparences.
28.Les secrets du flask d’argent
L’inspecteur Lovelace revient précipitamment auprès de Posie, accompagné de Max, après avoir fouillé la chambre de Lucy. La recherche initiale n’a rien donné, mais Max, qui connaît les cachettes possibles de la pension, se souvient de la boîte à chapeaux où Lucy conserve ses souvenirs. N’y trouvant pas le flacon recherché, il inspecte d’autres endroits discrets et découvre finalement un flacon argenté caché dans le réservoir des toilettes du couloir de Lucy. Lovelace est ravi de cette découverte, qui correspond exactement à la théorie de Posie : Lucy possédait bien un second flacon identique à celui retrouvé près du corps de Bella Alladice. Posie comprend alors que le meurtrier a probablement caché le flacon de Lucy pour empêcher qu’elle puisse prouver son innocence, en sachant que personne ne croirait à l’existence d’un deuxième objet marqué des mêmes initiales.
Lovelace décide de conserver le flacon comme preuve essentielle et d’en informer Salvarocca dès son retour. Cependant, il estime qu’il vaut mieux laisser Lucy en prison pour le moment, car si elle n’est pas coupable, quelqu’un pourrait chercher à la faire taire. Posie s’inquiète du traitement réservé à Lucy dans les cellules, mais l’inspecteur pense que Salvarocca, malgré ses méthodes inhabituelles, est un homme profondément triste mais honnête et un bon policier. Il critique toutefois la façon dont le commissaire mène son enquête, notamment ses confrontations collectives qui risquent d’inciter les suspects à modifier leurs récits ou à garder le silence. Il explique aussi que les chambres de la pension doivent être fouillées rapidement, car des preuves pourraient disparaître. Pendant que les policiers s’activent, Posie aperçoit depuis sa fenêtre une silhouette vêtue de noir qui traverse rapidement une ruelle au milieu des festivaliers portant des lanternes. Les témoins semblent choqués et répètent que la scène est impossible, mais Posie ne comprend pas ce qu’elle vient de voir.
Plus tard dans l’après-midi, Posie est réveillée par des coups frappés à sa porte. C’est Mrs Persimmon, accompagnée d’un policier, qui vient lui révéler des informations qu’elle avait gardées pour elle. La propriétaire explique qu’elle n’a pas menti sur le fait d’avoir vu Bella Alladice seulement deux fois dans la matinée, mais qu’elle a entendu une conversation étrange avant le meurtre. Après le petit déjeuner, installée dans le couloir au lieu de son jardin habituel à cause du mauvais temps, elle a entendu Bella crier avec colère. La comtesse semblait parler à quelqu’un, même si Mrs Persimmon ne peut pas confirmer la présence d’une seconde personne. Elle a entendu des phrases menaçantes, dont « Vous êtes un imbécile » et « Je vais aller à la police. Mieux vaut tard que jamais », ainsi que le bruit de papiers tombant et étant ramassés. Ces paroles intriguent fortement Posie, même si elles ne constituent pas encore une preuve qu’un visiteur se trouvait dans la pièce avec Bella.
Mrs Persimmon poursuit son récit en racontant qu’elle a ensuite observé discrètement les déplacements de Bella. Après avoir reçu son café, la comtesse semblait nerveuse et tapotait ses doigts sur la table. Vers dix heures, elle est sortie de la salle à manger pour téléphoner. Posie apprend alors avec surprise que Bella était encore parfaitement vivante et active après l’heure où l’on pensait généralement qu’elle avait été empoisonnée. La propriétaire rapporte que Bella a passé deux appels à Londres. Le premier concernait un « registre » ou un « registrar » que la comtesse voulait absolument consulter. Elle exigeait de parler au responsable, puis s’est indignée en apprenant que les documents n’étaient pas disponibles, affirmant qu’elle devait les vérifier le jour même. Posie note soigneusement ces informations sans comprendre encore leur signification.
Le second appel est encore plus troublant. Mrs Persimmon révèle que Bella Alladice a appelé Scotland Yard à Londres et qu’elle voulait signaler un meurtre. Cette révélation bouleverse Posie, car elle signifie que la comtesse cherchait elle-même l’aide de la police quelques heures seulement avant sa propre mort. La découverte ouvre une nouvelle piste dans l’enquête : Bella semblait savoir qu’un crime était en préparation ou qu’un ancien secret risquait d’être révélé. Posie réalise que les événements autour de la mort de Bella sont encore plus complexes qu’elle ne l’imaginait, alors que plusieurs personnes semblent liées à des secrets anciens et à des vérités cachées.
29.Les masques noirs et les menaces
Posie reste stupéfaite après les révélations de Mrs Persimmon concernant l’appel de Bella Alladice à Scotland Yard. La propriétaire de la pension précise que la comtesse avait demandé à parler à un inspecteur, refusant de s’entretenir avec un simple sergent malgré son insistance sur ses titres. Elle devait rappeler plus tard, sans savoir que ce serait son dernier appel. Mrs Persimmon explique ensuite pourquoi elle a gardé le silence : elle craignait pour la réputation de son établissement, habitué à accueillir des visiteurs respectables, et redoutait ce que les autres clients penseraient d’elle s’ils apprenaient qu’elle avait espionné une conversation. Elle raconte aussi son histoire personnelle, son arrivée à Venise avec son mari Bill Persimmon, un marin britannique devenu commerçant de sucre, puis la mort de leur fils pendant la guerre et celle de son mari peu après. Privée de sa famille en Angleterre, elle est restée à Venise, où elle recrute du personnel anglais pour conserver un lien avec son pays d’origine.
En reprenant ses notes, Posie tente de reconstituer la chronologie des événements. Bella semble avoir découvert quelque chose vers neuf heures quinze, seule ou en présence d’une autre personne. Des papiers auraient été jetés ou dispersés dans un moment de colère avant d’être ramassés. Puis, à neuf heures trente, lorsque Mrs Persimmon apporte le café à la comtesse, Bella est seule dans la salle à manger. Posie vérifie un détail crucial : les papiers de Bella étaient-ils encore sur la table à ce moment-là. Après réflexion, Mrs Persimmon admet qu’elle ne se souvient d’avoir vu aucun document. Elle se rappelle seulement avoir posé le café, la crème, le sucre, les bonbons et les objets habituels autour de Bella. Posie en déduit que quelqu’un a dû être avec la comtesse avant neuf heures trente, puis emporter tous les papiers compromettants. Cette découverte renforce l’idée que Bella cachait une information importante avant sa mort.
À l’approche de six heures, Posie se prépare à affronter Alaric et à avoir enfin une véritable conversation avec lui. Alors qu’elle s’apprête à descendre, elle reçoit toutefois la visite de Rita, la jeune domestique anglaise de la pension. La jeune fille affirme avoir des informations sur les masques de carnaval noircis retrouvés après l’incendie. Elle raconte qu’ils étaient autrefois conservés dans le hall, mais qu’elle les a vus déplacés dans la chambre de Minnie Alladice après l’arrivée des invités. Minnie avait prétendu les avoir montés par erreur et promis de les remettre en place, mais Rita affirme qu’elle a découvert un pot de cirage noir sous les masques et qu’elle a vu Minnie en porter un pendant la nuit. La domestique décrit alors une facette inquiétante de Minnie, qui aurait prononcé des paroles pleines de haine et de venin lorsqu’elle pensait ne pas être entendue.
Rita révèle qu’elle a surpris cette scène alors qu’elle retrouvait secrètement son amoureux italien, Luca, près des hangars à bateaux du Zattere. Sur le chemin du retour, ils se sont réfugiés dans l’église de San Trovaso pour échapper à la foule et à la pluie. C’est là qu’ils ont aperçu Minnie Alladice portant un masque noir et une cape sombre, accompagnée d’un homme italien portant également un masque. Posie comprend avec surprise qu’il s’agit du comte Giancarlo Romagnoli. Rita a entendu une partie de leur conversation : le comte reprochait à Minnie d’être allée trop loin, tandis qu’elle exigeait un nouveau paiement sous peine de provoquer un scandale. Le comte l’accusait de vouloir détruire les personnes proches de lui, puis lui avait remis une enveloppe contenant probablement de l’argent en lui demandant de ne plus impliquer des personnes vulnérables dans ses plans sordides. Posie ne comprend pas encore la nature exacte de leur conflit, mais soupçonne une affaire de chantage.
