Marcel Schwob

5. La grande pègre des routes et la compagnie de la Coquille

Spicilège — Résumé 🇫🇷 Français

Au quinzième siècle, les routes de France et d'Allemagne grouillent de populations errantes, parmi lesquelles de faux clercs, des mendiants et des étudiants vagabonds appelés goliards. Ces derniers, tristement célèbres pour leurs mœurs dissolues et leurs chansons bachiques, se fondent dans une pègre plus vaste née des désordres de la guerre de Cent Ans. Des bandes de criminels armés, telles que les Faux-Visages en Normandie ou les redoutables Écorcheurs, terrorisent les campagnes et rançonnent les voyageurs. C'est dans ce milieu interlope et propice au refuge que François Villon s'engage lors de ses pérégrinations hors de Paris, s'attardant notamment à Bourg-la-Reine avant de croiser la route d'une association criminelle majeure de l'époque. Cette puissante organisation, connue sous le nom de compagnie de la Coquille, rassemble des malfaiteurs de profession qui opèrent principalement entre la Bourgogne, la Champagne et la Franche-Comté. Établis à Dijon, ces compagnons mènent une vie oisive entre les jeux de dés chez le barbier Perrenet le Fournier, les querelles de taverne et les fréquentes visites au bordel local. Derrière cette façade de dissipations se cache une structure corporative rigoureuse, dotée d'un chef suprême, d'apprentis nommés gascâtres, de maîtres et de spécialistes aux rôles bien définis. Certains escroquent aux cartes, d'autres dépouillent les passants, tandis que les planteurs écoulent de faux bijoux et de l'argenterie fraudée fabriquée par des orfèvres complices. Les membres de la Coquille partagent un argot secret très élaboré, consigné plus tard lors des procès, qui désigne la justice, les armes et le produit des vols par des termes spécifiques. Malgré leur organisation huilée et leur mobilité sur les grands chemins, la méfiance des autorités finit par éveiller les soupçons dans les villes. À Dijon, l'enquête menée par le procureur Jehan Rabustel et les aveux du barbier Perrenet le Fournier permettent de démasquer l'ampleur du réseau, de révéler les noms des principaux complices et de mettre au jour les rouages de cette vaste criminalité itinérante. La chute de la Coquille et le vol du collège de Navarre La colonie des coquillards à Dijon s'effondre rapidement après les dénonciations de Perrenet le Fournier et l'arrestation de Regnault Daubourg. Le maire capture plusieurs chefs, dont Bar-sur-Aube qui détient des crochets de serrurerie nommés rois David. Fin décembre mil quatre cent cinquante-cinq, trois malfaiteurs sont bouillis vivants et six autres pendus, tandis que le procureur Jehan Rabustel traque les complices à travers tout le royaume. Malgré ces supplices et les édits sévères prononcés contre les oisifs, la bande persiste et s'associe même avec des clercs de la Sainte-Chapelle qui sèment la terreur la nuit en provoquant les huissiers ducaux. De retour à Paris à la faveur de lettres de rémission pour le meurtre de Philippe Sermoise, François Villon renoue avec ses mauvaises habitudes et ses compagnons interlopes. Poussé par des dépenses excessives et sa passion pour Catherine de Vaucelles, il participe en décembre mil quatre cent cinquante-six au cambriolage du collège de Navarre aux côtés de Colin de Cayeux, dom Nicolas et Guy Tabarie. Les complices fracturent un coffre à l'aide de crochets et dérobent cent écus d'or chacun. Après ce coup retentissant, Villon quitte la capitale en annonçant un voyage vers Angers pour y préparer un autre mauvais coup, bien qu'il dissimule son départ sous les traits d'un amant malheureux et transi. L'affaire du collège de Navarre éclate au grand jour plusieurs mois plus tard à la suite des indiscrétions de Guy Tabarie, surpris en train de se vanter devant le curé de Paray. Arrêté et soumis à la question, Tabarie avoue l'intégralité du vol et livre le nom de ses complices, ce que Villon immortalisera plus tard avec rancune dans ses vers. Muni de sa part du butin, le poète entame alors une longue errance à travers les routes de province, cherchant à se soustraire à la justice ecclésiastique tout en espérant trouver de nouveaux protecteurs le long de la Loire. Le poète errant entre bouffonnerie et soumission mondaine Face à sa condition d'exilé et de voyageur, François Villon déploie une grande habileté pour adapter son comportement aux exigences des hautes sphères. Il sait modifier son attitude et se plier aux rigueurs de l'étiquette pour s'attirer la bienveillance de ses hôtes. Pour subvenir à ses besoins et obtenir l'gîte, il endosse volontiers le rôle du bouffon, n'hésitant pas à prêter à rire et à accepter les railleries des puissants. En échange de cette soumission apparente et de ses facéties, il recherche avant tout une hospitalité généreuse et la pleine reconnaissance de son immense talent poétique.