
2.Page de titre et droits d auteur de l œuvre
Cette section d introduction comprend la page de titre et les mentions de copyright du livre Murder on the White Cliffs ecrit par L B Hathaway et publie par Whitehaven Man Press a Londres en 2020. Elle precise les details legaux concernant les droits de l auteur l interdiction de reproduction non autorisee ainsi que les numeros ISBN pour les formats electronique et papier.
3.Informations Légales et Droits D Auteur
Cette section préliminaire contient les mentions légales et les informations relatives aux droits d auteur de la publication. Elle indique que l œuvre a été initialement publiée en Grande Bretagne en 2020 par Whitehaven Man Press à Londres et qu elle est protégée par les lois sur la propriété intellectuelle.
Le texte précise que les personnages et les événements décrits sont fictifs à l exception de ceux appartenant au domaine public ou mentionnés dans la note historique. Toute ressemblance avec des personnes réelles est donc purement fortuite. L auteur L B Hathaway revendique son droit moral sur l œuvre conformément aux dispositions légales en vigueur.
Enfin le document interdit strictement toute reproduction ou transmission de l ouvrage sous quelque forme que ce soit sans l autorisation écrite préalable de l auteur. Les numéros d identification internationale normalisés pour les livres sont également fournis pour la version électronique et la version brochée.
5.Liste des oeuvres et table des matieres
Cette section préliminaire présente une liste des publications précédentes de l auteur L B Hathaway, qui inclut notamment la série de romans policiers de Posie Parker avec des titres tels que Murder Offstage, The Tomb of the Honey Bee, Murder at Maypole Manor, The Vanishing of Dr Winter, Murder of a Movie Star, Murder in Venice, The Saltwater Murder, Murder on the White Cliffs et Marriage is Murder. Ces ouvrages s'inscrivent dans l'univers littéraire de la romancière et guident le lecteur à travers les enquêtes antérieures du personnage principal.
La partie suivante de ce texte introductif est consacrée à la table des matières détaillée d un ouvrage divisé en plusieurs sections distinctes. On y trouve d abord une première partie intitulée Bonfire Night qui couvre les événements du mardi 4 novembre au mercredi 5 novembre 1924 à travers dix-huit chapitres numérotés. Vient ensuite la seconde partie intitulée Ashes and Smoke qui se déroule le jeudi 6 novembre 1924 et s'étend sur vingt-deux chapitres allant du dix-neuvième au quarantième.
Enfin, l ensemble est complété par un épilogue, une note historique, des informations sur le lieu de St Margaret s Bay dans le Kent accompagnées de photographies, ainsi qu'une section de remerciements adressée aux lecteurs et une brève biographie de l auteur. Cette structure d'introduction permet d'annoncer clairement l organisation du livre et de situer les repères temporels et géographiques de l intrigue à venir.
6.La rencontre au bord du vide
Par une nuit de novembre marquée par l’obscurité, la pluie et la violence de la tempête, Elsie Moncrieff quitte discrètement son appartement situé dans les quartiers du personnel de White Shaw, à St Margaret’s Bay. Elle avance seule sur le chemin longeant la plage, vêtue de vêtements de pluie noirs qui la rendent presque invisible dans la nuit. Le village côtier est désert, les maisons de vacances, les boutiques et les salons de thé étant fermés pour l’hiver. Seul le Bay Hotel laisse filtrer quelques lumières, malgré son activité réduite à un personnel minimal pendant cette période. Elsie traverse ce paysage familier mais inquiétant, évitant les préparatifs de la prochaine Bonfire Night et ignorant les bruits suspects qui semblent parfois la suivre.
Elle se dirige vers Ness Point, au sommet des falaises, après avoir reçu un message inattendu lui donnant rendez-vous à l’endroit habituel, seule, à onze heures et demie du soir. La note, écrite par son patron, Petronella Douglas, reste dans sa poche mais Elsie refuse de s’en préoccuper. Elle a d’autres priorités et espère que cette rencontre lui offrira une issue. Malgré les conditions hostiles, elle se persuade de sa force et se rappelle le chemin parcouru depuis son arrivée à White Shaw, où elle travaille pour la célèbre maison de couture Douglas & Stone. Ce poste représentait autrefois une chance exceptionnelle, mais les événements récents l’ont convaincue qu’elle doit partir avant que son rêve ne se transforme complètement en cauchemar.
Assise sur un banc près du bord de la falaise, Elsie attend l’homme qu’elle espère retrouver depuis longtemps. Elle pense au lien profond qui les unit et aux mois durant lesquels elle l’a regretté. Elle se souvient aussi avoir écrit à Miss Parker, une détective privée connue pour ses talents d’enquêtrice et sa présence dans les journaux, mais elle n’a reçu aucune réponse. Peu après, l’homme arrive sans bruit, sans lampe, semblant surgir de l’obscurité. Elsie reconnaît immédiatement sa présence et son odeur familière, mais elle remarque aussi une autre senteur, celle d’un parfum féminin coûteux. Elle craint un instant qu’une autre personne soit présente, avant de constater qu’il est apparemment seul.
L’homme porte un manteau de pluie noir et un chapeau de marin, et Elsie comprend qu’il est profondément inquiet. Leur conversation révèle un passé commun et des souvenirs anciens. Il l’appelle Elise, un prénom qu’elle a abandonné depuis longtemps, et évoque l’époque où elle était une enfant talentueuse, connue pour ses chansons, sa danse et son opéra. Il rappelle également les années où ils travaillaient ensemble, avant que tout ne bascule. Elsie insiste sur le fait qu’elle s’appelle désormais Elsie, un nom plus simple qui correspond à la personne qu’elle est devenue. Pourtant, l’attitude de l’homme montre que quelque chose de grave s’est produit.
L’homme lui explique qu’ils sont tous en danger et qu’il est venu l’avertir. Il lui dit qu’il l’observe depuis un moment et qu’il voulait la prévenir avant qu’il ne soit trop tard. Elsie ne comprend pas ce qu’il lui reproche et se demande s’il est venu l’accuser d’avoir mal agi. Lorsqu’il mentionne qu’il sait qu’elle a écrit à Posie Parker et qu’elle a manqué un événement important la veille, Elsie se met en colère. Elle pense qu’il est venu pour la juger alors qu’elle a déjà décidé de quitter les lieux. Lui affirme au contraire qu’il cherche seulement à la protéger, mais ses paroles et son inquiétude ne parviennent pas à dissiper les doutes d’Elsie.
La tension entre eux augmente jusqu’à ce qu’une dispute éclate. Elsie, submergée par la colère et la confusion, dirige volontairement la lumière de sa lampe torche vers les yeux de l’homme. Celui-ci tente de l’arrêter, et une lutte brève s’engage entre eux. Il finit par lui arracher la lampe, qui tombe dans les broussailles. Elsie s’inquiète immédiatement car l’objet appartient à Tony Stone et représente un équipement coûteux qu’elle a emprunté sans permission. Elle se met à genoux pour le chercher et demande de l’aide à son compagnon.
C’est alors qu’une présence cachée apparaît dans l’obscurité. Elsie reconnaît une nouvelle fois le parfum féminin qu’elle avait remarqué auparavant. Avant même de comprendre ce qui se passe, elle ressent une poussée violente dans le dos de son manteau de pluie. Une main puissante la projette vers le vide. Elle tombe sur la pente de la falaise, roulant sur la terre mouillée et les pierres, tandis que la peur l’envahit. Malgré la terreur, elle tente de garder son esprit clair et de croire qu’une aide arrivera.
Au-dessus d’elle, elle entend l’homme crier son ancien prénom, Elise, puis aperçoit un instant sa silhouette éclairée par le faisceau du phare de South Foreland. Elle découvre alors qu’il n’est plus seul et qu’une femme se trouve à ses côtés, criant également. Pendant sa chute vertigineuse, les falaises blanches qu’elle aimait défilent autour d’elle, tandis que le bruit de la mer se rapproche. Finalement, Elsie disparaît dans l’obscurité, emportée par la chute depuis les hauteurs de la falaise.
7.Le Rendez-vous sur la Falaise
Une nuit de novembre sombre et pluvieuse, Elsie Moncrieff marche seule à travers la tempête le long de la plage déserte et des bâtiments fermés de St Margaret s Bay. Vêtue d un ciré noir et refusant de se laisser décourager par les éléments, elle se dirige délibérément vers le haut de la falaise à Ness Point. Elle repense à sa vie professionnelle exigeante au sein de la célèbre maison de couture Douglas et Stone, ainsi qu à sa tentative infructueuse de contacter la détective privée Posie Parker par le passé. Arrivée à un banc isolé entouré d arbres tordus près du bord de la falaise, elle attend l homme mystérieux qui lui a envoyé un billet l invitant à venir seule à onze heures et demie ce soir-là.
L homme arrive enfin sans faire de bruit et s assoit à ses côtés dans l obscurité. Alors qu ils discutent, Elsie est troublée par le fait qu il l appelle Elise, un prénom qu elle n utilise plus depuis des années et qui ravive des souvenirs de son enfance et de leur passé commun. L atmosphère devient rapidement lourde de tension lorsque l homme exprime son inquiétude et l interroge sur la lettre qu elle a écrite à Posie Parker, ainsi que sur son absence lors d un événement important la veille. Elsie, confuse et irritée, nie toute mauvaise action et déclare son intention de quitter son poste actuel, provoquant la colère de son interlocuteur qui insiste sur le fait qu elle est en grand danger.
La situation dégénère lorsque Elsie braque délibérément sa lampe torche dans les yeux de l homme et qu ils luttent pour l appareil, qui finit par rouler dans les buissons. Alors qu Elsie se met à quatre pattes pour chercher la torche empruntée à Tony Stone, elle perçoit soudain une ombre furtive et décèle une odeur de parfum cher et artificiel. Une main puissante et soudaine la pousse violemment dans le dos à travers son manteau glissant. Elle bascule et commence à dévaler la pente abrupte, tandis que l homme crie son nom avec effroi depuis le sommet.
Alors qu elle roule de manière incontrôlable le long de la craie mouillée, de l herbe et des pierres, une lueur provenant du phare de South Foreland illumine brièvement la scène, révélant qu il n est plus seul et qu une femme se tient à ses côtés en train de crier. Elsie tombe finalement dans le vide à travers les airs, tandis que les falaises blanches défilent et que le grondement de la mer monte à sa rencontre. Alors qu elle chute vers l abîme, elle entend les cris désespérés résonner au-dessus d elle avant de sombrer totalement dans l obscurité.
8.L’enquête commence à Saint Margaret’s Bay
Le mardi 4 novembre 1924, Richard Lovelace se retrouve dans l’appartement de sa fiancée Posie Parker à Bloomsbury, supervisant avec impatience le déménagement des affaires d’Alaric Boynton-Dale, ancien compagnon de Posie décédé un an auparavant. Malgré son envie d’être à Scotland Yard pour préparer une affaire importante concernant un cambriolage de bijouterie sur Bond Street, il accepte cette tâche parce qu’il aime profondément Posie et veut construire avec elle leur future vie commune. Le projet consiste à transformer l’ancienne chambre d’Alaric en une chambre d’enfant destinée à Phyllis, la fille de Lovelace, et à Katie, le bébé orphelin que Lovelace a adopté pendant l’été et qui doit bientôt rejoindre leur foyer avec Masha, la gouvernante russe.
Pour Lovelace, ce déménagement représente bien plus qu’un simple changement d’aménagement. Il symbolise leur mariage prochain et l’union de leurs vies très différentes. Il se souvient d’une conversation avec Posie durant laquelle elle l’avait rassuré sur le fait que son appartement ne serait plus seulement le sien mais deviendrait celui de toute leur famille. Ensemble, ils avaient décidé d’effacer progressivement les traces du passé, notamment celles liées à Alaric, dont la chambre fermée depuis sa mort était devenue une sorte de lieu interdit. Posie avait accepté d’ouvrir cette pièce et de laisser partir les souvenirs matériels de l’explorateur vers la Royal Geographical Society, mais Lovelace comprend que cette étape touche à des émotions encore profondes chez elle. Il espère que cette transformation permettra à leur avenir commun de prendre toute sa place.
Cependant, les préparatifs sont bouleversés par un événement découvert par Posie la veille. Alors qu’elle rendait visite à Lovelace dans son nouveau bureau de Scotland Yard, elle lui a montré un court article du Times annonçant la mort d’Elsie Moncrieff, une femme qui aurait chuté d’une falaise à St Margaret’s Bay, dans le Kent. Posie est immédiatement intriguée car Elsie lui avait écrit quelques mois plus tôt pour demander son aide. La femme travaillait comme gouvernante pour Douglas & Stone, un célèbre couple de créateurs de mode, mais sa lettre restait vague et évoquait seulement quelque chose d’inquiétant dans la maison où elle travaillait, White Shaw. Posie avait voulu lui répondre et lui proposer ses services après son retour de voyage en Italie, mais elle découvre avec horreur que sa lettre n’a jamais été envoyée, oubliée dans un tiroir par sa secrétaire Prudence Smythe. Elsie Moncrieff n’a donc jamais su que Posie comptait l’aider.
Lovelace tente d’abord de relativiser l’affaire. Il suggère qu’Elsie a peut-être simplement eu un accident ou qu’elle a pu être victime de son environnement, notamment des excès associés à la vie mondaine de ses employeurs. Mais Posie se sent responsable et refuse de laisser cette histoire sans réponse. Elle décide d’assister à l’enquête du coroner prévue le lendemain à Dover afin de vérifier que tout s’est réellement passé comme on le prétend. Elle annonce à Lovelace qu’elle partira pour St Margaret’s Bay et séjournera dans un hôtel local pendant plusieurs jours pour examiner la situation. Cette décision déçoit Lovelace, qui espérait profiter des derniers moments avant leur mariage pour organiser leur vie commune. Elle oublie également leur soirée prévue pour Guy Fawkes Night avec Phyllis, ainsi que le nettoyage de l’appartement, mais il comprend qu’il ne pourra pas l’empêcher de suivre son instinct d’enquêtrice.
Après le départ de Posie, Lovelace prend les choses en main. Il demande à son nouveau sergent, Fox, de rester dans l’appartement pour surveiller les déménageurs et s’assurer que les affaires d’Alaric sont correctement transportées. Il lui ordonne aussi de faire repeindre la chambre en rose pour les enfants, plaisantant sur le fait qu’il pourra toujours accuser Fox si Posie n’aime pas le résultat. Malgré son humour habituel, Lovelace reste préoccupé. Il ne parvient pas à chasser le sentiment étrange que St Margaret’s Bay représente une menace. Le lieu réveille en lui des souvenirs liés à une ancienne affaire menée avec Posie, ainsi qu’à une période révolue de leurs vies où chacun était engagé ailleurs. Même s’il se convainc que le danger du passé a disparu, une inquiétude persistante demeure.
Avant de retourner à son travail à Scotland Yard, Lovelace décide donc d’agir selon son instinct. Il téléphone à son ancien sergent Rainbird, malgré le fait que celui-ci soit en congé pour préparer son mariage avec Prudence. Il annule ses congés et lui demande de se rendre à l’enquête de Dover afin d’observer discrètement la situation. Lovelace lui donne toute liberté d’action et lui demande surtout d’être les yeux et les oreilles du commissariat sur place. Après une hésitation, il avoue que sa principale inquiétude concerne Posie elle-même. Il ne veut pas qu’elle soit suivie ouvertement, mais souhaite que Rainbird garde un œil protecteur sur elle. En rejoignant Scotland Yard, Lovelace sait qu’il ne peut pas faire davantage, mais il espère que cette précaution permettra de protéger la femme qu’il aime alors qu’elle s’engage vers une nouvelle enquête pleine d’incertitudes.
9.Une lettre venue des falaises
Richard Lovelace, récemment promu Chief Commissioner de New Scotland Yard, se trouve ce matin-là dans l’appartement de sa fiancée Posie Parker, à Bloomsbury, où il supervise avec impatience le déménagement des affaires d’Alaric Boynton-Dale, l’ancien compagnon de Posie, mort un an auparavant. Les vêtements, tapis et cartes de cet explorateur célèbre doivent être remis à la Royal Geographical Society, tandis que son ancienne chambre doit devenir une nursery pour Phyllis, la fille de Richard, et Katie, le bébé orphelin et fragile qu’il a adopté. Une petite pièce attenante est destinée à Masha, sa gouvernante russe. Richard aurait préféré être à son bureau pour préparer une réunion capitale concernant le cambriolage d’une bijouterie de Bond Street, mais il accepte cette corvée parce qu’il veut construire avec Posie une vie commune. Il sait que Posie n’aurait jamais accepté de quitter son appartement bien-aimé pour la maison de Richard à Clapham, et leur compromis consiste donc à installer toute la famille chez elle. Leur mariage est prévu approximativement pour Noël, et la transformation de l’appartement doit en être l’une des premières étapes. Richard se rappelle la conversation tendre où Posie avait accepté avec enthousiasme de modifier son intérieur pour en faire véritablement leur maison, allant jusqu’à plaisanter sur les hiéroglyphes du salon et la couleur des murs. Ils avaient également décidé qu’il était temps d’affronter le souvenir d’Alaric en vidant enfin sa chambre, restée fermée depuis sa mort. Pour Richard, cette tâche devait permettre de tourner une page, mais les événements vont rapidement montrer que le passé n’est pas aussi paisible qu’il l’espérait.
La veille, Posie avait brusquement interrompu le travail de Richard à Scotland Yard pour lui montrer une minuscule annonce du Times consacrée à la mort d’Elsie Moncrieff, une gouvernante employée par le célèbre couple de stylistes Douglas & Stone à St Margaret’s Bay, dans le Kent. Elsie avait été retrouvée morte après une chute de la falaise de Ness Point, au terme d’une nuit de tempête, mais le coroner avait exceptionnellement rendu un verdict ouvert, laissant entendre que les circonstances n’étaient peut-être pas aussi simples qu’un accident. Cette nouvelle frappe particulièrement Posie parce qu’Elsie était précisément la femme qui lui avait écrit plusieurs mois auparavant pour lui demander son aide. À l’époque, la lettre était restée vague, mais Elsie semblait vouloir signaler que quelque chose n’allait pas dans la maison où elle travaillait et demandait à Posie de venir à St Margaret’s Bay afin de lui expliquer la situation. Posie n’avait pas pu se déplacer, puisqu’elle était partie en Italie pendant tout le mois d’août, mais elle lui avait répondu qu’elle pourrait s’occuper de l’affaire à son retour. Elle découvre cependant avec horreur que cette réponse n’a jamais été envoyée. Une pile de lettres oubliées dans le tiroir de Prudence, sa secrétaire, contenait encore sa missive destinée à Elsie. La jeune femme morte n’a donc jamais su que Posie avait accepté de l’aider. Posie se sent coupable et estime qu’elle aurait peut-être pu intervenir avant le décès. Richard, d’abord sceptique, suggère qu’Elsie pouvait être déséquilibrée ou avoir mis fin à ses jours, notamment parce que le mode de vie tumultueux de ses employeurs pouvait, selon lui, l’avoir exposée aux drogues et aux excès. Il considère surtout que Posie n’avait pas accepté officiellement cette affaire et qu’elle devrait se concentrer sur leur mariage. Mais Posie décide de se rendre à l’enquête du coroner à Dover pour vérifier par elle-même que tout est réellement en ordre. Elle prévoit de partir dès le lendemain matin pour St Margaret’s Bay, où elle a déjà réservé une suite à l’hôtel The Bay pour environ une semaine. Cette décision contrarie profondément Richard, qui redoute qu’une nouvelle affaire ne détourne Posie des préparatifs du mariage. Elle signifie aussi qu’elle manquera les feux de Guy Fawkes avec Phyllis et risque de compliquer encore les projets du couple. Posie accepte néanmoins de revenir pour le mariage de Prudence et Sergeant Rainbird, avant de repartir éventuellement dans le Kent. Elle oublie même le rendez-vous prévu pour vider la chambre d’Alaric, contraignant Richard à s’en charger seul.
Le lendemain matin, Richard tente donc de faire avancer le déménagement avant de rejoindre Scotland Yard. Il fait venir Sergeant Fox et lui confie la surveillance des déménageurs, craignant qu’ils ne profitent de la confusion pour emporter certains objets. Il lui demande également de faire repeindre la chambre d’Alaric en rose, plaisantant sur le fait que Fox pourra être tenu responsable si Posie déteste la couleur choisie. En quittant l’appartement, Richard ne parvient pourtant pas à chasser une inquiétude plus profonde. Le nom de St Margaret’s Bay réveille en lui le souvenir d’une ancienne affaire menée avec Posie à Maypole Manor, une grande demeure située au sommet des falaises. Cette époque appartient à une autre vie, lorsqu’il était encore marié à Molly, morte depuis dans un incendie, et lorsque Posie était encore liée à Alaric. Richard se répète que le danger de cette ancienne affaire a été définitivement éliminé et que les morts ne peuvent plus leur nuire, mais une impression sombre et indistincte persiste dans son esprit. Incapable de déterminer exactement ce qui l’alarme, il prend néanmoins une précaution supplémentaire. La veille, après le départ de Posie, il avait ordonné à Rainbird, son ancien sergent, d’annuler son congé et de se rendre à l’enquête de Dover. Officiellement, Rainbird doit représenter les intérêts de Scotland Yard et observer tout élément inhabituel. En réalité, Richard lui donne carte blanche pour être ses yeux et ses oreilles, tout en lui demandant discrètement de garder un œil amical sur Posie sans éveiller ses soupçons. Lorsque Rainbird lui demande s’il pense que Posie est en danger, Richard reconnaît qu’il ne le sait pas, mais que c’est précisément ce qu’il redoute. En regagnant Scotland Yard, il trouve un certain réconfort dans cette mesure de protection, même si elle ne dissipe pas son pressentiment. Entre l’enquête sur la mort d’Elsie, le retour inattendu d’un lieu chargé de souvenirs et le voyage imminent de Posie vers St Margaret’s Bay, Richard sent qu’une menace encore mal définie pourrait se rapprocher de la femme qu’il aime.
10.Les ombres de Douglas & Stone
Dans le froid glacial du vieux Dover Town Hall, Posie Parker attend l’ouverture de l’enquête sur la mort de Miss Elsie Moncrieff. La salle, aux hautes poutres anciennes et aux vitraux battus par la pluie, a été transformée à la hâte en tribunal du coroner. Les sièges manquent, des employés courent chercher des tabourets et des chaises improvisées, tandis qu’une foule inhabituelle de journalistes remplit la pièce. Malgré la gravité d’une enquête portant sur une mort suspecte, l’agitation de la presse donne presque à l’endroit l’atmosphère d’une réception mondaine. Posie, assise au deuxième rang, profite du retard pour observer attentivement les personnes présentes, en particulier Petronella Douglas et Tony Stone, anciens employeurs d’Elsie et célèbres créateurs de mode. Elle remarque immédiatement la nervosité de Petronella, dont les mains tremblent et dont les bracelets s’entrechoquent, ainsi que la distance glaciale qui sépare les deux époux. Bien qu’ils portent tous deux leur alliance, ils évitent presque de se regarder et tiennent leurs corps à distance, ce qui donne à Posie l’impression d’un couple qui n’en est plus vraiment un. Elle comprend aussi que leur présence explique l’affluence exceptionnelle de l’enquête, car Douglas & Stone figurent parmi les deux grandes maisons de mode britanniques les plus importantes, l’autre étant la traditionnelle House of Harlow. Comme elle connaissait mal Douglas & Stone, Posie a pris soin de faire ses recherches avant de venir. La veille, elle s’est rendue aux bureaux de l’Associated Press à Fleet Street afin de consulter leurs archives et de comprendre pourquoi Richard Lovelace, habituellement peu critique, nourrissait une opinion aussi défavorable envers les créateurs. Elle a découvert que Petronella Douglas, Américaine et fille d’un milliardaire de la côte Est, et son mari Anthony Stone, originaire de Glasgow, sont célèbres non seulement pour leurs vêtements très modernes, mais surtout pour leur clientèle mondaine et les fêtes somptueuses qu’ils organisent. Le Prince de Wales compte parmi leurs clients et apparaît régulièrement dans les photographies liées à leur maison, ce qui suffit à attirer encore davantage l’attention de la presse sur le couple.
Pour compléter ses informations, Posie a également téléphoné à sa meilleure amie Dolly, la Countess of Cardigeon, qui connaît parfaitement le monde de la mode. Dolly lui a expliqué que Petronella et Tony forment un duo fondé sur des talents très différents. Petronella apporte l’argent et le sens des relations sociales, tandis que Tony possède le véritable talent de créateur. Selon Dolly, Tony Stone est un excellent tailleur, capable de transformer radicalement l’apparence de ses clients, tandis que Petronella ne sait pratiquement rien de la confection des vêtements. Le succès récent de Douglas & Stone dans la mode féminine repose notamment sur une collection nuptiale et une collection de croisière qui ont suscité beaucoup d’enthousiasme. Dolly raconte également à Posie l’histoire mouvementée du couple. Avant la Grande Guerre, Petronella avait été envoyée en Écosse par son père pour la punir après diverses difficultés aux États-Unis, notamment liées aux drogues. Elle y rencontra Tony, alors jeune apprenti tailleur extrêmement doué mais négligé par son milieu professionnel. Elle comprit rapidement qu’il pouvait devenir le talent créatif nécessaire à ses ambitions et l’épousa à Gretna Green. Lorsque la guerre approcha, elle le ramena aux États-Unis afin qu’il puisse travailler auprès des meilleurs tailleurs de New York tout en préparant leur avenir commun. Après la guerre, ils fondèrent leur maison de couture à Londres, Petronella cherchant à utiliser son argent, son ambition et ses relations pour construire une marque prestigieuse. Dolly la décrit comme une femme calculatrice, fascinée par les célébrités, les inventeurs et les personnalités originales, et prête à tout pour progresser socialement. Tony, au contraire, semble entièrement absorbé par son travail. Il réalise lui-même une grande partie de ses créations, ne faisant appel à des couturières supplémentaires que pour les grandes collections, et celles qui travaillent pour lui le considèrent comme un bon patron, bien qu’exigeant. Dolly estime donc que travailler pour Tony pourrait être une expérience positive, tandis que travailler pour Petronella reviendrait à servir une femme impitoyable, qu’elle compare plaisamment à une véritable She-Devil.
La conversation entre Posie et Dolly révèle aussi les liens de Douglas & Stone avec le monde politique et mondain. Leur établissement de White Shaw, à St Margaret’s Bay, est devenu le centre de fêtes très recherchées auxquelles assistent des acteurs, des membres de la classe politique, des sportifs et des personnalités célèbres. Le Prince de Wales lui-même y participe parfois, ce qui a contribué à rendre l’endroit extrêmement à la mode. Petronella aurait obtenu de lui un Royal Warrant, malgré l’opposition du King, qui considère Douglas & Stone comme une mauvaise influence sur son fils. Dolly suggère que le caractère extravagant de leurs fêtes et leur entourage pourraient expliquer cette méfiance, même si elle ne sait rien de précis sur d’éventuels usages de drogues. Elle raconte également que la maison de couture n’a plus de showroom londonien et que Tony doit désormais se déplacer avec ses vêtements et ses outils lorsqu’il habille certains clients, détail qui semble étrange pour une entreprise aussi célèbre. Au cours de la conversation, Dolly manque même de révéler au téléphone des informations potentiellement confidentielles concernant Lord Boxwood et un projet gouvernemental de sous-marins, ce qui inquiète immédiatement Posie et la pousse à changer de sujet. Malgré son inquiétude pour la santé fragile de Dolly, dont les longues quintes de toux la préoccupent depuis plusieurs années, Posie revient surtout à la question qui l’intéresse réellement, celle d’Elsie. Elle veut savoir ce qu’aurait pu ressentir une jeune femme employée par un couple aussi ambitieux et controversé. Dolly confirme que les Douglas & Stone lui paraissent « glissants » et décrit Tony comme un patron sérieux et passionné, mais Petronella comme une femme prête à sacrifier tout principe pour réussir. Cette information renforce les soupçons de Posie sur le milieu dans lequel Elsie avait travaillé, sans toutefois lui fournir encore la réponse qu’elle cherche sur les circonstances de sa mort. Ses pensées reviennent finalement au présent, à la salle glaciale de Dover et à l’enquête qui l’a conduite jusque-là. Le coroner, dont le visage sombre et sévère paraît constamment courroucé, se lève alors et frappe violemment de son marteau. Le brouhaha cesse aussitôt, et il ordonne à la salle de garder le silence tandis que l’enquête sur la mort de Miss Elsie Moncrieff va commencer.
11.L ombre de la falaise
L audience publique s ouvre sur l enquête concernant les circonstances de la mort de Mademoiselle Elsie Moncrieff, ancienne gouvernante à White Shaw, dont le corps a été retrouvé au pied des falaises de St Margaret s Bay. Le coroner lit le rapport du pathologiste qui, malgré les dégâts évidents liés à la chute et au séjour dans l eau, met en avant l incertitude d un verdict ouvert. Surtout, la découverte d un hématome distinct en forme de main sur le haut du dos de la défunte relance l hypothèse d un homicide par poussée. Cette révélation saisit immédiatement la foule et attire l attention des journalistes présents dans la salle. Alors que le coroner s apprête à appeler les premiers témoins, l agent Sergeant Rainbird de Scotland Yard fait une entrée remarquée et tardive, s installant au premier rang sous le regard perplexe de Posie.
Après le témoignage terne du promeneur de chiens ayant découvert le corps, le coroner appelle à la barre l employeur de la victime, Madame Tony Stone, connue sous le nom de Petronella Douglas. Vêtue de noir et de blanc avec des accessoires rouges, la célèbre dessinatrice de mode américaine décrit la personnalité et le rôle d Elsie Moncrieff au sein de leur propriété de White Shaw. Elle confirme que la gouvernante gérait le personnel et la maison avec une efficacité remarquable, tout en s occupant occasionnellement des enfants et en assistant lors des fêtes organisées sur place. L interrogatoire s attarde ensuite sur le recrutement d Elsie, engagée il y a trois ans sur la recommandation de l architecte Jolyon Peterson, et sur la vérification des références professionnelles de la jeune femme.
Le ton de l audience se durcit lorsque le coroner interroge Petronella Douglas sur la vie privée et l état d esprit d Elsie Moncrieff pour déterminer si elle aurait pu attenter à ses jours. La créatrice de mode nie que sa gouvernante ait été secrète ou dépressive, tout en affirmant qu elles n étaient pas amies. Interrogée sur les fréquentations masculines de la victime, Petronella nie toute relation récente avec les clients de la maison, mais révèle l existence d un séduisant jeune homme blond avec qui Elsie se promenait sur les falaises de Ness Point trois ans auparavant, précisément à l endroit même de sa mort. Alors que l Américaine affirme ignorer ce qu il est advenu de cet homme, Posie observe la réaction tendue et nerveuse de Tony Stone assis au premier rang.
15.L’énigme de Ness Point
Posie se rend à Ness Point avec Sergeant Rainbird et Constable Briggs afin d’examiner le lieu où Elsie Moncrieff a trouvé la mort. Le trajet jusqu’au bord de la falaise est difficile pour elle, ses chaussures élégantes étant peu adaptées au sol couvert de galets, de boue et de débris. Lorsqu’ils arrivent sur place, elle découvre un endroit sauvage et isolé, sans aucune barrière de protection, avec un simple banc dissimulé derrière des buissons. Briggs explique que le corps d’Elsie a été retrouvé sur les rochers en contrebas et suppose qu’elle est tombée depuis cet endroit. Il précise que Ness Point est connu comme un lieu où certains viennent mettre fin à leurs jours, mais aussi comme un refuge pour des couples cherchant à être seuls. Posie est frappée par le contraste entre ces usages opposés d’un même lieu.