Rita ajoute enfin une autre information concernant la nuit précédente. Vers minuit, alors qu’elle distribuait des serviettes dans le couloir, elle a vu Lucy Christie entrer dans la chambre de Roger Valentine. Elle a entendu une dispute entre eux. Roger disait qu’on allait provoquer un scandale s’il révélait certaines choses le matin même, qu’il n’avait reçu que la moitié de l’argent demandé et qu’il attendait toujours le reste. Il évoquait aussi quelque chose de plus important qu’un simple paiement, parlant d’un élément qu’il pourrait montrer et d’un « reel » dont il détenait la preuve. Rita n’a pas entendu la suite, mais elle a perçu des bruits de lutte ou de meubles renversés.
Ces nouvelles informations plongent Posie dans une confusion encore plus grande. Elle se demande si la personne que Roger menaçait de révéler était Bella Alladice elle-même, et si les documents disparus de la comtesse étaient liés à ces secrets. Elle comprend qu’il existe peut-être deux chantages distincts au sein du groupe : celui de Minnie Alladice contre le comte Giancarlo Romagnoli, et celui de Roger Valentine contre plusieurs personnes. Les invités venus du palais Romagnoli apparaissent désormais comme un ensemble de personnages liés par des mensonges, des menaces et des secrets dangereux que Posie devra démêler.
30.Les secrets du palais brûlé
La réunion officielle n’a pas encore commencé lorsque Posie rejoint les autres occupants du palais, mais elle ressent immédiatement une atmosphère lourde d’angoisse. Elle remarque qu’Alaric, élégamment vêtu après s’être préparé, évite soigneusement son regard et semble rongé par l’inquiétude. L’enveloppe confidentielle posée près de lui et sa nervosité visible renforcent l’impression qu’il détient des informations graves. Contrairement aux habitudes précédentes, personne ne boit ce soir-là, et même Dickie Alladice, d’ordinaire plus léger, paraît extrêmement sérieux. Près de la porte, Salvarocca et l’inspecteur Lovelace échangent discrètement, avec une expression préoccupée. Posie comprend que de nouveaux éléments ont probablement été découverts concernant le meurtre de Bella et l’identité du meurtrier. Elle s’interroge également sur l’absence de Roger Valentine et apprend rapidement qu’il s’est échappé de sa chambre surveillée par la police. Lovelace explique que Roger a utilisé des draps noués pour descendre par la fenêtre et disparaître dans le brouillard de Venise. Ses capacités de marin et de gymnaste lui ont permis de réaliser cette fuite spectaculaire. Posie se souvient alors du jeune homme courant dans les ruelles sombres et de la remarque de Lucy Christie qui le décrivait comme quelqu’un de très intelligent, toujours capable de surprendre les autres. Le commissaire estime que cette évasion rend la situation très défavorable pour Roger, d’autant plus que la police a retrouvé dans sa chambre des objets qu’il tentait de brûler dans la cheminée, ce qui laisse penser qu’il cachait quelque chose. Les autorités lancent donc une recherche dans toute la ville, surveillant les gares et les sorties maritimes de Venise.
Le commissaire annonce ensuite les dernières avancées concernant la mort de la comtesse Romagnoli. Lucy Christie est maintenue en détention pour interrogatoire et la police prévoit de l’arrêter officiellement dès le lendemain, car la flasque argentée associée à son nom contient bien du poison. Cette déclaration provoque un choc parmi les personnes présentes, notamment chez Dickie qui secoue la tête avec incrédulité. Posie refuse pourtant de croire complètement à la culpabilité de Lucy et espère encore que l’inspecteur Lovelace utilise une stratégie pour la protéger. Le commissaire indique ensuite que les invités seront bientôt libres de partir, leur conseillant toutefois la prudence face aux dangers du brouillard et aux nombreux visiteurs attendus à Venise. Il leur recommande même de rester au palais plutôt que de sortir. Lorsque Minnie Alladice demande avec insistance si elle peut partir immédiatement, Posie observe cette femme avec un regard nouveau. Elle pense aux secrets qu’elle semble détenir, à son influence sur Giancarlo Romagnoli et aux conséquences que la mort de Bella aura sur son avenir. Pourtant, le commissaire interrompt leur départ en annonçant qu’une autre affaire essentielle doit être révélée. Il explique que l’incendie du palais a permis de découvrir une pièce cachée derrière un ancien faux mur détruit par les flammes. Cette chambre secrète, dissimulée depuis des siècles et probablement datant du dix-huitième siècle, serait liée à l’époque de Casanova. La révélation bouleverse l’assemblée, surtout Minnie Alladice, qui reconnaît immédiatement la légendaire chambre de la Mariée au gui et affirme qu’elle savait qu’elle existait. Cette réaction confirme pour Posie que Minnie était depuis longtemps obsédée par l’existence de cet endroit mystérieux. Giancarlo Romagnoli, accablé par cette découverte, quitte brusquement la pièce et l’on entend dans le couloir qu’il est malade, tandis que personne ne vient lui porter secours.
Posie cherche alors à comprendre pourquoi cette chambre secrète concerne directement les personnes présentes. Le commissaire révèle qu’elle se situe entre les appartements de la défunte comtesse et ceux occupés par Alaric, au-dessus du piano nobile. Elle remarque qu’Alaric serre fortement l’accoudoir de son fauteuil et qu’il a écrit sur sa main une indication mystérieuse, « FRARI. 7 AM », ce qui ajoute encore à ses interrogations. L’inspecteur Lovelace, de son côté, reste silencieux et fixe le sol, une attitude que Posie associe immédiatement à une mauvaise nouvelle. Elle se rappelle les histoires racontées par Lucy au sujet d’une jeune fille de la famille Romagnoli disparue autrefois alors qu’elle tentait de fuir le palais, ainsi que le message de menace évoquant un cadavre. Elle comprend que quelqu’un connaissait déjà l’existence de cette chambre avant sa découverte officielle. Lorsqu’elle demande au commissaire pourquoi les enquêteurs se sont intéressés à cette pièce, celui-ci révèle qu’ils y ont trouvé les restes brûlés d’une femme morte depuis environ cent cinquante ans. Tout indique qu’il pourrait s’agir de la victime originelle liée à la légende de la Mariée au gui. Cette découverte transforme une vieille histoire en réalité macabre et plonge les habitants du palais dans l’horreur. Posie ressent de la compassion pour Giancarlo, dont le monde s’effondre à mesure que les secrets de sa famille remontent à la surface, mais elle reste troublée par l’attitude de Lovelace, qui semble cacher une douleur supplémentaire.
Le commissaire finit par révéler l’élément le plus terrible de la soirée. Dans la chambre secrète, les enquêteurs ont trouvé un second corps, celui d’une personne morte récemment dans l’incendie. Le feu devient donc une véritable scène de crime, car celui qui l’a provoqué a causé une mort et pourrait être poursuivi pour meurtre ou homicide involontaire. Pietro Corsetti, qui avait été libéré plus tôt dans la journée, doit être arrêté à nouveau et considéré comme impliqué dans cette affaire dramatique. Le commissaire explique que la victime était une femme qui avait probablement cherché refuge dans la chambre sans comprendre qu’elle entrait dans un piège mortel rempli de fumée toxique. Ému par cette histoire, il laisse apparaître des larmes en racontant qu’elle est morte en essayant désespérément d’atteindre la porte, suffocant dans d’atroces souffrances. L’inspecteur Lovelace pose une main réconfortante sur son épaule. Minnie Alladice pleure, Dickie reste debout en se tordant les mains, et Rita, la domestique, s’effondre en sanglots. Posie demande alors l’identité de la victime, mais au fond d’elle-même, elle comprend déjà qui était cette femme.
31.La vérité derrière Silvia
La découverte du second corps dans la chambre secrète révèle à Posie l’identité de la victime : Silvia Hanro, une célèbre actrice anglaise. Salvarocca explique qu’elle était méconnaissable et que seule une petite clé en forme de cœur attachée à un ruban a permis de l’identifier. En observant Alaric, assis la tête entre les mains, Posie comprend soudain l’ensemble de la situation. Elle annonce calmement aux policiers que la victime est probablement Miss Silvia Hanro et qu’elle était une amie de Mr Boynton-Dale. Elle suppose que Silvia avait voyagé séparément jusqu’à Venise et qu’elle avait peut-être hésité à séjourner au palais avec Alaric. Elle indique également que la clé retrouvée pourrait permettre de récupérer ses affaires dans un casier de la gare Santa Lucia, où la police trouverait probablement son passeport. Posie précise qu’Alaric devra expliquer lui-même pourquoi Silvia se trouvait dans ses appartements. Sans un mot, Alaric se lève, prend l’enveloppe confidentielle qu’il avait apportée et la remet brusquement à Lovelace avant de quitter la pièce. Personne ne tente de le suivre et la porte d’entrée se referme derrière lui.
