La célèbre hétaïre Plangôn la Milésienne captive un jeune homme de Kolophôn qui est déjà l'amant de la Samienne Bacchis. Souhaitant écarter cet amour, Plangôn exige en échange de sa faveur le collier fort renommé de Bacchis. Touchée par la passion du jeune amant et dépourvue de jalousie, Bacchis lui remet le précieux joyau. Émue par ce geste désintéressé, Plangôn le restitue à son tour et accueille l'amant, scellant ainsi une amitié durable entre les deux femmes qui unissent leurs affections.
Cette tendre aventure trouve ses racines en Ionie, contrée somptueuse et raffinée réputée pour son luxe, ses étoffes précieuses et ses légendes. Bien que Théophile Gautier ait embelli et transposé ce récit dans un cadre plus large, la réalité historique des courtisanes grecques s'avère beaucoup plus complexe. Les écrits de poètes comiques et de grammairiens comme Aristophane de Byzance ou Machon de Sicyone dépeignent un univers haut en couleur, marqué par la truculence, l'esprit caustique et des rivalités de taverne.
Formée au contact de figures influentes telles que Sinôpê et la spirituelle Gnathaina, Bacchis appartenait à un milieu où la trivialité le disputait aux élans de générosité. Les portraits de ces femmes, qu'il s'agisse de Plangôn, de Bacchis ou d'autres courtisanes légendaires comme Laïs, oscillent sans cesse entre la fiction littéraire et la réalité populaire. Malgré les contradictions des sources antiques, ces récits restituent fidèlement l'atmosphère singulière de ces existences marginales, faites de plaisirs, de rivalités et d'une camaraderie parfois rustre mais profondément humaine.