Un ornithologue apparaît alors près du banc, vêtu d’une tenue imperméable et équipé de jumelles. Il tient dans sa main une petite ampoule en verre qu’il vient de trouver et qu’il admire avec fascination. L’homme explique qu’il s’agit d’une ampoule de lampe torche Ever-Ready, un modèle américain très coûteux et difficile à obtenir. Il raconte qu’il l’a découverte sous le banc en cherchant le couvercle perdu de son thermos. Cette trouvaille attire immédiatement l’attention de Posie, qui comprend qu’elle pourrait être liée à l’affaire. Elle interroge précisément l’homme sur l’endroit où l’objet a été trouvé, puis apprend qu’il se trouvait juste sous le siège. Après le départ de l’ornithologue, Rainbird reproche vivement à Briggs de ne pas avoir inspecté correctement la zone dès le début. Il souligne que cette ampoule pourrait provenir d’une lampe appartenant à Elsie, même si aucune lampe torche n’a été retrouvée parmi ses affaires ou près de son corps.
En observant la falaise, Posie imagine la situation dans laquelle Elsie a pu se trouver la nuit de sa mort. Elle comprend qu’une personne venue ici dans l’obscurité aurait nécessairement eu besoin d’une lampe et se demande ce qui a pu attirer la jeune femme dans un endroit aussi dangereux. Elle envisage plusieurs hypothèses, comme un rendez-vous amoureux, une dispute ou la présence d’un ennemi. Le paysage, magnifique sous la lumière du jour avec la mer agitée et St Margaret’s Bay au loin, lui semble pourtant totalement différent de ce qu’Elsie aurait pu voir dans la nuit noire. Posie examine ensuite soigneusement les alentours du banc, mais ne découvre aucun indice évident. Elle ressent malgré tout une profonde tristesse pour Elsie, avant de se rappeler qu’elle doit raisonner comme une véritable détective et non se laisser emporter par ses émotions.
Alors que Rainbird et Briggs commencent à repartir, Posie inspecte une dernière fois le terrain et remarque soudain une lueur dorée dans la terre remuée. Elle se précipite au sol malgré la boue et découvre une chaîne de lunettes en or, avec un crochet en écaille de tortue. L’objet est élégant, coûteux et pourrait appartenir à un homme ou à une femme. Cependant, la chaîne est cassée, l’un des maillons ayant été arraché et l’autre partie du crochet ayant disparu. Posie pense qu’une telle rupture aurait probablement nécessité une certaine force et envisage qu’elle ait pu se produire pendant une lutte. Elle ignore encore si Elsie portait des lunettes ou possédait un accessoire similaire, mais décide de conserver la chaîne secrètement pour l’interroger plus tard auprès de ceux qui connaissaient la défunte.
Sur le chemin du retour, Posie garde son silence et réfléchit à sa découverte. Le groupe traverse les environs de St Margaret’s Bay, passant devant le pub The Green Man, des maisons de vacances construites près des falaises et une route battue par les vagues. Son attention est attirée par une étrange maison entièrement vitrée appelée White Shaw, dont la forme inhabituelle et l’éclat artificiel contrastent avec le paysage naturel environnant. Arrivée devant le Bay Hotel, Posie hésite à prendre possession de la chambre confortable qu’elle avait réservée, mais choisit de continuer immédiatement l’enquête. Elle insiste toutefois pour que Rainbird reste également au Bay Hotel afin d’être proche des événements et promet de régler la question des frais avec Richard si nécessaire.
Devant l’hôtel, ils découvrent les préparatifs de la fête de Guy Fawkes Night. Des habitants installent un grand bûcher autour d’un mannequin trempé, préparent des pommes de terre cuites au feu et organisent la vente de pommes d’amour. Posie réalise qu’elle n’a presque rien mangé depuis le matin et partage avec Rainbird une tablette de chocolat qu’elle garde toujours en cas d’urgence. Elle remarque que le feu de joie devrait être visible depuis l’hôtel, mais Rainbird réagit avec mélancolie en expliquant qu’il n’a jamais beaucoup apprécié cette célébration, qu’il associe surtout aux accidents et au travail supplémentaire pour la police. Posie regrette d’avoir abordé le sujet et reporte son attention sur la chaîne cachée dans sa poche et sur White Shaw, tandis que la voiture s’arrête devant l’hôtel.
16.Une visite menue à White Shaw
Posie Parker et Rainbird arrivent devant White Shaw, une maison côtière remarquable par sa façade entièrement vitrée qui contraste avec les falaises de craie et les filets de protection gris. Alors que Rainbird discute avec Briggs, Posie observe les environs et découvre l'arrière de la bâtisse, fait de béton lourd et froid, tout en s'approchant de deux petits garçons jumeaux qui jouent au ballon dans la cour. Les enfants, Kit et Sammy, expliquent qu'ils doivent rester confinés à l'écart en raison de l'agitation et des visites de personnages importants dans la maison. Ils évoquent leur ancienne nounou Elsie Moncrieff, qui a mystérieusement disparu, et confient à Posie qu'ils aimeraient beaucoup qu'elle prenne sa place.
Mickey O'Dowd, le grand homme de main au nez cassé et à l'accent prononcé, s'approche brusquement pour réprimander Posie avant d'apercevoir les accréditations de Scotland Yard présentées par Rainbird. Le ton change immédiatement et Mickey guide les visiteurs à l'intérieur de la demeure. Le groupe traverse des ateliers de couture lumineux où des couturières s'affairent sous la direction de Tony Stone, absorbé par les préparatifs d'un défilé à venir. Tony explique que ces ouvrières viennent de Londres pour l'aider durant les périodes chargées, précisant qu'elles ne connaissaient pas Elsie Moncrieff.
La visite se poursuit à travers des pièces de service exiguës, des cuisines et des couloirs froids où s'affairent d'autres employés, notamment le cuisinier qui surveille les jumeaux et une femme de chambre attentive. Tout le monde progresse ainsi vers une cloison de séparation blanche et franchit une porte circulaire qui mène soudainement à une immense pièce centrale en forme de cathédrale de verre. Posie s'arrête net, saisie d'un étonnement profond face à cette architecture spectaculaire et inattendue qui dévoile enfin l'ampleur totale du lieu.
17.Les secrets de White Shaw
Posie Parker, le sergent Rainbird et leurs accompagnateurs arrivent à White Shaw, une demeure de verre spectaculaire située au bord de la Manche, où tout semble conçu pour impressionner plutôt que pour habiter. La pièce principale ressemble à une immense salle de fête londonienne avec ses canapés, ses tables basses, ses bougies inutilisées, ses couleurs rouges, blanches et noires, ainsi que son sol de cristal donnant l’impression de marcher sur une plage irréelle. La maison offre une vue presque totale sur la mer agitée, mais l’interdiction de naviguer liée au mauvais temps a laissé la côte étrangement vide. Tony Stone accueille les enquêteurs avec une hospitalité raffinée, tandis que Mickey O’Dowd leur sert du thé et des biscuits. Posie remarque toutefois que les mains du domestique tremblent, ce qui éveille sa méfiance.
En observant le décor luxueux, elle comprend que cet endroit a surtout été un théâtre de réceptions extravagantes et de rencontres mondaines, et elle se demande quels secrets Elsie Moncrieff, la gouvernante décédée, a pu découvrir entre ces murs.
Petronella Douglas, l’épouse américaine de Tony Stone, arrive ensuite brusquement et s’installe auprès d’eux en fumant une cigarette sophistiquée. Elle reconnaît immédiatement Posie comme une détective privée et révèle que Mickey savait déjà qui elle était, contrairement à ce qu’il avait laissé croire auparavant. Petronella se montre ironique et cruelle envers Posie, rappelant son ancienne relation avec Alaric Boynton-Dale et faisant des remarques blessantes sur son apparence et sa vie personnelle. Posie ressent de la colère mais garde son attention sur l’enquête. Rainbird apprend aux occupants de la maison qu’Elsie ne possédait pas de véritables papiers d’identité, ce qui semble étrange. Lorsque Posie demande qui avait affirmé devant le tribunal que la gouvernante n’avait pas de famille, Mickey répond que c’était lui. Il explique qu’Elsie lui avait confié être orpheline et sans frères ni sœurs, et qu’elle avait évoqué le lien particulier entre les jumeaux dont il s’occupait.
Posie reste prudente face à cette explication, mais elle paraît suffisamment crédible pour poursuivre les recherches dans les affaires personnelles d’Elsie.
L’interrogatoire se poursuit lorsque Rainbird présente une pièce retrouvée sur la falaise, une ampoule provenant d’une lampe torche Ever-Ready. Tony Stone reconnaît posséder une lampe de ce type, offerte par sa femme, mais affirme qu’elle est rangée dans un petit abri extérieur et qu’il ne l’a pas utilisée depuis longtemps. Les trois personnes présentes donnent ensuite leur version de leurs déplacements pendant la nuit de la mort d’Elsie. Petronella affirme être restée au lit toute la nuit après une journée difficile. Tony explique qu’il séjournait à Londres dans un hôtel et qu’un employé pourrait confirmer sa présence. Mickey raconte que son jour de repos l’avait conduit habituellement à Dover pour assister à des combats, mais qu’à cause du mauvais temps il était resté dans son logement après avoir bu quelques verres. Posie reste méfiante envers lui, car il l’observe constamment et semble trop sûr de lui. Elle demande pourquoi un simple domestique participe à l’entretien policier.
Tony explique que Mickey est chargé de la sécurité lors des grandes fêtes organisées à White Shaw, qu’il protège les invités importants, contrôle les personnes indésirables et évite les incidents pouvant nuire à leur réputation.
Posie découvre ensuite que les réceptions organisées par les Stone, bien qu’extrêmement coûteuses, servent leur entreprise de mode et attirent de nombreux clients. Petronella affirme que leur succès financier est assuré, notamment grâce à leur reconnaissance officielle. Posie cherche toutefois à comprendre la relation entre Elsie et les habitants de la maison. Elle interroge Mickey sur une possible liaison avec la gouvernante, mais celui-ci affirme qu’il n’était pas son compagnon malgré ses tentatives pour la séduire. Selon lui, Elsie n’était pas une femme qui menait des aventures sentimentales. Posie revient alors sur la lettre retrouvée dans les affaires d’Elsie, une lettre de Petronella contenant seulement une accusation vague selon laquelle la gouvernante savait ce qu’elle avait fait. Lorsque personne ne répond clairement, Posie accuse directement Tony Stone d’avoir pu avoir une relation avec Elsie et suggère que cette liaison aurait provoqué la colère de son épouse.
Cette hypothèse déclenche une violente réaction de Petronella, qui insulte Posie et lui reproche son manque de légitimité dans l’enquête. Elle finit par quitter la pièce, accompagnée de Mickey, tandis que Tony Stone assure à Posie qu’il n’existait aucune relation amoureuse entre lui et Elsie.
Tony Stone refuse cependant d’expliquer pourquoi Elsie devait être renvoyée de son poste. Posie comprend qu’il cache une information importante et observe son malaise. Elle lui montre alors une chaîne de lunettes cassée retrouvée près de Ness Point et lui demande si elle appartenait à Elsie. Tony examine l’objet avec attention et reconnaît sa qualité, mais affirme n’avoir jamais vu la gouvernante porter des lunettes ni cette chaîne. Il précise que son épouse utilise parfois une chaîne pour ses lunettes, mais que celle-ci ne correspond pas à son style habituel. Avant de les laisser partir, Tony se permet de commenter les vêtements de Posie et lui propose de créer sa robe de mariage, en critiquant son apparence et en lui suggérant une tenue qui la mettrait davantage en valeur. Cette remarque blesse Posie, qui voit alors plus clairement les ressemblances entre Tony et Petronella dans leur obsession des apparences.
Après l’entretien, Tony conduit Posie et Rainbird vers les logements du personnel afin qu’ils puissent examiner l’appartement d’Elsie. Dans la cour, l’activité est intense car la collection de vêtements des Stone est préparée pour être transportée à Londres. Mickey participe efficacement au chargement et au contrôle des articles, ce qui pousse Posie à reconnaître qu’il possède peut-être des compétences plus variées qu’elle ne l’imaginait. Elle se souvient cependant de la lampe torche de Tony et inspecte malgré les objections de Rainbird le petit abri extérieur près de la porte arrière. L’endroit est presque vide et aucune lampe torche ne s’y trouve. Constable Briggs les rejoint ensuite pour ouvrir le logement d’Elsie et vérifier son état. L’appartement de la gouvernante se situe dans les bâtiments du personnel, contre la falaise, au sommet d’un escalier humide donnant sur la mer.
Alors que Briggs tente d’ouvrir la porte, Rainbird reproche à Posie de ne pas lui avoir immédiatement parlé de la chaîne de lunettes trouvée à Ness Point. Posie admet seulement qu’elle avait oublié de la mentionner et garde pour elle l’existence éventuelle d’autres éléments qu’elle pourrait encore avoir découverts.
18.Le studio aux secrets fabriqués
En allumant la lumière, Posie et Rainbird découvrent le studio d’Elsie Moncrieff, un logement minuscule, froid, humide et presque inhabitable. Il ne possède qu’une fenêtre donnant sur le balcon, une petite kitchenette sans véritable installation pour se chauffer ou se laver, un lit, une table et quelques chaises. Le mur est couvert de moisissure et l’humidité imprègne tout, ce qui contraste fortement avec l’image d’une femme employée comme gouvernante et apparemment correctement rémunérée. Pourtant, le studio est extraordinairement désordonné. Des journaux, des magazines, des vêtements, des objets divers et près d’une centaine de disques sont éparpillés partout. Briggs explique qu’il a trouvé les lieux dans cet état et qu’il n’y a découvert ni sac à main, ni portefeuille, ni argent important, ni papiers personnels, ni testament. La seule photographie d’Elsie qu’il ait trouvée était fixée au miroir. Posie est immédiatement frappée par ces absences. Une femme comme Elsie aurait normalement dû posséder un sac, des vêtements, des chaussures, des produits de toilette et des objets personnels. Elle remarque notamment un rouge à lèvres français coûteux et une belle brosse à cheveux, mais rien qui corresponde au reste de la vie d’une jeune femme. Lorsque Briggs quitte le studio sur ordre de Rainbird, Posie comprend déjà que quelque chose ne va pas, même si elle ne peut encore déterminer quoi.
La découverte la plus importante survient lorsque Posie et Rainbird entendent une conversation provenant du studio voisin, dont les murs extrêmement minces rendent chaque parole parfaitement audible. Deux hommes, Sidney et Alf, prennent le thé pendant une pause dans le rangement de White Shaw. Alf apprend que le chargement prévu pour Londres ne comprend pas seulement des robes, mais aussi plusieurs valises appartenant à Tony, des malles remplies de documents et de grandes chemises noires contenant des dessins destinés à une exposition. Sidney révèle alors à Alf que ces bagages signifient, selon lui, que Tony quitte définitivement Petronella, la maison, les garçons et l’entreprise. Cette information lui vient d’Elsie elle-même. Le dimanche précédent, après avoir laissé Tony à la gare de Dover Priory, Sidney était revenu à White Shaw et avait rencontré Elsie devant son studio. Elle lui avait expliqué que Tony allait partir très bientôt, probablement au moment où la nouvelle collection serait envoyée à Londres. Elle l’avait averti parce qu’il travaillait pour Tony et risquait donc de perdre son emploi, tout en affirmant qu’elle-même saurait quoi faire et qu’elle n’aurait pas de difficulté à s’en sortir. Sidney raconte surtout que Petronella se trouvait alors cachée dans son studio voisin et qu’elle avait tout entendu à travers les murs. Après le départ d’Elsie, Petronella avait attendu quelques minutes, puis s’était précipitée dans le studio d’Elsie avec son passe-partout. Elle y était restée environ dix minutes, pendant lesquelles Sidney l’avait entendue hurler et crier. Lorsqu’elle était ressortie, elle était redevenue parfaitement calme. Elsie, revenue une heure plus tard, ne semblait apparemment pas savoir que quelque chose s’était passé. Cette révélation trouble profondément Posie et Rainbird, car elle établit un lien possible entre ce qu’Elsie avait annoncé à Sidney, la réaction violente de Petronella et la mort de la jeune femme. Alf demande même si l’accident d’Elsie n’aurait pas un rapport avec cette conversation, mais Sidney refuse de tirer des conclusions et préfère laisser l’affaire aux enquêteurs.
Après le départ des deux hommes, Posie examine le studio avec une attention renouvelée. Elle constate que le désordre paraît artificiel. Les magazines sont beaucoup trop nombreux, trop variés et surtout trop récents pour correspondre aux habitudes d’Elsie. Certains exemplaires sont même en double, tandis qu’ils portent sur des sujets comme la mode, la cuisine, le tricot, les voyages ou le jardinage, sans rapport avec la vie dans ce petit logement. Plus troublant encore, malgré l’humidité générale, les magazines restent relativement secs et croustillants, comme s’ils n’avaient été déposés là que depuis quelques jours. Posie en conclut que quelqu’un a probablement acheté de grandes quantités de magazines afin de fabriquer précipitamment une scène de désordre. Le manque absolu de lettres, de photographies, de notes et d’autres effets personnels renforce son impression que le studio a été vidé ou soigneusement préparé pour donner une fausse apparence. Elle pense que plusieurs personnes ont pu intervenir et comprend que l’enquête dépasse désormais leurs moyens. Elle demande à Rainbird de contacter Richard Lovelace afin qu’il vienne rapidement avec les spécialistes de la police scientifique. Elle sait qu’ils doivent obtenir des mandats pour fouiller White Shaw, interroger certains occupants et examiner le véhicule utilisé pour le transport. Elle s’interroge surtout sur ce que Petronella a découvert dans le studio pour réagir avec une telle violence, puis écrire une lettre mettant fin à l’emploi d’Elsie, et pourquoi elle n’en a rien révélé au coroner. Rainbird, de plus en plus mal en point physiquement, part chercher du thé chaud et entreprendre les démarches nécessaires auprès du Chief Commissioner, tandis que Posie reste seule dans le studio. Elle se sent épuisée et vaincue par la complexité de l’affaire. Elle repense à Elsie, qu’elle considérait encore comme une femme intègre, soucieuse de protéger ses collègues et suffisamment déterminée pour savoir ce qu’elle devait faire après avoir découvert la situation de Tony. De nouvelles questions surgissent alors sur la mystérieuse lettre qu’Elsie avait envoyée à Posie durant l’été, sur son prétendu mal de tête le soir de la fête, sur ce qui s’est produit dans le studio le dimanche après-midi, sur l’endroit où Elsie s’est rendue ensuite et sur l’empreinte retrouvée dans son dos. Malgré une recherche frénétique dans chaque recoin du studio, Posie ne trouve aucun nouvel indice, seulement la conviction grandissante que tout ce qu’elle voit a été arrangé pour dissimuler la véritable histoire.
19.Les mystères d’Elsie Moncrieff
Posie Parker fouille la chambre d’Elsie Moncrieff avec un profond sentiment de malaise. Les quelques objets laissés sur la table de nuit, comme une bouillotte rouge, une petite soucoupe contenant des pièces, une bougie de voyage, des pelotes de laine raffinée et du matériel de couture, ne lui apprennent presque rien sur la véritable personnalité de la jeune femme. Au contraire, Posie a l’impression que quelqu’un a volontairement effacé les traces d’Elsie et tenté de remplacer son existence réelle par une image insignifiante faite de magazines bon marché et d’objets ordinaires. Elle pense à Richard, son fiancé, et espère qu’il pourra l’aider à comprendre ce qui s’est passé lorsqu’il arrivera avec l’expérience de Scotland Yard derrière lui. Elle se sent dépassée par l’affaire, car elle a la sensation qu’Elsie n’a pas seulement disparu dans la mort, mais qu’elle a aussi été effacée de son vivant.
En cherchant à rassembler des indices, Posie s’allonge un instant sur le lit d’Elsie, épuisée par la journée et encore incommodée par un malaise qui ne la quitte pas. Elle remarque une odeur particulière dans la pièce, mélange d’humidité, de fleurs légères et peut-être de produits pour les cheveux, qui lui rappelle les visites de Dolly chez le coiffeur. Cette senteur est la seule chose qui lui semble réellement appartenir à Elsie, mais elle est trop fragile pour constituer une preuve. Alors qu’elle se repose, elle sent soudain quelque chose sous la couverture, au niveau de ses jambes. Elle découvre une deuxième bouillotte, bleue et encore pleine d’eau, et se demande pourquoi Elsie possédait deux bouillottes. En examinant la bouillotte rouge vide, Posie entend un bruit à l’intérieur. Elle comprend qu’elle pourrait cacher quelque chose et prépare des aiguilles à tricoter ainsi que des pinces pour l’ouvrir.
Cependant, avant de pouvoir découvrir ce qu’elle contient, quelqu’un frappe à la porte.
La visiteuse est Harriet Neame, la jeune femme de chambre de White Shaw que Posie avait aperçue plus tôt. D’abord, Posie la considère comme une employée effacée et sans importance, avec son uniforme noir et blanc, son apparence terne et son attitude discrète. Pourtant, elle remarque rapidement une intelligence et une ruse inattendues dans son regard. Harriet affirme qu’elle pourrait aider Posie, et peut-être aussi aider Elsie Moncrieff, même si Posie lui rappelle que la défunte ne peut plus être sauvée. La jeune femme explique alors qu’elle n’était pas une amie proche d’Elsie, mais qu’elle lui devait beaucoup. Trois ans auparavant, Elsie lui avait obtenu son emploi à White Shaw, ainsi qu’un poste pour Alf, son compagnon, et pour Ruth, la tante d’Alf qui travaillait comme cuisinière. Posie apprend également que Mickey O’Dowd n’avait pas été engagé par Elsie mais choisi par le maître de maison, qui l’avait rencontré lors d’une sortie à Dover.
Harriet révèle ensuite la raison véritable pour laquelle Elsie l’avait engagée. Son passé était difficile : elle avait grandi dans un orphelinat à Dover, puis avait perdu plusieurs emplois après des accusations de vol et de comportements malhonnêtes. Dans un hôtel de Dover, on lui reprochait notamment d’écouter les conversations des clients et d’utiliser les informations obtenues de manière sournoise. Elsie avait pourtant décidé de lui donner une chance, déclarant que chacun avait le droit de renaître comme un phénix. Mais elle savait aussi que Harriet possédait une compétence particulière : savoir écouter et recueillir des secrets. C’est précisément pour cela qu’elle l’avait choisie.
Harriet sort alors un petit carnet noir de sa poche et explique son rôle auprès d’Elsie. Pendant près de trois ans, elle espionnait les conversations des habitants de White Shaw et des invités lors des réceptions. Elle écoutait derrière les portes, près des murs ou en servant des boissons à des hommes qui ne faisaient pas attention à elle. Elle notait ensuite ce qu’elle entendait et remettait ses rapports à Elsie. Certaines périodes étaient calmes, mais lors des grandes séries de fêtes, elle pouvait fournir des informations chaque semaine. Elsie ne discutait jamais avec elle du contenu des carnets, mais Harriet recevait parfois une demi-souveraine cachée dans son pot de brosse à dents, qu’elle interprétait comme une récompense pour un travail réussi.
Posie est bouleversée par cette découverte. Elle comprend qu’Elsie avait créé un réseau d’informations clandestin et qu’Harriet avait été ses yeux et ses oreilles dans des endroits où elle ne pouvait pas aller. Elle demande à la jeune femme ce qu’elle compte faire du carnet qu’elle n’avait pas encore remis à Elsie avant sa mort. Harriet répond qu’il contient des informations particulièrement intéressantes, notamment au sujet de Lord Boxwood, et laisse entendre que ces renseignements pourraient avoir une grande valeur. Elle propose implicitement de les échanger contre quelque chose, mais Posie refuse de participer à un chantage. Elle lui explique qu’elle ne peut pas négocier pour obtenir ces informations, mais qu’elle pourrait peut-être lui trouver une nouvelle possibilité d’emploi en échange du carnet. Harriet n’est pas entièrement satisfaite, mais reconnaît que Posie a été honnête.
Lorsque Posie demande ce qu’il est advenu des anciens carnets, Harriet répond qu’elle les avait tous remis à Elsie, qui les avait probablement lus puis détruits. Posie réalise que cette découverte ouvre une piste inattendue, même si Harriet lui inspire toujours de la méfiance. Elle comprend néanmoins que cette femme pourrait être la seule personne capable de lui révéler la vérité sur Elsie Moncrieff. Lorsqu’elle lui demande enfin si elle sait quelque chose d’autre sur la défunte, Harriet reste silencieuse avant d’affirmer avec assurance qu’Elsie était une femme pleine de mystères.
20.Les secrets de White Shaw
Posie poursuit son enquête auprès de Harriet, la jeune domestique qui partage avec la cuisinière Ruth un petit studio voisin de celui d’Elsie Moncrieff. Harriet explique que le logement et la salle de bains commune lui ont permis d’observer de nombreux détails sur la mystérieuse gouvernante, jusqu’à lui fournir des informations qu’elle avait ensuite utilisées pour obtenir de l’argent ou des faveurs. La première énigme concerne l’apparence d’Elsie, qui ne se coiffait ni ne se teignait jamais les cheveux à White Shaw, malgré sa coiffure blonde impeccable. Harriet pense également qu’Elsie était mariée, car elle l’aurait vue porter une alliance lors de son entretien d’embauche, avant que celle-ci ne disparaisse. Elsie avait évoqué des origines néerlandaises et une mère hollandaise, ainsi qu’un ancien emploi de gouvernante dans un établissement lié à une église. Harriet est surtout convaincue qu’Elsie avait été infirmière pendant la Grande Guerre. Elle le déduit d’un accident dont Alf, son compagnon, avait été victime : couvert d’acide de batterie, il risquait de perdre un œil, mais Elsie avait immédiatement su comment le soigner, et l’hôpital avait reconnu qu’elle lui avait probablement sauvé la vue, voire la vie. Malgré cela, Elsie refusait de parler de son passé d’infirmière.
Harriet affirme ensuite qu’Elsie n’avait pratiquement aucun visiteur, son studio constituant une sorte de sanctuaire auquel personne n’avait accès. Tony Stone, le maître des lieux, entretenait avec elle de bonnes relations professionnelles et semblait dépendre fortement de son travail administratif. Elsie contrôlait les commandes de tissus, les paiements aux fournisseurs et le travail des couturières, des tâches bien plus étendues que celles d’une gouvernante ordinaire. Tony répétait qu’il ne savait pas ce qu’il ferait sans elle, ce qui renforce pour Posie l’idée qu’il n’avait aucune raison évidente de vouloir sa mort. Big Mickey O’Dowd, au contraire, n’était pas proche d’Elsie. Cet homme irlandais, catholique, bagarreur et souvent ivre, lui déplaisait profondément. Harriet raconte même qu’Elsie l’avait réprimandé à propos de son médaillon religieux, avant que Mickey ne conserve malgré tout son Saint-Christophe. Leur seul point de contact était parfois la promenade des jumeaux, où Elsie incarnait la discipline et la bienséance tandis que Mickey devait surtout pouvoir les maîtriser physiquement. Harriet dénonce aussi Petronella Douglas comme une mère négligente, constamment absente de la vie de ses fils. Elle révèle surtout que Petronella consommait régulièrement de la cocaïne, ce qui explique à Posie son comportement imprévisible, sa paresse, ses fêtes extravagantes et son usage apparent de drogues au milieu du défilé. Il devient également crédible que le prétendu Veronal pris par Petronella puisse en réalité être de la cocaïne.
La conversation prend un tournant décisif lorsque Harriet parle de Sidney, le nouveau chauffeur. Contrairement aux autres hommes de la maison, il avait été autorisé à entrer dans le studio d’Elsie pour boire avec elle. Harriet les avait entendus rire, écouter de la musique et peut-être danser, toujours dans une pièce plongée dans l’obscurité ou éclairée uniquement à la bougie. Elle pense qu’Elsie avait elle-même fait venir Sidney à White Shaw, quelques mois seulement avant sa mort, alors qu’un ancien chauffeur venait de prendre sa retraite. Posie envisage alors l’hypothèse d’un « honey-trap » : Sidney aurait pu être recruté pour obtenir des informations sur Petronella, grâce à son charme et à sa proximité avec elle. Cette idée prend du poids lorsque Harriet révèle avoir surpris, à la mi-juin, une conversation téléphonique entre Petronella et son banquier. La maison de couture était acculée par ses créanciers et Petronella voulait la réhypothéquer, affirmant qu’elle pourrait rembourser le prêt intégralement en quelques semaines. Après que Harriet eut rapporté cette information à Elsie, celle-ci devint très active au téléphone, se rendit à plusieurs reprises à St Margaret’s-at-Cliffe pour envoyer ou récupérer des télégrammes, puis Sidney arriva de Londres à la fin du mois de juin. Posie soupçonne donc qu’Elsie l’avait recruté pour suivre une affaire qu’elle ne pouvait pas surveiller elle-même.
Harriet révèle enfin qu’elle avait espionné les déplacements d’Elsie durant ses dimanches libres. Celle-ci quittait régulièrement White Shaw vers deux heures, soit pour téléphoner depuis les salons de thé de Mrs Morse, soit depuis le Bay Hotel. Elle peignait aussi sur la plage, souvent avec une autre femme artiste qui possédait une toile et un chevalet. Posie s’interroge sur cette relation, mais comprend qu’il ne s’agissait pas nécessairement d’une aventure amoureuse. Les aquarelles accrochées dans le studio prennent alors une nouvelle importance, d’autant que Harriet affirme que quelqu’un a bouleversé la pièce après la mort d’Elsie. Elle décrit la défunte comme une femme extrêmement ordonnée, élégante et soigneuse, qui confectionnait elle-même de beaux vêtements et portait, pendant ses congés, du turquoise assorti à un sac en cuir italien de la même couleur. Or ce sac ne figure ni parmi les effets retrouvés avec le corps ni sur la falaise ou la plage. Ses produits de maquillage, ses peintures et ses vêtements ont également disparu. Harriet explique qu’en revenant de son jour de congé, elle a découvert que l’incinérateur du jardin brûlait encore. En fouillant les cendres, elle a trouvé une boîte de peinture dont le métal avait résisté aux flammes, mais dont le contenu avait été détruit. Pour elle, cette découverte prouvait qu’Elsie n’était pas morte accidentellement. Avant de partir, Harriet réclame à nouveau une récompense pour ses informations et évoque un événement appelé « November Drop ». Puis elle revient donner un dernier détail : chaque fois qu’Elsie téléphonait depuis les salons de thé ou l’hôtel, elle commençait la conversation par les mots « Burning Dog ». Posie reste seule avec cette expression incompréhensible et une accumulation de nouveaux mystères : le mariage possible d’Elsie, ses contacts téléphoniques secrets, l’artiste inconnue, Sidney, les difficultés financières de Petronella, les pièges destinés à obtenir des informations, les objets disparus ou brûlés et cette énigmatique formule. Plus elle avance, plus l’enquête semble s’éloigner d’une explication simple, et Posie ne sait même plus si elle peut faire confiance à Harriet, dont la curiosité et la cupidité ont manifestement guidé les indiscrétions.
21.Les trésors cachés d’Elsie
Posie Parker examine avec fébrilité une vieille bouillotte retrouvée dans le logement d’Elsie Moncrieff, espérant y trouver des indices sur la vie secrète de la défunte. Après avoir essayé sans succès de l’ouvrir, elle découpe finalement le caoutchouc avec ses ciseaux et découvre plusieurs objets soigneusement dissimulés à l’intérieur. Le premier est une alliance féminine en or, qui confirme qu’Elsie avait bien été mariée contrairement à ce que beaucoup ignoraient. Posie observe attentivement la bague, mais l’inscription gravée à l’intérieur, To the Fire from the Jackal, suivie du code WH 8977, ne lui apporte aucune explication. Elle ressent une légère déception, car elle espérait trouver une preuve plus directe permettant de comprendre le passé d’Elsie.
Elle découvre ensuite deux anciennes photographies de studio attachées par un ruban usé. La première montre un jeune garçon blond d’environ six ou sept ans, vêtu d’une tenue élégante et sombre, assis dans un fauteuil en osier avec un grand ours en peluche aux yeux étranges. La seconde représente une fillette du même âge, ou légèrement plus jeune, photographiée dans le même décor. La petite fille fixe l’objectif avec assurance, ses cheveux blonds soigneusement tressés, tenant une poupée luxueuse habillée comme pour une cérémonie. Au dos de cette image figure seulement la date 1890. Posie comprend que si cette enfant est Elsie, elle aurait été plus âgée qu’elle d’environ huit ans et aurait eu près de quarante ans au moment de sa mort. Ces visages d’enfants, probablement ceux d’un frère et d’une sœur, éveillent chez elle une profonde mélancolie. Elle pense à leurs vies perdues, aux rêves oubliés et aux ravages de la Grande Guerre qui a pu emporter tant de personnes de cette génération.