Restée seule avec ses pensées, Posie reconstitue les événements des derniers jours. Elle comprend que Silvia était bien présente au palais avec Alaric et que celui-ci cherchait désespérément à la retrouver. Elle se souvient de leur conversation interrompue près de la Dogana, lorsqu’Alaric voulait lui parler de Silvia et avait laissé entendre qu’il y avait quelque chose d’important à révéler. Elle réalise que l’histoire du coffre de Dickie Alladice n’était qu’un prétexte et qu’Alaric explorait en réalité le palais pour retrouver Silvia. La nuit précédente, lorsqu’il lui avait dit qu’il devait chercher quelque chose d’important, il parlait probablement d’elle. Son inquiétude et son comportement étrange depuis l’arrivée de Posie s’expliquent désormais par la disparition de Silvia. Il avait même dû se rendre à la gare Santa Lucia pour vérifier si elle avait quitté Venise avec ses bagages, espérant qu’elle avait survécu à l’incendie. En constatant que ses affaires étaient toujours dans le casier, il aurait compris qu’elle était morte dans les flammes. Posie écoute ensuite les dernières déclarations du commissaire, qui demande à toute personne ayant des informations sur Silvia Hanro ou sur l’incendie de venir parler à la police. Lorsque la réunion se termine, Posie confronte Dickie Alladice avec colère. Elle lui reproche d’avoir su qu’Alaric était venu à Venise avec Silvia et de l’avoir laissée croire à une autre histoire. Dickie reconnaît qu’il était au courant, mais affirme qu’Alaric est son ami et presque son associé, puisque leur nouveau projet doit être officialisé prochainement. Selon lui, ce n’était pas à lui de révéler la vie privée d’Alaric ni de dire qui il pouvait inviter ou fréquenter. Il minimise la situation en rappelant que Silvia Hanro était une femme exceptionnelle et qu’ils formaient un couple admiré. Posie comprend alors autrement les paroles de Bella Alladice, qui lui avait semblé froide lorsqu’elle lui avait parlé d’une autre femme dans la vie d’Alaric. Elle réalise que Bella cherchait peut-être à l’avertir plutôt qu’à la blesser. Elle repense également à l’hostilité de Max envers Alaric et comprend qu’il connaissait probablement aussi une partie de la vérité.
Lovelace propose d’aller parler à Alaric, mais Posie refuse, incapable d’accepter l’idée de devoir le poursuivre alors qu’elle se sent trahie. L’inspecteur l’emmène plutôt boire un thé et lui assure qu’il reste de son côté malgré le fait qu’Alaric ait financé son voyage à Venise. Peu après, Posie accompagne le commissaire et Lovelace à travers les rues sombres de Venise jusqu’au quartier de la police. Ils traversent une ville différente de celle des touristes, faite de ruelles étroites, de petits ponts, d’odeurs anciennes et de passages obscurs seulement animés par les chats et quelques habitants. Posie ressent qu’elle découvre enfin une Venise plus authentique, débarrassée de son élégance artificielle, même si cette marche lui rappelle sans cesse l’image de Silvia prisonnière dans la chambre secrète. Ils arrivent finalement à la Questura, le quartier général de la police, où plusieurs agents sont mobilisés pour retrouver Pietro Corsetti et Roger Valentine. Dans le bureau du commissaire, celui-ci explique qu’il a tenté de contenir la nouvelle du meurtre de Bella pour éviter une agitation médiatique, mais que l’affaire est désormais connue et paraîtra bientôt dans les journaux londoniens. Il espère toutefois pouvoir garder encore quelques jours le secret sur la mort de Silvia Hanro.
Les enquêteurs discutent ensuite de Roger Valentine et de son possible rôle dans la mort de Bella. Le commissaire pense qu’il pourrait avoir tenté de faire chanter la comtesse, ce qui aurait conduit au drame. Posie ajoute qu’une dispute violente entre Roger et quelqu’un avait été entendue depuis sa chambre, rapportée par la domestique. Lovelace présente alors une nouvelle preuve retrouvée dans la cheminée de Roger : une bande de photographie brûlée, provenant probablement d’un ancien cliché de presse. L’image est presque détruite, mais Posie distingue des fragments montrant une foule, une femme portant un camée et un morceau de nom, « Charlton ». Lovelace explique qu’il s’agit probablement d’une photographie du studio Ernest Charlton and Sons, fermé après la guerre, et qu’il serait presque impossible de retrouver l’original. Il pense que cette image pourrait être le « reel » dont Roger parlait et qu’il utilisait pour menacer quelqu’un, mais son contenu exact reste inconnu. Posie remarque cependant que la photographie date d’avant la Première Guerre mondiale grâce aux vêtements et aux coiffures visibles. Elle demande à conserver le fragment pour l’étudier. Puis elle se souvient d’informations qu’elle aurait dû transmettre plus tôt et raconte aux policiers les conversations entendues : l’histoire de Rita concernant le chantage exercé par Minnie Alladice sur Giancarlo dans l’église de San Trovaso, ainsi que les appels téléphoniques de Bella Alladice à Londres concernant un mystérieux registre ou une affaire liée à un inspecteur de Scotland Yard. Le commissaire et Lovelace restent perplexes, ne comprenant pas encore le lien entre ces éléments. Finalement, le commissaire remet à Posie la flasque argentée retrouvée par Max, celle qui appartient réellement à Lucy Christie mais qui ne contenait aucun poison. Il lui demande de montrer l’objet à Lucy et de lui expliquer que la police sait désormais qu’il existe deux flasques identiques, afin de lui prouver qu’elle n’est plus suspecte. Posie accepte d’interroger Lucy seule, convaincue que la jeune femme reste au centre de toute cette affaire, même si elle ignore encore pourquoi. Accompagnée par un policier jusqu’aux cellules, elle se prépare à poser ses questions tandis que Lovelace et le commissaire attendent derrière la porte pour écouter.
32.Les secrets du flacon caché
Dans une cellule de police étonnamment confortable, Posie rend visite à Lucy Christie et lui révèle qu’elle connaît sa véritable identité. Lucy est en réalité Alicia, la femme autrefois aimée de Johnny Alladice. Posie lui montre le flacon d’argent qu’elle possède et explique que l’inspecteur Lovelace l’a reconnue grâce aux liens entre Lucy et la famille Alladice. Elle comprend que Lucy a toujours caché son identité et son flacon pour éviter de révéler son passé. Malgré les circonstances qui auraient pu la pousser à vouloir tuer Bella Alladice, Posie affirme croire à son innocence dans l’affaire du meurtre de Robert Gattling. Elle rappelle cependant que Bella avait témoigné contre Lucy lors du procès, risquant de la faire condamner à mort pour un crime qu’elle n’avait pas commis. Lucy refuse pourtant de considérer Bella comme une personne mauvaise, affirmant qu’elle agissait selon ses convictions et qu’elle croyait sincèrement que Lucy était coupable.
Lucy raconte ensuite les années difficiles qui ont suivi le procès. Sa réputation avait été détruite, les journalistes la traquaient et elle avait perdu tout espoir. Johnny Alladice l’avait alors protégée en l’envoyant vivre secrètement à Édimbourg, en lui donnant une nouvelle identité et en prenant en charge les frais de la maison de retraite de sa mère. Elle explique que ce n’est pas le procès qui l’a anéantie, mais la mort de Johnny en 1917. Après sa disparition, Lucy avait fermé son appartement, tenté de devenir infirmière et avait été envoyée sur le front occidental, mais l’expérience de la guerre avait été trop traumatisante pour elle. Sans argent ni soutien, elle avait accepté l’offre de Bella de devenir sa compagne, dans l’espoir qu’un départ vers l’Amérique lui permettrait de recommencer une nouvelle vie. Venise représentait pour elle une fuite et une possibilité d’effacer son passé. Posie lui apprend alors que le testament de Johnny pourrait bouleverser son existence, car il avait voulu lui transmettre ses parts dans l’entreprise familiale plutôt qu’à ses frères et sœurs. Lucy décide qu’elle devra probablement retourner à Londres pour découvrir la vérité.
