Œuvres de Voltaire Tome XIX: Siècle de Louis XIV.—Tome I

Résumé : Œuvres de Voltaire Tome XIX: Siècle de Louis XIV.—Tome I

Voltaire

Chapitre 2

Voltaire commence à concevoir l'histoire du Siècle de Louis XIV dès 1732, publiant un premier essai en 1739 qui est rapidement censuré par un arrêt du conseil. Ce n'est qu'en 1751 qu'apparaît la première édition complète de l'œuvre à Berlin, sous le nom d'emprunt de Francheville. Ce procédé s'explique par la présence de l'auteur à la cour de Prusse, où il corrige également les écrits du roi Frédéric II. Très vite, l’ouvrage subit de nombreuses contrefaçons par les libraires européens. Voltaire ne cesse d'y apporter des corrections et des ajouts lors des réimpressions successives, notamment en y intégrant un certificat de pasteurs suisses favorable à Joseph Saurin à la suite d'une vive querelle littéraire. L’organisation de l'œuvre évolue grandement au fil des ans. D'abord placés en fin de volume, la liste de la maison royale, le catalogue des écrivains et la liste des artistes célèbres sont définitivement installés en préface à partir de l'édition de 1768. Malgré la mort de l'auteur en 1778, les éditeurs de Kehl poursuivent ce travail d'édition en y ajoutant des notes posthumes. L'ouvrage subit également des attaques et des censures : condamné à Rome en 1753, il est plus tard amputé de plusieurs chapitres majeurs par Madame de Genlis en 1820, qui souhaite en retirer les critiques envers la religion. De plus, certains historiens reprochent à Voltaire de s'être montré trop élogieux envers le Roi-Soleil. La suite du texte présente la liste généalogique et historique de la descendance de Louis XIV et des princes du sang. L’auteur s'attache à rétablir la vérité historique contre les rumeurs des libelles de l'époque. Il commence par l'épouse du roi, Marie-Thérèse d'Autriche, dont la modeste simplicité est soulignée face aux anecdotes inventées par les historiens. De leur union, seul survit Louis, le Grand Dauphin, mort en 1711. Ce dernier laisse trois fils, dont le duc de Bourgogne, digne élève de Fénelon dont la mort prématurée suscite d'immenses regrets, et Philippe, duc d’Anjou, qui devient roi d'Espagne. Sont ensuite énumérés les nombreux enfants naturels et légitimés que le monarque a eus avec la duchesse de La Vallière et la marquise de Montespan, ainsi que les autres branches de la famille royale. Parmi eux figure Gaston, duc d’Orléans, frère de Louis XIII, connu pour ses intrigues politiques malheureuses sous la régence, et Philippe, frère unique de Louis XIV, qui fonde la nouvelle maison d’Orléans.

Chapitre 3

Ce texte propose une anthologie critique d'hommes de lettres, de savants et de figures d'autorité ayant marqué la culture française sous le règne de Louis XIV. À travers de brèves biographies, l'auteur évalue la portée de leurs œuvres, dénonçant au passage les préjugés et les rumeurs historiques infondées. La sphère littéraire et théologique occupe une place centrale. Dominique Bouhours est célébré pour la pureté de son style et ses préceptes sur le bon goût, qui ont influencé les jeunes générations malgré ses démêlés avec les Italiens. En revanche, le comte de Boulainvilliers est critiqué pour sa vision trop systématique et idéalisée de l'anarchie féodale. Sur le plan spirituel, Laurent-François Boursier se distingue par son traité sur l'action de Dieu, bien que l'auteur regrette l'influence de dogmes étroits sur sa rigueur logique. Les femmes de sciences sont également honorées à travers la marquise du Châtelet, saluée pour sa traduction de Newton et sa supériorité intellectuelle exempte de prétention. Le théâtre et la poésie font l'objet d'analyses contrastées. L'abbé de Brueys s'illustre par ses comédies à succès qui rivalisent avec Molière, tandis que les romans interminables de La Calprenède déclinent face à l'avènement de tragédies plus harmonieuses menées par Racine et Quinault. La poésie libertine et épicurienne de Guillaume de Chaulieu, qui défie courageusement la mort et les préjugés religieux, reçoit des éloges pour sa force brute. L'abbé de Choisy incarne quant à lui une figure excentrique, célèbre pour avoir vécu travesti en femme avant de rédiger une histoire de l'Église à la suite de sa conversion. Sur le plan scientifique, l'auteur retrace les progrès de l'astronomie et de la médecine. Ismaël Bouillaud et Jean-Dominique Cassini illustrent cette transition de l'astrologie spéculative vers la science rigoureuse. Cassini, naturalisé français, s'impose comme une figure monumentale grâce à ses découvertes majeures sur les satellites de Saturne, la rotation de Jupiter et la lumière zodiacale. En pharmacie, Moyse Charas est reconnu pour ses recherches pionnières sur le venin de vipère, malgré des erreurs théoriques. Enfin, les historiens et critiques comme Louis Chantereau Le Fèvre, Géraud de Cordemoi et le marquis de Torci sont salués pour avoir clarifié les origines confuses de l'histoire de France et préservé la mémoire de l'État avec sincérité et méthode. À travers ces portraits, le texte dessine le panorama d'un siècle où l'érudition, la clarté linguistique et la méthode scientifique s'imposent progressivement contre l'obscurantisme.

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