Elle est surprise par l’émotion qui la gagne et se demande pourquoi cette découverte la touche autant.
Le dernier objet retrouvé est un morceau de papier bleuâtre provenant d’un feuillet carbone. Posie constate que l’encre s’est presque entièrement effacée à cause des conditions de conservation dans la bouillotte. Elle parvient seulement à lire une date de janvier 1924 et un titre qui semble être Agreement, ainsi que quelques mots comme Fees et Holidays. Elle suppose qu’il pourrait simplement s’agir du contrat de travail d’Elsie comme gouvernante, ce qui la frustre car le document semble presque inutile. Alors qu’elle rassemble les objets, elle remarque toutefois une minuscule carte qu’elle avait manquée. Il s’agit d’un fragment de télégramme portant trois mots en allemand, Schneider, Aber Rot, Der Engel. Ces termes inconnus provoquent immédiatement une réaction chez Posie, car ils lui rappellent Max. Elle se demande si ce lien avec l’Allemagne est une simple coïncidence ou si Elsie avait une histoire cachée avec ce pays.
Elle s’interroge sur la possibilité qu’Elsie ait parlé allemand, qu’elle ait connu Max lorsqu’il se trouvait dans la région déguisé en prêtre, ou qu’un autre secret relie leurs deux existences. Convaincue qu’elle tient enfin une piste importante, Posie range les objets dans son sac, quitte le studio et retourne à White Shaw.
À son retour, Posie rencontre Tony Stone, qui lui demande si elle a trouvé ce qu’elle cherchait dans l’ancien logement d’Elsie. Elle lui rend la clé et profite de l’occasion pour demander à consulter les références des employés dans l’ancien bureau de la gouvernante. Tony accepte, mais Posie apprend rapidement que personne dans la maison ne vérifiait réellement ces documents. Les nouveaux employés étaient engagés sur la confiance, et Elsie était devenue l’intermédiaire indispensable entre tous. Posie comprend que la défunte avait gagné une confiance absolue auprès de ses employeurs. Tony lui explique ensuite que les préparatifs du défilé de mode sont presque terminés et que les couturières vont repartir vers la gare de Douvres. En traversant la maison, Posie remarque l’expression triste de Tony lorsqu’il aperçoit ses fils dîner avec Ruth tandis qu’il continue à travailler.
Il semble regretter de ne pas pouvoir partager ce moment avec eux, mais affirme que le travail est nécessaire car les bénéfices viendront après le spectacle.
Posie pense alors à la camionnette de Tony, soigneusement fermée et contenant les vêtements du défilé ainsi que des objets dont elle ignore la nature. Elle soupçonne que cette camionnette pourrait bientôt disparaître avec Tony et décide de tenter une approche. Elle prétend chercher une robe de mariée et affirme qu’elle pourrait offrir une importante publicité au créateur grâce à ses contacts dans la presse. Elle demande à visiter la camionnette pour voir les modèles disponibles, tout en laissant entendre qu’elle respecterait d’éventuels objets personnels qui pourraient s’y trouver. La réaction de Tony attire immédiatement son attention. Il devient nerveux et refuse de lui montrer l’intérieur du véhicule, proposant plutôt de lui apporter lui-même une robe plus tard à l’hôtel. Posie remarque la panique fugitive dans ses yeux et comprend que son refus cache peut-être quelque chose.
Avant le départ des couturières, Posie décide de les interroger. Elle leur révèle qu’elle enquête sur la mort d’Elsie et leur demande si elles ont remarqué un comportement étrange ou une rencontre inhabituelle pendant leur séjour. Une couturière autoritaire répond avec mépris qu’elles ne savaient rien d’Elsie et qu’elles n’avaient aucun lien avec elle. Elle critique la gouvernante, la décrivant comme distante, prétentieuse et trop distinguée pour elles. Elle ajoute avec cruauté que l’orgueil précède la chute, faisant allusion à la mort d’Elsie. Certaines femmes rient, mais d’autres semblent choquées et mal à l’aise. Posie comprend alors que certaines d’entre elles cachent probablement des informations. Elle leur laisse sa carte, promet de protéger leur identité et leur propose même une récompense si elles peuvent l’aider. Elle rappelle qu’Elsie avait été infirmière pendant la Grande Guerre et qu’elle méritait que la vérité soit découverte.
Une jeune couturière lui adresse un regard hésitant avant de partir, laissant penser qu’elle pourrait parler plus tard.
Après le départ du groupe, Posie retourne dans le petit bureau d’Elsie et découvre Mickey O’Dowd occupé à préparer les paiements des couturières. Elle est stupéfaite de voir avec quelle maîtrise cet homme imposant utilise la machine à écrire. Malgré ses grandes mains, Mickey tape avec une rapidité exceptionnelle, prépare les copies carbone avec précision et semble accomplir cette tâche comme un employé expérimenté. Après avoir terminé un document, il fume une cigarette avec soulagement puis remarque enfin la présence de Posie. Il se redresse aussitôt, cache le dernier papier qu’il vient de taper en le plaçant sur la pile des autres documents et lui demande, avec une prudence visible, ce qu’elle vient encore chercher auprès de lui.
22.La Révélation Des Dossiers Secrets
Posie se retrouve seule dans le petit bureau avec Mickey O O Dowd après une brève discussion concernant les salaires élevés des couturières. Mickey révèle qu il a servi dans la Royal Navy pendant la Grande Guerre avant de quitter la pièce pour aller boire en ce soir de Bonfire Night. Restée seule, Posie examine les dossiers du personnel et compare un papier carbonisé trouvé dans la bouillotte d Elsie Moncrieff avec le bloc de la machine à écrire. Elle découvre ainsi que l mystérieux accord a bel et bien été rédigé sur place sans pour autant en comprendre la finalité exacte.
En feuilletant les fiches, Posie apprend avec stupéfaction que Mickey O O Dowd a reçu la Victoria Cross pour des actes d extrême bravoure lors du torpillage tragique du navire H M T Aragon en 1917 avant d être réformé pour raisons de santé. Elle examine ensuite la référence d Elsie Moncrieff signée par l archevêque de Canterbury Randall Davidson qui atteste qu elle dirigeait un foyer pour ecclésiastiques à Dover. D autres fausses références apparaissent pour Harriet Neame et ses proches ainsi qu un document curieux concernant le chauffeur Sidney Sherringham. Alors que Posie s interroge sur les véritables motivations de cette équipe hétéroclite recrutée par Elsie, elle réalise qu elle n est plus seule et aperçoit un homme armé qui la fixe depuis l encadrement de la porte.
23.Le piège de l’Ange
Posie Parker s’efforce de maîtriser sa peur lorsqu’elle se retrouve face au canon d’un luxueux pistolet Luger Parabellum de 1906. Son visiteur est Sidney Sherringham, un homme d’une trentaine d’années, remarquablement séduisant, que Posie reconnaît comme l’appât choisi par Elsie Moncrieff pour s’approcher de Petronella Douglas. Pourtant, malgré son arme et son apparente assurance, Sidney semble lui aussi nerveux. Il finit par baisser le pistolet et lui demande si elle est « l’Ange », une mystérieuse personne dont Elsie lui avait parlé et qui devait intervenir si les choses tournaient mal. Posie comprend qu’il la prend pour quelqu’un chargé de faire disparaître des documents compromettants. Elle lui montre alors sa carte de détective privée et la lettre qu’Elsie lui avait envoyée, expliquant qu’elle cherche à comprendre les circonstances de sa mort et qu’elle regrette profondément de ne pas avoir pu l’aider à temps. Rassuré, Sidney accepte de parler, et Posie lui fait comprendre qu’elle soupçonne également que son identité et son emploi à la prison de Pentonville sont entièrement fabriqués. Sidney reconnaît que Sherringham n’est pas son véritable nom, mais refuse de révéler celui-ci. Il explique qu’il est en réalité danseur professionnel à l’Embassy Club de Bond Street, où il sert de partenaire aux femmes seules. Il a été loué par Elsie pour plusieurs mois parce qu’elle voulait engager le meilleur homme possible pour séduire Petronella et obtenir indirectement des informations qu’elle ne pouvait pas recueillir elle-même. Sidney assume ce rôle avec amusement et fierté, tout en précisant qu’il ne se considère pas comme un simple gigolo.
La mission de Sidney consistait surtout à surveiller les finances de Petronella. Celle-ci possédait une ligne téléphonique privée dans sa chambre, où elle conservait également ses papiers professionnels sous clé, ce qui permettait à Sidney d’écouter certaines conversations et de fouiller les documents lorsqu’elle dormait ou était sous l’effet de drogues. Il avait rapidement découvert qu’un prêt hypothécaire avait été remboursé au début du mois de juillet, peu après son arrivée. En entendant Petronella parler à son directeur de banque, il avait appris que le paiement provenait de « Taylors », une référence que Petronella elle-même semblait avoir reçue d’un interlocuteur précédent. Au cours de cet autre appel, elle s’était montrée soulagée et avait surtout insisté pour que son père ne découvre pas la transaction. Sidney pense avoir entendu cet interlocuteur être appelé « Mr Tell ». Il avait d’abord supposé qu’il s’agissait d’un comptable ou d’un intermédiaire ayant organisé un nouvel emprunt pour rembourser l’ancien, mais Elsie avait jugé l’information suffisamment importante pour lui demander de surveiller les appels suivants. Ces conversations avec Mr Tell étaient peu fréquentes, environ une par mois, mais elles étaient devenues plus nombreuses récemment et portaient notamment sur le mystérieux « November Drop ». Sidney ignore ce que cette expression signifie et suppose simplement qu’il s’agit d’un nouveau versement d’argent dont Petronella aurait besoin pour maintenir son train de vie coûteux. Posie, elle, comprend que ces éléments financiers pourraient être bien plus importants qu’ils n’en ont l’air, même si elle ne possède encore aucune explication certaine sur leur origine ou leur destination.
La conversation révèle ensuite une situation familiale particulièrement sombre. Sidney affirme que Petronella craignait avant tout que son père apprenne ses arrangements financiers et qu’elle ne semblait pas redouter la réaction de Tony Stone, probablement parce que Tony ignorait tout de ces opérations. Selon lui, Petronella exploite son mari sans scrupules. Tony accomplit tout le travail de l’entreprise et en rapporte beaucoup d’argent, mais il ne reçoit pratiquement rien en échange. Plus grave encore, il n’est même pas administrateur de la société qui porte son nom. Les seuls administrateurs sont Petronella et son père, resté aux États-Unis, tandis que Tony n’apparaît pas dans les documents officiels. Sidney a découvert ces informations en consultant les papiers conservés dans une boîte chinoise en laque rouge et or dont il connaît la clé. Il décrit également la relation conjugale comme une coexistence glaciale. Tony dort dans une petite pièce près des salles de couture et, depuis l’arrivée de Sidney, n’est jamais entré dans la chambre de Petronella. Les deux époux se tolèrent à peine, et Sidney perçoit entre eux une haine ancienne dont il attend l’explosion. Posie pense alors aux deux garçons qu’elle a vus dans la cuisine et s’inquiète de leur situation, mais Sidney révèle qu’ils sont adoptés. Petronella et Tony les avaient recueillis dans un orphelinat de Douvres lorsqu’ils étaient encore de très jeunes enfants. Les documents conservés par Petronella montrent que l’adoption était surtout son initiative. Dans sa lettre à l’orphelinat, elle expliquait que son plus grand regret était de ne pas avoir eu d’enfants avec Tony, devenu incapable d’en avoir après avoir contracté les oreillons dans sa jeunesse. Sidney estime que Petronella a probablement rendu Tony responsable de cette absence d’enfant pendant des années, ce qui aurait contribué à leur ressentiment réciproque. Tony semble d’ailleurs peu attaché aux jumeaux et s’en occupe seulement lorsqu’il en a envie. Posie comprend ainsi progressivement que derrière les difficultés financières se trouvent des humiliations, des secrets et des rancœurs familiales profondes. Elle demande enfin si Tony sait que Sidney entretient une liaison avec Petronella. Sidney pense que oui et suppose même que Tony en est soulagé. Pour lui, quelque chose de dangereux couvait depuis longtemps entre les deux époux. Il termine en révélant que cette haine a finalement éclaté le dimanche même où Elsie Moncrieff est morte.
24.Les secrets de la dernière nuit
Sidney raconte à Posie ce qui s’est passé le dimanche soir précédant la mort d’Elsie. Il avait rejoint Petronella Douglas dans sa chambre aux tuiles rouges de White Shaw, comme prévu, mais la jeune femme était déjà fortement désinhibée par un mélange de champagne et de cocaïne. Elle faisait les cent pas et appelait sans cesse Tony Stone, qui se trouvait à l’Oberoy Club de Londres, malgré les messages répétés que la réceptionniste lui avait transmis. Sidney, installé sur le grand lit oriental, fumait et feuilletait de vieux exemplaires de Photoplay en faisant semblant de somnoler. Lorsque Tony finit par rappeler, la communication téléphonique semble mauvaise, mais Sidney entend clairement Petronella demander si l’appel est une communication interurbaine. Surtout, il l’entend crier qu’elle se débarrassera d’Elsie « d’une façon ou d’une autre ». Tony semble lui répondre par une menace ou une annonce de départ, car Petronella lui rétorque qu’il n’ira nulle part. Pour Posie, ces paroles constituent un indice particulièrement inquiétant, d’autant plus qu’elles ressemblent aux menaces qu’elle soupçonne déjà dans la relation entre Tony et Petronella. Sidney affirme cependant que Petronella ne pouvait pas avoir tué Elsie cette nuit-là. Il partageait son lit et assure être resté éveillé toute la nuit, notamment parce qu’il a peur des orages depuis son enfance. Il a donc entendu chaque coup de tonnerre et chaque bruit de pluie, et il est certain que Petronella n’a pas quitté la chambre. Il se considère ainsi comme son alibi involontaire. Malgré cette certitude, il reconnaît que la haine de Petronella envers Elsie lui est apparue avec une profondeur nouvelle le lendemain matin.
Au petit matin, un serveur du Bay Hotel arrive à White Shaw vers sept heures trente et réveille toute la maison pour annoncer que le corps d’Elsie a été découvert et que le directeur de l’hôtel appelle la police de Douvres. Petronella réagit immédiatement. Elle téléphone hystériquement à Tony pour lui ordonner de rentrer de Londres, puis demande à Sidney de préparer la voiture. Elle se tourne ensuite vers Mickey O’Dowd, dont le visage est encore plus gris et marqué par l’alcool que d’habitude, et lui ordonne d’allumer l’incinérateur situé à l’arrière de la maison. Sidney comprend bientôt que Petronella entreprend de faire disparaître les affaires d’Elsie. Elle l’envoie avec Mickey dans leur appartement commun, mais tous deux observent depuis une fenêtre Petronella entrer et sortir de l’appartement d’Elsie en emportant divers objets. Elle alimente l’incinérateur avec ses vêtements et ses effets personnels, puis semble également disperser des affaires dans l’appartement afin de donner l’impression que la pièce a été mise sens dessus dessous. Elle et Mickey transportent en outre de gros objets enveloppés dans des draps vers l’arrière de la maison, mais Sidney ignore ce qu’ils deviennent. Ruth, la cuisinière, est la seule autre personne à assister à cette scène. Elle tente même de sauver quelques objets du feu à l’aide d’un bâton, probablement des vêtements d’Elsie. Lorsque Tony arrive en taxi vers dix heures trente, tout est déjà détruit. Mickey surveille encore l’incinérateur en remuant les restes, tandis que Tony, complètement abattu, échange un long regard avec lui. Sidney comprend alors que les deux hommes soupçonnent Petronella d’avoir tué Elsie et qu’ils semblent tacitement accepter de participer à la dissimulation. Pour eux, la destruction des affaires d’Elsie ne peut avoir qu’une explication. Même l’intervention de la police est désastreuse. Le policier, qui est le même agent roux que Posie a rencontré, arrive plusieurs heures après les événements et paraît dépassé. Petronella l’invite à entrer et lui propose même une boisson sucrée et alcoolisée, sans qu’il semble réagir à l’incinérateur ou aux autres signes suspects. Posie est stupéfaite par cette accumulation de négligences.
Sidney explique ensuite pourquoi il est encore à White Shaw alors qu’il aurait déjà dû repartir pour Londres. Il voulait assister à l’enquête sur la mort d’Elsie et voir si Petronella finirait par se compromettre. Il espérait également que le mystérieux « Ange » dont Elsie lui avait parlé apparaîtrait enfin. Il prévoit néanmoins de quitter les lieux dès le lendemain. Posie profite de ce moment pour lui demander s’il était l’amant d’Elsie, notamment parce que Harriet avait réagi avec une jalousie évidente lorsqu’elle avait compris que Sidney comptait particulièrement pour elle. Sidney nie sincèrement toute relation amoureuse. Il affirme cependant avoir été l’un des rares à connaître véritablement Elsie. Il avait d’abord pensé qu’elle travaillait pour Tony, peut-être afin de réunir des preuves de l’infidélité de Petronella et de permettre à Tony d’obtenir un divorce. Mais cette hypothèse lui paraît vite impossible, puisque Tony n’a ni l’organisation ni l’argent nécessaires pour payer Elsie et Sidney. Sidney en était donc venu à soupçonner qu’Elsie travaillait plutôt pour le gouvernement ou pour de puissants intérêts financiers. Il envisage notamment qu’elle ait pu enquêter sur la légalité des activités de la Fashion House. Il sait également qu’elle manquait d’argent et qu’elle allait parfois à Douvres vendre ses propres affaires. Sa lettre à Posie, écrite environ un mois après l’arrivée de Sidney, prouve surtout qu’elle cherchait à faire entrer Posie dans cette affaire, sans que Sidney sache pourquoi.
La dernière partie de leur entretien révèle une facette beaucoup plus intime d’Elsie. Sidney garde d’elle le souvenir d’une femme élégante, vive et profondément attachante. Plusieurs fois par semaine, ils se retrouvaient dans son appartement pour boire un verre et danser. Elsie mettait du rouge à lèvres rouge vif, lançait un disque et éteignait presque toutes les lumières, ne laissant brûler qu’une ou deux bougies. Rien de romantique ne s’était jamais produit entre eux, mais Sidney décrit leurs danses comme des moments où ils avaient l’impression de danser comme si le monde allait finir. Il apprend aussi à Posie qu’Elsie n’était pas originaire d’Angleterre. Elle lui avait confié être née à l’étranger, probablement en Afrique du Sud, et son accent véritable apparaissait lorsqu’elle avait bu un peu de vin et riait après leurs danses. Sidney est profondément bouleversé par sa mort et demande à Posie de découvrir qui lui a fait cela, convaincu qu’elle en est capable. Il raconte enfin les événements de la fête du samedi soir. La soirée avait été chaotique à cause de la météo. Sidney avait dû servir les boissons puis jouer du piano lorsque le musicien prévu ne s’était pas présenté. Petronella avait pris davantage de cocaïne que d’habitude et s’était montrée embarrassante avec Lord Boxwood, célèbre inventeur, tandis que son épouse avait subi un accident provoqué par Mickey O’Dowd, déjà ivre, qui lui avait renversé du café brûlant sur sa robe. Tony, nerveux, quittait régulièrement la fête pour vérifier son travail de couture. Elsie, elle, n’était pas venue, prétextant un mal de tête lié à l’orage. Pourtant, lorsqu’il s’était couché aux premières heures du matin, Sidney avait vu la lumière allumée dans son appartement et entendu sa voix fredonner doucement tandis qu’un disque jouait. Elle semblait heureuse. Avant de partir, Posie lui demande si le Luger avec lequel il l’a menacée appartenait à Elsie. Sidney le confirme. Il l’avait trouvé dans le compartiment situé sous le gramophone d’Elsie le lundi matin, au moment où Petronella et Mickey avaient disparu avec un gros objet. Craignant soudain que le danger soit partout, il avait pris l’arme et ne s’en était plus séparé. En quittant la cour et en regardant l’appartement désormais plongé dans l’obscurité, Posie comprend qu’Elsie demeure une énigme presque totale. Elle ignore toujours ce qu’elle faisait réellement à White Shaw, mais le fait qu’elle ait possédé et dissimulé une arme ajoute une nouvelle dimension inquiétante au mystère.
25.Un refuge maritime et de nouveaux indices
Posie Parker arrive à l'hôtel The Bay, un établissement chaleureux et confortable situé à St Margaret's Bay, qui contraste fortement avec les pièces froides de White Shaw. Accueillie par le directeur adjoint Frederick Potterton, elle apprend que l'inspecteur Rainbird de Scotland Yard séjourne également ici mais est alité à cause de la grippe. Posie décide d'utiliser le téléphone de l'hôtel pour contacter d'urgence le sergent Fox à Londres, lui demandant d'obtenir des mandats de recherche complets pour White Shaw et de mener des vérifications financières et criminelles sur l'entreprise Douglas & Stone ainsi que sur plusieurs personnes.
Installée dans sa luxueuse suite à l'étage, Posie admire la vue sur la mer et le grand feu de joie qui commence à s'enflammer sur la plage en contrebas. Potterton, désireux de converser, lui révèle des informations cruciales sur une habituée de l'hôtel, Elsie Moncrieff. Il lui apprend qu'Elsie réservait cette même chambre tous les dimanches après-midi depuis trois ans, bien qu'elle n'ait payé que jusqu'à la fin de la semaine en cours, ce qui suggère qu'elle prévoyait de partir. Potterton mentionne également avoir vu Elsie avec un homme distingué à la voix posée portant des lunettes rondes lors de sa toute première visite, et indique l'avoir entendue se disputer avec ce même homme le dimanche de sa mort à propos d'une sortie imminente et d'un personnage mystérieux appelé l'Ange.
Au cours de leurs discussions, Potterton relate d'autres altercations et murmures entendus à travers la porte de la chambre d'Elsie, évoquant des accords, des documents et le mystérieux dépôt de novembre. Posie demande également d'aménager le bungalow adjacent pour en faire une salle d'intervention destinée aux policiers de Scotland Yard qui arriveront le lendemain matin. Enfin, après avoir commandé un repas copieux pour elle-même et pour l'inspecteur souffrant, Posie contemple le brasier immense et fascinant qui illumine la nuit depuis la plage.
26.La magie d un vêtement de mariée inattendu
Posie se détend d abord en mangeant du fromage sur du pain grillé tout en observant la foule assemblée sur la plage pour les feux de joie et les lancements de pétards. Elle aperçoit la silhouette de Petronella Douglas qui essaie maladroitement d offrir des pommes d amour à ses fils jumeaux avant de les jeter au feu après un rejet évident. Peu de temps après, un taxi arrive et dépose un homme d affaires important, qui n est autre que Bruce Douglas, le père de Petronella, débarqué de New York à la surprise générale. Au milieu de cette agitation, Posie repère à travers la vitre un sac à main turquoise distinctif et remarque qu il est fièrement porté par Harriet, la femme de chambre, au bras de son fiancé Alf. Un peu plus tard, Sidney Sherringham surgit brusquement pour tenter de arracher ce sac des mains d Harriet dans une altercation tendue avant de disparaître dans l ombre.
Alors que Posie s apprête à faire couler un grand bain bien chaud dans sa baignoire à pattes de lion, monsieur Potterton frappe à sa porte pour lui livrer une bouteille de xérès et une invitation de la part de Petronella Douglas. Cette dernière, passablement éméchée et en attente de son père au bar de l hôtel, souhaite s excuser pour ses remarques déplacées sur la bague de Posie et l invite à la rejoindre. Bien que Posie décide finalement d accepter l offre de l Américaine, elle change d avis par la suite en raison de la fatigue et commence à se préparer pour la nuit dans sa chambre d hôtel.
Contre toute attente, c est Tony Stone qui frappe à son tour à sa porte pour lui livrer en personne une robe de mariée sur cintre qu il lui avait promise pour son futur mariage avec Richard Lovelace. Bien qu initialement surprise et un brin sceptique, Posie enfile la robe par curiosité et découvre un vêtement en velours crème d une beauté extraordinaire, parfaitement ajusté et doté d empiècements en dentelle qui flattent sa silhouette. Ravie par ce chef-d œuvre vestimentaire qui surpasse toutes ses espérances, elle renvoie la robe par mesure de politesse accompagnée d un mot de remerciement chaleureux adressé au créateur.
Seule dans sa chambre et vêtue de son pyjama en soie, Posie se verse un verre de xérès pour l aider à trouver le sommeil tout en pensant à la victime Elsie Moncrieff. Tandis qu elle s endormit profondément malgré un sommeil agité, elle croit entendre le vrombissement lointain d une moto s éloigner dans la nuit.
27.Une surprise bouleversante au réveil
Posie se réveille en sursaut dans sa chambre du Bay Hotel après un rêve agité qui l'a ramenée à San Gimignano en Toscane. Elle réalise rapidement que l'air glacial de la nuit pénètre par une fenêtre ouverte et que ses affaires ont été déplacées de la chaise de chevet. Paralysée par la peur, elle aperçoit un homme assis de dos près de la grande table, fouillant dans son sac de voyage et consultant son portefeuille à la lueur des faisceaux du phare voisin. Alors qu'il s'apprête à partir, un nouvel éclairage révèle son profil et plonge Posie dans un tel état de choc qu'elle croit reconnaître Max, pourtant présumé mort au combat.
Quelques heures plus tard, Posie émerge difficilement d'un sommeil léthargique alors que la pièce est baignée par la lumière du jour et que Richard Lovelace se tient à ses côtés. Richard l'informe que la police est intervenue dès l'aube, bouclant les lieux et plaçant les habitants de White Shaw sous surveillance stricte grâce à des mandats de perquisition. Il mentionne également que le van de Tony Stone a été fouillé et ne contenait que des vêtements, des patrons et des baux de location pour Londres. Après le départ de Richard, qui lui promet de revenir rapidement, Posie prend un bain chaud et mange un repas léger pour chasser les mauvais souvenirs de cette nuit cauchemardesque.
28.Le réveil de Posie
Posie se réveille brusquement en pleine nuit dans sa chambre de l hôtel Bay, après avoir fait un rêve vif et troublant sur la Toscane et San Gimignano qui s est brutalement assombri. Elle réalise que la pièce est glacée, plongée dans le noir complet, et que la fenêtre ainsi que les portes-fenêtres sont grandes ouvertes, laissant pénétrer un air marin chargé de brume. En cherchant ses affaires sur une chaise voisine, elle constate que tous ses effets personnels ont été déplacés sur le sol et que la chaise est maintenant occupée par un homme en vêtements de pluie et chapeau de pêcheur. Paralysée par la peur et incapable de crier ou de bouger, elle l observe fouiller dans son propre sac de voyage et dans son sac à main à la faveur des éclairs intermittents du phare de South Foreland.
Au moment où l homme s enfuit précipitamment par les portes-fenêtres, un faisceau de lumière le révèle de profil, provoquant chez Posie un choc immense lorsqu elle reconnaît Max, un homme qu elle croyait mort et disparu au combat. Submergée par cette vision et par l air salin, elle sombre de nouveau dans un sommeil agité, traversé par des voix lointaines qui évoquent un possible empoisonnement et le désarroi du sergent Rainbird dans la chambre voisine.
Au matin, baignée par la lumière du jour, Posie émerge enfin de sa torpeur lorsque Richard Lovelace, son compagnon, s installe à son chevet et lui prend chaleureusement la main. Elle s enquiert aussitôt de l heure et s alarme à l idée qu il soit trop tard pour obtenir les mandats de perquisition concernant White Shaw, mais Richard la rassure en lui apprenant que le sergent Fox a agi avec efficacité dès l aube. Des équipes de police de Londres accompagnées du docteur Poots ont débarqué par le train, bouclant entièrement le domaine de White Shaw et consignant tous ses occupants dans leurs chambres, à l exception des jeunes jumeaux renvoyés à l école. Richard ajoute que la camionnette de Tony Stone a déjà été fouillée, révélant de simples robes, des patrons ainsi que des baux de location pour Londres, ce qui confirme le départ imminent de ce dernier.
Alors que Richard part régler des affaires urgentes après avoir commandé un bain chaud et un petit-déjeuner pour réconforter Posie, celle-ci tente de chasser les souvenirs cauchemardesques de cette nuit terrifiante avant de se lever péniblement pour découvrir une nouvelle surprise bouleversante près de la table.
29.La lampe, les traces et le doute
Posie découvre au centre de la table de sa chambre une torche jaune et noire portant la marque EVER-READY, en excellent état malgré une importante bosse et une longue rayure. Elle pense immédiatement à la torche de Tony Douglas, le cadeau venu d’Amérique, que Elsie Moncrieff aurait peut-être utilisée la nuit de sa mort. Enfilant ses gants pour ne laisser aucune empreinte, elle examine l’objet et constate avec stupeur que son ampoule est toujours en place et fonctionne parfaitement lorsqu’elle appuie sur le bouton rouge. Cette découverte la déroute, car une ampoule identique avait été retrouvée par l’observateur d’oiseaux près de l’endroit où Elsie était tombée des falaises. La présence de cette seconde ampoule, ou de cette torche qui ne semble pas correspondre à celle retrouvée sur les lieux, lui paraît donc volontaire. Elle se demande si quelqu’un cherche à créer une fausse piste ou à lui adresser un avertissement. Incapable pour l’instant de résoudre cette énigme, elle va prendre un bain, cherchant dans l’eau chaude un rare moment de solitude et de soulagement. C’est précisément dans ce calme que survient son intuition décisive. Sous l’eau, elle comprend soudain ce qu’Elsie faisait réellement et a l’impression que plusieurs éléments jusque là séparés viennent enfin de s’ordonner. Elle sort précipitamment du bain, s’habille en toute hâte dans sa robe bleu bleuet, se parfume et se maquille rapidement, puis note sur son carnet les idées qui viennent de lui traverser l’esprit. Cependant, alors qu’elle s’apprête à partir, elle découvre que la chaise près du lit est entièrement mouillée et glacée. Cette sensation réveille aussitôt les souvenirs de la conversation qu’elle avait surprise entre Richard Lovelace et le docteur Poots, le médecin légiste de Scotland Yard. Richard avait effectivement signalé que la chambre était humide à son arrivée à l’aube et que les fenêtres étaient ouvertes. Posie repense alors à son étrange rêve de la nuit précédente, dans lequel un intrus était entré dans sa chambre, avait ouvert les fenêtres et les portes-fenêtres, puis s’était installé à sa table en produisant des bruits de cliquetis. Elle se demande si ce rêve n’était pas en réalité le souvenir déformé d’un événement véritable. La lumière éclatante qu’elle avait aperçue pourrait avoir été celle de la torche allumée par l’homme, tandis que les bruits entendus pourraient provenir de quelqu’un qui réparait ou remontait l’appareil. Elle se souvient également avoir vu cet homme fouiller dans son sac de voyage, ce qui rend l’ensemble encore plus inquiétant. Elle associe enfin cette expérience à ce que le docteur Poots avait raconté au sujet de Rainbird, qui prétendait lui aussi avoir vu un intrus fouiller ses affaires. Le fait que deux personnes puissent avoir décrit une expérience presque identique la trouble profondément, surtout si Rainbird était réellement victime d’une illusion comme le médecin le pensait.