La discussion permet à Posie de mieux comprendre les conflits au sein de la famille Alladice. Lucy révèle que Dickie croyait que Johnny avait empoisonné Robert Gattling pour pouvoir vivre avec elle, ce qui aurait provoqué une rupture entre les deux frères. Elle confirme ensuite que Roger Valentine faisait chanter Lucy depuis plus d’un an. Roger avait découvert son identité en étudiant l’affaire Gattling et menaçait de révéler son passé aux journalistes s’il n’était pas payé. Lucy lui versait régulièrement de l’argent, mais Roger semblait surtout apprécier l’emprise qu’il exerçait sur elle. Lorsqu’elle n’a plus supporté cette situation, elle en a parlé à Dickie, qui a décidé de renvoyer Roger. Posie comprend alors que les paroles rassurantes que Dickie avait adressées à Lucy auparavant faisaient référence à cette décision. Malgré cela, Lucy ne pense pas que Roger soit responsable du meurtre de Bella ou de l’incendie du palais, car elle le considère comme un homme trop lâche pour accomplir un acte aussi risqué.
Posie interroge ensuite Lucy au sujet du mystérieux fragment de photographie qui pourrait être lié au chantage de Roger, mais Lucy ne reconnaît rien au premier regard. La conversation se tourne vers Minnie Alladice et le chantage dont elle pourrait être responsable envers le comte Romagnoli. Lucy explique que Minnie avait autrefois détenu une importante part de l’entreprise familiale, mais que Mr Alladice Senior l’avait poussée à abandonner presque toutes ses actions alors qu’elle traversait une période de grande fragilité mentale. Cette injustice explique en partie la rancœur de Minnie. Lucy révèle cependant que Bella avait prévu de réparer cette situation dans son testament, en donnant à Minnie suffisamment de parts pour qu’elle puisse contrôler l’entreprise. Elle précise que Roger connaissait le contenu du testament parce qu’il l’avait préparé et qu’il n’avait pas pu s’empêcher d’en parler.
Alors que Posie s’apprête à partir avec le flacon d’argent, Lucy l’arrête brusquement et lui révèle que le flacon qu’elle tient n’est pas le sien mais celui de Bella. Cette révélation change complètement la compréhension du meurtre. Les deux femmes possédaient des flacons identiques offerts par Johnny, mais celui de Bella était très abîmé car elle l’utilisait quotidiennement, tandis que celui de Lucy était presque neuf car elle s’en servait rarement. Lucy explique que le flacon empoisonné retrouvé dans la citerne devait être le sien, mais que quelqu’un l’avait volé après que Posie l’eut laissé devant sa porte. Le meurtrier aurait alors ajouté de l’acide prussique au contenu du flacon de Lucy, puis l’aurait échangé avec celui de Bella afin de faire croire que Bella avait été tuée avec son propre flacon. Posie comprend que le crime n’avait probablement pas été préparé longtemps à l’avance, mais qu’il avait été réalisé avec une grande audace et une opportunité saisie au dernier moment.
Cette nouvelle information oblige Posie à reconsidérer les suspects. Beaucoup de personnes connaissaient l’existence des deux flacons, mais Lucy les gardait cachés pour ne pas rappeler à Bella l’amour que Johnny lui avait porté. Avant de quitter Lucy, Posie lui annonce qu’un corps a été retrouvé dans une chambre secrète et qu’il s’agit de Silvia Hanro. Elle comprend alors que Bella connaissait la relation entre Silvia et Alaric et qu’elle avait essayé de la protéger. Lucy explique que Bella avait été scandalisée par l’existence de cette liaison et avait reproché son comportement à Alaric. Posie est blessée qu’Alaric ne lui ait rien révélé, mais son esprit se concentre bientôt sur un autre indice : l’inscription « FRARI » écrite par Alaric. Lucy lui apprend qu’il s’agit probablement de la basilique Santa Maria Gloriosa dei Frari à Venise, un lieu célèbre pour ses œuvres d’art et ses tombeaux. Ce renseignement semble lié à un mystérieux rendez-vous noté « FRARI. 7 AM ». Avant de partir, Lucy examine de nouveau le fragment de photographie et identifie un camée appartenant à Bella, affirmant que l’image représente probablement Bella au moment du procès de Robert Gattling. Épuisée par toutes ces révélations, Posie rentre chez Mrs Persimmon et s’endort après une journée sans véritable repas. Ses rêves sont remplis de brouillard, de feu et de pièces cachées, tandis qu’elle croit entendre Alaric pleurer, bien qu’il ait déjà disparu avec son sac, comme Roger Valentine.
33.Le rendez-vous aux Frari
À l’aube glaciale de Venise, Posie Parker se réveille avec le pressentiment que quelque chose va mal tourner. Le souvenir du message écrit sur la main d’Alaric, « FRARI. 7 AM », la pousse à quitter discrètement la maison d’hôtes pour se rendre à la basilique des Frari, même si elle ignore comment y parvenir. Alors qu’elle sort dans l’obscurité, elle tombe sur Dickie Alladice, déjà prêt à partir. Celui-ci lui explique qu’il comptait justement chercher Alaric, disparu pendant la nuit avec ses affaires. Il a vu l’inscription sur sa main et pense qu’Alaric doit être à l’église des Frari. Dickie ajoute qu’il veut aussi s’assurer qu’Alaric n’oublie pas la signature prévue des actes de partenariat avec lui, une étape importante pour leurs affaires. Posie accepte de partir avec lui, car il connaît le chemin et qu’elle n’a aucun moyen de s’y rendre seule.
Tous deux traversent Venise encore plongée dans la nuit, sous la pluie et le froid. Après avoir rejoint un vaporetto presque vide, ils prennent ensuite une gondole qui les conduit dans le dédale des petits canaux jusqu’à la basilique des Frari. Le lieu impressionne immédiatement Posie par son immensité sombre, ses chapelles silencieuses, ses tombeaux monumentaux et ses longues rangées de bancs vides. Elle comprend pourquoi Alaric a pu choisir cet endroit comme lieu de rendez-vous discret. En observant l’église, elle aperçoit finalement deux silhouettes vêtues de longs manteaux noirs près du tombeau de Canova. L’une des silhouettes semble être Alaric. Posie et Dickie s’approchent silencieusement et se cachent derrière le monument pour écouter la conversation.
Alaric rencontre un jeune Italien qui se présente comme Pietro Corsetti, un homme recherché par la police pour meurtre. Corsetti explique qu’il avait été relâché par les autorités mais qu’il est désormais poursuivi après les événements récents. Il demande l’aide d’Alaric parce qu’il pense pouvoir lui faire confiance et qu’il veut transmettre des informations à la police par l’intermédiaire de quelqu’un de respecté. Alaric accepte à contrecœur de l’écouter. Corsetti avoue alors être responsable de l’incendie du palais de Bella Alladice, mais affirme qu’il n’a agi que sur ordre et contre paiement. Il explique qu’une femme l’avait engagé plusieurs semaines auparavant pour organiser une surveillance autour de Bella, puis lui avait demandé de traduire une lettre contenant des menaces concernant la chambre secrète. Corsetti avait découvert l’existence de cette pièce grâce aux anciens journaux de sa famille, ennemie depuis longtemps des Romagnoli, et il avait fourni une carte de la chambre contre de l’argent. Il assure cependant qu’il ignorait que cette pièce deviendrait un piège mortel et qu’on lui demanderait ensuite de mettre le feu au palais.
Alaric demande qui a organisé toute cette affaire, persuadé que le commanditaire pourrait être le comte Romagnoli. Corsetti nie immédiatement et révèle que la personne derrière le complot est une femme qu’il décrit comme une « femme-diable ». Il explique qu’il ne l’a rencontrée personnellement que lorsqu’elle lui a remis son paiement final, mais qu’il sait désormais qu’il s’agit de Minnie Alladice. Cette révélation choque Alaric, qui peine à croire qu’une femme apparemment pauvre ait pu financer une telle opération ou vouloir la mort de Bella. Corsetti produit alors des preuves : plusieurs lettres écrites par Minnie dans lesquelles elle lui demande d’espionner Bella, de traduire la lettre sur la chambre secrète, puis d’acheter de l’essence pour déclencher l’incendie. Bien qu’elle n’ait pas signé son nom, Corsetti pense que la police pourra reconnaître son écriture. Il remet les documents à Alaric afin qu’ils soient transmis aux autorités, puis repart avec le manteau fourni par Alaric pour tenter de fuir Venise.
