
Chapitre 2
Cette préface de l'éditeur A.
-J. Beuchot, datée de 1830, retrace la genèse complexe et l'histoire éditoriale du Siècle de Louis XIV de Voltaire, dont la rédaction débuta dès 1732. Après la publication confidentielle et immédiatement supprimée d'un premier essai en 1739, l'œuvre complète parut officiellement à Berlin en 1751 sous le pseudonyme de Francheville. Immédiatement piraté par de nombreux libraires européens, l'ouvrage fit l'objet de remaniements continuels de la part de son auteur. Au fil des rééditions, notamment celles de 1756, 1763 et 1768, Voltaire déplaça, enrichit ou supprima plusieurs sections, intégrant des catalogues d'écrivains, des listes de souverains et des artistes célèbres, tout en déchargeant l'œuvre des chapitres consacrés aux événements postérieurs à la mort du monarque, transférés dans le Précis du Siècle de Louis XV.
L'éditeur Beuchot détaille également les controverses littéraires et religieuses entourant le texte, mentionnant les attaques de Lervêche sur l'article Saurin, la condamnation de l'ouvrage à Rome en 1753, ainsi que les mutilations ultérieures subies lors de l'édition révisée par la comtesse de Genlis en 1820, qui censura les passages sur le jansénisme et le calvinisme. Pour établir sa propre édition, Beuchot s'appuie sur des exemplaires corrigés de la main même de Voltaire et choisit de restaurer un ordre alphabétique rigoureux pour le catalogue des écrivains, tout en réorganisant les pièces annexes et les notes issues des éditeurs précédents comme ceux de Kehl.
La seconde partie du texte s'ouvre sur une liste généalogique et historique exhaustive de la maison royale sous Louis XIV. L'auteur y décrit l'unique mariage du roi avec Marie-Thérèse d'Autriche en 1660 et rectifie au passage plusieurs anecdotes infondées colportées par les historiens de l'époque. De cette union, seul le dauphin Louis, dit Monseigneur, survécut jusqu'à l'âge adulte, laissant lui-même trois fils, dont le duc de Bourgogne — père de Louis XV — et Philippe, futur roi d'Espagne. Le texte énumère ensuite la nombreuse descendance naturelle et légitimée que Louis XIV eut de ses maîtresses successives, la duchesse de La Vallière et la marquise de Montespan, précisant leurs alliances et leurs destins.
Enfin, la nomenclature s'élargit aux princes et princesses du sang ayant marqué le siècle, à commencer par Gaston, duc d'Orléans, frère de Louis XIII, dont la trajectoire politique tumultueuse causa la perte de plusieurs de ses partisans. Sont également évoquées les filles de Henri IV, reines ou duchesses aux destins souvent tragiques en Europe, ainsi que la Grande Mademoiselle, célèbre pour ses mémoires. La liste se clôt sur Philippe, frère unique de Louis XIV et fondateur de la branche moderne de la maison d'Orléans, dont le fils devint le régent de France.
Chapitre 3
Ce catalogue alphabétique de Voltaire dresse un panorama critique des figures majeures de la république des lettres et des sciences sous le règne de Louis XIV.
En matière d’érudition, d'histoire et de droit, l’auteur distingue le président Jean Bouhier pour ses traductions poétiques, le marquis de Valbonais pour ses recherches sur le Dauphiné et Géraud de Cordemoi pour son travail de clarification des premières dynasties royales. À l’inverse, le comte de Boulainvilliers est critiqué pour sa vision idéalisée et anarchique du système féodal, tandis que Louis Chantereau Le Fèvre se voit reprocher une erreur historique quant à l'origine des fiefs héréditaires. Dans le domaine religieux et philosophique, les prédicateurs jésuites Louis Bourdaloue et Cheminais se partagent les éloges, alors que les biographies du père Dominique Bouhours essuient un échec. Le théologien Laurent-François Boursier est quant à lui blâmé pour l'incohérence de ses systèmes sur la grâce, et le ministre calviniste Jean Claude est salué comme un digne rival de Bossuet au sein de controverses aujourd'hui oubliées.
Les sciences et les arts connaissent également de grandes figures. L'astronome Jean-Dominique Cassini s'illustre par ses découvertes majeures sur les planètes et ses calculs méridiens, bien qu’il ait, à l'instar d'Ismaël Bouillaud, sacrifié à la mode de l'astrologie pour plaire aux puissants. En médecine et pharmacie, Moyse Charas se distingue par ses traités novateurs malgré ses démêlés avec l'Inquisition en raison de son calvinisme. Les récits de voyage sont représentés par les mémoires de Jean Chardin, tandis que les femmes de sciences et d'arts trouvent en la marquise du Châtelet — traductrice de Newton — et en Élisabeth-Sophie Cheron de brillantes illustrations.
Le domaine des belles-lettres occupe une place centrale. Voltaire étudie l'évolution du goût à travers le traité de Bouhours sur les ouvrages d'esprit et l'affirmation de la langue française dans les inscriptions publiques défendue par François Charpentier. En poésie et en littérature légère, le style voluptueux et libre de l’abbé de Chaulieu est célébré, tout comme la facilité de Claude-Emmanuel Chapelle, alors que le déguisement permanent de l'abbé de Choisy marque les esprits. Les romans fleuves de Gautier de La Calprenède tombent en désuétude face à la perfection du théâtre de Racine et Quinault, qui parlent plus directement au cœur.
Enfin, le théâtre et les mémoires historiques complètent ce tableau. Des dramaturges comme Edme Boursault, Jean-Galbert de Campistron ou l'abbé de Brueys maintiennent la tradition comique et tragique. Voltaire profite d'ailleurs de l'évocation de Brueys pour dénoncer la fausseté des recueils d'anecdotes et des mémoires secrets compilés au hasard. Sur le plan historique, les témoignages du comte de Bussi Rabutin et surtout du marquis de Torci, neveu de Colbert, sont salués pour leur sincérité, ouvrant la voie au génie immortel de Pierre Corneille.