Le temps presse, car Posie sait que Richard Lovelace reviendra exactement à l’heure annoncée. Elle prend alors sous son oreiller les objets appartenant à Elsie qu’elle avait conservés dans un mouchoir, les glisse dans son sac et court jusqu’à la chambre voisine de celle de Rainbird. Elle frappe avec insistance, puis découvre que la porte est ouverte. La petite chambre de Rainbird possède elle aussi des portes-fenêtres donnant sur le balcon commun de l’hôtel, et Posie comprend que les deux chambres sont reliées par cette longue galerie extérieure. Elle ouvre les rideaux et les voilages, laissant entrer la lumière sur une mer agitée et déserte. Rainbird, encore alité et vêtu d’une tenue de nuit empruntée à l’hôtel, confirme alors une partie de ses soupçons. Il raconte avoir été réveillé par les portes-fenêtres du balcon qui claquaient comme si quelqu’un venait d’entrer. Il pense avoir vu un homme près du bureau, occupé à fouiller son sac et son dossier gris. Il n’avait pas pu se lever pour l’affronter, car son corps était alors incapable de bouger, ce qu’il avait d’abord attribué à la grippe. Posie se précipite vers le bureau et constate que le dossier contenant le rapport du médecin légiste est ouvert sur le passage consacré à la marque de main retrouvée sur le dos d’Elsie. Rainbird affirme catégoriquement qu’il ne l’avait pas laissé ouvert. Plus troublant encore, la couverture et les pages du dossier paraissent humides et commencent à se recourber en séchant. Posie examine ensuite la mallette de police noire posée au sol et y retrouve le sac portant la mention EVIDENCE, celui qui contenait la veille l’ampoule récupérée à Ness Point. Le sac est maintenant vide. Rainbird, horrifié à l’idée d’avoir perdu une pièce à conviction, craint les conséquences auprès de sa hiérarchie et rappelle qu’il est déjà suffisamment en difficulté. Posie le rassure en lui affirmant qu’il n’a rien perdu et qu’il ne sera pas sanctionné, car elle possède elle-même l’ampoule, qui a mystérieusement réapparu ailleurs. Elle refuse toutefois de lui expliquer immédiatement comment cela est possible, car elle ne comprend pas encore tous les éléments et doit d’abord rassembler ses conclusions.
Avant de quitter la chambre, Posie remarque également un plateau d’argent posé sur le sol, avec une bouteille de Harvey’s Bristol Cream Sherry, un verre contenant encore un résidu brun et un mot froissé accompagné d’une ficelle. Le message est signé Petronella Douglas et présente la bouteille comme un témoignage de reconnaissance pour le travail accompli par l’inspecteur. Posie accueille cette formule avec ironie, car elle se souvient que Briggs avait lui aussi été abondamment approvisionné en alcool le matin de la découverte du corps d’Elsie. Ce détail renforce son impression que certaines personnes cherchent à influencer ou à neutraliser ceux qui enquêtent. Elle retourne finalement dans sa chambre, toujours plus inquiète et consciente que chaque réponse semble faire surgir une nouvelle menace. Elle tente de retrouver la logique et la confiance qu’elle avait ressenties dans son bain, s’installe à sa table et prend le café qu’elle avait fait monter, mangeant quelques biscuits pour se donner une contenance. Lorsque Richard Lovelace et le sergent Fox arrivent deux minutes plus tard, elle s’efforce d’écarter de son esprit les événements de la nuit, l’identité possible de l’intrus, les fenêtres ouvertes, les traces d’humidité, le dossier déplacé, l’ampoule disparue et la mystérieuse torche. Elle fait asseoir les deux hommes et cache ses mains tremblantes, tandis que chacun sort son carnet. Richard adopte alors une attitude officielle de Chief Commissioner, signe qu’il considère désormais la situation avec une gravité particulière. Il se met même à faire craquer méthodiquement les doigts de sa main droite, une habitude que Posie déteste et qu’il ne manifeste, à sa connaissance, que lorsqu’il est réellement inquiet ou sous tension. Posie décide pourtant de ne rien laisser paraître de son trouble. Elle annonce qu’elle va enfin leur parler d’Elsie Moncrieff, consciente que les deux hommes s’apprêtent à entendre une histoire importante et que les éléments qu’elle vient de découvrir pourraient changer profondément leur compréhension de l’affaire.
30.Elsie, l’espionne aux secrets
Posie expose enfin devant Richard Lovelace et le sergent Fox la théorie qu’elle a progressivement construite autour d’Elsie Moncrieff. Elle affirme qu’Elsie était une espionne professionnelle, armée et extrêmement prudente, dont l’identité véritable demeure inconnue. Elle ne semble avoir laissé aucune documentation officielle permettant de retracer son existence, comme si elle avait délibérément effacé toutes ses traces. Malgré son caractère séduisant, son goût pour la musique, la mode et la danse, elle aurait évité de s’attacher véritablement aux autres, car sa mission exigeait une grande discrétion. Selon Posie, Elsie s’était entourée de personnes soigneusement choisies capables d’espionner pour elle et de recueillir des informations auxquelles elle n’aurait pas directement accès. Elle rendait régulièrement compte de ses activités à quelqu’un, chaque dimanche après-midi depuis l’hôtel, en utilisant le nom de code Burning Dog. White Shaw, et plus particulièrement la chambre où elles se trouvent, aurait ainsi constitué une sorte de refuge sûr pour ses activités clandestines. Posie montre également les tableaux accrochés aux murs, qu’elle attribue à Elsie, ce qui donne à cette chambre une dimension encore plus personnelle. Elle explique ensuite que la mission initiale d’Elsie consistait probablement à surveiller les clients de White Shaw, notamment les personnes fréquentant les somptueuses réceptions, mais que son attention s’était progressivement concentrée presque exclusivement sur Petronella Douglas. Elsie aurait même engagé un amant convenable pour Petronella afin d’obtenir des informations sur elle. Ce travail d’espionnage semblait particulièrement motivé par les finances de la créatrice de mode, qu’Elsie trouvait suspectes. Posie rappelle le réhypothécation de White Shaw, les difficultés du Fashion House, le remboursement du prêt par Taylors et l’étrangeté entourant un certain Mr Tell. Elle espère que les recherches demandées à Fox auprès de la banque et de Companies House permettront bientôt d’éclaircir ces affaires, mais le sergent n’a encore reçu aucun des renseignements attendus. Posie reconnaît également plusieurs zones d’ombre. Elle soupçonne qu’un homme ait aidé Elsie au début de son opération et qu’il l’ait peut-être retrouvée dans cette même chambre le dimanche précédent sa mort. Elle ignore toutefois son identité et ce qu’il est devenu. Elle ne sait pas davantage ce que Petronella a découvert dans l’appartement d’Elsie ce dimanche, mais elle est convaincue que cette découverte a profondément bouleversé la créatrice. Après cela, Petronella a écrit à Elsie pour mettre fin à son emploi de gouvernante, s’est violemment emportée contre son mari au téléphone et a adopté une attitude étrange lorsque la mort d’Elsie a été annoncée. Posie rappelle notamment la profanation de la chambre d’Elsie et le comportement calculé de Petronella lorsqu’elle a offert à boire au policier local, semblant chercher à gagner du temps.
Pour Posie, l’opération d’Elsie touchait alors à sa fin. Elle souligne qu’Elsie ne comptait rester à l’hôtel que jusqu’à la fin de la semaine et qu’elle avait été entendue déclarant à l’homme mystérieux du dimanche qu’elle voulait partir, ou « out ». Cette volonté de quitter les lieux pourrait indiquer que sa mission arrivait à son terme, mais Posie reste incapable de déterminer précisément ce qu’était cette opération. Un autre mystère l’obsède, celui du « November Drop », mentionné à plusieurs reprises sans qu’elle en comprenne la signification. Elle demande à Richard s’il connaît cette expression, mais il avoue n’en avoir aucune idée. Fox avance alors une hypothèse particulièrement directe, selon laquelle Petronella aurait découvert dans l’appartement d’Elsie des preuves de ses activités d’espionnage et l’aurait tuée pour cette raison. Posie reconnaît que cette explication est plausible, tout en refusant de considérer Petronella comme l’unique suspecte. White Shaw abrite selon elle suffisamment de personnages suspects pour rendre l’affaire beaucoup plus complexe. Harriet, la femme de chambre, et peut-être son fiancé Alf pourraient être de petits maîtres chanteurs, tandis que plusieurs hommes auraient pu être amoureux d’Elsie sans être aimés en retour, notamment Tony Stone, Mickey O’Dowd et, plus hypothétiquement, Sidney Sherringham. Tous pourraient donc avoir eu une raison de vouloir sa mort. Malgré cette liste, Posie reste surtout préoccupée par la raison pour laquelle Elsie lui avait personnellement écrit en juillet pour lui demander de venir à White Shaw. En tant que détective privée, Posie aurait forcément remarqué qu’une opération secrète était en cours et risquait ainsi de compromettre la mission d’Elsie. Richard suggère alors une interprétation différente. Peut-être Elsie voulait-elle précisément provoquer cette intervention, mettre fin à sa mission ou faire échouer délibérément l’opération. Si elle était déjà décidée à partir, elle aurait pu vouloir adresser une sorte de défi à ses employeurs, en détruisant elle-même ce qu’ils avaient construit. Cette possibilité pousse Posie à s’interroger sur l’identité de ces employeurs. Elle pense qu’Elsie pouvait être allemande, même si elle avait soigneusement dissimulé cette origine. Son anglais était excellent, mais plusieurs personnes avaient remarqué qu’elle conservait un léger accent. Elle avait expliqué à l’un de ses interlocuteurs avoir grandi en Afrique du Sud, tandis qu’à un autre elle avait évoqué des relations néerlandaises. Richard comprend aussitôt que ces explications auraient pu servir à détourner les soupçons d’une origine allemande, en fournissant des justifications plausibles à son accent.
Posie affirme alors qu’un lien avec l’Allemagne existe forcément quelque part dans l’affaire. Richard ne répond pas immédiatement, car son attention est soudain attirée par quelque chose qu’il découvre près des portes-fenêtres. Pendant qu’il se penche pour ramasser l’objet, Posie sort de son sac les petits trésors qu’elle avait conservés après les avoir récupérés parmi les affaires d’Elsie. Elle retrouve notamment un minuscule fragment de télégramme portant des mots allemands et le montre à Richard. Elle lui explique que ces objets sont précisément ceux qu’Elsie avait cachés et qu’elle ne voulait laisser personne découvrir. Le fragment constitue donc, selon Posie, la preuve qu’Elsie recevait effectivement des messages en allemand. Richard lit le télégramme tout en passant nerveusement les mains dans ses cheveux auburn. Son comportement contraste fortement avec l’enthousiasme du sergent Fox. Là où Fox paraît stimulé par la perspective d’une avancée majeure dans l’enquête, Richard semble successivement en colère, effrayé et profondément mal à l’aise. Son attention se porte particulièrement sur les petites photographies sépia représentant des enfants, qu’il observe avec une inquiétude visible. Il se ronge même l’ongle, mais demeure silencieux. Posie poursuit pourtant son raisonnement et admet qu’elle ne comprend toujours pas pourquoi Elsie a été tuée. Elle rappelle que Richard lui explique habituellement que les meurtres sont motivés principalement par l’amour ou par l’argent, mais elle se demande si ces règles ordinaires peuvent réellement s’appliquer à une affaire d’espionnage. Peut-être les espions obéissent-ils à d’autres logiques, où les motivations habituelles ne suffisent plus. Posie remarque qu’elle a volontairement évité de parler de Max durant toute son explication, car elle ignore encore s’il est impliqué. Cette omission la préoccupe, tout comme l’attitude de Richard. Celui-ci tient maintenant un petit morceau de papier de la taille d’une carte de visite et le dépose silencieusement devant elle. Le papier est complètement détrempé et l’encre noire a largement bavé. Posie reconnaît immédiatement l’écriture serrée et irrégulière de Max. Cette découverte, apportée sans aucune explication par Richard, transforme brusquement l’atmosphère de la pièce. Alors que Posie venait de reconstruire une théorie cohérente autour d’Elsie, de son activité d’espionnage et d’un possible lien avec l’Allemagne, le fragment écrit de la main de Max introduit soudain une nouvelle menace et remet en cause tout ce qu’elle croyait comprendre.
31.Le piège du sherry empoisonné
Le morceau de papier que Richard Lovelace a trouvé près des portes-fenêtres n’est finalement pas un message de Max, mais un numéro que Posie possède depuis longtemps, WHITEHALL 8977, accompagné du nom de Thea Elleridge. Max lui avait autrefois donné ces coordonnées en lui demandant de n’appeler qu’en cas d’urgence. Posie comprend alors que Thea est son ancienne supérieure et responsable, au sein d’un groupe particulièrement secret de MI5, de certains des meilleurs agents et espions du service. Posie l’avait rencontrée à la fin de l’été, lorsqu’on lui avait annoncé la mort de Max en service, et avait été impressionnée par son attitude froide et rigoureuse, qui semblait refléter son dévouement au pays comme à ses agents. Richard connaît lui aussi Thea depuis longtemps, puisqu’ils avaient suivi ensemble des formations de renseignement policier avant la Grande Guerre et avaient parfois échangé des informations et des contacts. Posie a conservé pendant près d’un an le papier portant les coordonnées de Thea dans son portefeuille, malgré les instructions de MI5 lui demandant de s’en débarrasser. Elle se sent soudain coupable d’avoir gardé ce document, surtout parce qu’elle craint que Richard ne lui reproche cette désobéissance. Elle explique pourtant que le papier était bien dans son portefeuille et ne comprend pas comment Richard a pu le retrouver près des portes-fenêtres. Celui-ci lui répond qu’il l’a découvert coincé dans l’encadrement, où la condensation l’avait probablement fait tomber. Il pensait que Posie avait elle-même envisagé d’appeler Thea pour obtenir des réponses sur les nombreuses questions soulevées par l’enquête. Mais Richard révèle qu’il a déjà tenté de joindre Thea le matin même au sujet d’une autre affaire. Elle est malade de la grippe, comme une grande partie du pays, et il n’a pu parler qu’à l’un de ses collègues. Cette piste ne peut donc pas être exploitée immédiatement.
L’arrivée du docteur Poots fait toutefois basculer la situation. Le médecin légiste annonce à Richard que le sherry contenait un puissant somnifère, probablement du chloral ou du Veronal. Ses tests toxicologiques ont confirmé la présence du produit dans les deux bouteilles examinées. Il précise également qu’il vient de récupérer une jeune femme qui se trouvait sous quelque chose, sans fournir davantage d’explications. Il doit effectuer son premier examen dans le fourgon réfrigéré, ce qui est inhabituel et loin des conditions idéales. Posie, intriguée par cette mystérieuse « lassie », demande ce que le médecin voulait dire, mais Richard lui répond qu’il lui expliquera plus tard. Il donne ensuite immédiatement l’ordre à Fox d’arrêter Petronella Douglas, qu’il considère désormais comme la principale suspecte dans l’affaire du meurtre d’Elsie Moncrieff. Il énumère les éléments qui l’accablent, notamment la lettre par laquelle elle avait congédié Elsie, le saccage de la chambre de la gouvernante et les objets qu’elle y avait brûlés le matin de la découverte du corps. Richard veut également faire poursuivre Petronella pour avoir volontairement entravé l’enquête, détruit des preuves et drogué des civils sans leur consentement. Fox reçoit l’ordre de la conduire dans le bungalow voisin utilisé temporairement par la police, de lui fournir nourriture et boisson, puis de l’y laisser seule avant un nouvel interrogatoire. Il doit ensuite rejoindre le docteur Poots pour participer aux investigations. Posie reste perplexe devant plusieurs éléments de cette décision, notamment devant l’accusation de drogue, mais Richard, une fois Fox parti, semble soudain épuisé et vulnérable, très différent du Chief Commissioner autoritaire qu’il était quelques instants auparavant.
Posie comprend alors que le médicament concernait directement son propre état. Richard lui confirme qu’elle a été droguée, ainsi que Rainbird. La bouteille de sherry qu’elle avait remarquée auparavant contenait donc bien un puissant somnifère. Cette révélation lui apporte un soulagement inattendu, car elle explique au moins en partie le rêve étrange de la nuit précédente dans lequel Max semblait être entré dans sa chambre. Elle comprend que ce qu’elle avait vécu comme une expérience presque réelle pouvait avoir été provoqué ou amplifié par la drogue. Elle ne comprend cependant pas pourquoi Petronella aurait voulu la neutraliser, puisqu’elle ne voit pas ce qu’elle avait personnellement à voir avec elle. Richard estime que Petronella cherchait probablement à gagner du temps, soit pour faire disparaître d’autres preuves, soit pour préparer sa fuite et échapper aux investigations menées par Posie et Rainbird. Selon lui, Petronella ne savait probablement pas que Posie avait fait venir Scotland Yard ce matin-là. Elle aurait donc pu penser qu’en droguant les deux enquêteurs, elle disposerait du temps nécessaire pour faire disparaître les éléments compromettants avant leur réveil. Richard souligne toutefois avec irritation que ni Posie ni Rainbird n’agissaient officiellement dans le cadre de leurs fonctions. Il est particulièrement furieux contre Rainbird, qui s’était fait passer pour un inspecteur alors qu’il n’en avait pas l’autorité. Le coroner et Briggs ont déjà signalé cette imposture à Richard, et Briggs a été écarté temporairement. Rainbird risque ainsi de perdre son emploi et même d’être expulsé de la police. Posie, qui savait qu’il agissait sans autorisation et l’avait aidé pour ses propres raisons, se sent coupable et demande à Richard de lui accorder une dernière chance, rappelant qu’il doit se marier le samedi suivant et que la nervosité peut expliquer son comportement. Richard se montre étonnamment indulgent et accepte d’y réfléchir, plaisantant seulement sur le fait qu’il ne faudra certainement pas offrir de bouteille de sherry à Rainbird et à sa future épouse pour leur mariage.
Cette remarque fait soudain surgir une autre inquiétude dans l’esprit de Posie. Elle se souvient que le père de Petronella est arrivé à White Shaw la veille au soir, probablement pour surveiller les affaires de la société alors que sa fille ne semblait pas encore prête à l’accueillir. Posie sait que Potterton devait lui apporter une bouteille de sherry comme dernier verre avant la nuit. Si les deux autres bouteilles avaient été droguées, il est possible que celle destinée à Mr Douglas l’ait été également. Richard comprend immédiatement le danger et reconnaît qu’il faut vérifier l’état du vieil homme. Malgré l’ampleur de la situation, il se montre touché de constater que Posie conserve son appétit et semble relativement bien après les événements des deux derniers jours. Il lui avoue combien elle lui a manqué et combien il se sent coupable de l’avoir laissée se retrouver plongée dans cette affaire, surtout après qu’elle a été droguée. Posie tente de prendre la situation avec humour, mais Richard lui révèle qu’elle n’a encore découvert qu’une partie du danger qui règne à White Shaw. Il lui annonce alors une nouvelle qu’il avait volontairement retardée afin de ne pas l’accabler avant qu’elle ne se remette. Un autre meurtre a été commis pendant la nuit, et Richard pense qu’il pourrait s’agir d’un assassinat de sang-froid. La nouvelle frappe Posie avec une violence presque physique. Elle se lève brusquement, tout comme Richard, tandis que le sol semble vaciller sous elle. Désormais incapable de rester dans l’incertitude, elle exige de connaître tous les détails et demande à Richard de lui dire qui est la nouvelle victime.
32.Les trois espions de Firebird
Richard Lovelace raconte à Posie comment le second meurtre a été découvert à l’aube, lorsque l’équipe de Scotland Yard est arrivée devant le Bay Hotel avec plusieurs voitures de police et un fourgon de médecine légale. Leur progression vers White Shaw était bloquée par les restes fumants du grand feu de joie de la veille, que des habitants commençaient à démonter. C’est alors qu’un homme aperçoit une main dépassant du bois et donne l’alerte. Le docteur Poots se précipite sur les lieux et découvre le corps d’une petite femme presque entièrement détruit par les flammes. Un sac en cuir turquoise et une petite bague de fiançailles en or, sertie d’une pierre rouge, sont cependant reconnaissables. Posie comprend immédiatement qu’il s’agit de Harriet Neame, la femme de chambre qu’Elsie avait recrutée comme informatrice. Peu après, Alf, le fiancé de Harriet, arrive sur place et reconnaît la bague, avant de s’évanouir sous le choc. Poots estime que Harriet était probablement déjà morte lorsqu’elle a été placée sous le feu, car il soupçonne une blessure par arme blanche dans son dos. Le meurtrier aurait ensuite utilisé le feu pour faire disparaître rapidement le corps et les preuves, mais une main restée visible a permis sa découverte. Richard explique que la mer, pourtant toute proche, aurait été moins fiable à cause des courants et des marées imprévisibles autour des falaises, qui auraient pu ramener le cadavre sur le rivage. Posie se souvient alors de la remarque pessimiste de Rainbird sur les accidents qui surviennent traditionnellement autour de Guy Fawkes Night et reconnaît que la mort de Harriet n’a rien d’un accident. Même si elle n’appréciait guère la jeune femme, elle estime qu’elle ne méritait pas une telle fin et que la justice doit aussi protéger les indiscrets et les espions amateurs.
Posie rappelle que Harriet était encore vivante vers sept heures et demie la veille au soir et qu’elle s’était disputée avec Sidney Sherringham. Elle évoque également le mystérieux sac turquoise, mais Richard refuse de croire que le nouveau meurtre puisse être simplement lié à cet objet. Pour Posie, Harriet s’était aventurée bien au-delà de ses capacités. Elle était une excellente espionne occasionnelle, mais elle cherchait probablement aussi à devenir maîtresse chanteuse sans posséder l’intelligence nécessaire pour comprendre les dangers auxquels elle s’exposait. Richard veut maintenant savoir ce qu’elle savait réellement. Posie lui révèle qu’Harriet connaissait l’existence du « November Drop » et prétendait détenir des informations à ce sujet dans un carnet noir, sans toutefois en comprendre elle-même la signification. Elle savait également qu’Elsie venait chaque semaine à l’hôtel et téléphonait sous le nom de code « Burning Dog ». Cette information pouvait être extrêmement dangereuse, même si Harriet n’avait probablement jamais compris qu’Elsie était une espionne professionnelle. Richard décide de faire interroger Ruth au sujet du sac turquoise et de rechercher le carnet noir disparu dans la chambre que les deux jeunes femmes partageaient. Il demande à Posie de mener elle-même cette recherche, puisqu’elle connaît les éléments à retrouver. Avant qu’elle ne parte, Richard reste cependant absorbé par les photographies sépia d’un petit garçon et d’une petite fille qu’Elsie avait conservées. Il finit par révéler à Posie une information strictement secrète obtenue de Whitehall. Trois espions britanniques de très haut niveau avaient travaillé sur cette partie de la côte du Kent depuis 1917. Ils étaient chargés d’opérations importantes, disposaient de gros budgets et bénéficiaient d’une grande autonomie. Après avoir entendu les découvertes de Posie, Richard est désormais convaincu qu’Elsie était l’une de ces trois personnes. Les missions concernaient notamment la surveillance des côtes britanniques, la lutte contre la contrebande, la recherche d’espions étrangers et l’observation des personnes manifestant des sympathies inhabituelles pour des régimes étrangers. Les trois agents travaillaient étroitement ensemble et utilisaient les noms de code « the Angel », « the Jackal » et « the Flame ». Leur opération actuelle s’appelait « Operation Firebird », et Whitehall estime qu’au moins deux des trois agents sont probablement morts.
Cette révélation conduit Richard et Posie à reconsidérer tout ce qu’ils savent d’Elsie et de Max. Posie avait soupçonné qu’Elsie pouvait être allemande à cause de son accent et du fragment de télégramme retrouvé parmi ses affaires. Richard lui confirme maintenant qu’elle avait probablement vu juste. Le lien avec Max devient alors particulièrement troublant. Richard explique qu’une photographie du petit garçon conservée par Elsie lui rappelle une image que Max lui avait montrée trois ans auparavant. À l’époque, Max avait prétendu que le garçon était son fils illégitime, fruit d’une liaison avec une femme mariée vivant à St Margaret’s Bay. Mais Richard comprend désormais que cette histoire était probablement entièrement inventée. L’enfant photographié est beaucoup trop âgé pour avoir été le fils de Max à l’époque où celui-ci racontait cette histoire, et les vêtements ainsi que le style de la photographie semblent appartenir à une époque beaucoup plus ancienne. Posie réalise alors que Max n’avait peut-être fait que montrer une photographie de lui-même enfant. En comparant l’image avec celle de la petite fille, elle propose une hypothèse encore plus bouleversante. Les deux enfants pourraient être frère et sœur, et la fillette pourrait être Elsie elle-même. Leur ressemblance initiale, qui avait autrefois troublé Posie, prend ainsi un nouveau sens. Si Max était l’un des trois espions, il aurait pu travailler avec Elsie dans le cadre d’Operation Firebird, même s’il était souvent envoyé sur d’autres missions en Europe et en Grande-Bretagne. Il aurait alors pu aider Elsie à distance. Richard traduit le fragment allemand du télégramme, dont la signature « Der Engel » signifie « the Angel ». Les autres mots, « Schneider. Aber rot », donnent une indication qui semble d’abord évoquer un tailleur, mais Posie comprend qu’ils pourraient plutôt faire référence aux « Taylors » qui ont remboursé le prêt de Petronella. Elsie aurait ainsi demandé à l’agent Angel de vérifier cette information financière. Si Max était Angel, il aurait donc confirmé à distance les renseignements obtenus par sa sœur. Posie comprend avec émotion que ce télégramme pourrait être l’un des derniers services rendus par Max à Elsie avant sa mort en juillet.
Cependant, Richard lui rappelle qu’Elsie n’était peut-être pas réellement seule. Le nom de code « Burning Dog » pourrait être une combinaison des deux autres noms, « the Jackal » et « the Flame », puisque le chacal évoque un chien et la flamme évoque le feu. Posie comprend alors qu’Elsie travaillait probablement avec un second agent et que « Burning Dog » désignait peut-être leur collaboration plutôt qu’une seule personne. Ils ignorent toutefois lequel des deux noms, « the Jackal » ou « the Flame », correspondait à Elsie et qui était leur troisième partenaire. Avant de partir, Posie raconte à Richard son étrange expérience nocturne, l’intrus qu’elle avait cru voir dans sa chambre et le témoignage similaire de Rainbird. Elle lui montre la torche désormais complète, qui pourrait avoir été manipulée pendant cette intrusion. Richard décide immédiatement de la faire examiner pour relever d’éventuelles empreintes, tout en manifestant une inquiétude qu’il tente de dissimuler. Puis il révèle à Posie la véritable raison de sa présence à White Shaw. Il n’est pas venu uniquement pour l’aider dans l’enquête sur Elsie et Harriet. Il travaille en réalité sur une autre affaire, considérée comme une priorité nationale, qui explique pourquoi Whitehall et MI5 ont accepté de lui révéler l’existence des trois espions. Le meurtre de Harriet lui offre même une couverture idéale, puisqu’il peut officiellement prétendre enquêter sur cette affaire tout en poursuivant secrètement son véritable objectif. Posie se sent trahie et indignée, car elle ne comprend pas comment une autre enquête pourrait être plus importante que deux jeunes femmes assassinées. Richard refuse cependant de lui révéler davantage dans le couloir et lui demande de se taire, car des personnes approchent.
33.Les secrets de l’Opération Firebird
Dans les escaliers de service de White Shaw, Posie avance avec Richard Lovelace au milieu de l’agitation provoquée par l’arrivée de Scotland Yard. Les domestiques transportent de l’eau et observent avec curiosité l’uniforme imposant du Chief Commissioner, tandis que Posie poursuit intérieurement ses déductions sur Max. La découverte des trois agents britanniques opérant sur la côte du Kent entre 1917 et aujourd’hui a bouleversé sa compréhension de l’affaire. Elle se demande désormais si Max pouvait être « the Angel », puisque Sidney Sherringham croyait encore récemment que cet agent était vivant, et qu’Elsie avait elle-même parlé de lui comme d’un homme avec lequel elle devait avoir rendez-vous le soir de sa mort. La possibilité que Max ait survécu et ait travaillé clandestinement pendant des mois sans reprendre contact avec elle lui paraît à la fois fascinante et douloureuse. Elle repense aussi à Thea Elleridge, l’agente très haut placée du MI5 qui avait été la responsable de Max, et comprend progressivement que Thea pourrait avoir dirigé les trois espions de l’Opération Firebird. Arrivée au bas de l’escalier, Posie réalise soudain que plusieurs indices concordent. Elle montre à Richard l’alliance trouvée parmi les affaires d’Elsie, dont l’inscription « To the Fire from the Jackal » est accompagnée du numéro Whitehall 8977. Ce même numéro figure sur le papier portant les coordonnées de Thea Elleridge que Max avait autrefois donné à Posie. Pour elle, la conclusion est presque certaine, Elsie était « the Fire », ou du moins l’un des agents liés à cette appellation, et Thea était bien sa supérieure. Posie suppose également que la femme aperçue sur la plage avec Elsie, avec laquelle elle peignait, pouvait être Thea elle-même, utilisant ces rencontres comme couverture pour recevoir les rapports d’Elsie et lui transmettre de nouvelles instructions. Peu à peu, Posie comprend surtout que l’Opération Firebird devait être liée au mystérieux « November Drop ». Elle imagine que celui-ci s’est déroulé lors de la fête de White Shaw le samedi soir, qu’Elsie avait choisi de ne pas y participer, et que l’homme en colère rencontré par elle le dimanche pouvait être « the Jackal », revenu après un échec. Thea étant alors malade et injoignable, Elsie et son partenaire auraient été contraints de gérer seuls les conséquences de ce qui avait mal tourné. Posie se demande si Elsie a été tuée parce que l’opération avait échoué ou parce qu’elle voulait simplement abandonner le métier d’espionne, sans comprendre qu’une vie normale pouvait être impossible après une telle activité.
Une remarque de Posie sur quelque chose qui aurait « disparu » provoque toutefois une réaction spectaculaire de Richard. Il lui demande si l’objet ou la personne avait pu être « quelqu’un », puis révèle enfin la véritable raison de sa présence à White Shaw. L’homme disparu est Lord Jamie Boxwood, un inventeur spécialisé dans les sous-marins et les U-boats, que le gouvernement britannique finance depuis la Grande Guerre pour développer des modèles militaires beaucoup plus performants. Boxwood a été vu pour la dernière fois à la fête de White Shaw le samedi soir. Sa femme, Lady Rosaline Clitheroe, ne l’a signalé disparu que le mercredi matin, car il avait l’habitude de s’isoler plusieurs jours dans son laboratoire et son appartement de University College, à Bloomsbury. Ce n’est qu’en appelant l’université qu’elle a appris qu’il n’y avait pas été vu depuis la semaine précédente. Richard explique que la disparition est particulièrement grave, car Boxwood aurait réalisé une avancée majeure et préparé les plans d’un nouveau type de sous-marin, mais ces plans n’ont pas encore été transmis au War Office ou à la Royal Navy. L’inventeur, fragilisé par la guerre, est en outre dépendant de la cocaïne et de l’opium, a perdu sa fortune et fréquente désormais des personnes douteuses, notamment Petronella Douglas. Richard soupçonne celle-ci de lui avoir fourni de la drogue en échange d’informations ou de plans. Il envisage surtout que les documents de Boxwood aient une valeur considérable pour une puissance étrangère. Les paiements mystérieux effectués par « Taylors » pourraient ainsi correspondre à l’argent versé pour cette transaction, tandis que le mot allemand « Schneider », présent dans le télégramme retrouvé par Posie, pourrait désigner la partie intéressée. Si Petronella et Boxwood ont participé consciemment à la vente de ces plans, ils seraient des traîtres. Richard doit donc travailler secrètement et fouiller les papiers personnels de Petronella, tandis que l’enquête officielle sur Harriet sert de couverture à cette mission nationale prioritaire.
Posie comprend alors que le « November Drop » pourrait ne pas être une simple opération ou un objet, mais peut-être Boxwood lui-même. Richard envisage en effet que l’étranger ait voulu non seulement les plans, mais aussi l’inventeur capable de transformer ces plans en réalité. Il ignore encore si Boxwood a disparu volontairement ou s’il a été kidnappé. Cette hypothèse donne une nouvelle dimension aux morts d’Elsie et de Harriet, car toutes deux semblaient détenir des informations sur le « November Drop ». Posie craint que leur connaissance de l’affaire ait causé leur mort et redoute même que Thea Elleridge ait pu être menacée après l’échec de son opération. Richard, malgré son inquiétude visible, affirme que sa mission consiste à ramener Boxwood vivant et qu’il accomplira ce qu’il a promis. Ils rejoignent alors le Bay Bungalow, où l’équipe travaille activement à maintenir le « smokescreen » destiné à dissimuler la véritable enquête. Malgré toutes les nouvelles révélations, Posie s’efforce de ne pas perdre Elsie de vue, convaincue que la mort de la jeune espionne demeure au cœur du mystère. Lorsqu’elle aperçoit sur une grande table le sac à main turquoise d’Elsie, légèrement brûlé et marqué d’une étiquette « EVIDENCE », elle enfile ses gants et l’attire vers elle, décidée à examiner cette nouvelle pièce du puzzle.