Alors que Corsetti quitte l’église, Posie reste cachée, encore bouleversée par les révélations. Alaric finit cependant par la découvrir. Il lui reproche d’avoir écouté sa conversation et semble blessé par sa présence. Posie explique qu’elle a vu le message sur sa main et qu’elle voulait seulement vérifier qu’il était sain et sauf après sa disparition. Alaric lui répond avec amertume qu’il avait dû s’éloigner pour réfléchir après les événements terribles des derniers jours, notamment la mort de Silvia. Posie lui reproche alors de ne pas lui avoir dit que Silvia était morte et que leur mariage était annulé. Elle lui reproche d’avoir risqué de la laisser se présenter à l’église pour être abandonnée devant tout le monde. Alaric se défend en disant qu’il n’avait presque pas eu le temps de respirer depuis le début des événements et qu’il lui avait pourtant dit la veille qu’il l’aimait.
La tension entre eux augmente jusqu’à ce qu’une nouvelle silhouette apparaisse derrière une colonne. C’est Max, vêtu d’un manteau noir, qui les observe sans expression. Alaric, déjà irrité, accuse Posie d’avoir amené quelqu’un pour l’espionner et lui reproche d’agir par vengeance après l’affaire Silvia. Il lui tend alors les lettres de Corsetti en lui disant qu’elle est aussi bien placée que lui pour les remettre à la police, puisqu’elle semble déjà diriger leur enquête. Sans attendre sa réponse, il s’éloigne avec colère. Posie reste seule avec les preuves compromettantes entre les mains, blessée par ses paroles et par la situation. Max disparaît à son tour sans expliquer pourquoi il l’a suivie, laissant Posie encore une fois isolée face aux nombreux mystères qui entourent l’affaire.
34.Les secrets du tombeau vénitien
À l’aube, Posie Parker se réveille avec le pressentiment que quelque chose va mal. Dans l’obscurité glaciale de Venise, elle se souvient du message griffonné sur la main d’Alaric, « FRARI. 7AM », et décide de se rendre à l’église du Frari pour comprendre ce qui lui est arrivé. En quittant discrètement sa chambre, elle tombe sur Dickie Alladice, qui l’attendait déjà, habillé pour affronter le froid. Il a deviné qu’elle allait chercher Alaric, dont les affaires ont disparu pendant la nuit, et il veut également le retrouver avant la signature prévue des actes de partenariat avec son avocat, une étape qu’il juge essentielle. Posie accepte de partir avec lui, même si elle est troublée par la situation, car Dickie connaît le chemin vers l’église.
Les deux traversent les rues étroites, sombres et détrempées de Venise avant de rejoindre un vaporetto près de l’Accademia Bridge. Le trajet les mène jusqu’à Santa Toma, où Dickie trouve une gondole pour les conduire à travers un dédale de petits canaux jusqu’au Frari. L’église apparaît immense et inquiétante dans la lumière des torches, avec ses pierres humides, ses fidèles vêtus de noir et son atmosphère solennelle. Posie entre rapidement, mais elle réalise bientôt la difficulté de retrouver quelqu’un dans un lieu aussi vaste, rempli de chapelles obscures, de tombeaux et de recoins. Alors que la messe commence, elle remarque une silhouette près d’un grand monument triangulaire, le tombeau de Canova, et reconnaît dans les mouvements gracieux de l’une des personnes présentes la démarche d’Alaric. Celui-ci porte une grande cape noire et semble rencontrer quelqu’un en secret.
Cachés derrière le tombeau, Posie et Dickie écoutent la conversation entre Alaric et un jeune Italien nommé Pietro Corsetti. Celui-ci explique qu’il est recherché par la police pour meurtre et qu’il craint de ne pas pouvoir quitter Venise. Il affirme qu’il a confiance en Alaric malgré leur absence de relation précédente, car la réputation publique de ce dernier pourrait lui permettre de transmettre des informations importantes aux autorités. Pietro révèle alors qu’il a bien déclenché l’incendie dans les appartements de Bella, mais qu’il l’a fait sur ordre et contre paiement. Il raconte qu’une femme l’avait contacté deux mois auparavant pour organiser une surveillance de Bella, puis lui avait demandé de traduire une lettre menaçante évoquant la mort de Bella dans une chambre secrète. Grâce aux journaux anciens de sa famille, ennemie historique des Romagnolis, Pietro connaissait l’existence de cette pièce cachée et possédait même une carte permettant d’y accéder.
Pietro explique ensuite qu’il a transmis cette carte à la femme qui l’avait engagé, sans imaginer que la chambre deviendrait un piège mortel ni qu’il serait ensuite chargé de provoquer un incendie. Alaric lui reproche durement d’avoir participé à un acte aussi grave et cherche à savoir qui a organisé toute l’affaire. Pietro finit par révéler que l’instigatrice était une femme âgée surnommée « le vieux chat roux », qu’il identifie comme Minnie Alladice. Cette révélation choque Dickie, qui pâlit en entendant le nom de sa propre parente. Alaric lui-même doute d’abord, car il ne comprend pas comment Minnie aurait pu financer une telle opération ni pourquoi elle aurait voulu la mort de Bella. Pietro apporte alors les preuves qu’il possède, des lettres écrites par Minnie demandant la surveillance de Bella, la traduction de la lettre sur la chambre secrète et l’achat du carburant destiné à l’incendie. Ces documents doivent permettre à la police de comparer l’écriture et de confirmer son implication.
Après avoir remis les lettres à Alaric, Pietro repart avec la cape fournie par celui-ci afin de tenter de fuir plus facilement dans l’obscurité. Posie reste cachée quelques instants, mais lorsqu’Alaric se retourne, il la découvre. Il lui dit qu’il s’attendait presque à la trouver là. Posie explique qu’elle a vu le message sur sa main et qu’elle voulait seulement vérifier qu’il était sain et sauf après son absence durant la nuit. Alaric lui reproche cependant son empressement à enquêter et son habitude de tirer des conclusions trop rapides. Il révèle qu’il a passé la nuit au Metropole Hotel pour se calmer après les événements récents, notamment la mort de Silvia, qui l’a profondément bouleversé.
La conversation entre eux devient douloureuse lorsque Posie lui reproche de ne pas lui avoir dit que le mariage était annulé. Elle lui avoue qu’elle ne comprend pas comment il a pu la laisser croire qu’elle se présenterait à l’église pour être abandonnée devant l’autel, avec Lovelace comme témoin de son humiliation. Alaric répond qu’il traverse une période extrêmement difficile et qu’il n’a presque pas eu le temps de réfléchir, mais il rappelle qu’il lui a dit la veille qu’il l’aimait. Lorsqu’il affirme qu’il n’est guère d’humeur à penser au mariage après tout ce qui s’est passé, Posie comprend que la situation entre eux reste profondément incertaine.
Le moment est interrompu par l’apparition de Max, vêtu d’une cape noire, qui sort de l’ombre d’une chapelle et confirme qu’il suivait Posie. Alaric, déjà blessé et irrité, pense que Posie et Max l’espionnaient ensemble et accuse Posie de chercher des informations sur lui alors qu’il traverse l’une des périodes les plus difficiles de sa vie. Il lui tend les lettres de Pietro en lui demandant de les apporter elle-même à la police, puisqu’elle a entendu toute la conversation et semble déjà impliquée dans l’enquête. Avant que Posie puisse répondre, Alaric s’éloigne, laissant derrière lui sa colère et son chagrin. Posie reste seule avec les preuves contre Minnie, une larme prête à tomber sur les documents, tandis que Max disparaît à son tour sans expliquer les raisons de sa présence ni de son intervention.
35.La vérité sous la pluie
Après avoir récupéré les lettres compromettantes laissées par Pietro Corsetti, Posie Parker traverse Venise sans vraiment réfléchir, encore bouleversée par les révélations entendues dans l’église du Frari. La ville sort lentement de l’obscurité nocturne, les cafés ouvrent, les bateaux de livraison encombrent les canaux et les rues reprennent leur agitation quotidienne. Trempée par la pluie, elle décide de ne pas chercher seule le commissariat et de remettre les preuves à l’inspecteur Lovelace, qu’elle sait capable de les protéger. Pendant le trajet en vaporetto, elle reconstitue mentalement les éléments de l’affaire et comprend enfin le rôle probable de Minnie Alladice dans la succession d’événements tragiques.
Posie conclut que Minnie, animée depuis des années par une profonde rancœur envers sa famille, aurait organisé un plan complexe pour reprendre le contrôle de la fortune des Alladice. Elle aurait fait chanter le comte Giancarlo en le menaçant de révéler son lien avec Pietro Corsetti, puis utilisé l’argent obtenu pour payer Pietro et déclencher une campagne de peur contre Bella Alladice. Elle comprend que la conversation surprise par la domestique entre le comte et Minnie, lorsqu’un échange d’argent avait eu lieu devant l’église, prend désormais tout son sens. Le comte semblait déjà connaître l’implication de Pietro et avait probablement reconnu son écriture sur le message concernant la chambre secrète, ce qui expliquait sa réaction étrange face à cette note.
En réfléchissant aux motivations de Minnie, Posie relie l’affaire au testament récemment établi par Bella avec l’aide de Roger Valentine, son secrétaire. Roger, avide d’argent et peu discret, aurait révélé le contenu du testament à Lucy puis probablement à Minnie, donnant à cette dernière la connaissance de ce qu’elle pouvait gagner. La disparition de Bella représentait pour Minnie une occasion unique de reprendre la direction d’Alladice Holdings et de sortir de l’ombre dans laquelle elle vivait depuis longtemps. Posie imagine une machination préparée rapidement mais soigneusement, où la surveillance de Bella, la lettre menaçante sur la chambre secrète et l’incendie ne constituaient que les différentes étapes d’un plan destiné à obtenir un héritage et un pouvoir nouveaux.
Cependant, plusieurs éléments continuent de troubler Posie. Le plan ne s’est pas déroulé comme prévu puisque la mauvaise personne est morte dans l’incendie et que Bella a survécu. Elle se demande si Minnie aurait ensuite tenté une solution désespérée en empoisonnant Bella avec la seconde fiole d’argent. Pourtant, certaines questions restent sans réponse : pourquoi les documents de Bella ont-ils disparu, pourquoi Roger Valentine s’est-il volatilisé, quelle importance avaient les appels téléphoniques de Bella à Londres et quel rôle jouait la photographie brûlée retrouvée dans l’affaire. La chambre secrète demeure également une énigme. Posie se demande si Minnie avait réellement l’intention d’y cacher le corps de Bella comme elle l’avait écrit, et si elle n’avait pas directement voulu la mort de Silvia Hanro, elle porte malgré tout une part de responsabilité dans ce décès. Posie pense que Minnie a probablement révélé l’existence de la chambre à Silvia pour tenter de se rapprocher d’elle, sans imaginer que cette information deviendrait fatale lorsque la catastrophe éclaterait.
De retour à la pension, Posie découvre une atmosphère lourde et silencieuse. Avec Bella morte, Roger et Alaric disparus, Lucy détenue, Max absent et Dickie probablement bouleversé après avoir entendu les accusations contre Minnie, le lieu semble vidé de son agitation habituelle. Dans la salle à manger, elle aperçoit seulement Minnie Alladice et Mrs Persimmon installées ensemble, tandis qu’un policier surveille les lieux. Déterminée à confronter Minnie avec les preuves, Posie monte rapidement, mais se retrouve par hasard dans le couloir des chambres plus luxueuses. Elle entend alo
36.Le mystère de l enveloppe de manille
Posie se réveille dans la chambre de Lovelace après six heures de sommeil réparateur et remarque que l enveloppe de manille demandée par Alaric se trouve toujours sur place. Poussée par la curiosité, elle consulte rapidement les documents officiels qui s y trouvent et comprend la gravité de la situation avant de cacher l enveloppe sous le matelas. En descendant dans le hall désert, elle croise Mrs Persimmon qui lui apprend l arrestation matinale de Minnie Alladice par l inspecteur Salvarocca ainsi que le tapage nocturne causé par un homme agité.
Posie monte ensuite au grenier pour demander l aide de Max, qui surveillait le palais Romagnoli depuis sa lucarne. Max lui explique qu il utilise régulièrement le bureau de poste principal pour envoyer ses rapports et recevoir des instructions par télégramme. Posie le persuade d utiliser ses contacts haut placée pour enquêter sur les documents secrets, ce qu il accepte de faire malgré les risques évidents pour sa propre mission.
Quelques minutes plus tard, Max reçoit un rappel téléphonique qui confirme que les informations ont été consultées par Roger Valentine quelques semaines plus tôt, puis empruntées officiellement par l inspecteur Lovelace, avant qu une dernière demande ne vienne de l étranger par Bella Alladice. Posie réalise soudain que la vie d Alaric et de Dickie Alladice est en grave danger alors qu une réunion est prévue à quatre heures. Ne sachant pas où se déroule ce rendez-vous crucial, elle tente désespérément de se remémorer les indices laissés par Dickie au sujet d un endroit très doux.
Un policier se présente soudain à la porte de la pension pour livrer un pli confidentiel que Posie accepte en signant le récépissé. En interrogeant Mrs Persimmon, Posie comprend soudain que l ancien entrepôt sucrier du mari de la logeuse, situé juste à côté du palais Romagnoli, correspond exactement à la description du lieu recherché. Alors qu elle s élance vers la sortie en direction de l entrepôt, elle surprend un instant de panique sur le visage habituellement impassible de Max.
37.La Révélation De La Photographie
Posie s apprête à partir en urgence alors qu il est presque quatre heures. Max tente de la retenir en lui expliquant qu elle risque de tout compromettre en agissant seule. Il l interroge sur l identité de la personne qu elle craint et Posie lui répond qu il s agit de Roger Valentine. Elle affirme que sa présence à la réunion sera catastrophique et dangereuse. Max lui suggère alors d appeler Scotland Yard ou le grand Italien pour obtenir du soutien mais Posie rétorque qu il n y a plus assez de temps. Il lui propose de l accompagner à condition de pouvoir passer un coup de fil au préalable. Tandis que Max s éloigne vers le téléphone Posie observe le bâtiment de l entrepôt de sucre et espère pouvoir arrêter Roger Valentine à temps. Elle repense au comportement suspect de Roger et à son renvoi de Venise. Elle se rappelle que son paiement important était arrivé trois semaines plus tôt et qu il cherchait déjà un autre emploi depuis cette période.
Elle réalise ainsi que son renvoi était dû à une raison totalement différente de ses agissements envers Lucy Christie.
Posie repense également au contenu de l enveloppe manila que Lovelace avait apportée de Londres. Elle voit Max s éloigner de l appareil téléphonique et s apprêter à passer un autre appel. Elle l interpelle soudainement pour lui demander s il a vu Minnie Alladice à la poste le matin précédent ou le matin même. Max lui répond qu il l a croisée la veille au matin vers neuf heures et qu elle était seule. Posie hoche la tête mais ses pensées commencent à s agiter face à ces révélations troublantes. Pendant qu elle attend elle entend Max demander le commissario à la questura. Elle décide alors d ouvrir l enveloppe cacheté qu elle vient de recevoir par l Orient Express. Elle y découvre le travail accompli par Sidney la veille à Londres auprès du journaliste Sam Stubbs.
L enveloppe contient trois photographies de presse brillantes et d apparences similaires. Posie les examine attentivement avant de pousser un cri de surprise en découvrant la troisième. Elle réalise que les deux premières images sont banales tandis que la troisième s avère capitale et menaçante. Max se rapproche d elle et observe les clichés en déclarant qu il a déjà vu les deux premiers dans une chemise verte dans la chambre de Roger. Posie confirme qu il s agit bien de copies de ces documents dont une partie avait échappé à l incendie provoqué par Roger. Max lui demande si ces pièces sont importantes et Posie brandit la troisième en affirmant qu elle explique tout. Elle déclare avec colère que cette photographie constitue à elle seule un mobile de meurtre indiscutable.
38.L infiltration de l entrepôt de sucre
Posie et Max traversent le Campo San Vio pour atteindre un entrepôt de sucre désaffecté où des bruits de cloches résonnent dans Venise. Avant de monter dans une gondole, Max exprime de profondes inquiétudes, confie à Posie où sont cachés des bijoux et tente de lui confier un pistolet qu elle refuse obstinément. Une fois arrivés à l entrepôt, ils découvrent une porte entrouverte et pénutrent à l intérieur. Le bâtiment ne ressemble en rien à une habitation classique car les planchers ont été remplacés par des galeries métalliques en colimaçon qui s élèvent sur dix étages. Des dizaines d ouvriers habillés de noir s activent frénétiquement en silence pour charger et décharger des paquets de papier brun.