34.L’accord qui condamne
La Bay Bungalow est devenue le centre d’une vaste opération policière après les morts d’Elsie Moncrieff et de Harriet Neame. L’endroit, battu par le vent et ouvert sur une mer agitée, est rempli d’hommes de Scotland Yard qui recueillent des empreintes, établissent les déplacements des habitants de White Shaw et examinent la torche EVER-READY récemment reconstituée. Lovelace dirige les opérations avec impatience, tandis que le jeune Constable Smallbone reçoit pour mission de vérifier l’état de Bruce Douglas, arrivé la veille et peut-être drogué, puis d’interroger les résidents et employés enfermés dans leurs chambres. Dans cette agitation, Posie Parker entreprend discrètement d’examiner le sac à main turquoise qu’Elsie avait possédé et que Harriet avait ensuite utilisé. Le sac, élégant et presque intact malgré l’incendie qui avait détruit une partie des affaires d’Elsie, contient seulement le porte-monnaie rouge de Harriet, quelques pièces, des boutons et des allumettes. Cependant, Posie remarque une odeur acide et des traces d’encre bleue dans la poche intérieure doublée de lin. Elle comprend alors que cette poche a probablement contenu une feuille carbonée, c’est-à-dire la copie supérieure d’un document tapé dont la reproduction presque illisible avait été découverte dans la bouillotte de l’appartement d’Elsie. Cette découverte donne un nouveau sens à l’« Agreement » mystérieux dont l’original avait disparu. Posie suppose qu’Elsie conservait précieusement le document original dans son sac et que la copie retrouvée ailleurs n’était qu’un exemplaire de secours. La question devient donc de savoir ce que Harriet a fait de ce document après avoir récupéré le sac. Pour le retrouver, Posie doit fouiller la chambre de Harriet et de Ruth Walker, la cuisinière. Avant cela, elle interroge le docteur Poots sur la mort de Harriet. Il explique qu’elle a été poignardée plusieurs fois dans le dos avec un instrument très tranchant mais irrégulier, lors d’une attaque apparemment frénétique. Harriet avait déjà tourné le dos à son agresseur comme si elle s’apprêtait à partir. Cette précision conduit Posie à envisager une rencontre qui aurait mal tourné plutôt qu’un meurtre soigneusement prémédité. Lovelace lui permet finalement d’emmener le Sergeant Rainbird, à condition qu’il porte son insigne et qu’il utilise correctement le mandat de perquisition.
Dans la chambre qu’elle partageait avec Harriet, Ruth Walker se montre immédiatement étrange par son absence totale de chagrin. La pièce reflète nettement la différence entre les deux femmes. Le côté de Ruth est parfaitement propre, austère et dépourvu de couleur, tandis que celui de Harriet est encombré de vêtements, de chaussures, de magazines bon marché, de produits de beauté et d’images du Prince of Wales et de l’actrice américaine Clara Bow. Ruth révèle que Harriet dépensait tout l’argent qu’Elsie lui versait, malgré ses prétentions à économiser pour son mariage avec Alf, le neveu de Ruth. Elle décrit une jeune femme dépensière, vaniteuse et curieuse, qui se rendait chaque lundi à Dover pour acheter des vêtements, des rubans, des chocolats et divers produits. Ruth affirme aussi qu’elle avait souvent averti Harriet que ses indiscrétions finiraient par lui attirer des ennuis. Elle-même souhaite quitter White Shaw au plus vite, même si elle s’est attachée aux jeunes garçons de la maison. Posie lui montre ensuite le sac turquoise et comprend immédiatement qu’il provoque une réaction chez elle. Ruth finit par reconnaître qu’elle l’a récupéré dans l’incinérateur où les possessions d’Elsie étaient brûlées. Elle explique qu’elle avait voulu sauver ce bel objet, ainsi qu’un manteau turquoise qu’elle n’avait malheureusement pas réussi à récupérer avant qu’il ne soit détruit. Elle avait donné le sac à Harriet, qui envisageait de teindre le cuir en noir, mais elle n’imaginait pas que la jeune femme le porterait dès le lendemain. Lorsque Posie demande ce que contenait le sac, Ruth finit par céder devant le mandat de perquisition de Rainbird. Elle révèle avoir conservé les objets dans un petit panier. Posie y trouve un porte-monnaie turquoise assorti au sac, un rouge à lèvres français, un poudrier marqué d’un « E », du peroxyde et du cirage noir. Le porte-monnaie contient surtout deux papiers pliés. Le premier est une note indiquant un lieu convenu, une heure de rendez-vous et l’ordre de venir seul. Posie y reconnaît la preuve de l’implication de Max et comprend que celui-ci est vivant et qu’Elsie devait le rencontrer. Cette découverte la bouleverse, car elle se demande soudain si Max aurait pu participer à la mort d’Elsie, malgré l’idée qu’elle se fait de son sens moral. Le second document est un reçu de la bijouterie Simpkins à Dover concernant une bague appartenant à Elsie, déjà payée et prête à être retirée. Posie comprend que ce détail, bien que mystérieux, n’est pas ce qu’elle cherche.
Elle demande alors à Ruth ce qu’il est advenu du carnet noir actuel de Harriet, celui qui contenait ses informations sur la fête du samedi soir. Ruth avoue l’avoir trouvé sous l’oreiller de Harriet après avoir vu les policiers arriver et Alf s’effondrer de chagrin. Craignant que le carnet ne cause davantage d’ennuis, elle l’a brûlé dans la cuisinière. Cette destruction prive Posie d’une source importante d’informations. Elle interroge ensuite Ruth sur la feuille tapée dont le verso était couvert d’encre. La cuisinière reconnaît l’avoir vue, mais affirme qu’elle ne peut pas dire ce qu’elle disait parce qu’elle ne sait pas lire. Elle explique cependant que Harriet, elle, avait compris que le document était important. La jeune femme avait emporté cette feuille lorsqu’elle était venue voir Posie et comptait apparemment utiliser les informations qu’elle contenait pour obtenir de l’argent. Ruth rapporte surtout les paroles inquiétantes de Harriet, selon lesquelles Elsie avait été mêlée à une affaire compromettante avec quelqu’un d’autre et que le document pourrait lui coûter la vie. Harriet prévoyait de rencontrer cette personne le soir même pour tenter de lui soutirer de l’argent. Ruth précise finalement qu’Harriet est partie vers dix heures, après être revenue du feu, avoir bu une tasse de thé et mis le rouge à lèvres d’Elsie. Elle avait noué un foulard bleu à fleurs et refusé que Ruth l’accompagne, affirmant qu’elle ne courait aucun danger et qu’elle n’allait pas loin. En quittant la chambre, Posie reste profondément troublée. Elle ignore toujours qui Harriet avait rejoint, mais elle comprend que le mystérieux Agreement pourrait être au cœur des deux morts. Elle se demande également si le rendez-vous de Harriet était lié à Max, au réseau d’espionnage ou à une autre personne encore inconnue. La seule certitude qui s’impose à elle est que ce document était suffisamment dangereux pour qu’une femme pauvre et apparemment insignifiante soit tuée à cause de ce qu’elle avait découvert.
35.Trois morts, un secret
Dans la Bay Bungalow, l’Incident Room reste en pleine effervescence lorsque Posie est appelée par Sergeant Fox, qui lui apporte plusieurs réponses aux demandes qu’elle avait formulées la veille. La vérification des employés de White Shaw ne révèle aucune fausse identité, mais l’histoire personnelle d’Elsie Moncrieff commence à apparaître comme une construction presque entièrement mensongère. L’architecte Jolyon Peterson, qui avait conçu White Shaw et fourni les références permettant à Elsie de se présenter sous une identité respectable, a reconnu avoir été payé par elle pour ce service. Son propre cabinet connaissait déjà de graves difficultés financières et il se trouve encore dans une situation précaire, ce qui explique qu’il ait accepté l’argent avant de partir se cacher en Argentine. Le prétendu foyer pour prêtres dirigé par Elsie et financé par l’Archevêque de Canterbury est également suspect, car les services de l’archevêché n’en ont jamais entendu parler. Aucune trace officielle du mariage d’Elsie n’est davantage retrouvée. Fox apporte en revanche une information concernant Petronella Douglas. Trois semaines auparavant, un administrateur de Douglas & Stone avait demandé que tous les dossiers de la société soient envoyés au Bay Hotel, à la demande de Bruce Douglas, le père de Petronella, qui devait arriver sur place. Cette démarche montre que Bruce avait préparé son séjour à l’avance et qu’il s’intéressait probablement aux affaires financières de sa fille. Alors que Fox s’apprête justement à révéler d’autres informations financières, Lovelace arrive avec Mr Potterton, Smallbone et Dr Poots, et l’atmosphère change brutalement. Lovelace annonce qu’il ferme le Bay Hotel aux nouveaux clients, car un nouveau décès vient d’être découvert. La victime est Bruce Douglas, retrouvé après avoir été drogué au sherry. Dr Poots considère qu’il s’agit très probablement d’un empoisonnement et teste encore la puissance des substances utilisées afin de déterminer si elles correspondent aux mélanges qui auraient pu être administrés à d’autres personnes. Lovelace part immédiatement de l’hypothèse que Petronella a tué son propre père, volontairement ou accidentellement, puisqu’elle se trouve déjà détenue dans le bungalow pour son implication possible dans un autre meurtre. Les policiers réagissent avec enthousiasme à cette perspective, mais Lovelace les rappelle à la prudence. Il refuse que Petronella apprenne immédiatement la mort de son père et annonce également qu’un autre Chief Inspector de Scotland Yard prendra bientôt la direction de l’enquête sur les morts d’Elsie, de Harriet Neame et de Bruce. Cette nouvelle semble inquiéter les hommes présents, tandis que Richard, sans que son équipe le sache, concentre désormais ses efforts sur la recherche de son Inventor disparu.
Lovelace revient ensuite aux informations financières que Fox devait transmettre à Posie. La banque de Petronella confirme qu’elle avait obtenu un prêt colossal de près de vingt mille livres, somme qui représente presque la valeur totale de White Shaw et de ses terres. Pourtant, le prêt a été remboursé très rapidement, en moins d’un mois. Lorsque Posie demande qui a fourni une somme aussi considérable, Fox révèle que le remboursement provenait d’une source étrangère non identifiée, par l’intermédiaire d’une banque privée située à l’étranger. Rutherford’s, la banque de Petronella, refuse de donner davantage de précisions. Posie est de plus en plus convaincue que Petronella a pu accepter de l’argent en échange de services clandestins et que ses activités sont liées à quelque chose de beaucoup plus grave qu’une simple affaire financière. Toutefois, elle reconnaît avec Lovelace que cette découverte ne constitue pas encore une preuve de trahison. Lovelace ordonne donc à Fox d’identifier la banque étrangère et lui demande d’insister auprès du directeur de Rutherford’s en invoquant, si nécessaire, la sécurité nationale. Cette expression confirme aux yeux de Posie que l’affaire dépasse désormais largement les trois morts survenues à White Shaw. Pourtant, malgré les meurtres, les soupçons de trahison et les nouvelles accusations possibles contre Petronella, son esprit revient aux détails qui pourraient permettre de comprendre le passé immédiat d’Elsie. Elle pense à la note de Max qui prouve son lien avec Elsie et avec sa mort, ainsi qu’au reçu de la bijouterie Simpkins. Ce dernier détail la trouble particulièrement. Si Elsie s’apprêtait à quitter St Margaret’s Bay, pourquoi avait-elle fait réparer ou préparer un bijou juste avant son départ. Alors que Lovelace l’attend près des portes-fenêtres, Fox se souvient soudain qu’une femme de Londres a téléphoné pour Posie environ une demi-heure plus tôt. Cette femme avait dit que Posie lui avait demandé de rappeler et qu’elle téléphonerait de nouveau dans l’après-midi, lorsqu’elle aurait terminé son travail dans sa « current house ». Elle n’avait pas laissé son nom, mais Fox l’avait décrite comme une femme de condition modeste, polie et nerveuse, qui ne ressemblait pas aux relations habituelles de Posie. Posie comprend alors qu’il ne s’agit probablement pas d’une employée de maison, mais d’une couturière travaillant dans une Fashion House. Elle pense aussitôt aux femmes recrutées par Tony Stone pour confectionner les modèles de robes de mariée qui attendent toujours dans le van, destinés au spectacle du samedi. Elle se rappelle une jeune femme au chapeau cloche couleur moutarde délavée, dont le regard semblait déjà chercher une occasion de parler. L’idée que cette femme puisse enfin rompre le silence qui entoure White Shaw enthousiasme profondément Posie, car elle a l’impression qu’un témoin détient peut-être une information décisive.
Alors que Posie rejoint Richard sur le balcon, elle découvre que les portes-fenêtres sont bloquées par un grand panier ouvert rempli d’objets colorés. Elle demande à un très jeune policier de l’aider à le déplacer. Le garçon explique que le panier appartenait au bungalow et contenait normalement des jeux destinés aux clients, notamment des équipements de boules et de croquet, ce qui explique son poids. Il révèle surtout qu’il a été utilisé ce matin pour débarrasser rapidement la pièce de divers objets laissés par les derniers occupants, puisque les policiers devaient remettre les lieux en ordre. Parmi ces objets se trouvent des filets de pêche, des cartes, des chaussures et même une petite selle de bicyclette en tweed. Le jeune homme ajoute que quelqu’un avait déjà nettoyé les sols à l’eau de Javel avant leur arrivée, au point que l’odeur était insupportable et qu’il avait fallu maintenir les fenêtres ouvertes pendant une heure. Posie ne manifeste aucune inquiétude et le remercie simplement pour son travail, mais les informations qu’il vient de donner prennent une importance particulière dans le contexte de l’enquête. Le panier contient en effet des affaires diverses provenant des derniers visiteurs, tandis que le bungalow a été rapidement nettoyé et débarrassé avant que les enquêteurs ne puissent tout examiner. Au terme du chapitre, Posie n’a donc pas encore retrouvé la mystérieuse couturière, ni identifié la banque étrangère liée à Petronella, mais de nouvelles pistes se sont ouvertes dans plusieurs directions. Le décès de Bruce Douglas renforce les soupçons qui pèsent sur Petronella, les finances de celle-ci suggèrent des opérations secrètes, le passé d’Elsie apparaît de plus en plus fabriqué, et l’appel d’une femme de la Fashion House laisse espérer qu’un témoin jusque-là silencieux pourrait enfin révéler ce qu’il sait.
36.Les fantômes du passé
Sur la véranda de la Bay Bungalow, Posie se tient auprès de Richard Lovelace, tout en veillant à ne pas trop afficher leur intimité devant les policiers réunis dans l’Incident Room. La mer est déchaînée et le vent violent, mais Richard plaisante sur leur futur voyage de noces et promet à Posie une destination chaude et paisible, très différente de St Margaret’s Bay. Pourtant, son humeur change lorsqu’il raconte avoir cru apercevoir quelqu’un en train de nager près de Ness Point, malgré les conditions dangereuses et l’interdiction actuelle faite aux bateaux de sortir. Posie attribue cette vision à sa fatigue, et tous deux restent un moment à contempler une mer déserte. Ils parlent ensuite de Jamie Boxwood, que la police n’a toujours pas retrouvé. Les personnes présentes à la fête du samedi soir n’ont rien révélé de déterminant à son sujet. Un incident impliquant Mickey O’Dowd, ivre, et une tasse de café brûlant a bien été signalé, mais rien ne semble le relier à Boxwood. Tony Stone et Petronella Douglas n’ont eux non plus fourni aucune information utile. Richard explique qu’il a fouillé White Shaw et l’hôtel sans trouver Boxwood, et qu’il compte maintenant étendre les recherches aux bâtiments situés le long de la plage. Selon lui, Boxwood pourrait encore se cacher dans le village avec ses complices. Le mauvais temps aurait empêché son départ par bateau vers le Continent, alors que les plans qu’il détenait devaient apparemment être remis rapidement à ceux qui avaient payé Petronella. La levée prochaine de l’interdiction de navigation donne donc à Richard très peu de temps pour retrouver les fugitifs. Il a demandé des renforts à Londres, accompagnés de chiens de recherche, mais les perquisitions sont retardées par l’attente d’un mandat du Home Office. Richard a déjà obtenu l’accord de Sir Vernon Kell, chef du MI5, et du chef de Scotland Yard, mais le Home Secretary Joynson-Hicks a longtemps hésité au motif que les bâtiments à fouiller sont des propriétés privées. Le mandat doit finalement arriver dans environ deux heures.
Ce délai offre à Posie l’occasion de poursuivre une autre piste qui la préoccupe depuis sa découverte dans le sac turquoise d’Elsie. Elle explique à Richard ce qu’elle a appris auprès de Ruth Walker et lui montre les deux documents qu’elle a conservés. Le premier est le message de Max qui confirme qu’il se trouvait bien dans la région et qu’il avait donné rendez-vous à Elsie. Le second est le reçu de la bijouterie Simpkins à Dover, concernant un objet appartenant à Elsie et prêt à être récupéré. Posie pense que ce reçu pourrait apporter une nouvelle lumière sur la mort d’Elsie et demande à Richard de l’accompagner à Dover pendant les deux heures disponibles. La réaction de Richard est cependant beaucoup plus forte que prévu. Il prend les deux papiers, les glisse dans sa poche et avoue à Posie qu’il sait depuis longtemps ce que Max représentait pour elle. Il a remarqué le collier rose qu’elle porte toujours et comprend qu’elle a éprouvé pour Max des sentiments profonds. Il pensait pourtant que Max était mort et que Posie avait définitivement enterré cette partie de son passé. Lorsque Posie avait accepté de venir à St Margaret’s Bay, lieu où ils avaient connu Max, Richard avait ressenti de la jalousie et de l’inquiétude, mais il avait essayé de croire qu’elle voulait simplement tourner la page. Il affirme ne jamais vouloir l’empêcher de suivre ses propres choix, mais reconnaît qu’il se sent particulièrement protecteur envers elle depuis quelque temps. La découverte que Max est vivant bouleverse cette confiance. Richard ne souhaite pas le malheur de Max et estime même qu’après tout ce qu’il a donné à son pays, il mérite une vie libre et la possibilité de choisir son avenir. Mais il redoute que ce choix puisse être Posie. Celle-ci lui répond avec force que cette crainte est absurde, puisqu’elle est engagée avec lui et qu’elle l’aime. Pourtant, Richard reste convaincu que Max représente pour elle une possibilité qu’il ne peut pas concurrencer. Il se sent condamné à perdre, même s’il offre à Posie une vie stable et réelle, tandis que Max demeure une figure insaisissable, associée à la promesse et au mystère. Son désarroi devient presque désespéré. Posie comprend alors à quel point Richard souffre et réalise avec effroi qu’elle pourrait réellement le perdre. Elle mesure la profondeur de son attachement à lui, bien au-delà d’une simple relation amoureuse. Richard est devenu son soutien, son ami le plus fiable et l’homme avec lequel elle imagine désormais son avenir. Elle refuse l’idée de sacrifier cette relation à un passé qu’elle croyait définitivement clos.
Cependant, Richard révèle ensuite la raison précise de ses soupçons. Il repense à la lettre qu’Elsie avait envoyée à Posie à la fin du mois de juillet, juste avant son départ prévu pour la Toscane. Cette lettre demandait à Posie de venir à St Margaret’s Bay pour enquêter sur une affaire inquiétante. Richard remarque que Max avait disparu au milieu du mois de juillet et que la lettre d’Elsie était arrivée peu après. Il se demande donc si Max n’était pas revenu secrètement dans la région, sous couverture, et s’il n’avait pas demandé à Elsie d’écrire à Posie pour l’attirer jusqu’ici. Elsie aurait pu rédiger son message volontairement de manière vague afin de protéger Max et d’empêcher quiconque de comprendre la véritable raison de cette invitation. Cette hypothèse frappe Posie parce qu’elle possède une logique qu’elle n’avait jamais envisagée. Avant qu’elle puisse répondre, les portes-fenêtres s’ouvrent brusquement et Dr Poots apparaît en tenue de voyage, portant son nécessaire médical. Rainbird le suit, visiblement conscient d’avoir interrompu une conversation intime et douloureuse. Dr Poots annonce alors qu’il s’agit de l’Américain, Bruce Douglas, celui qui est encore en vie, mais il ajoute qu’il faut faire vite au sujet de Petronella Douglas. Cette interruption met brutalement fin à la confrontation entre Posie et Richard et ramène leur attention vers l’enquête, alors même que leur relation vient d’être profondément ébranlée par la possibilité que Max soit vivant, présent dans l’affaire et peut-être encore lié à Posie.
37.Les rêves volés d’une femme
Le jeune policier chargé de surveiller la chambre de Petronella Douglas alerte Dr Poots après avoir entendu des hurlements et le bruit d’objets jetés à travers la pièce. Petronella, enfermée dans la Bay Bungalow, est en pleine crise, arrachant les rideaux, déchirant le papier peint et lançant apparemment la carafe d’eau contre un mur. Dr Poots pense immédiatement qu’elle souffre du manque de drogue, car elle est dépendante et n’a pas reçu sa dose habituelle. Elle répète surtout qu’elle n’a tué personne, ce qui confirme qu’elle a entendu les policiers parler de la mort de son père, Bruce Douglas. Lorsque Posie, Richard Lovelace, Rainbird et Dr Poots arrivent devant sa chambre, Richard apprend à Posie que le nouveau Chief Inspector chargé de l’enquête sera Bill Oats. Cette annonce la consterne, car Oats est depuis longtemps l’un de ses principaux adversaires. Il a toujours méprisé son activité de détective privée et supporte mal les méthodes indépendantes des enquêteurs amateurs, même s’il obtient des résultats. Richard et Oats se connaissent depuis leurs débuts à Scotland Yard, mais leurs carrières ont pris des directions très différentes, Richard ayant connu une ascension rapide tandis qu’Oats a progressé plus lentement. Richard a souvent essayé de l’aider par loyauté envers son ancien collègue, malgré leurs relations compliquées. Avant de laisser Posie seule avec Petronella, Richard lui demande de tenter de calmer la situation. Dans la petite chambre froide, Petronella apparaît épuisée et défaite, son maquillage ravagé par les larmes et ses vêtements tachés. Elle accuse Richard de la retenir sans raison et nie avoir tué Bruce, tout en admettant qu’elle aurait parfois souhaité sa mort. Elle explique à Posie que son père était un homme cruel, qui lui avait donné l’impression qu’elle pouvait tout posséder avant de lui retirer brutalement cette possibilité. Petronella raconte que Bruce contrôlait indirectement sa Fashion House, alors même qu’il ne venait jamais en Angleterre. Depuis quelques semaines, cependant, il avait commencé à lui envoyer des télégrammes et à poser des questions sur ses comptes, annonçant son intention de vérifier les livres et les finances de l’entreprise. Lorsqu’il est arrivé la veille, Petronella l’a accueilli comme une fille obéissante, puis s’est installée au bar de l’hôtel pour l’attendre. Elle pensait qu’il viendrait boire un verre avec elle, mais il ne s’est jamais présenté. Comme Bruce souffrait d’un problème cardiaque et venait de faire un long voyage, elle a supposé qu’il s’était endormi. Après avoir beaucoup bu, elle est finalement rentrée chez elle.
Petronella précise alors à Posie qui se trouvait avec elle au bar. Sidney Sherringham l’a rejointe environ une demi-heure après l’arrivée de Bruce et a bu plusieurs verres de vin avec elle, dans une humeur inhabituellement mauvaise. Posie se souvient aussitôt de la dispute entre Sidney et Harriet Neame au sujet du sac turquoise et comprend que cet incident peut expliquer son état. Peu après, Mickey O’Dowd arrive lui aussi, encore sobre malgré ses habitudes, après avoir travaillé sur les feux d’artifice de la plage. Enfin, Tony Stone rejoint le groupe vers huit heures. Il affirme avoir quelque chose à remettre à Posie, mais reste d’abord boire avec les autres. Ce rassemblement est suffisamment particulier pour attirer l’attention de Posie, d’autant plus que chacun de ces personnages se retrouve lié, directement ou indirectement, aux événements de la nuit. Posie montre ensuite à Petronella la note que celle-ci lui avait envoyée avec une bouteille de sherry la veille. Petronella reconnaît son écriture et explique qu’elle voulait sincèrement se réconcilier avec Posie. Dans son état d’ivresse, elle avait envoyé trois bouteilles de sherry, accompagnées de messages différents, à Posie, à un policier et à son père. Lorsque Posie lui demande si elle avait ajouté des drogues aux bouteilles, Petronella est stupéfaite. Elle nie catégoriquement avoir drogué qui que ce soit et apprend avec surprise que la substance en cause est le Veronal. Elle reconnaît en posséder plusieurs sachets, mais affirme que cette drogue est couramment utilisée et qu’elle en laisse même dans les chambres de White Shaw pour les clients qui ont du mal à dormir après les fêtes. Elle assure cependant ne plus en prendre elle-même depuis longtemps, même si Tony prétend parfois qu’elle en consomme pour rendre son usage de drogues plus dures moins choquant. Surtout, elle souligne qu’elle avait demandé trois bouteilles neuves et scellées de Bristol Cream Sherry. Elle ne comprend donc pas comment quelqu’un aurait pu y introduire du Veronal, surtout dans son état d’ébriété avancé. Elle se souvient être tombée plusieurs fois de son tabouret, mais ne sait plus qui a apporté les bouteilles aux destinataires ni qui l’a ramenée chez elle. Elle ignore également si elle a croisé Harriet Neame en rentrant. Posie lui demande si elle avait rendez-vous avec Harriet, mais Petronella répond qu’elle était trop ivre pour savoir ce qui s’était passé. Elle suppose que Sidney l’a simplement raccompagnée et constate avec amertume que tout le monde semble désormais l’abandonner.
Alors que Petronella tremble, devient livide et réclame une dose de drogue pour supporter son état, Posie est partagée entre le dégoût que lui inspire sa dépendance et la pitié qu’elle éprouve devant son effondrement. Elle pense aux enfants adoptés de Petronella, à son mariage avec Tony Stone, à la manière dont Sidney a pu supporter cette existence et aux trois années durant lesquelles Elsie Moncrieff a travaillé pour elle. Malgré les ravages évidents provoqués par les choix de Petronella, Posie perçoit aussi une détresse authentique chez cette femme. Avant de sortir, elle lui demande pourquoi elle avait renvoyé Elsie. La question reste d’abord sans réponse, tandis que Posie entend Richard parler avec Dr Poots des résultats médicaux et des corps. Puis la voix reconnaissable de Chief Inspector Oats retentit dans le couloir. Il arrive pour prendre le contrôle de l’Incident Room, tandis que Richard lui confie Rainbird comme second et lui présente l’affaire comme un désordre particulièrement complexe impliquant plusieurs personnes célèbres. Richard annonce ensuite qu’il doit partir immédiatement à Dover avec Posie, car quelque chose d’urgent s’est produit dans une bijouterie et pourrait être lié à l’enquête. Oats manifeste son étonnement en découvrant que Posie participe directement aux investigations, mais Richard affirme sans hésitation qu’elle vient avec lui. Restée seule quelques instants avec Petronella, Posie croit que la prisonnière s’est endormie et s’apprête à sortir. Petronella lui murmure alors de l’aider, affirmant qu’elle ne veut pas être condamnée pour ces morts et jurant qu’elle n’a tué personne, surtout pas Elsie. Posie lui demande enfin ce qu’Elsie avait fait pour provoquer une telle colère. Petronella relève la tête et répond avec une lucidité soudaine que la jeune femme lui avait volé ses rêves, qu’elle les lui avait entièrement retirés. Cette confession apporte une dimension nouvelle au conflit entre les deux femmes, mais ne permet pas encore de comprendre ce qu’Elsie avait réellement découvert ou accompli pour susciter une telle haine.
38.Les fantômes de Snargate Street
Le trajet vers Douvres se déroule presque entièrement dans le silence. Richard Lovelace conduit la voiture de police, tandis que Posie mange avec voracité les sandwiches qu’elle a emportés de la salle d’enquête, trop affamée pour se soucier de leur contenu. Entre eux, le conflit concernant Max reste entièrement passé sous silence, malgré la tension qui persiste. Devant leur voiture avance le fourgon noir transportant les corps de Harriet Neame et de Bruce Douglas vers la morgue, rappel constant de la gravité de l’affaire. En arrivant à Douvres, Posie remarque que l’adresse de la bijouterie Simpkins, au 47 Snargate Street, se trouve près des quais occidentaux, dans un secteur pauvre et peu commercial. Elle se souvient alors que le numéro 35 de la même rue est celui qu’Elsie Moncrieff avait fourni comme adresse d’un prétendu foyer destiné aux membres du clergé voyageant vers ou depuis le continent. Posie et Richard comprennent immédiatement que cette proximité ne peut probablement pas être une simple coïncidence. Ils longent le front de mer, passent devant le nouveau port de plaisance et les docks occidentaux, puis atteignent une zone plus misérable, dominée par le port des pêcheurs. Richard observe que le numéro 35 aurait constitué un emplacement idéal pour surveiller les mouvements dans les différents ports. Il suppose qu’un faux pensionnat pouvait servir de couverture à une activité clandestine, et explique à Posie la notion de funk hole, un refuge secret où des personnes, notamment des espions, peuvent se cacher sans attirer l’attention. Lorsqu’ils trouvent effectivement le numéro 35, ils découvrent une maison à vendre ou à louer, dont la porte est entrouverte et qui vient manifestement d’être nettoyée à l’eau de Javel. Une femme d’âge mûr, Sally Brown, leur explique que la maison a déjà été louée à une mère et sa fille qui souhaitent y tenir une pension. Posie prend alors le risque de parler d’Elsie, prétendant être une ancienne camarade d’école venue rechercher sa trace. Le mensonge porte ses fruits, car Sally Brown reconnaît immédiatement le nom et révèle qu’Elsie a réellement dirigé cette maison pendant plusieurs années, de la fin de 1917 jusqu’environ 1921. Le prétendu foyer pour prêtres n’était donc pas entièrement fictif, contrairement à ce que les enquêteurs avaient supposé. Il était souvent rempli de prêtres et Elsie y tenait parfaitement son rôle de gouvernante, sans bruit ni scandale.
Sally Brown fournit ensuite des informations bien plus troublantes. Elsie ne vivait pas seule dans cette maison, mais avec son mari, Jack Moncrieff, un homme blond portant des lunettes à monture dorée et souffrant d’une très mauvaise vue. Jack était élégant et semblait issu d’un milieu aisé, mais il travaillait pourtant dans cette pension, profitant notamment de sa proximité avec le port pour aller pêcher avec son vélo et ses cannes. Il lui arrivait même d’emmener des prêtres avec lui. La description correspond presque exactement à l’homme que Mr Potterton avait aperçu plusieurs années auparavant dans la chambre d’Elsie à l’hôtel, ce qui renforce considérablement l’intuition de Posie selon laquelle Jack Moncrieff était le mystérieux Jackal. Surtout, Sally affirme que Jack et Elsie étaient véritablement mariés, contrairement au soupçon précédent selon lequel leur alliance aurait pu être une simple fabrication. Leur vie commune avait cependant commencé sous de mauvais auspices. Elsie était enceinte lorsqu’ils arrivèrent à Snargate Street, mais elle perdit son enfant à un stade très avancé de la grossesse. Après l’accouchement d’un bébé mort-né, elle revint de l’hôpital profondément abattue et se réfugia dans son travail. Jack, lui aussi incapable de supporter cette épreuve, se mit à boire de plus en plus, jusqu’à devenir un alcoolique régulier. Un prêtre nommé Father Moriarty tenta de l’aider. Étranger, peut-être allemand, il avait une paroisse dans les environs et célébrait parfois des offices dans une petite chapelle aménagée dans la cave de la maison. Mais surtout, il accompagnait Jack la nuit ou le sortait des pubs lorsqu’il était ivre. Posie comprend alors avec stupeur que ce récit semble concerner Max. Sally évoque en effet un prêtre particulièrement séduisant et parle de lui comme d’un homme qui avait essayé de sauver Jack, tandis que Posie et Richard se tiennent la main, conscients de la portée de cette révélation. Le destin de Jack devient encore plus sinistre lorsque Sally raconte sa mort. Il serait tombé une nuit dans le port, probablement ivre, et son corps aurait été retrouvé le lendemain, emmêlé dans des filets de pêche, sans chaussures. Elsie, anéantie, fut sédatée puis emmenée, et la pension ferma quelques jours plus tard. Des amis d’Elsie vinrent pendant la nuit vider les lieux, sans que Sally puisse savoir ce qu’ils emportaient. La mort de Jack remontait à la fin de l’été 1921, ce qui correspond à une période particulièrement importante dans les événements que Posie et Richard cherchent à reconstituer.