Un homme encapuchonné que Posie identifie comme Roger Valentine monte les escaliers et elle décide de le suivre rapidement à travers les niveaux. Elle le perd de vue un instant tandis que Max disparaît également de son côté. Posie parvient à un petit bureau où elle surprend une discussion tendue entre Dickie Alladice et Alaric Boynton Dale qui se trouvent assis en compagnie du notaire monsieur Ennario. Roger Valentine tient Alaric en joue avec une arme à feu et une vive tension règne dans la pièce où se trouvent des papiers officiels et le coffre-fort d Alaric.
Posie entre brusquement dans la pièce pour supplier Roger de ne pas tirer ce qui distrait le groupe et permet à Dickie de sortir une seconde arme pour menacer à son tour le maître chanteur. Une confrontation verbale s engage alors au sujet des agissements malhonnêtes de Roger et de son rôle dans divers scandales de chantage. Posie révèle que les actions de Roger ont également touché la défunte Bella qui a légué toutes ses actions à la tante de Dickie ce qui bouleverse complètement les équilibres financiers. Roger avoue qu il est venu pour empêcher le transfert d argent prévu ce jour-là et mettre un terme à ces activités illégales.
Alors que Roger est brièvement distrait par une photographie incriminante que Posie lui présente, le notaire monsieur Ennario en profite pour s emparer de l arme de Dickie et faire feu. Roger réagit instantanément en tirant au même moment que le notaire et une violente fusillade éclate dans la petite pièce exiguë. Lorsque le calme revient enfin après le vacarme des détonations, Posie relève la tête pour constater avec effroi que les deux hommes gisent sans vie sur le plancher en bois.
39.La verite sur les documents et les crimes
Posie contemple la scene tragique du bureau en evitant le corps de Roger Valentine tandis que Dickie remplit des verres et qu Alaric l aide a se relever. Ouvrant la petite fenetre pour laisser entrer l air frais du canal, Posie remarque des photographies agrandies sur le bureau et un petit coffre-fort ouvert contenant un unique carnet noir. Alors que Dickie s apprete a partir pour appeler la police et conclure a la responsabilite de Roger, Posie affirme avec assurance que ce dernier n etait pas un meurtrier mais un homme loyal envers Bella Alladice.
Posie explique que Roger avait decouvert une vaste fraude en consultant les registres de la societe a Londres trois semaines plus tot. Il avait constate que la plupart des proprietes anglaises avaient ete vendues en liquide et que les signatures de Bella, de Minnie et la sienne avaient ete forgees pour transferer la moitie des fonds vers une nouvelle entreprise. Alaric, trouble, admet qu il avait ete contacte par Roger depuis Constantinople et qu il avait demande a l inspecteur Lovelace d examiner ces documents sans y voir d irregularites au depart.
La discussion revele que Dickie avait accepte de payer le silence de Roger mais n avait verse qu une partie de la somme promise. Pousse a bout, Roger avait prepare des preuves accablantes dans le dossier de Bella avant de s eloigner. Posie expose enfin la terrible verite en accusant Dickie d avoir assassine sa propre sœur pour dissimuler ses crimes financiers, poussant Roger a revenir le defier pour venger la mort de Bella.
40.Le piège et la confession
Posie fait face à Dickie Alladice dans son bureau, tenant à la main une photographie ancienne qui prouve le rôle de ce dernier dans le meurtre de Robert Gattling en mil neuf cent douze. Alors qu'Alaric examine le cliché qui montre Dickie réagissant avec une joie sardonique au verdict de condamnation de Lucy Christie, Dickie s'empare soudain d'un pistolet et menace Posie. En poussant Dickie à parler, Posie expose la vérité sur l'amour destructeur qu'il portait à Lucy, et comment il a non seulement empoisonné Robert et fait accuser Lucy, mais a également assassiné Bella pour la même raison après que celle-ci a découvert la vérité et menacé de le dénoncer. Dickie admet cyniquement l'ensemble de ses crimes passés et présents, confirmant qu'il a tenté de faire porter le chapeau à Lucy en utilisant le même poison.
Max surgit soudainement dans la pièce pour distraire Dickie et l'empêcher d'abattre Posie, révélant par la même occasion que l'entrepôt sert de plaque tournante pour un vaste trafic international de drogue orchestré par Dickie Alladice lui-même. Pris au piège par l'arrivée imminente de la police et cerné par les autorités, Dickie refuse de se rendre et déclenche une fusillade chaotique dans la pièce. L'inspecteur Lovelace et les forces de l'ordre investissent enfin les lieux pour sécuriser la zone, mais Posie réalise rapidement avec effroi qu'Alaric a été mortellement touché en voulant la protéger des tirs. Alors que le corps d'Alaric gît sans vie sur le sol, Posie est envahie par la douleur et le désespoir face à cette tragique conclusion.
41.Une révélation tardive et tragique
Dans l'obscurité de Venise, Posie et l'inspecteur Lovelace affrontent les lourdes conséquences des récents drames. Après avoir formellement identifié le corps d'Alaric à la morgue, Posie apprend au cours d'un entretien avec le commissario Salvarocca que Dickie Alladice a été grièvement blessé lors de la fusillade à l'entrepôt. S'il survit, il sera extradé vers l'Angleterre pour répondre du meurtre de Bella Alladice et de l'empoisonnement historique de Robert Gattling. Minnie Alladice, quant à elle, a tenté de mettre fin à ses jours et finira probablement ses jours dans un asile psychiatrique vénitien. Alors que l'entreprise familiale semble vouée à la liquidation et que plusieurs protagonistes se sont volatilisés, le mystère plane toujours sur le rôle exact joué par Max, qui a disparu sans laisser de trace ni un mot pour Posie.
Profondément bouleversée et incertaine de l'avenir, Posie se prépare à quitter la ville avec l'inspecteur. Dans un geste symbolique de rupture, elle retire sa bague de fiançailles pour l'offrir à Lovelace afin qu'il puisse subvenir aux besoins de sa fille. C'est alors que survient une visite inattendue de deux ecclésiastiques, le père Gregory et le révérend Blythe. Le prêtre leur apprend qu'un mystérieux coup de fil anonyme, passé depuis la gare de Santa Lucia par une assistante se faisant passer pour une proche d'Alaric, avait faussement annoncé l'annulation de la cérémonie de mariage prévue le matin même.
En écoutant le récit de ce qui s'est réellement passé dans l'église, Posie découvre la vérité sur les intentions d'Alaric et le rôle trouble de Silvia Hanro. Ce dernier, persuadé à tort que Posie l'avait délibérément abandonné à l'autel par rancune, s'était présenté à l'église avec Dickie, attendant vainement sa promise avant de partir à sa recherche. Rongée par la culpabilité et la prise de conscience que leur union n'aurait de toute façon pas résisté à l'épreuve du temps, Posie encaisse ce coup fatal. Tandis que le père Gregory suggère naïvement qu'ils pourraient reporter le mariage, Posie s'enfuit en courant, incapable de respirer, prête à affronter seule sa nouvelle vie.
42.Une Nuit D Inquiétude
Posie Parker passe une nuit blanche agitée dans la maison d hôtes silencieuse alors qu elle a déjà fait ses bagages pour son départ prévu le lendemain. Elle repense à la conversation qu elle a eue plus tôt avec l inspecteur Lovelace au sujet du commissario Salvarocca. Lovelace a tenté de défendre Salvarocca en expliquant que son adhésion au fascisme n est qu une façade dictée par la simple survie et que le commissario porte en lui la blessure indélébile de la perte de sa femme bien-aimée Rosalie dans un terrible incendie domestique survenu à Venise des années auparavant. Cette révélation a adouci le regard de Posie sur le grand policier italien malgré son uniforme et ses convictions.
Au milieu de la nuit Posie est troublée par des bruits inquiétants et des sonneries de téléphone incessantes sans jamais parvenir à un sommeil réparateur. Le lendemain matin à huit heures elle s habille rapidement et descend ses bagages au rez-de-chaussée. Elle y découvre une atmosphère de désolation totale en voyant Mrs Persimmon et Jones l air hagard et bouleversé devant la porte ouverte de la salle à manger où le commissario Salvarocca l attend en silence devant une tasse de café intouchée.
Prise d une angoisse subite Posie craint qu il ne soit arrivé malheur à l inspecteur Lovelace mais Salvarocca lui apprend une tragédie d une autre nature. Un violent incendie s est déclaré pendant la nuit dans la maison familiale de Clapham en Angleterre. Molly Lovelace l épouse de l inspecteur a succombé aux fumées toxiques et aux flammes sans pouvoir être sauvée.