Cette découverte conduit Richard à envisager une possibilité troublante. Le foyer de Snargate Street pourrait avoir été un refuge clandestin financé ou utilisé pour des opérations secrètes, puis fermé lorsque l’activité fut transférée ailleurs, mais la question demeure de savoir si la mort de Jack a réellement été ce qu’elle semblait être. Richard demande donc à Sally si elle avait personnellement vu le corps. Elle répond que oui, expliquant qu’une foule s’était rassemblée sur le quai lorsque Jack avait été sorti de l’eau, pris dans les filets de pêche. Pour elle, un décès aussi public et un corps aussi tangible ne pouvaient pas avoir été simulés. Posie, elle, sort de la maison profondément bouleversée par l’histoire d’Elsie. Derrière la femme mystérieuse et potentiellement impliquée dans des activités clandestines, elle entrevoit une existence marquée par les pertes et les désastres, avec un enfant mort-né, un mari devenu alcoolique puis mort noyé, et un entourage incapable de la sauver durablement. Elle comprend aussi que la piste du Jackal est désormais liée à une histoire intime et tragique qui précède de plusieurs années les événements actuels. Pourtant, alors qu’elle et Richard quittent les lieux, Sally Brown les interpelle et révèle qu’elle n’a pas été dupe du récit de Posie. Elle remarque que Posie vient de prétendre avoir été scolarisée avec Elsie, alors qu’Elsie lui avait dit être danoise, finlandaise ou d’une autre origine scandinave. De plus, Sally juge que Posie ne parle certainement pas avec un accent anglais. Cette dernière remarque signifie que leur couverture vient de tomber, et que Sally comprend désormais qu’ils lui ont menti sur leur identité et sur la raison véritable de leur visite.
39.Les secrets de la bague funèbre
Posie et Richard Lovelace se rendent à Dover dans une voiture de police, tandis qu’un fourgon transporte les corps de Harriet Neame et Bruce Douglas vers la morgue. Le silence du trajet est seulement rompu par les sandwiches que Posie mange avec appétit, et par la tension liée à l’affaire. Lovelace doit également retourner rapidement pour savoir si son mandat du Home Office est arrivé. Leur destination est une petite bijouterie de Snargate Street, Simpkins Jewellers, dont l’apparence misérable contraste fortement avec le goût supposé d’Elsie Moncrieff pour les objets coûteux. Posie soupçonne d’abord qu’Elsie y aurait peut-être fait réparer quelque chose à peu de frais, mais la découverte de l’artisan et de son atelier révèle rapidement une réalité beaucoup plus importante. Jeremy Simpkins, petit homme discret et apparemment inoffensif, comprend immédiatement la gravité de la présence de Scotland Yard lorsque Lovelace lui montre sa carte et que Posie lui remet le reçu d’Elsie. Il ferme sa boutique, les conduit à l’arrière et leur sert du thé avant de leur remettre une enveloppe conservée dans un meuble métallique. L’atelier lui-même fournit un premier indice essentiel, car Simpkins travaille sur un collier de diamants d’une valeur et d’une qualité qui n’ont rien à voir avec l’apparence modeste de sa boutique. Lovelace comprend alors que l’endroit pourrait être un autre « funk hole », une maison sûre utilisée par le renseignement, et révèle à Simpkins qu’il connaît l’existence de ces refuges et des trois agents impliqués. L’artisan, rassuré de voir que les deux enquêteurs savent déjà une partie de la vérité, explique qu’il a effectivement travaillé pour MI5. Il avait été installé là en 1918, après avoir connu des difficultés financières auprès des créanciers de Hatton Garden, sous prétexte de reprendre son métier de maître joaillier. En réalité, sa boutique devait constituer une solution de repli si la pension de famille pour prêtres située plus loin dans Snargate Street devenait compromise. Il devait également savoir qui contacter en cas de problème touchant Elsie, Jack ou Max. Depuis environ trois ans, il ne travaille officiellement plus pour l’organisation, mais il a conservé sa boutique et bénéficie désormais d’une clientèle prestigieuse qui lui confie des travaux précieux. Cette révélation confirme que les deux établissements étaient liés à une même opération clandestine et que le hasard apparent de leur présence dans cette rue portuaire est très improbable.
Simpkins révèle ensuite des éléments importants sur Elsie et Jack Moncrieff. Il ne prétendait pas être leur ami proche, car les agents devaient rester discrets, mais il les connaissait suffisamment pour avoir fabriqué leurs alliances. Selon lui, Elsie et Jack avaient commencé par faire semblant d’être mariés dans le cadre de leur couverture, avant de réellement tomber amoureux et de se marier à Londres lors d’un bref séjour. Les alliances avaient une origine particulièrement remarquable, puisque Simpkins avait dû fondre une ancienne bague médiévale ornée d’un blason, composée d’un or gallois d’une pureté exceptionnelle. Jack lui avait alors expliqué que cet objet appartenait à un passé auquel il ne voulait plus être associé. Pourtant, leur histoire commune s’était terminée à l’été 1921, lorsque Jack était censé être mort et qu’Elsie avait quitté les lieux. Simpkins avait pensé que la fermeture de cette opération entraînerait son propre départ, mais il avait finalement été autorisé à rester et à poursuivre son activité indépendamment. Elsie lui avait cependant rendu visite à une ou deux reprises au cours des trois années suivantes. Elle avait profondément changé d’apparence, avec des cheveux teints en blond et des vêtements très élégants, bien loin de la femme aux longs cheveux roux et à la robe noire qu’il avait connue. Elle disait toujours vivre dans la région, mais Simpkins ignorait si elle avait repris son travail pour l’organisation ou si elle s’était remariée. Lors de ces visites, elle lui apportait parfois des « travaux étranges ». L’un d’eux consistait à refondre l’alliance de Jack pour en faire un collier volontairement bon marché. Simpkins avait trouvé cette demande curieuse, mais Posie y voit d’abord une explication assez logique. Si Elsie voulait conserver le souvenir de son mari tout en continuant à vivre sous une couverture modeste, un bijou ayant l’apparence d’un objet acheté dans une boutique populaire pouvait être beaucoup plus discret qu’une pièce luxueuse. Cependant, les informations de Simpkins font brutalement vaciller Posie. Lorsqu’elle se dirige vers la fenêtre pour reprendre son souffle, l’artisan lui apprend que Jack s’était progressivement enfoncé dans l’alcool avant de boire tous les soirs au pub voisin, The Two Kennels. Il avait fini par mourir noyé dans le port, et son corps avait été retrouvé pris dans des filets de pêche. Elsie, dévastée, avait été sédatée puis emmenée, tandis que la pension avait fermé quelques jours plus tard. Simpkins affirme avoir vu le corps et rejette donc l’idée d’une disparition simplement mise en scène. Pourtant, Posie sait déjà que les documents officiels ne constituent pas une garantie de vérité dans le monde clandestin qu’elle découvre. Le problème devient alors vertigineux, car Jack, officiellement mort à l’été 1921, est pourtant le même homme que Mr Potterton avait vu plus tard cette année-là en train de préparer une opération à White Shaw. Posie comprend qu’elle ne peut pas simplement demander à Simpkins si Jack est encore vivant, car l’artisan, soucieux de préserver sa sécurité et sa position, ne lui révélerait probablement pas la vérité même s’il la connaissait.
Enfin, Lovelace pousse Simpkins à montrer ce qu’Elsie lui avait confié avant sa mort. L’artisan ouvre l’enveloppe et en sort une petite pochette de velours rouge contenant une bague en or. Il explique qu’il s’agit de la troisième transformation du même métal, après l’alliance de Jack et le collier qu’Elsie lui avait demandé de fabriquer. Cette nouvelle pièce lui inspire une véritable répulsion, car elle rappelle les bijoux funéraires particulièrement macabres fabriqués par les joailliers de l’époque victorienne. Lovelace, intrigué, demande quel type de pierres Elsie avait choisi. Lorsque Posie observe de près la bague, composée de deux pierres réunies dans un décor travaillé de feuilles et de fleurs, elle comprend soudain la portée de ce qu’elle a sous les yeux. Le bijou, loin d’être une simple commande étrange, semble fournir un élément décisif dans l’enchevêtrement des identités, des morts officielles et des opérations clandestines auquel elle est confrontée. Simpkins, mal à l’aise, lui demande de prendre la bague avec elle, car il ne veut pas la conserver dans sa boutique. Posie, encore bouleversée, se tourne une nouvelle fois vers le pub où Jack était censé avoir sombré dans l’alcool, comme si ce lieu concentrait désormais une partie du mystère. Elle décide qu’il est temps de partir avec Lovelace, mais exige qu’ils s’arrêtent auparavant aux Western Docks afin qu’elle puisse utiliser une cabine téléphonique. Elle veut donner à Fox plusieurs nouvelles tâches, car les informations accumulées commencent enfin à s’assembler. Tout n’est pas encore clair, mais la bague, les deux refuges, Elsie, Jack, Max et les fausses morts forment désormais pour Posie un ensemble de pistes suffisamment cohérent pour qu’elle puisse agir.
40.Le retour du frère disparu
À leur retour à White Shaw, Posie et Lovelace découvrent avec stupeur une véritable démonstration de force policière. Une vingtaine d’agents de la Metropolitan Police, accompagnés de chiens renifleurs, se sont déployés autour de la propriété, et le nouveau Home Secretary, William Joynson-Hicks, est venu en personne superviser l’opération. Sir Vernon Kell, le chef du MI5, arrive lui aussi, ce qui irrite profondément Lovelace, qui espérait pouvoir effectuer une perquisition discrète et limitée dans le temps. Il craint que cette présence massive compromette la recherche de Jamie Boxwood et mette sa propre position en danger si rien n’est découvert. Avant de rejoindre les policiers, il demande à Posie de rester en sécurité dans sa chambre et de se tenir à l’écart des recherches. Elle lui rappelle cependant de ne pas oublier Maypole Manor, une grande maison abandonnée qui pourrait servir à dissimuler quelqu’un ou quelque chose. Lovelace lui demande également pardon pour sa jalousie envers Max et pour leur précédente dispute. Posie lui pardonne immédiatement, affirmant qu’il n’a aucune raison d’être jaloux et qu’elle ne lui reproche rien. Restée seule dans sa chambre chaude et confortable, Posie rassemble les éléments de l’enquête sur une table avant de s’allonger sur le lit, toujours habillée. Elle s’endort sans l’avoir voulu et se réveille lorsque la lumière du jour a disparu. Une porte-fenêtre donnant sur le balcon s’est ouverte sous l’effet du vent, laissant entrer l’air froid et le bruit de la mer. C’est alors qu’elle aperçoit une silhouette sur le balcon et reconnaît Max. Son apparition la bouleverse, car elle le croyait mort. Max lui demande de réduire la lumière et entre dans la chambre, trempé de la tête aux pieds, comme s’il venait de sortir de la mer. Il paraît épuisé, amaigri et beaucoup plus vieux que son âge, mais conserve cette beauté qui avait autrefois profondément attiré Posie. Il lui explique qu’il a dû se cacher parce que certaines personnes avaient intérêt à le croire mort. Il avait envisagé de reprendre contact avec elle, mais l’annonce de ses fiançailles avec Lovelace dans The Times l’en avait dissuadé. Max affirme qu’il est heureux pour elle et reconnaît que sa propre existence, faite de clandestinité, de déplacements et de danger, n’aurait pas constitué une vie convenable pour elle ou pour d’éventuels enfants. Malgré sa résolution, Posie est submergée par l’émotion, tandis que Max lui parle avec tendresse de la vie qu’ils auraient pu avoir et de la nécessité de choisir la vie réelle plutôt qu’une existence perpétuellement cachée.
La conversation prend alors une dimension nouvelle lorsque Max lui révèle l’identité de la jeune fille blonde figurant sur l’ancienne photographie que Posie avait conservée. Il s’agit d’Elise, sa sœur jumelle, que Posie connaissait sous le nom d’Elsie. Max raconte qu’ils étaient nés le même jour et à la même heure et qu’Elise possédait des talents exceptionnels pour les langues, l’imitation, le chant et la création. Son surnom familial était lié à son tempérament énergique et à ses cheveux roux, et elle avait adopté le nom d’Elsie pour travailler comme espionne. Max reconnaît qu’il avait menti à Posie lorsqu’il lui avait affirmé n’avoir laissé personne derrière lui en quittant l’Allemagne. Elise l’avait toujours suivi de près, d’abord pendant leurs études de médecine et de soins infirmiers à Berlin, puis pendant la Première Guerre mondiale. Après la disparition de Max d’un hôpital militaire allemand, elle avait réussi à gagner l’Angleterre en se faisant passer pour une infirmière belge, puis avait exigé d’être employée dans des conditions comparables à celles de son frère. Elle avait menacé de se suicider si elle n’était pas autorisée à le rejoindre et était finalement devenue l’une des meilleures agentes du service. En 1917, les deux jumeaux avaient été formés ensemble avant d’être affectés à la même opération sur la côte sud, même si leurs rôles différaient. Max avait ensuite été envoyé régulièrement ailleurs, mais revenait toujours à cette opération, et c’est pendant l’une de ces périodes qu’il avait rencontré Posie. Elise, elle, avait fini par tomber amoureuse d’un autre agent de l’opération, Jack, surnommé le Jackal. Max explique que Jack aimait Elise au point de risquer sa vie pour elle et qu’elle devait elle aussi être profondément amoureuse de lui pour accepter de l’épouser. Cette relation représentait pratiquement la seule chose personnelle qu’Elise s’était accordée pendant toute sa vie d’espionne. Posie comprend alors que le mariage d’Elise et Jack, que tout le monde avait jusque-là considéré avec méfiance, avait bien été réel. Elle montre à Max la bague que Simpkins lui a remise et lui demande comment Elise avait pu accepter de la faire fondre. Max réagit avec honte et admet qu’ils avaient décidé ensemble que cette transformation était nécessaire. Il reconnaît cependant que certaines choses sont impossibles à faire pour des espions sans conséquences terribles.
La conversation est brusquement interrompue par Lovelace, qui frappe à la porte et appelle Posie. Elle et Max restent silencieux tandis que le fiancé tente d’entrer. Max profite de cet instant pour se préparer à repartir par le balcon. Avant de partir, il révèle à Posie qu’il avait passé tout l’été caché chez Simpkins, dans la bijouterie de Snargate Street qu’elle venait justement de visiter. Il était donc beaucoup plus proche d’Elise qu’elle ne l’avait imaginé, mais il n’avait pas pu prendre le risque de se montrer à sa sœur. Max explique ensuite le sens véritable de la lettre qu’Elise avait envoyée à Posie en disant que quelque chose était « wrong ». Elise, convaincue que son frère était toujours vivant malgré les informations annonçant sa mort, espérait que Posie pourrait l’aider à le retrouver. Comme les jumeaux ressentaient une connexion particulière, la séparation prolongée lui paraissait anormale. Elise avait parlé de Max à Posie sans qu’elle en comprenne alors la raison. Max révèle également que ce n’est pas exactement l’espionnage qui a tué Elise, mais la décision de quitter cette vie clandestine. Il invite Posie à regarder autour d’elle, à observer les détails et les objets qui l’entourent, car ils révèlent l’ambition d’Elise et la raison pour laquelle elle devait mourir. Lorsqu’il affirme avoir vu ce qui s’est passé, il emploie le pluriel et laisse entendre que quelqu’un d’autre a été témoin de la mort avec lui, sans préciser qui. Alors que Lovelace s’apprête à ouvrir la porte avec une clé de secours, Posie comprend également que Max était venu dans sa chambre la nuit précédente et qu’il était l’homme assis près de son lit. Il confirme avoir laissé la lampe de poche, en expliquant qu’elle devait éclairer quelque chose que Posie devait étudier attentivement, car cet objet contenait son propre récit et pouvait contribuer à rendre justice à Elise. Puis Max escalade la balustrade et disparaît dans l’obscurité après avoir dit à Posie qu’il était heureux de l’avoir connue et qu’elle devait prendre soin de Lovelace, qu’il considère comme quelqu’un d’important pour elle. Posie reste seule sur le balcon, profondément bouleversée par cette rencontre et par l’ampleur des révélations qu’elle vient de recevoir.
41.Les dernières pièces du puzzle
Des années plus tard, Posie se souviendra encore de la manière dont Lovelace lui racontera ce qu’il avait trouvé en entrant dans sa chambre après avoir finalement forcé la porte. Il l’avait découverte profondément endormie sur son lit, toujours vêtue de son manteau, de son chapeau et de ses chaussures, tandis que Constable Smallbone se tenait derrière lui. Pourtant, au moment où elle ouvre les yeux, Posie ne répond pas aux questions inquiètes de son fiancé. Les paroles de Max lui reviennent avec une netteté terrifiante, notamment son conseil de regarder dans cette chambre où se trouve l’ambition d’Elise. Elle désigne alors les tableaux représentant la plage et la suite, rappelant à Lovelace qu’il lui avait déjà dit avoir vu des images semblables ailleurs. Celui-ci comprend que son intuition pourrait être importante et lui révèle ce que les recherches viennent de produire. Jamie Boxwood n’a pas été retrouvé, mais les policiers ont découvert un nouveau cadavre, celui d’un homme rejeté par la mer dans la crique située sous Ness Point. Posie demande aussitôt à Lovelace de réunir tout le monde dans le salon de l’hôtel, y compris William Joynson-Hicks et Sir Vernon Kell. Elle affirme savoir qui doit être arrêté, même si elle doit encore vérifier quelques éléments avec Sergeant Fox. Lovelace hésite à exposer devant tous des informations concernant une opération d’espionnage, mais Posie est convaincue que cela sera nécessaire. Il finit par ordonner que tous les occupants soient rassemblés à cinq heures et demie. Avant de partir, Posie remarque que le morceau de papier portant les informations sur Thea Elleridge, que Max lui avait laissé, est de nouveau tombé près de la porte-fenêtre et qu’il est trempé. Elle observe aussi des marques en croix dans la condensation de la vitre, semblables à un jeu de morpion, sans parvenir encore à leur donner un sens. Elle rejoint ensuite l’Incident Room avec Lovelace, tout en se préparant à la confrontation qui approche.
À l’extérieur, Dr Poots arrive avec un paquet enveloppé dans du papier brun. Il vient d’examiner le corps retrouvé dans la crique et rapporte également l’appareil Ever-Ready qu’il avait emporté pour en prélever des échantillons. Après l’avoir étudié lui-même, il estime que les nombreuses empreintes rendent l’objet presque inexploitable, mais il laisse entendre qu’il vient peut-être de changer d’avis et qu’il téléphonera plus tard. Cette remarque intrigue Posie, qui se concentre cependant sur un autre élément. Elle demande à Lovelace l’autorisation d’examiner le van de Tony Stone. Elle y trouve ce qu’elle cherchait et récupère également la robe blanche portant le numéro 40, qu’elle avait essayée la veille et qu’elle décide de conserver provisoirement. Puis elle rejoint Sergeant Fox, qui lui apporte les résultats des vérifications demandées depuis les Western Docks. Les renseignements concernant Ruth Walker confirment ses soupçons, tout comme ceux concernant le pub et l’Orphanage, qui avait reçu une importante donation. Fox a également vérifié les informations relatives au HMT Aragon et à Jack Moncrieff, grâce à un archiviste de New Scotland Yard. Une nouvelle information arrive alors de Rutherford’s Bank à Londres. Le directeur confirme à Lovelace que Petronella Douglas a bien reçu vingt mille livres d’une banque étrangère. La référence indiquée dans les documents était « Taylors », mais il s’agissait en réalité d’une traduction. Le nom original était « Portnov’s », la banque Portnov’s de Leningrad, utilisée par le gouvernement de l’Union soviétique. La découverte donne soudain une dimension politique et internationale à l’affaire. William Joynson-Hicks se réjouit de cette confirmation d’une implication russe et parle immédiatement de la menace communiste, convaincu que les recherches britanniques pourraient être convoitées par les Soviétiques. Pour Posie, cette information éclaire rétrospectivement un détail minuscule mais essentiel d’un télégramme, où apparaissait le mot « TAILOR » suivi de « BUT RED ». Elle comprend que Max connaissait déjà l’existence de cet argent soviétique et qu’il avait confirmé à Elise, indirectement, l’importance de cette piste.
Fox transmet ensuite à Posie une autre partie des renseignements obtenus lors de l’appel avec Rutherford’s Bank, concernant notamment l’American father-in-law. La révélation la surprend profondément, mais elle l’intègre aussitôt à l’ensemble des éléments dont elle dispose. Elle estime désormais avoir presque entièrement reconstitué l’affaire, même si elle reconnaît manquer encore de preuves suffisamment solides pour convaincre les autres. Lovelace l’appelle alors, puisqu’elle avait demandé que tout le monde soit réuni. Avant de rejoindre le salon, Posie remarque toutefois un très jeune policier occupé près de la porte de la véranda et aperçoit, dans les parties sombres du bungalow, le panier contenant des objets balayés et ramassés plus tôt. Une intuition soudaine lui fait comprendre que deux de ces objets constituent précisément les preuves qu’elle cherchait. Elle fouille rapidement le panier, récupère les deux éléments et demande au jeune policier d’apporter l’ensemble au salon. Ces objets, qui lui avaient semblé insignifiants auparavant, prennent désormais un sens nouveau à la lumière de tout ce qu’elle vient de découvrir. Alors qu’elle s’apprête enfin à rejoindre les autres, le téléphone se met à sonner. Fox étant parti chercher Petronella Douglas, Posie décroche elle-même. À sa grande surprise, l’appel vient de Londres et de la jeune femme au chapeau couleur souci, dont elle avait remarqué la présence auparavant. La jeune femme se présente sous son vrai nom, Susan Phelps, et explique qu’elle est prête à parler à la police de ce qu’elle a vu. Depuis un café londonien, Susan livre son témoignage à Posie. Cette dernière écoute attentivement et comprend que les déclarations de Susan complètent les indices matériels, financiers et humains qu’elle vient de rassembler. À cet instant, Posie considère enfin disposer de tout ce dont elle a besoin pour présenter son raisonnement. Le rassemblement de toutes les personnes concernées peut donc commencer, avec les nouvelles preuves, les révélations de la banque et le témoignage de Susan permettant désormais à Posie de transformer ses soupçons en véritable affaire à exposer.
42.Les vérités derrière les morts
Tous les protagonistes sont finalement réunis dans le salon de l’hôtel, transformé en pièce de confrontation sous haute surveillance. La porte est verrouillée, Chief Inspector Oats monte la garde, Rainbird, Fox et Smallbone surveillent les murs, et des policiers de la Metropolitan Police contrôlent les accès au Bay Hotel. William Joynson-Hicks, dit Jix, et Sir Vernon Kell sont également présents. Petronella Douglas, menottée, proteste vivement de son arrestation, tandis que Tony Stone reste à distance de sa femme, nerveux et visiblement mal à l’aise. Mickey O’Dowd paraît épuisé et tremblant, Sidney Sherringham est particulièrement attentif, Ruth Walker et Alf semblent inquiets, et Mr Potterton dissimule mal son intérêt pour le spectacle. Posie, placée devant le feu, doit maintenant exposer la conclusion à laquelle ses recherches l’ont conduite. Elle affirme d’emblée que trois personnes ont été assassinées à White Shaw, Elsie Moncrieff, Harriet Neame et Bruce Douglas, et que ces trois morts sont liées au même meurtrier. Selon elle, l’affaire ne repose ni sur l’amour, ni sur la jalousie, ni sur l’argent, mais sur des rêves détruits et sur les sacrifices imposés à ceux qui ont choisi une existence clandestine. Avant d’aborder directement les meurtres, elle doit révéler le passé secret d’Elsie et de son entourage, avec l’accord tacite de Sir Vernon Kell, qui comprend que les informations qu’elle s’apprête à dévoiler relèvent de l’espionnage britannique.
Posie explique alors qu’à partir de 1917, trois agents travaillaient pour le gouvernement britannique sur la côte sud, dans des opérations hautement confidentielles. Deux d’entre eux dirigeaient à Douvres une maison sûre, un véritable refuge pour les agents entrant dans le pays ou en sortant. L’un de ces deux agents était une jeune Allemande de la classe moyenne, remarquablement douée, recrutée en 1917 et connue sous le nom d’Elise, devenue plus tard Elsie Moncrieff. Son mari était en réalité Lord James Roades, fils de l’Earl of Malorney, héritier d’une immense tradition aristocratique et militaire. Pourtant, Jack Roades avait toujours refusé de se conformer aux attentes de sa famille. Pacifiste, il avait refusé de s’engager dans la Grande Guerre et avait disparu au début de 1917, adoptant le nom de Jack Moncrieff, un ancien nom familial suffisamment éloigné pour ne susciter aucune recherche. Il s’était ensuite marié avec Elise, et tous deux avaient consacré leur existence à leur mission. Mais leur sacrifice avait été encore plus profond, car Elise et Jack avaient eu un enfant. Les règles de leur activité clandestine leur avaient fait considérer qu’un espion ne pouvait pas avoir de famille, et leur bébé avait donc été confié à d’autres, tandis qu’une fausse histoire de mort-né était répandue. Cette décision avait brisé Jack. Incapable de supporter ce qu’ils avaient fait, il s’était mis à boire quotidiennement dans le pub situé face à leur refuge. Le couple devenait de moins en moins efficace, et Elsie, désespérée de voir son mari se détruire, avait demandé leur transfert trois ans après la naissance de l’enfant. Peu après, Jack était officiellement déclaré mort après être tombé ivre dans le port et avoir été retrouvé noyé le lendemain.
Posie révèle cependant que cette mort n’était qu’une mise en scène. Le corps retrouvé dans le port n’était pas celui de Jack, et l’agence gouvernementale qui employait le couple possédait les moyens nécessaires pour fabriquer des identités, effacer des traces et réécrire des histoires officielles. Elsie avait donc survécu à cette première période et avait été transférée à White Shaw, où elle avait changé d’apparence et pris le rôle de gouvernante de Douglas & Stone. Posie explique que ce déplacement n’était pas dû au hasard. Le gouvernement britannique avait trouvé suspect qu’une maison de couture réputée, fréquentée par des clients riches, controversés et influents, s’installe précisément dans une région connue pour la contrebande. Elsie devait donc surveiller les lieux et rendre compte de ce qui s’y passait. Elle n’agissait toutefois pas seule. Une petite équipe d’observateurs loyaux avait été installée autour d’elle, sans que ses membres comprennent véritablement sa mission. Chaque dimanche, après les fêtes données à White Shaw, Elsie traversait la rue jusqu’à l’hôtel et téléphonait à Whitehall pour transmettre son rapport. Pendant longtemps, elle n’avait presque rien à signaler, puisque rien de particulièrement suspect ne semblait se produire. Mais au début de l’année, elle et Jack auraient découvert quelque chose d’une importance considérable.
Cette révélation bouleverse particulièrement Tony Stone, qui comprend que sa maison et son activité ont été surveillées sans qu’il s’en rende compte, tandis que Petronella peine à accepter l’idée qu’Elsie ait pu être une espionne. Sidney Sherringham paraît lui aussi profondément atteint, comme s’il découvrait que la femme qu’il croyait connaître lui avait caché toute une existence. Posie insiste alors sur un point essentiel, car le véritable choc n’est pas seulement qu’Elsie ait été une agente secrète, mais que son prétendu mari, Jack Moncrieff, n’ait jamais été réellement mort. Les autorités avaient fabriqué sa disparition et entretenu la fiction de son décès. Posie ne sait pas quel corps avait été retiré du port ce jour-là, mais elle comprend que l’organisation qui employait Elsie et Jack disposait de complices suffisamment nombreux et suffisamment bien rémunérés pour fabriquer de telles preuves et garantir leur silence. Elle regarde directement Alf en rappelant que cette organisation exigeait une fidélité absolue de tous ses auxiliaires. À ce stade, son récit établit que l’histoire officielle de Jack, d’Elsie et de leur installation à White Shaw repose sur une succession de mensonges soigneusement construits, et que les morts étudiées par Posie doivent être comprises à l’intérieur de ce réseau clandestin.
43.Le visage caché de Jack
Tous les regards se tournent vers Alf, puis vers Posie, qui poursuit son accusation en reconstituant le réseau ayant permis à Jack Moncrieff de simuler sa mort. Elle explique qu’Alf, fils cadet du propriétaire du Two Kennels, adorait Jack et aurait accepté de l’aider contre une forte rémunération. Ruth Walker, sœur du propriétaire, était elle aussi liée depuis longtemps à Jack et Elsie. Tous deux avaient été recrutés pour jouer des rôles différents dans l’organisation clandestine, tandis qu’Alf continuait officiellement à travailler au pub de son père afin de dissimuler ses activités. Posie révèle ensuite que Harriet Neame n’avait jamais été véritablement l’intermédiaire qu’Elsie avait prétendu avoir utilisée pour recruter le personnel. Harriet avait été choisie et préparée à son insu par Alf, qui l’avait séduite afin de l’intégrer au dispositif. Elle était suffisamment efficace pour écouter et observer, mais pas assez perspicace pour comprendre qu’elle avait elle-même été manipulée. Ruth, en revanche, connaissait réellement le secret essentiel du couple. Après la naissance des enfants d’Elsie et Jack, c’est à elle qu’Elsie avait confié les bébés. Elle les avait élevés dans un appartement situé derrière le Two Kennels, puis avait suivi le groupe jusqu’à White Shaw en 1921, en emmenant les enfants avec elle.
Posie dévoile alors le cœur de son raisonnement. White Shaw n’était pas seulement un endroit idéal pour espionner, c’était également le cadre parfait pour qu’Elsie puisse rester proche de ses enfants sans révéler leur véritable identité. Petronella Douglas et Tony Stone, riches, mariés et sans enfants, formaient des parents adoptifs idéaux, surtout parce que Petronella désirait désespérément avoir un bébé. Les deux garçons qu’ils croyaient avoir recueillis dans un orphelinat étaient en réalité les fils jumeaux d’Elsie et Jack. L’orphelinat de Douvres avait reçu une importante somme d’argent pour monter cette histoire et faire croire à Petronella que les enfants étaient de véritables orphelins. Tony comprend avec horreur que leur adoption n’a probablement aucune valeur juridique, puisque les lois sur l’adoption sont encore floues et que les enfants appartiennent légalement à leurs parents biologiques. Mais Posie va plus loin. Elle affirme que Jack Moncrieff est toujours vivant et qu’il se trouve dans la pièce. Elle désigne alors Sidney Sherringham comme un faux coupable possible avant de révéler que les véritables indices conduisent vers Mickey O’Dowd. Elle rappelle qu’Elsie se promenait souvent sur la plage avec les jumeaux et avec Mickey, et que les enfants avaient eux-mêmes laissé échapper des indications révélatrices, notamment en disant que Mickey était le petit ami d’Elsie et qu’il pleurait depuis son départ. Les indices matériels confirment progressivement cette hypothèse. Jack portait autrefois un anneau de famille aristocratique au petit doigt de la main droite, mais cette bague avait été fondue plusieurs fois. Elle avait d’abord servi à fabriquer les alliances d’Elsie et Jack, puis avait été transformée en pendentif bon marché représentant saint Christophe, avant d’être fondue une nouvelle fois pour devenir une bague ornée de deux dents de lait, provenant chacune d’un des jumeaux, destinée à Elsie comme souvenir de ses enfants. Même les gestes et l’apparence de Mickey trahissent son ancienne identité. Il avait parfois le réflexe de toucher son nez comme pour repousser des lunettes épaisses qu’il ne portait plus, souvenir de la paire de lunettes dorées utilisée lorsqu’il vivait à l’auberge des prêtres. Surtout, ses cheveux avaient dû être teints pour masquer ses cheveux naturellement blonds. Elsie utilisait régulièrement la chambre d’hôtel pour préparer cette transformation, mélangeant du peroxyde et du cirage noir afin de donner à son mari l’apparence nécessaire à son rôle.