Heureusement leur petite fille Phyllis a pu être sauvée grâce à l intervention courageuse d un voisin qui a brisé une fenêtre à l aide d une échelle pour l extraire de la chambre avant que le feu ne l atteigne. Profondément choqué et désemparé par cette catastrophe l inspecteur Lovelace a pris le train postal de bonne heure pour rentrer en Angleterre et veiller sur sa fille. Posie reste figée sous le choc de cette nouvelle terrible tandis que Salvarocca conclut sobrement que la vie exige de chacun qu on continue d avancer malgré les épreuves.
43.Le souvenir de Venise
Posie Parker fait ses cartons dans son appartement de Museum Chambers à Bloomsbury à Londres, envahie par de vives émotions en décrochant les objets de ses murs verts pâles. Chaque cadre lui rappelle son passé, ses enquêtes résolues et ses voyages, notamment une paire de hiéroglyphes égyptiens liés à l'archéologue Alaric Boynton-Dale qu'elle aimait tant. Elle repense au cauchemar de son séjour vénitien et aux retombées médiatiques de l'affaire Alladice, tout en essayant de faire abstraction de la mort tragique de Silvia Hanro et d'Alaric. Pour fuir cette tourmente, elle a multiplié les voyages, passant par les Cotswolds, Lindisfarne et un Noël glacial à Rebburn Abbey en compagnie de plusieurs proches dont l'inspecteur Lovelace.
Durant le voyage en train du retour depuis le Yorkshire, Posie découvre avec surprise la présence de Max assis en face d'elle dans son compartiment de première classe. Max lui présente ses excuses pour son départ précipité de Venise et pour ses remarques passées sur Alaric, tout en lui restituant les boucles d'oreilles en saphir qu'elle avait laissées derrière elle. Posie accepte les bijoux en pensant à Phyllis Lovelace tout en gardant autour de son cou le collier de perles en verre rose que Max lui avait offert. Alors que le train file vers Londres à travers la campagne enneigée, Max verrouille les portes du wagon et lui promet de savourer chaque instant des trois heures et demie de trajet qu'il lui reste à passer à ses côtés avant de disparaître de nouveau.
De retour dans le présent londonien, Posie est soudainement tirée de sa rêverie par les cris perçants de ses jeunes filles réclamant leur mère depuis la chambre voisine. Elle soupire tout en souriant, pleinement consciente de la chance qui l'a menée vers le bonheur après tant d'épreuves. Avec son mari, elle s'apprête à quitter son cher appartement exigüe de Bloomsbury pour s'installer dans une maison de banlieue dotée d'un véritable jardin. En jetant un dernier regard sur son salon aux murs presque entièrement dépouillés, ses yeux se posent sur un simple masque rouge en forme de demi-lune acheté à Venise autrefois, qui trône désormais au centre de la pièce.
44.Notes Historiques et Remerciements sur Venise
La section finale du livre propose des remerciements aux lecteurs ainsi qu'une note historique détaillée de l'auteur concernant les sources et la véracité des éléments du roman. L'auteur explique avoir contacté les lecteurs pour recueillir des avis sur les livres de la série Posie Parker et fournit des liens utiles pour suivre les actualités littéraires et découvrir les autres enquêtes disponibles.
La note historique précise que si la majorité des personnages sont fictifs, le cadre géographique et temporel de Venise en novembre 1923 repose sur des recherches documentaires rigoureuses. L'auteur cite notamment l'ouvrage de Jan Morris sur Venise comme source d'inspiration essentielle pour décrire l'atmosphère de la ville, ses monuments emblématiques comme la place Saint Marc et le pont de l'Accademia, ainsi que les traditions locales telles que la fête de la Madonna della Salute.
Plusieurs précisions sont apportées sur des lieux réels et imaginaires présents dans l'intrigue, incluant l'adresse londonienne de l'héroïne Posie Parker et des repères historiques sur la période de l'entre-deux-guerres. L'auteur détaille également l'utilisation de repères temporels adaptés pour le trajet du Simplon Orient Express ainsi que l'intégration du contexte politique de l'époque en Italie.
45.Note historique sur le roman
Cette section liminaire fournit diverses précisions concernant les choix historiques, géographiques et factuels qui soutiennent la narration du roman. L'auteur y indique que la quasi-totalité des personnages sont le fruit de son imagination, tandis que le contexte général, comprenant la chronologie, les conditions météorologiques, les événements politiques ainsi que la topographie des lieux, s'appuie sur des faits rigoureusement exacts. Parmi les sources principales mentionnées figure l'ouvrage de Jan Morris consacré à Venise, qui a servi de guide de référence pour le décor urbain et les détails de l'époque.
Plusieurs modifications géographiques et linguistiques sont explicitement clarifiées, notamment l'utilisation volontaire de termes américanisés ou anglicisés pour désigner les noms de lieux vénitiens afin de faciliter la lecture. La note aborde également la situation politique de l'Italie au début des années 1920, soulignant l'ascension de Mussolini au pouvoir en octobre 1922 et son rôle d'arrière-plan dans l'intrigue, sans pour autant retracer l'histoire complète du fascisme. De la même manière, les adresses londoniennes des personnages principaux sont présentées comme de véritables emplacements géographiques ancrés dans la réalité de l'époque.
Enfin, ce texte explicatif dresse une liste détaillée de correspondances et de repères chronologiques relatifs aux différents chapitres du livre. On y apprend notamment que la météo exécrable de novembre 1923 à Londres correspond aux archives climatiques réelles, de même que le trajet ferroviaire s'inspire d'horaires légèrement postérieurs du Simplon Orient Express. Divers éléments culturels, architecturaux et historiques, tels que l'effondrement du Campanile de Saint-Marc, l'ancien pont de l'Accademia ou encore les services religieux de la ville, sont ainsi répertoriés pour attester de l'authenticité de la toile de fond historique du récit.
46.Remerciements et Lectures Recommandees
Cette section d introduction presente les remerciements de l auteur envers ses proches et ses collaborateurs pour leur aide precieuse lors de la preparation de l ouvrage. L auteur exprime toute sa gratitude envers sa famille, et en particulier son mari et sa fille, qui l ont accompagne lors d un voyage d etude a Venise au debut de l annee 2017. Cette expedition s est deroulee dans des conditions climatiques particulieres, decrites comme magnifiques mais glaciales, juste avant le debut de l ecriture du livre.
Des remerciements particuliers sont egalement adresses a plusieurs professionnels pour leur travail remarquable, notamment Wendy Janes, Jane Dixon-Smith et Ruth de Red Gate Arts. L auteur mentionne ensuite l influence positive de l ouvrage de Jan Morris consacre a Venise, publie par Faber et Faber, qui s est revele etre une source remarquable tout au long du projet.
La section cite egalement des ouvrages de reference sur le fascisme en Italie durant cette periode, incluant les travaux de David I Kertzer et Nicholas Farrell. Enfin, l auteur tient a preciser que cette histoire demeure une œuvre de fiction qui ne cherche en aucun cas a reproduire les scenarios presentes dans ces livres de reference, tout en assumant l entiere responsabilite des erreurs qui pourraient subsister.
47.Parcours et inspirations de l auteure
La section intitulee About the Author presente la biographie et le parcours litteraire de L B Hathaway, une ecrivaine britannique diplomee de l universite de Cambridge. Avant de se consacrer entierement a l ecriture, elle a exerce pendant pres de dix ans le metier d avocate a Lincoln s Inn a Londres. Passionnee de longue date par les romans policiers de l Age d or du crime et grande admiratrice d Agatha Christie, elle met cette passion au service de la creation de fictions historiques.
L oeuvre principale de l auteure est la serie de romans policiers cosy intitulee Posie Parker, dont l action se deroule durant les annees 1920. Ces recits associent une enquetes centrale a l exploration de l atmosphere glamour de cette epoque, portes par une protagonista audacieuse. En parallele de son activite litteraire, L B Hathaway collabore regulierement a plusieurs magazines et sites web d histoire populaire, tout en cultivant des passions variees telles que le ski alpin rapide, le theatre, l histoire des Tudors et l exploration de chateaux.
Installee en Suisse avec son mari et sa famille, l ecrivaine partage egalement ses coordonnees professionnelles et ses reseaux sociaux pour permettre a ses lecteurs de suivre l actualite de ses publications. Sont ainsi indiques son adresse electronique ainsi que ses pages sur differentes plateformes en ligne, offrant des pistes pour decouvrir ses nouveautes et participer a des concours.