Mickey nie alors farouchement être un espion et affirme avoir survécu au naufrage de l’HMT Aragon, présenté comme une preuve de son identité et de son passé héroïque. Mais Posie explique qu’elle a demandé à Sergeant Fox de vérifier les archives. Le véritable Mickey O’Dowd, un Irlandais ayant servi sur le navire, avait bien survécu au naufrage, avait reçu la Victoria Cross, puis était mort d’alcoolisme en 1918. Son histoire tragique avait donc été récupérée par MI5 afin de fournir à Jack une identité parfaite. Posie accuse directement Sir Vernon Kell d’avoir autorisé cette utilisation du nom et du passé d’un homme mort. Elle explique ensuite pourquoi cette identité convenait si bien à Jack. Après les traumatismes liés à l’abandon de ses enfants et à la destruction de sa vie familiale, l’ancien aristocrate s’était lui-même transformé en homme brisé, alcoolique et violent. Son rôle de Mickey O’Dowd lui permettait de continuer à boire et à se battre sans éveiller les soupçons, car ces comportements correspondaient exactement à l’image du marin irlandais endurci qu’il prétendait être. Le choix de ce personnage faisait également écho à leur opération, appelée Operation Firebird, puisque Jack et Elsie plaisantaient autrefois sur l’idée de renaître de leurs cendres. Posie reconstitue enfin la manière dont Jack avait intégré White Shaw. Il aurait rencontré Tony Stone au Two Kennels lors d’une bagarre probablement organisée par Alf, puis aurait obtenu un emploi chez lui indépendamment d’Elsie, conformément au plan élaboré par le couple. Tony, stupéfait, demande à son employé si tout cela est vrai, tandis que Mickey se lève et révèle peu à peu la stature imposante de Jack Moncrieff. Ses yeux gris sont identiques à ceux de ses enfants. Posie atteint alors le point décisif de son accusation. Elsie était sur le point de quitter Jack, l’espionnage et White Shaw. Elle ne l’aimait plus et voulait reprendre sa liberté. Posie suggère que Jack, incapable d’accepter cette nouvelle perte, aurait pu la suivre jusqu’aux falaises et la tuer. Elle cherche volontairement à le provoquer, jusqu’à ce qu’il réagisse. Soudain, dans un mouvement rapide, Jack sort un petit pistolet Parabellum Luger de 1906 et le braque directement sur Posie. La révélation de son identité est désormais complète, mais Posie se retrouve une nouvelle fois face au canon d’une arme d’espion.
44.La vérité derrière les apparences
Quelqu’un, probablement Petronella Douglas, pousse un cri lorsque Posie accuse ouvertement Mickey O’Dowd d’être en réalité Jack Moncrieff. Lovelace se lève aussitôt pour protéger Posie, mais Jack braque sur elle un petit pistolet Luger et promet de tirer si elle répète son accusation. Sa transformation est saisissante. L’accent irlandais disparaît, sa voix devient celle d’un aristocrate instruit, et les tremblements ainsi que la nervosité qui caractérisaient Mickey O’Dowd s’évanouissent. Sir Vernon Kell intervient calmement et demande à Jack de ranger son arme, puisqu’il n’est pas encore accusé du meurtre d’Elsie. Posie explique qu’elle l’a provoqué volontairement afin de le contraindre à révéler sa véritable identité, et qu’elle cherche seulement à obtenir justice pour sa femme. Jack accepte alors de raconter ce qui s’est passé. Il explique que son travail à White Shaw consistait en grande partie à attendre et à maintenir sa couverture de buveur, tandis qu’Elsie s’occupait notamment de ses activités créatives. Au début de l’été, cependant, ils avaient découvert l’existence d’un traître qui collaborait avec les Soviétiques. Jack affirme que Petronella Douglas avait accepté de vendre des informations afin de conserver son train de vie et sa maison. Elle avait notamment favorisé les visites de Jamie Boxwood, puis organisé sa rencontre avec un agent soviétique lors d’une réception prévue le premier samedi de novembre. Cette opération, baptisée November Drop, devait permettre l’échange de plans de sous-marins contre une importante somme d’argent. Petronella nie d’abord, mais finit par admettre qu’elle n’a traité qu’avec un intermédiaire, ce qui constitue pour Lovelace un aveu capital. Jack poursuit en expliquant qu’Elsie avait refusé d’assister à la réception, car elle ne voulait plus poursuivre cette existence d’espionne. Il s’y était donc rendu seul, mais tout avait mal tourné. L’agent soviétique avait disparu avec les plans, Jamie Boxwood s’était volatilisé, puis Elsie était morte. Depuis, Jack avait essayé d’effacer les traces de leur activité clandestine et de détruire les preuves qui auraient pu révéler qu’Elsie était une espionne. Posie lui demande ensuite s’il savait qu’Elsie devait retrouver Max sur la falaise pendant la tempête. Il confirme qu’il le savait et révèle également qu’Elsie connaissait la relation entre Max et Posie. Max avait parlé de Posie à Elsie et lui avait expliqué l’importance de ses sentiments pour elle, ce qui avait conduit Elsie à lui écrire.
Mais Posie comprend alors que l’enquête doit être abordée autrement. Elle revient sur la découverte faite par Petronella dans la chambre d’Elsie le dimanche, puis demande à Jack de préciser quelle était la principale passion de sa femme. Il répond qu’Elsie était passionnée de couture et qu’elle y consacrait énormément de temps. Posie comprend soudain que cette activité constitue le véritable centre de l’affaire. Les vêtements d’un turquoise remarquable qu’Elsie portait, les objets mystérieusement retirés de sa chambre après sa mort, les dessins et les patrons retrouvés dans les portfolios du van Douglas & Stone, ainsi que les tableaux représentant des robes à l’hôtel, tout converge vers la même révélation. Elsie concevait et fabriquait des robes de mariée. Cette vocation remontait à son enfance, comme le montre la photographie ancienne où la petite Elsie tient une poupée vêtue d’une robe de mariée qu’elle avait elle-même confectionnée. À White Shaw, elle avait enfin pu transformer cette passion en véritable accomplissement professionnel. Trois ans auparavant, lorsqu’elle avait été envoyée sous couverture dans la maison de Tony Stone et Petronella, Elsie avait été ravie d’observer un créateur aussi réputé, mais elle avait rapidement constaté que Douglas & Stone ne proposait pas de vêtements pour femmes. Elle avait attendu le bon moment avant de proposer discrètement à Tony Stone de créer deux petites collections, l’une de robes de mariée et l’autre de vêtements de croisière. Tony, dont la maison connaissait des difficultés financières malgré son Royal Warrant, avait accepté de présenter les créations sous son propre nom. Elsie avait donc travaillé seule, dans son appartement, après ses journées d’espionnage, en faisant fonctionner sa machine à coudre à toute heure pour masquer le bruit et en refusant que quiconque voie son travail. Tony avait ensuite intégré ses créations à son défilé de janvier à Haresmythe’s, à Knightsbridge. Le succès avait été spectaculaire, surtout pour la collection de mariée, qui avait valu à Douglas & Stone une publicité considérable et suscité une avalanche de commandes. Des couturières londoniennes, parmi lesquelles Susan Phelps, avaient alors été engagées à St Margaret’s Bay pour reproduire les modèles d’Elsie, tandis qu’elle supervisait personnellement la fabrication et complétait elle-même certaines pièces. Susan avait reçu une forte somme pour garder secrète l’implication d’Elsie et avait été engagée pour la collection suivante, plus importante, dont les prototypes devaient être prêts pour novembre.
Cette réussite explique pourquoi Petronella avait découvert quelque chose qu’elle ne pouvait supporter. Lorsqu’elle entra dans la chambre d’Elsie le dimanche, elle comprit que sa femme de chambre ne se contentait pas de travailler pour elle et de l’espionner. Elsie avait créé en secret les vêtements qui redonnaient à Douglas & Stone une prospérité et une renommée nouvelles. Posie estime que la jalousie de Petronella fut alors le véritable déclencheur de son comportement. Elle avait ordonné le licenciement d’Elsie, mais cette décision était d’autant plus douloureuse que les créations représentaient une ambition personnelle que Petronella ne possédait pas elle-même. Posie explique également que Tony Stone avait de bonnes raisons de soutenir le projet. Il avait des difficultés financières, avait contracté des emprunts irréguliers sur l’entreprise et rêvait de retrouver un showroom à Londres. Les collections d’Elsie lui offraient exactement ce qu’il désirait, davantage d’argent, de prestige et la possibilité de relancer sa maison. Tony reconnaît finalement que tout avait commencé comme une sorte de plaisanterie, mais que les conséquences étaient devenues immenses. Petronella, de son côté, n’avait probablement rien remarqué parce qu’elle passait une grande partie de son temps au lit, sous l’influence de l’alcool et de la cocaïne. Jack confirme qu’Elsie pouvait facilement travailler dans les salles de coupe sans éveiller les soupçons. Il admet cependant qu’il n’avait pas compris à quel point elle prenait cette seconde carrière au sérieux. Pour Posie, c’est précisément là que se trouve le véritable mobile. Elle comprend que l’histoire d’espionnage, la trahison soviétique et le November Drop ne suffisent pas à expliquer la mort d’Elsie. La jeune femme avait retrouvé sa vocation, produit des créations remarquables et commencé à bâtir une ambition qui dépassait largement son rôle clandestin. Lorsque Lovelace tente de ramener Posie à l’affaire des espions et aux raisons qui auraient provoqué les meurtres, elle refuse. Elle affirme avec certitude que ce n’est pas l’espionnage, mais l’ambition artistique d’Elsie et la menace qu’elle représentait pour Petronella et pour l’équilibre de Douglas & Stone, qui explique pourquoi Elsie Moncrieff devait mourir.
45.Le pact secret et le faux alibi
Posie poursuit sa reconstitution en distinguant clairement le mobile de Petronella Douglas de celui du véritable meurtrier. La note de licenciement adressée à Elsie contenait la phrase selon laquelle elle savait ce qu’elle avait fait, mais Posie estime que Petronella ne comprenait pas réellement l’ampleur de ce qu’Elsie préparait. Elle était jalouse, furieuse et responsable de son licenciement, mais son alibi est solide et elle n’a pas tué Elsie. Le véritable enjeu apparaît lorsque Posie montre la copie bleue d’un Agreement conclu entre Elsie et Tony Stone après le succès de la première collection. Le document, dont l’original a disparu avec Harriet Neame, prouvait qu’Elsie ne travaillait pas simplement gratuitement pour Douglas & Stone. Elle avait négocié son avenir. Lorsque Tony quitterait White Shaw pour créer une nouvelle maison de couture à Londres, Elsie devait le suivre comme directrice artistique des collections féminines, avec probablement l’ambition d’obtenir une part financière dans la nouvelle entreprise. Elle avait donc travaillé sans relâche à la nouvelle collection de novembre en comptant sur cet accord pour transformer son talent clandestin en véritable carrière. Tony nie l’existence du document, mais Posie comprend qu’il aurait eu toutes les raisons de souhaiter sa disparition. Tony lui-même préparait depuis longtemps son départ de White Shaw. Il était épuisé par Petronella, par son emprise sur lui et par l’atmosphère de la maison, tandis que ses vérifications des comptes de Rutherford’s Bank lui avaient permis de soupçonner que sa femme était mêlée à des affaires douteuses. L’idée d’une nouvelle maison londonienne, avec Elsie comme créatrice principale, lui avait d’abord paru idéale. Mais, selon Posie, Tony avait fini par voir le problème. En observant Elsie travailler avec une énergie et une détermination extraordinaires, il aurait compris qu’en quittant Petronella il risquait simplement de remplacer une femme autoritaire par une autre, encore plus exigeante. Elsie travaillait toute la nuit, simulait parfois des migraines pour échapper à des obligations sociales et terminer ses vêtements, et poursuivait son ambition avec une efficacité implacable. Tony aurait alors décidé de rompre l’accord avant qu’il ne soit trop tard.
Posie révèle ensuite que Tony avait menti sur son emploi du temps du dimanche. Il prétendait avoir passé la journée et la soirée à Londres, mais Sergeant Fox annonce que l’Oberoy Club a confirmé qu’il ne s’y trouvait jamais et qu’il avait même payé une somme importante pour obtenir un faux alibi. Lovelace demande alors où Tony était réellement. Pour Posie, les indices étaient présents depuis le début. Tony avait demandé à Sidney Sherringham de le déposer à la gare de Douvres, donnant ainsi l’impression de partir pour Londres, puis avait pris peu après un taxi à moteur pour revenir discrètement jusqu’à l’entrée arrière du Bay Hotel. Il avait ensuite utilisé le couloir de service pour gagner le Bay Bungalow, où il pouvait rester caché, travailler tranquillement et préparer sa confrontation avec Elsie. Le bungalow était surtout précieux parce qu’il disposait d’une ligne téléphonique séparée. Posie comprend que cette installation permettait à Tony de faire croire à Petronella qu’il se trouvait à Londres alors qu’il était en réalité tout près. Les appels du Bay Hotel pouvaient être redirigés par le bungalow, et Posie soupçonne Mr Cluff, le supérieur véritable de Mr Potterton, d’avoir été payé par Tony pour organiser cette mise en scène. Cluff aurait fait passer les appels et transmis les messages provenant de l’Oberoy Club lorsque Petronella cherchait à joindre son mari, donnant ainsi une apparence crédible au faux voyage à Londres. Cette découverte détruit donc l’alibi de Tony et montre qu’il avait non seulement la possibilité de se trouver près d’Elsie, mais aussi préparé soigneusement les moyens de dissimuler sa présence.
Posie revient ensuite sur la soirée de dimanche et sur la poursuite d’Elsie jusqu’à Ness Point. Elle établit que plusieurs hommes se trouvaient au même endroit pour des raisons différentes. Jack Moncrieff avait suivi Elsie parce qu’il savait qu’elle voulait quitter White Shaw et qu’il espérait encore la convaincre de rester avec lui. Il craignait qu’elle ne se trompe sur certaines personnes et qu’elle soit dupée, mais son objectif était de sauver leur relation et leur vie commune. Tony Stone, lui, avait également suivi Elsie, mais avec une intention beaucoup plus menaçante, car il cherchait à échapper à l’Agreement et à empêcher la jeune femme de poursuivre sa propre ambition professionnelle. Posie rappelle ainsi que les deux hommes avaient été attirés vers la falaise à la suite des décisions d’Elsie, mais que leurs motivations étaient radicalement différentes. Jack avait déjà reconnu avoir été présent à Ness Point et avoir voulu persuader Elsie de rester. Tony, au contraire, avait menti sur sa présence et organisé son faux alibi. Pour Posie, cette accumulation de mensonges, la proximité du bungalow, les déplacements dissimulés et l’existence de l’Agreement forment désormais un ensemble cohérent. Pourtant, une question essentielle demeure. Si Jack et Tony étaient tous deux à Ness Point, lequel des deux a réellement poussé Elsie dans le vide. Posie se tourne alors vers Jack et lui demande de raconter précisément ce qui s’est passé cette nuit-là, car la prochaine étape de son raisonnement doit permettre de déterminer lequel des deux hommes a commis le meurtre.
46.La vérité au bord du vide
Jack Moncrieff raconte enfin ce qui s’est passé sur les falaises de Ness Point, le dimanche soir où Elsie est morte. Il avait suivi sa femme dans la tempête parce qu’il voulait la convaincre de ne pas partir, notamment de ne pas quitter White Shaw avec Tony Stone. Jack envisageait même une rupture avec les services secrets, un retour en Écosse auprès de son père et la possibilité de reprendre leur vie avec leurs deux fils, les jumeaux qu’Elsie et lui avaient autrefois confiés à d’autres. Il voulait surtout empêcher Elsie de refaire confiance à Tony, qu’il jugeait lâche et incapable de s’opposer à Petronella Douglas. Arrivé à Ness Point, Jack observe Elsie attendre Max, puis voit effectivement celui-ci apparaître. Les deux parlent en allemand, avant de se lever brusquement, comme s’ils avaient compris qu’ils n’étaient pas seuls. Dans l’obscurité, une silhouette assez petite apparaît derrière Elsie, éclairée un instant par le faisceau du phare de South Foreland. Une main pousse violemment Elsie vers le vide. Jack tente d’intervenir, mais il est trop tard. Il remarque alors une odeur très forte d’agrumes, qu’il associe au parfum de Petronella, puis aperçoit Max en train de discuter avec une femme au bord de la falaise. Enfin, il distingue quelqu’un qu’il connaît très bien qui s’enfuit à travers les champs, les mains couvertes de sang. Pour Jack, aucun doute, cette personne est Tony Stone. Tony nie froidement, mais son calme paraît à Posie plus inquiétant encore qu’une défense véhémente. Lovelace reconnaît que le récit de Jack est convaincant, mais déplore l’absence de preuve permettant d’arrêter Tony. Posie révèle alors qu’elle possède justement des éléments matériels, même s’ils ne prouvent pas directement la présence de Tony sur la falaise.
Elle présente d’abord deux objets retrouvés dans le Bay Bungalow, où Harriet Neame a été assassinée la nuit précédente. Le premier est un foulard bleu appartenant à Harriet, probablement arraché pendant la lutte. Le second est un objet ressemblant à une selle de bicyclette, que Ruth Walker identifie comme un « tailor’s ham », un coussin utilisé par les couturiers pour repasser les coutures, et qu’elle reconnaît comme appartenant à Tony Stone. Posie reconstitue alors le meurtre de Harriet. Après avoir découvert l’Agreement secret entre Elsie et Tony, Harriet avait compris qu’elle pouvait faire chanter le créateur et lui avait donné rendez-vous au Bay Bungalow, qu’il connaissait déjà et qu’il savait désert. Tony l’y aurait attendue avec son matériel de couture, notamment des instruments suffisamment tranchants pour tuer. Il aurait poignardé Harriet dans le dos, puis attendu que les festivités du feu de joie soient terminées avant de déplacer son corps sous le bûcher et de nettoyer le sang dans le bungalow avec de l’eau de Javel. Posie demande ensuite à Sergeant Fox d’expliquer le meurtre de Bruce Douglas, le père de Petronella. Fox révèle que Tony avait besoin d’argent pour préparer sa nouvelle entreprise londonienne et qu’il avait utilisé Jack Moncrieff pour se faire passer pour Bruce Douglas auprès de Rutherford’s Bank. Grâce à son talent pour les accents et les déguisements, Jack avait obtenu plusieurs prêts en espèces au nom du véritable Bruce, prêts qui servaient à financer les préparatifs de la nouvelle maison de couture de Tony. Mais une erreur de procédure avait obligé la banque à envoyer un document à New York, permettant au véritable Bruce de découvrir l’existence de ces emprunts. Comprenant que son stratagème allait être découvert, Tony devait donc se débarrasser de lui. Bruce arriva à White Shaw avec le registre de la société et fut empoisonné au Veronal après avoir bu du sherry. Petronella affirme que les bouteilles étaient neuves lorsqu’elle les avait envoyées, ce qui oriente les soupçons vers Potterton, le directeur adjoint de l’hôtel. Celui-ci finit par reconnaître avoir laissé les plateaux à la réception à la demande de Tony, permettant à celui-ci de les manipuler sans être vu. Posie explique que Tony avait utilisé ses petits instruments de couture pour ouvrir les protections en toile cirée des bouteilles, y introduire du Veronal à des doses différentes, puis recoudre soigneusement les protections et rattacher les notes de Petronella. La dose destinée à Bruce était mortelle, tandis que celles de Posie et Rainbird devaient seulement les endormir suffisamment pour empêcher toute intervention ou poursuite.
Posie comprend alors que le rôle de Potterton ne s’est pas limité à rendre possible l’empoisonnement. Tony avait besoin d’accéder à la chambre de Bruce pour vérifier si son beau-père avait succombé au poison et, selon toute vraisemblance, Potterton lui avait fourni les clés vers neuf heures ou neuf heures et demie, sous prétexte qu’il voulait simplement vérifier l’état de Bruce. Le directeur adjoint, jusque-là présenté comme un simple témoin dépassé par les événements, se retrouve ainsi accusé d’avoir facilité le crime, et Lovelace ordonne qu’il soit conduit au poste pour complicité. Pendant ce temps, Tony reste étrangement impassible, fumant lentement et regardant dans le vide, comme s’il était déjà détaché de tout ce qui se déroule autour de lui. Posie relie cependant tous les meurtres à une même motivation. Tony voulait supprimer tous ceux qui menaçaient son avenir, celui qu’il imaginait à Londres avec une nouvelle maison de couture fondée sur le talent d’Elsie, mais sans Elsie elle-même et sans les contraintes de White Shaw. Il avait d’abord éliminé Elsie parce qu’elle risquait de l’empêcher de rompre leur accord et de prendre avec lui la place de créatrice principale de sa nouvelle entreprise. Il avait ensuite tué Harriet parce qu’elle détenait une preuve compromettante et voulait le faire chanter, puis Bruce parce que ses démarches auprès de la banque menaçaient de révéler les manipulations financières nécessaires à son départ. Le même désir de liberté, d’argent et de réussite explique donc les trois crimes. Au moment où Lovelace, épuisé, donne à Oats l’ordre d’arrêter Tony, celui-ci demeure silencieux et apparemment résigné. Pourtant, soudain, un mouvement fulgurant déchire la pièce. Du métal brille, des coups de feu retentissent, quelqu’un hurle de douleur, et l’odeur métallique du sang envahit la pièce.
47.Le traître dans l’ombre
Jack Moncrieff vient de tirer sur Tony Stone, l’atteignant à l’épaule, et tient encore son Luger prêt à tirer une seconde fois, cette fois pour tuer. Il affirme que la première balle était pour lui et que la suivante serait pour Elsie, dont il veut venger la mort. Sir Vernon Kell tente de le raisonner en lui rappelant ses fils et le risque d’être condamné, tandis que Posie comprend que son geste n’est pas une réaction spontanée, mais l’aboutissement d’une vengeance mûrie depuis plusieurs jours. Jack savait depuis dimanche soir que Tony avait poussé Elsie du haut de la falaise, mais il s’était tu parce qu’il voulait réserver à Tony une mort qu’il pourrait lui-même provoquer et contempler, comme compensation à son sentiment d’avoir échoué à protéger sa femme. Posie lui demande de poser son arme, en lui rappelant qu’il n’est pas un meurtrier et qu’il peut encore contribuer à une affaire de sécurité nationale. Elle lui révèle surtout qu’elle sait qu’il garde une balle pour quelqu’un d’autre, un véritable traître. Cette révélation fait enfin baisser son arme et pousse Posie à expliquer la dernière pièce du mystère. Depuis le début, elle sentait qu’un élément essentiel manquait à l’affaire, et elle comprend maintenant qu’il s’agit d’une trahison au plus haut niveau, liée à Jamie Boxwood, aux plans de sous-marins et aux réseaux soviétiques. Elle nomme finalement Thea Elleridge. Celle-ci a disparu de son appartement de Wimbledon, emportant argent, valise et la plupart de ses vêtements, après que le MI5 eut constaté son absence. Posie rapproche alors plusieurs incohérences qui lui avaient échappé. Thea était prétendument malade et inaccessible au moment du November Drop, mais les rapports concernant la soirée où Jamie Boxwood avait disparu ne concordaient pas. Sidney avait décrit l’épouse de Jamie comme une petite femme aux cheveux noirs courts, portant des lunettes à monture en écaille sur une chaîne dorée, alors que Lovelace avait parlé de l’épouse de Jamie comme d’une célèbre beauté mondaine. Surtout, Sidney avait reconnu le parfum Nuit d’Oranges de Petronella Douglas. Posie se souvient alors de la femme étrange qui lui avait annoncé la mort de Max à Whitehall et qui portait le même parfum. Le rapprochement lui permet de comprendre que cette femme était Thea Elleridge elle-même.
La découverte prend toute son ampleur lorsque Jack explique qu’il soupçonnait depuis longtemps quelque chose d’anormal chez Thea. Autrefois, les agents de White Shaw disposaient d’un budget pratiquement illimité, mais leurs moyens avaient diminué depuis qu’elle semblait s’être désintéressée de l’opération Firebird. Son attitude changea brusquement lorsque Jamie Boxwood commença à fréquenter les soirées de la région et que ses travaux sur de nouvelles technologies attirèrent l’attention. Thea se mit alors à exiger toujours davantage d’informations sur lui, encourageant Jack, Max et Sidney à surveiller les activités de Petronella et à chercher l’identité de mystérieux financiers qu’ils croyaient liés à l’Allemagne. En réalité, Thea les manipulait pour détourner leurs soupçons d’elle-même. Le nom de code Mr Tell prenait désormais tout son sens, puisqu’il provenait de T, pour Thea, et des trois premières lettres de son nom, Elleridge. Thea avait donc été retournée par les Soviétiques et était devenue leur intermédiaire au cœur même de l’opération britannique. Elle possédait une position idéale pour connaître les déplacements de Jamie Boxwood, les recherches de ses agents et les plans que l’Inventeur préparait. Jack raconte qu’il l’a reconnue à la soirée du samedi, au bras d’un Jamie Boxwood qui semblait anormalement somnolent. Comprenant que quelque chose ne tournait pas rond, il avait provoqué volontairement un incident en renversant du café sur sa robe afin de pouvoir l’éloigner de Jamie et lui parler. Mais elle s’était accrochée à lui et les deux avaient ensuite disparu. Sir Vernon Kell reconnaît que la menace communiste avait déjà été détectée dans les milieux mondains et que les autorités avaient découvert diverses lettres, alliances et communications suspectes, mais il admet que ces efforts sont arrivés trop tard. Thea avait été recrutée comme agent double depuis longtemps et, ironie suprême, elle était précisément l’agent soviétique chargée de récupérer les plans. Posie comprend alors le message que Max avait tenté de lui transmettre avant sa mort. Le papier portant le nom de Thea avait été marqué de deux croix, signe d’un double jeu et d’une double trahison. Le fragment de chaîne en écaille qu’elle a retrouvé près de la falaise provient des lunettes de Thea. Jack confirme finalement qu’il a vu Thea avec Max sur Ness Point dimanche soir et qu’il a reconnu son parfum. Max s’était disputé violemment avec elle, car elle avait probablement intercepté son message à Elsie et découvert leur rendez-vous. La chaîne de lunettes s’était brisée pendant leur confrontation, fournissant ainsi un élément matériel qui confirme la présence de Thea sur les lieux.
Cette révélation change immédiatement les priorités. Si Thea se trouvait encore dans la région vingt-quatre heures après la soirée, Jamie Boxwood devait lui aussi être proche. Lovelace comprend qu’ils ont probablement été bloqués par l’interdiction temporaire imposée par les garde-côtes et qu’ils attendent encore quelque part avant sa levée, prévue dans une demi-heure. Lorsqu’Oats demande où ils pourraient se cacher, Rainbird se souvient des anciens tunnels crayeux qui relient Maypole Manor à la plage, jusqu’à la petite crique située sous Ness Point. Thea connaissait certainement ces passages, puisque Max y avait déjà été et avait pu lui en parler dans ses rapports. Lovelace reconnaît aussitôt que cette hypothèse est probablement la bonne. Une petite équipe se met donc immédiatement en route, composée de Lovelace, Posie, Rainbird et Jack Moncrieff, avec Sir Vernon Kell qui les suit, tous équipés de lanternes. Sergeant Fox et Constable Smallbone restent avec le Home Secretary, tandis que Chief Inspector Oats surveille Tony Stone et les autres Fashion Designers, qu’il menotte entre eux. Tony, grièvement blessé et ayant perdu beaucoup de sang, attend une ambulance, mais demeure conscient et obstinément silencieux. Un médecin local est également appelé au cas où Thea et Jamie seraient retrouvés blessés. Le groupe descend vers la plage dans l’obscurité, Posie et Lovelace éclairant le chemin avec la lanterne et la lampe Ever-Ready jaune de Tony. Ils atteignent une petite crique au pied des falaises, où un ancien débarcadère de pierre permet d’accéder à l’entrée d’une grotte. La marée monte rapidement et il ne reste qu’une vingtaine de minutes avant que l’eau atteigne son niveau maximal. Posie reconnaît immédiatement l’endroit. Tous éteignent leurs lumières pour éviter de se faire repérer. Rainbird explique que la grotte se transforme rapidement en tunnel ascendant, suffisamment élevé au-dessus de l’eau pour offrir un refuge sec et dissimulé. Si Thea et Jamie s’y trouvent, ils doivent être loin à l’intérieur. Le groupe pénètre alors dans le passage sombre, conscient de l’urgence et de la proximité de la marée, tandis que la chasse au traître et à l’Inventeur entre dans sa phase décisive.
48.Le piège au fond de la grotte
Posie, Lovelace, Rainbird, Jack Moncrieff et Sir Vernon Kell progressent dans les tunnels humides qui relient la falaise à la mer, à la recherche de Thea Elleridge et de Jamie Boxwood. L’odeur familière de craie humide, d’algues et d’embruns est soudain recouverte par un parfum plus inquiétant, celui des oranges, que Posie associe immédiatement à Thea et à Petronella Douglas. Au détour d’un tunnel, ils aperçoivent une faible lueur orangée. Sir Vernon prend aussitôt le commandement et ordonne à tous de se mettre à couvert, puis avance seul et s’adresse en russe à la personne cachée près de la lumière. Il se fait passer pour Nikolai, l’agent soviétique attendu pour récupérer Thea et Jamie. La ruse fonctionne momentanément. Une voix féminine lui répond avec soulagement, expliquant que le retard du bateau était dû aux dangers de la mer et qu’elle se trouve dans la grotte depuis cinq nuits. Elle précise qu’elle doit partir rapidement, que ses réserves diminuent et que l’homme qu’elle retient est en très mauvais état. Elle demande à Nikolai de venir l’aider à transporter Jamie Boxwood. Jack comprend que l’occasion est venue et propose d’intervenir immédiatement. Le groupe avance alors dans le tunnel et découvre Thea Elleridge dans un état très différent de la femme élégante rencontrée auparavant à Whitehall. Elle porte un gros pull de pêcheur, des cuissardes et un sac à dos noir imperméable, tandis qu’un second étui étanche est attaché autour de son cou et contient vraisemblablement les plans du sous-marin. À ses pieds repose Jamie Boxwood, enveloppé dans des bâches et une couverture, couvert de poussière de craie, livide, glacé et pris de violents tremblements. Des boîtes de nourriture presque vides, des récipients d’eau abandonnés, des seringues, des emballages de médicaments et des bandages jonchent le sol. Posie reconnaît immédiatement les signes d’un homme proche de la mort et son ancienne expérience d’ambulancière pendant la guerre reprend le dessus. Elle se précipite vers lui malgré le danger, retire son manteau pour le réchauffer et constate qu’il est ligoté aux poignets et aux chevilles. Elle utilise une boîte de sardines pour tenter de couper les cordes. C’est alors que Thea se retourne, révélant qu’elle a compris la supercherie. Elle porte deux pistolets Luger, identiques à celui de Jack, et tient tout le groupe sous la menace de ses armes. Elle explique qu’elle a immédiatement reconnu que Sir Vernon n’était pas Nikolai, notamment parce que sa respiration sifflante ne pouvait être dissimulée même lorsqu’il parlait russe. Elle avait donc profité de quelques instants supplémentaires pour se préparer et charger ses armes. Elle reconnaît ensuite Jack, qu’elle s’attendait à voir après ce qui s’était produit dimanche, puis Lovelace et Rainbird, avant de diriger ses pistolets vers Posie. Sir Vernon conserve pourtant un calme remarquable et affirme que les renforts soviétiques ne viendront pas. Thea refuse de le croire et menace de transformer la grotte en véritable bain de sang lorsque ses complices arriveront.
Face à elle, Sir Vernon cherche surtout à comprendre comment une femme ayant servi aussi longtemps le Royaume-Uni a pu commettre une telle trahison. Thea ne manifeste aucun remords. Elle affirme que le monde change rapidement, que le communisme représente selon elle l’avenir et que les Soviétiques ont besoin d’une puissance suffisamment importante pour être pris au sérieux. Les nouveaux sous-marins et les armes perfectionnées de Jamie Boxwood sont donc, à ses yeux, des instruments indispensables à cette ambition. Pendant ce dialogue, Posie continue de soigner Jamie. Elle libère ses poignets et constate que les blessures sont déjà infectées. Elle comprend également qu’il souffre d’un grave sevrage, probablement aggravé par des médicaments supplémentaires administrés par Thea pour le maintenir docile. Il est délirant, extrêmement froid et semble avoir été retenu contre son gré. Jack lui fournit un peu de Courvoisier avec sa flasque, et Posie en donne quelques gouttes à Jamie pour tenter de le réchauffer. Elle comprend alors que l’Inventeur n’était probablement pas un traître volontaire. Thea aurait exploité ses difficultés financières en se faisant passer pour une spécialiste du gouvernement britannique capable d’améliorer son salaire ou de lui offrir une importante somme d’argent. Elle aurait ensuite organisé sa rencontre à White Shaw, sous prétexte de vérifier l’avancement de ses travaux, à condition qu’il apporte les plans. Mais elle l’avait drogué dès le début, au point qu’il pouvait à peine marcher, puis l’avait enlevé et transporté jusqu’à la grotte. Son intention était vraisemblablement de montrer aux Soviétiques le fonctionnement de son invention avant de se débarrasser de lui. Thea reconnaît que Posie l’a impressionnée et admet qu’elle aurait peut-être dû la recruter plutôt que la sous-estimer. Malgré les soins de Posie, Jamie reste très faible et délire, revivant apparemment des souvenirs de guerre. Posie parvient toutefois à réduire ses tremblements et à lui rendre un peu de chaleur. Mais la situation bascule lorsqu’un bruit d’eau, puis le choc d’une embarcation contre la roche, annoncent l’arrivée des Soviétiques. Une lumière apparaît au détour du tunnel et une voix appelle Thea. Sir Vernon comprend qu’ils sont prêts à partir. Thea se prépare alors à exécuter les prisonniers. Elle refuse de laisser Jamie derrière elle malgré son état désespéré et annonce à Lovelace qu’elle préfère les tuer tous plutôt que de risquer leur intervention. Elle pointe ses armes sur Posie et arme les deux pistolets. Posie, étonnamment calme, se résigne à son sort tandis que Lovelace se jette soudain devant elle pour la protéger. Une succession de coups de feu éclate dans l’obscurité, accompagnée de cris, de gémissements et du bruit de l’eau.
Lorsque le silence revient, les survivants découvrent l’étendue du carnage. Lovelace a reçu une balle dans la poitrine en couvrant Posie, mais son lourd uniforme de Chief Commissioner et surtout l’épaisse accumulation de galons, d’insignes et de décorations métalliques sur sa poitrine ont arrêté le projectile et lui ont sauvé la vie. Rainbird, lui, s’est jeté devant Sir Vernon Kell et a été atteint à la jambe par la balle destinée au chef du MI5. Il perd beaucoup de sang et lutte pour rester conscient. Posie déchire le bas de sa robe pour fabriquer un garrot, tandis que Lovelace l’aide et lui donne du brandy. Elle tente de maintenir Rainbird éveillé en lui rappelant son mariage prochain avec Prudence, puis Lovelace lui promet qu’il a encore un avenir brillant devant lui, notamment la promotion qu’il espérait. Rainbird, à demi inconscient, révèle alors qu’il avait essayé de protéger Posie comme Lovelace le lui avait demandé. Il avoue également avoir tenté de joindre Lovelace depuis le commissariat de Dover pour obtenir ses conseils, sans parvenir à le joindre, et craint d’avoir échoué dans sa mission. Lovelace le rassure fermement et lui affirme qu’il a au contraire accompli un acte d’un immense courage en sauvant Sir Vernon. Jamie Boxwood est lui aussi toujours vivant, mais son état reste extrêmement grave. Thea Elleridge gît un peu plus loin, inconsciente mais respirant encore. Jack Moncrieff, profitant de la confusion et de l’obscurité, lui a tiré dessus avec précision avant de poursuivre l’un des agents soviétiques. Il a atteint Nikolai, qui attendait sur le rivage près d’un petit bateau pour récupérer Thea et les plans. Le Soviétique est grièvement blessé mais vivant. Jack n’a toutefois pas réussi à atteindre l’homme qui pilotait l’embarcation. Celui-ci parvient à s’enfuir en mer avec le bateau, disparaissant dans l’obscurité et emportant avec lui une partie du mystère. Jack repart alors à toute vitesse vers le Bay Hotel afin de demander à Oats d’appeler davantage d’ambulances. Il revient ensuite avec autant de policiers londoniens qu’il peut rassembler pour évacuer les blessés de la grotte avant que la marée montante ne leur ferme définitivement la sortie.
49.La justice au bord de la mer
Le soir même, la salle à manger du Bay Hotel est occupée par les policiers, tandis qu’une atmosphère de soulagement accompagne la résolution apparente de l’affaire. Les trains pour Londres étant déjà partis, tout le monde doit attendre le lendemain, et l’hôtel doit ensuite fermer pour la saison. Posie retrouve Richard Lovelace autour d’un repas improvisé et apprend que Rainbird survivra à sa blessure, même si sa jambe a été gravement atteinte et que son mariage avec Prudence devra être reporté. Il recevra une distinction pour bravoure, mais Lovelace reste préoccupé par l’état de Jamie Boxwood, toujours entre la vie et la mort, ainsi que par Nikolai, l’agent soviétique blessé par Jack Moncrieff. Thea Elleridge et Tony Stone, eux, survivront également, même si leurs sorts seront très différents. Thea, protégée par le caractère secret de l’opération, ne comparaîtra probablement jamais devant un tribunal, tandis que Tony Stone devrait être sévèrement puni, à moins que son comportement étrangement détaché ne conduise à le déclarer incapable de subir un procès. Jack Moncrieff, de son côté, est déjà parti retrouver ses deux fils à Dover College. Avec l’autorisation de Sir Vernon Kell, il a quitté le service actif du MI5 afin de leur révéler enfin qu’il est leur véritable père et de les emmener commencer une nouvelle vie avec lui. Il envisage de retourner en Écosse auprès de son propre père, l’Earl of Malorney, mourant, ce qui pourrait offrir une possibilité de réconciliation et de réparation après des années de séparation. Posie observe également Sir Vernon et Jix, qui réfléchissent déjà aux conséquences politiques et diplomatiques de l’affaire, sachant que la véritable histoire restera probablement largement cachée au public. Pour Posie, pourtant, l’essentiel reste la mort d’Elsie, même si elle comprend que chacun des protagonistes conserve ses propres secrets. Lorsque Rainbird est évoqué, notamment sa déclaration selon laquelle il aurait échoué dans une mission que Lovelace lui avait confiée, ce dernier élude soigneusement la question, laissant Posie comprendre qu’il existe encore des choses qu’elle ne saura peut-être jamais.
La conversation avec le docteur Poots apporte cependant un nouvel élément troublant. Il révèle qu’un corps a été retrouvé sur la plage et qu’il semble avoir été tué avec la grande lampe Ever-Ready de Tony Stone. La marque laissée à l’arrière du crâne correspond presque exactement à l’empreinte de la lampe, et des traces de peinture jaune présentes dans la blessure correspondent à celle de l’objet. Le médecin estime que l’homme est mort dimanche soir et qu’il a passé quatre jours dans l’eau, ce qui rend son identification difficile. Lovelace paraît étrangement mal à l’aise lorsque Poots lui demande s’il reconnaît la victime, mais il nie la connaître. Pour Posie, cette mort reste mystérieuse, et la lampe fournit une pièce supplémentaire à un puzzle dont toutes les parties ne sont pas encore parfaitement réunies. Elle choisit pourtant de ne pas poursuivre immédiatement cette question et annonce à Lovelace qu’elle veut enfin fixer leur mariage. Après toutes leurs hésitations, elle veut simplement qu’ils se marient au plus vite, sans cérémonie compliquée ni dépenses inutiles. Ils plaisantent sur la possibilité de faire fabriquer leurs alliances, puis décident qu’ils pourront aussi bien les acheter chez Woolworths. Posie rejette les complications et les symboles extravagants associés à Jack Moncrieff et à ses aventures clandestines. Elle souhaite une vie plus simple avec Lovelace. Elle refuse également de dormir dans sa luxueuse suite, trop chargée de souvenirs pénibles, et s’est fait attribuer une petite chambre voisine. Lorsque Lovelace remarque que la chaise où il s’était assis près de son lit était mystérieusement mouillée, comme si quelqu’un y avait passé beaucoup de temps trempé, Posie comprend aussitôt la signification de ce détail et murmure que c’est comme si quelqu’un avait été dans l’eau.
Le lendemain matin, la côte est méconnaissable après les événements de la nuit. Le ciel est parfaitement dégagé, la mer calme, les patrouilles ont cessé et les voies maritimes ont retrouvé leur activité normale. Posie contemple une dernière fois la plage, les falaises blanches et Ness Point, avec la certitude qu’elle ne reviendra jamais dans cet endroit. Devant le Bay Hotel, les voitures de police emmènent progressivement les principaux acteurs de l’affaire vers les trains et vers leurs nouvelles destinations. Petronella Douglas doit être transférée dans une prison sécurisée à Londres, tandis que Tony Stone se remet à Buckland Hospital. Le van de Douglas and Stone est pourtant encore stationné devant l’hôtel, rempli des créations d’Elsie, et Posie pense avec tristesse au travail acharné de la jeune femme, qui a payé de sa vie la réalisation de cette collection. Elle décide de conserver la robe numéro 40 qu’Elsie avait conçue et fabriquée pour elle, refusant de laisser cette dernière trace de son travail disparaître comme une simple pièce à conviction. Alors que Lovelace l’appelle pour partir, Posie repense au corps découvert sur la plage, à cet homme mort depuis dimanche, et à ce qu’elle n’a pas osé demander à Richard. Elle se demande s’il portait un chapeau de marin noir et un imperméable noir, mais elle connaît déjà la réponse. En reliant les indices qu’elle possède, elle comprend que la mort retrouvée dans la mer est liée à Thea Elleridge, à la confrontation qui a opposé celle-ci à Max et à la fameuse lampe. La justice a été obtenue pour Elsie, mais la situation de Max demeure plus douloureuse et plus incertaine. Posie considère qu’il est peut-être déjà, en quelque sorte, un homme mort, et que comprendre enfin ce qui lui est arrivé constitue peut-être la seule forme de consolation qui lui reste. Elle décide de continuer à vivre sans l’oublier. Au moment de rejoindre Lovelace, elle touche son collier de perles de verre vénitien rose et se demande si elle doit enfin le retirer. Puis, levant les yeux vers Ness Point, elle croit apercevoir deux silhouettes sur la crête, une femme vêtue de turquoise et un homme grand dans un long manteau noir, aux cheveux blanc-blond. Ils marchent presque en courant, côte à côte, baignés de lumière, comme deux êtres liés par leur naissance, leur histoire et leur destin. Lorsque Posie regarde de nouveau, ils ont disparu. Elle rejoint alors Lovelace, et tous deux prennent le chemin du retour, laissant derrière eux la côte, les morts, les secrets et les événements qui viennent de bouleverser leurs vies.
50.Un nouveau départ
Trois semaines après les événements de St Margaret’s Bay, Posie et Richard Lovelace se tiennent dans leur appartement de Museum Chambers, désormais presque entièrement réaménagé avant leur mariage. Ils contemplent la nouvelle nursery, dont les murs ont été peints dans un rose particulièrement vif, que Posie compare intérieurement à un immense dessert rose ou à une version cauchemardesque de la barbe à papa. Le reste de l’appartement correspond beaucoup mieux à ses goûts. Le salon a été rafraîchi dans des tons bleu pâle, certains objets précieux ont été mis à l’abri, de nouvelles lithographies colorées ont remplacé les anciens hiéroglyphes et un masque rouge rapporté de Venise accueille désormais les visiteurs. La chambre de Masha, la gouvernante, est devenue un petit refuge paisible, tandis que la chambre de Posie et celle de Richard ont été réunies pour former leur future chambre conjugale, aménagée avec des soieries neutres, du linge luxueux et un nouveau lit de style colonial. Près de la fenêtre est suspendue la robe de mariée blanche qu’Elsie avait conçue, donnant à la pièce une présence discrète mais profondément émouvante. Une seconde chambre d’amis a été divisée en deux bureaux, l’un réservé à Richard, sombre et masculin, avec un bureau en noyer, un coffre-fort, un meuble à boissons et une carte encadrée de Londres, l’autre transformé par Posie en espace de retraite lumineux, bleu et blanc, rappelant la mer. Elle y a replacé les hiéroglyphes, mais aussi deux objets qui témoignent encore de son passé récent. Le premier est une photographie d’Elise enfant, tenant sa poupée, et le second une carte postale représentant Ness Point sous un soleil éclatant. Posie pense qu’elle devrait jeter ces souvenirs et retirer également son collier de verre, mais elle n’en est pas encore capable. Richard remarque qu’elle frissonne et lui prête son manteau, toujours attentif à son bien-être. Posie lui assure qu’elle va bien et, cette fois, elle le pense sincèrement. Elle considère avoir laissé le passé derrière elle, et leur mariage doit avoir lieu une semaine plus tard, le samedi 6 décembre. Ils ont choisi la Swiss Church, située près du bureau de Posie, comme lieu de cérémonie, un endroit neutre qui n’appartient véritablement à aucun des deux mais qui peut les accueillir tous les deux.
Le rose de la nursery fait également penser à Posie aux deux petites filles qui doivent bientôt y vivre. Phyllis, solide et courageuse, et Katie, plus fragile, se trouve encore à l’hôpital mais devrait pouvoir rentrer chez elle avant Noël, peu après le mariage. Posie les considère toutes deux comme des survivantes et des combattantes, capables de continuer à avancer quelles que soient les circonstances. Richard lui propose naturellement de faire repeindre la pièce dans une teinte moins vive, puisqu’il trouve lui-même le rose un peu criard. Posie accepte, mais demande plutôt une couleur neutre, peut-être un jaune pâle. Elle lui demande ensuite de commander davantage de meubles et un nouveau lit d’enfant, de préférence dans une couleur neutre, même si son instinct lui fait penser au bleu. Richard ne comprend pas pourquoi une nursery déjà équipée aurait besoin d’un autre berceau. Posie lui révèle alors la raison de ces préparatifs supplémentaires. Depuis la fin de leur séjour à St Margaret’s Bay, elle a compris que plusieurs symptômes qu’elle ressentait depuis quelque temps, notamment les nausées, une faim inhabituelle, les vertiges et les changements d’humeur, n’étaient pas de simples conséquences de la fatigue et des événements éprouvants. Elle s’est rendue chez un médecin de Harley Street dans la journée et a désormais la confirmation de ce qu’elle soupçonnait. Elle est enceinte. L’annonce prend Richard complètement au dépourvu, car il ne s’attendait manifestement pas à une telle nouvelle. Il comprend avec stupeur qu’ils vont avoir un enfant et son visage s’illumine immédiatement d’un immense bonheur. Posie, amusée et émue par sa réaction, lui confirme qu’il s’agit bien d’un bébé, et précise même qu’il sera un garçon. Cet enfant sera un nouvel homme dans sa vie et aura une importance immense pour eux deux.
La révélation transforme ainsi la nursery en symbole d’un avenir entièrement nouveau. Après les morts, les trahisons, les blessures et les secrets de St Margaret’s Bay, Posie ne regarde plus seulement vers ce qu’elle a perdu, mais vers la vie qu’elle va construire avec Richard. Le mariage est imminent, les petites filles vont bientôt rejoindre leur foyer, et un fils est déjà en route. Posie prend la main de Richard et ferme les yeux avec bonheur, accueillant enfin cette perspective sans crainte. Elle se rappelle alors une phrase qui lui a été dite récemment, selon laquelle la vie est courte et qu’elle est faite pour ceux qui vivent. Cette idée devient la conclusion intime de son parcours dans cet épilogue. Posie choisit de ne plus laisser les morts gouverner son existence, même si elle continuera à porter leur souvenir. Elle accepte que le bonheur puisse revenir après le deuil et que l’avenir puisse être à la fois simple, familial et profondément nouveau. Dans l’appartement qui se prépare à accueillir plusieurs enfants, au milieu des meubles à commander, de la future robe de mariée d’Elsie et des souvenirs encore conservés, elle et Richard commencent ainsi une nouvelle étape de leur vie, tournée vers leur mariage et vers la naissance prochaine de leur fils.
51.Repères historiques et libertés romanesques
Cette note historique précise d’abord le rapport entre réalité et fiction dans le roman. Les personnages sont, sauf exceptions explicitement signalées, imaginaires, tandis que les dates, les événements politiques généraux, les conditions météorologiques et la géographie sont présentés comme historiquement exacts autant que possible. L’autrice explique notamment qu’elle emploie l’expression « Grande Guerre » pour désigner la Première Guerre mondiale, bien qu’elle n’ait pas encore été courante en 1924. Plusieurs lieux londoniens et du Kent existent réellement, notamment l’adresse professionnelle de Posie Parker à Grape Street, son domicile de Museum Chambers et le pub Green Man de St Margaret’s Bay, aujourd’hui devenu The Coastguard. En revanche, l’intrigue centrale concernant la mort d’Elsie Moncrieff, sa chute de la falaise et les événements rapportés dans The Times le 4 novembre 1924 relève entièrement de la fiction. Les faits politiques évoqués dans ce numéro du journal, comme les élections générales britanniques et les activités fascistes en Italie, sont toutefois authentiques. De même, le Bay Hotel de St Margaret’s Bay a réellement existé et correspond à la description générale donnée dans le récit, avec son emplacement en bord de mer, son essor dans les années 1920, son électrification, sa salle de bal et sa piscine extérieure. L’intérieur de l’hôtel, la suite de Posie et certains aménagements, notamment le couloir de service reliant les propriétés, sont en revanche des inventions destinées aux besoins de l’histoire. La note souligne aussi que Maypole Manor est fictif, même si son emplacement imaginaire correspond à un site qui abritait alors une demeure appelée The Hermitage.
L’autrice distingue ensuite les personnages, entreprises et institutions inventés des éléments historiques précis qui ont nourri leur création. Petronella Douglas, Tony Stone, leur maison de couture, la House of Harlow, l’architecte Jolyon Peterson, Harriet Neame, les banques Rutherford’s Bank et Portnov’s Bank, le club Oberoy, Mickey O’Dowd et son Victoria Cross sont fictifs. La biographie de Max l’est également. Le parfum Nuit d’Oranges porté par Petronella est inventé, tandis que Phúl-Nana, mentionné comme un parfum extrêmement répandu dans les années 1920, a réellement été produit par Grossmith et a connu un grand succès en Grande-Bretagne. Les bagues de fiançailles et de mariage de type Orange Blossom, comme celle que Richard achète à Posie, sont elles aussi inspirées d’un produit réel de la Traub Manufacturing Company de Detroit, vendu dans les grands magasins américains. La note précise également que les défilés de mode de Haresmythe’s Department Store sont fictifs, même s’ils s’inspirent de pratiques réelles observées notamment chez Harrods. Certaines anecdotes fictives reposent sur des faits historiques plus modestes, comme l’histoire du vol de cuillères en argent, inspirée d’un incident survenu dans les salons de thé de St Margaret’s Bay en 1921. À l’inverse, l’attaque du HMT Aragon par un sous-marin allemand le 30 décembre 1916 et les pertes humaines qui suivirent sont authentiques, même si leur intégration dans l’histoire de Mickey O’Dowd est romancée. Le German Band évoqué par Richard Lovelace correspond également à une réalité sociale de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, ces formations musicales très organisées se produisant dans les grandes villes et les stations balnéaires britanniques avec des airs de danse, des valses et une musique de type Oktoberfest. Les célébrations du Peace Day du 19 juillet 1921, avec leurs feux d’artifice et leurs cérémonies commémoratives, sont également historiques, et la note rappelle même que Virginia Woolf en a témoigné dans son journal.
Une large partie de la note concerne enfin les institutions politiques et de renseignement qui servent de cadre au roman. La représentation de MI5 et de ses rapports avec Scotland Yard et le Secret Intelligence Service repose sur une situation historique complexe, même si l’organisation particulière décrite dans le livre, une branche clandestine et agressive de MI5 opérant depuis Whitehall avec des agents étrangers, est entièrement fictive. Sir Vernon Kell, en revanche, a réellement dirigé le service de renseignement intérieur britannique à cette époque. L’autrice rappelle son rôle dans le démantèlement du réseau d’espionnage allemand au début de la Grande Guerre, ses compétences linguistiques et sa réputation, ainsi que son asthme, intégré au personnage romanesque. La peur d’une infiltration communiste soviétique en Grande-Bretagne en 1924 est également solidement ancrée dans la réalité. La fameuse lettre Zinoviev, dans laquelle Grigory Zinoviev et Arthur McManus auraient évoqué des moyens de favoriser une révolution en Grande-Bretagne, alimentait alors les inquiétudes, même si son authenticité reste discutée. William Joynson-Hicks, dit Jix, est lui aussi un personnage historique réel. Ministre de l’Intérieur du gouvernement de Stanley Baldwin de 1924 à 1929, il était réputé pour son hostilité au communisme, son conservatisme strict et sa volonté de lutter contre l’alcool clandestin, les clubs illégaux et les publications jugées indécentes. Le roman prend toutefois une liberté importante en le faisant intervenir directement à White Shaw, avec un mandat de perquisition, alors qu’une telle intervention aurait été peu vraisemblable quelques jours seulement après sa prise de fonctions. Enfin, la géographie de Dover est généralement fidèle à celle de 1924, notamment Snargate Street, les Western Docks et les bassins, mais certains éléments sont modifiés pour faciliter l’intrigue, comme le port de pêche fictif, le pub The Two Kennels, le funk hole de Snargate Street et la bijouterie Simpkins. La présence de Woolworths à Dover, en revanche, est authentique. La note présente ainsi le roman comme un mélange volontaire de documentation historique minutieuse et de liberté romanesque, où des lieux, personnalités, événements et réalités politiques bien réels servent de cadre à une intrigue et à des personnages entièrement inventés.
52.Un Écrin Entre Mer et Falaises
Cette note présente St Margaret’s Bay, dans le Kent, comme un lieu à la fois réel, historique et profondément lié à l’imaginaire de l’autrice. Elle explique son attachement personnel à cette petite plage isolée située près de Dover, qu’elle décrit comme une sorte de frontière, à la fois géographique et symbolique, propice aux récits, aux rêves et aux souvenirs. La baie, bordée de hautes falaises de craie et de galets, constitue l’un des points d’Angleterre les plus proches de la France, à seulement vingt miles par mer. Son caractère frontalier a contribué à son histoire mouvementée, notamment en matière de contrebande, activité pour laquelle l’endroit est réputé depuis longtemps et qui, selon l’autrice, y demeure encore présente. Au XXe siècle, St Margaret’s Bay a également été marquée par les conflits militaires. Des bombardements y ont eu lieu, et le lieu a joué un rôle défensif face aux menaces d’invasion. L’autrice rappelle notamment que la baie fut le dernier endroit où des bombes furent larguées à la fin de la Première Guerre mondiale, avant de devenir pendant la Seconde Guerre mondiale un point fortifié destiné à protéger l’Angleterre. Malgré cette histoire parfois violente, la baie était aussi une destination balnéaire appréciée. Les années 1920 correspondent à une période de prospérité pour la station, notamment grâce au Bay Hotel, installé directement sur la plage, et au Granville Hotel, situé au sommet de la falaise. Ces établissements attiraient les riches Londoniens venus passer le week-end au bord de la mer et contribuaient à la réputation mondaine croissante de St Margaret’s Bay. À l’époque où se déroule le roman, le lieu commence ainsi à être associé aux personnalités à la mode et aux visiteurs célèbres, même si son véritable âge d’or devait arriver dans les années 1930, lorsque des acteurs de cinéma, des écrivains et leurs proches y afflueraient davantage.
La note évoque ensuite plusieurs personnalités et lieux qui illustrent la postérité culturelle de la baie. Noel Coward y a vécu dans les années 1940, dans une maison appelée White Cliffs, qu’il a ensuite vendue à Ian Fleming. Celui-ci y a résidé dans les années 1950 et aurait situé Moonraker dans ce cadre. La maison de Coward, accompagnée de deux cottages, existe encore et peut être aperçue depuis la plage, profondément encaissée sous les falaises, même si elle est aujourd’hui privée. L’autrice précise toutefois qu’au moment où se déroule le roman, White Cliffs n’existait pas encore. Elle a néanmoins repris son emplacement réel pour y installer White Shaw, la spectaculaire maison en verre de style art déco appartenant au couple de créateurs de mode du récit. Cette demeure est donc entièrement fictive, mais son emplacement est conçu pour correspondre à celui de White Cliffs, presque immédiatement à côté du Bay Bungalow et à proximité du Bay Hotel, dans la continuité des autres habitations formant ce que l’autrice appelle le village sur la plage. Elle distingue ainsi soigneusement les éléments historiques qu’elle conserve des inventions destinées à servir l’intrigue. Le site de Ness Point, où Elsie Moncrieff se rend dans le prologue pour rencontrer un inconnu, est bien réel, et les photographies permettent d’en apprécier la topographie et la vue. En revanche, l’existence d’un banc installé au sommet de la falaise à cet endroit est très improbable, compte tenu du danger que représentait ce site. De même, le feu de joie du 5 novembre installé devant le Bay Hotel sur la route de gravier est une invention de l’autrice, qui précise ne pas avoir trouvé de trace d’une telle tradition à St Margaret’s Bay à cette époque. Ces modifications montrent comment le roman transforme un paysage authentique en décor narratif, tout en conservant suffisamment fidèlement ses caractéristiques pour que les lieux demeurent reconnaissables.
La dernière partie de la note présente quatre photographies historiques destinées à compléter cette évocation de la baie. Elles appartiennent à la St Margaret’s History Society et sont reproduites avec son accord. La première, prise dans les années 1920, montre l’extrémité nord de la baie et permet de visualiser l’ensemble du village installé au bord de la plage, avec le Bay Bungalow à l’extrémité, puis le Bay Hotel et les cottages des pêcheurs. Cette vue fournit notamment un repère concret pour comprendre la disposition des lieux décrits dans le roman. La deuxième image est une carte postale du Bay Bungalow datant de 1908. Le bâtiment, qui appartenait au Bay Hotel et pouvait être loué par des vacanciers, apparaît comme un lieu de séjour donnant directement sur la mer. Le texte manuscrit reproduit sur la carte offre un témoignage particulièrement vivant de l’expérience d’un visiteur de l’époque. Son auteur trouve l’endroit plutôt ennuyeux, tandis que d’autres personnes de son entourage pêchent les crevettes ou se baignent. Lui préfère observer les navires au moyen d’une longue-vue, avec laquelle il affirme pouvoir distinguer les visages des passagers des paquebots qui passent au large. Il mentionne également le passage de deux cuirassés et de plusieurs croiseurs, rappelant que la baie était constamment tournée vers la Manche et vers le trafic maritime. Les deux dernières photographies montrent Ness Point, l’une depuis la baie en 1926 et l’autre depuis le promontoire en 1925. Ensemble, ces images ancrent le décor du roman dans un paysage identifiable et témoignent de l’atmosphère de St Margaret’s Bay dans les années 1920, entre station balnéaire, village maritime, frontière stratégique et lieu chargé d’histoire.
53.Remerciements et sources d’inspiration
L’autrice remercie d’abord Christine Waterman, de la St Margaret’s History Society, pour son aide dans ses recherches sur l’histoire de St Margaret’s Bay dans les années 1920 et pour l’avoir orientée vers les riches archives de la société historique. Elle remercie également l’ensemble de cette société d’avoir autorisé la reproduction des photographies présentées dans la section précédente. Elle précise toutefois que le livre reste un roman et que la réalité historique ainsi que la géographie de St Margaret’s Bay servent avant tout de toile de fond et de source d’inspiration. Il existe donc nécessairement des différences entre les faits réels et la fiction, différences qu’elle a cherché à signaler dans ses notes historiques. Elle assume par ailleurs la responsabilité de toute erreur historique éventuelle.
L’autrice adresse ensuite ses remerciements à Geraldine pour son aide concernant le dialecte glaswégien et à Katia pour son assistance avec le russe. Elle exprime également sa gratitude envers les membres de sa famille, qui l’ont accompagnée lors de plusieurs visites à St Margaret’s Bay dans des conditions météorologiques très variées, sous le soleil comme sous la neige, à marée haute comme à marée basse. Enfin, elle remercie chaleureusement ses lecteurs pour leurs messages, leur enthousiasme et leurs encouragements, en soulignant que Posie Parker a trouvé en eux de véritables défenseurs.
54.Remerciements et portrait de l’autrice
Cette section finale remercie les personnes et les institutions ayant contribué à la préparation du roman, notamment Christine Waterman et la St Margaret’s History Society pour leurs informations sur l’histoire de St Margaret’s Bay dans les années 1920 et pour l’autorisation d’utiliser leurs photographies. L’autrice remercie également Geraldine pour son aide concernant le dialecte glaswégien, Katia pour le russe, sa famille pour ses visites à St Margaret’s Bay et ses lecteurs pour leur soutien, tout en rappelant que le roman reste une œuvre de fiction inspirée de lieux et de réalités historiques, dont les éventuelles erreurs lui sont imputables.
La section présente ensuite L B Hathaway, autrice britannique formée à Cambridge et ancienne avocate à Lincoln’s Inn, qui s’est consacrée à la fiction historique après près d’une décennie de pratique juridique. Passionnée par les romans policiers de l’âge d’or et particulièrement par Agatha Christie, elle écrit la série Posie Parker, située dans les années 1920, où chaque enquête associe un mystère central, le glamour audacieux de l’époque et une héroïne énergique. Elle vit en Suisse avec son mari et ses jeunes enfants et s’intéresse notamment au ski, au théâtre, à l’histoire des Tudor, aux châteaux et à la littérature policière. La fin de la section indique enfin les différents moyens de suivre son travail, ses prochaines parutions et les autres enquêtes de Posie Parker.
55.Parcours et inspirations de la romancière
Cette section liminaire présente le profil biographique et artistique de l'autrice L B Hathaway. Originaire de Grande-Bretagne et diplômée de l'université de Cambridge, elle a exercé la profession d'avocate à Lincoln s Inn à Londres pendant près de dix ans avant de se consacrer entièrement à l écriture de fiction historique. Sa passion de longue date pour les romans policiers classiques de l âge d or du crime et son admiration pour Agatha Christie nourrissent directement son œuvre littéraire.
Ses centres d intérêt personnels sont multiples et témoignent d un mode de vie dynamique et éclectique. Elle apprécie particulièrement le ski alpin à grande vitesse, les sorties au théâtre, la dégustation de thé fort, l histoire de la période des Tudor, ainsi que l exploration de châteaux. Elle réside actuellement en Suisse en compagnie de son mari et de ses jeunes enfants tout en cherchant à vivre pleinement chaque instant.
L article détaille ensuite les caractéristiques principales de sa série littéraire consacrée au personnage de Posie Parker. Ces romans policiers se déroulent au cours des annees vingt et s efforcent de concilier une énigme centrale avec une peinture de l époque marquée par une glamour insouciante. L ensemble met en scène une héroïne audacieuse et déterminée destinée à captiver l attention des lecteurs. Des informations de contact ainsi qu une adresse de site web sont fournies afin de permettre au public de suivre ses actualités.
