7. La condamnation de la magie et de l idolâtrie des démons
The City of God, Volume I — Résumé 🇫🇷 Français
Les arts magiques, loin d être l expression de divinités bienveillantes, constituent un fléau pernicieux pour le genre humanité, ainsi que l atteste la réprobation unanime des lois anciennes et modernes. Apuleius lui-même, contraint de se défendre contre de telles accusations, nie avec force leur pratique, tandis que les partisans de ces sortilèges prétendent à tort que les démons agissent comme des intermédiaires indispensables entre les dieux lointains et les hommes. Cette prétendue médiation s avère absurde et injurieuse pour la nature divine, car elle suppose que les dieux ignoreraient les affaires terrestres ou refuseraient d écouter les suppliants vertueux tout en acceptant les hommages de démons impurs, menteurs et partisans des obscénités théâtrales.
L Égyptien Hermes Trismegistus, dans ses écrits, offre un témoignage saisissant sur la véritable nature de ces prétendues divinités en affirmant que les hommes possèdent le pouvoir de fabriquer des dieux au moyen de statues animées par l art d attirer des esprits invisibles. Hermes se lamente prophétiquement sur la fin prochaine de ces cultes voués à la ruine et au triomphe de la religion chrétienne, tout en reconnaissant que cette idolâtrie est née de l erreur, de l incredulité et de l aversions des anciens envers le culte du vrai Dieu. En avouant que ces simulacres ont été institués par des hommes égarés, il confirme involontairement l vanité de ces pratiques et la nécessité de se tourner vers le Dieu unique, créateur de l univers.
L art magique et la condamnation des illusions
La critique des pratiques magiques démontre que les sortilèges et les prodiges attribués aux sorciers ne relèvent point d une sagesse divine, mais de l influence de démons malveillants et trompeurs. L histoire romaine et les lois anciennes attestent que ces arts nuisibles ont toujours été sévèrement réprimés en raison de leur nocuité pour le genre humain. Si les défenseurs de la magie soutenaient sa légitimité, ils auraient dû l affirmer ouvertement au lieu de s en défendre, à l instar des martyrs chrétiens qui ont préféré endurer le supplice plutôt que de renier la vérité. Les philosophes qui imaginent des démons intermédiaires pour justifier de prétendues médiations célestes s enlisent dans des absurdités théologiques, car il est impie de croire que les dieux bons refusent d écouter les hommes vertueux tout en dialoguant avec des esprits corrompus.
L examen approfondi de ces prétendus intermédiaires aériens révèle leur nature foncièrement misérable, loin de la supériorité morale que l on voudrait leur prêter. Le philosophe Apuleius lui-même reconnaît que les démons sont agités par des passions tumultueuses et semblables aux troubles humains, manquant totalement de la fermeté de la vertu et de la sagesse. En comparant ces esprits agités aux réactions des philosophes face aux tempêtes et aux périls, l auteur souligne que les passions humaines, lorsqu elles sont modérées par la raison et soumises à Dieu, se distinguent radicalement des tourments irrationnels des démons. La véritable religion enseigne ainsi à rejeter l intercession de ces esprits impurs pour s attacher au Créateur unique, seul capable d accorder la béatitude éternelle.
L absence de médiation par les démons
La distinction établie entre les passions humaines et celles des démons montre que ces derniers ne possèdent aucune supériorité morale, car leur esprit est constamment agité par la tourmente de l ignorance et du vice. Les philosophes platoniciens soutiennent que les poètes calomnient les dieux en leur prêtant des querelles et des passions partisanes qui conviennent en réalité aux démons aériens. En définissant les démons comme des animaux dotés d un corps aérien, d une raison et d une immortalité semblable à celle des dieux, tout en subissant des passions misérables pareilles à celles des hommes, l auteur démontre leur position intermédiaire boiteuse. Au lieu d être les bienfaiteurs de l humanité, ils se trouvent prisonniers d une condition misérable qui les apparente à des esclaves éternels plutôt qu à de véritables guides spirituels.
L analyse des hiérarchies cosmiques révèle que les esprits intermédiaires ne peuvent en aucun cas procurer la béatitude aux hommes, puisqu ils sont eux-mêmes privés de la paix et de la vertu qui caractérisent les dieux célestes. Plotin et les plus éminents disciples de Platon rappellent d ailleurs que les hommes dotés d un corps mortel se trouvent dans une situation moins lamentable que ces démons, dont l éternité corporelle ne fait qu prolonger l impuissance et le tourment. Prétendre que les dieux suprêmes refusent tout contact avec la terre pour éviter la souillure, tout en admettant que les démons s unissent aux hommes, conduit à une impasse théologique absurde qui dégrade la nature divine.
La véritable médiation entre les misérables mortels et les bienheureux immortels ne peut émaner ni de bons anges déjà parfaits ni de démons corrompus, mais réside exclusivement dans la personne du Christ. En prenant une nature humaine mortelle pour un temps tout en demeurant éternellement bienheureux dans sa divinité, le Sauveur a accompli le sacrifice nécessaire pour racheter l humanité et l affranchir de la tyrannie des mauvais esprits. Cette rédemption directe conduit l âme croyante non pas vers des intermédiaires ambigus, mais vers la Trinité elle-même, seule source de la véritable béatitude et de la vie éternelle.
Les enseignements christologiques et la véritable source du salut
L analyse approfondie des objections formulées par les païens et les philosophes au sujet de l incorruptibilité divine démontre que les prétendus risques de souillure matérielle ne sauraient en aucun cas constituer un obstacle au contact entre le Créateur et ses créatures. Les démons, loin d être des intermédiaires indispensables pour préserver la pureté des dieux suprêmes, sont eux-mêmes corrompus par leur propre orgueil et par l absence de charité. Leurs connaissances de la nature et du futur, bien que supérieures à celle des hommes, ne procèdent point d une contemplation sereine des lois immuables de la sagesse divine, mais d observations empiriques et de vaines spéculations qui ne font que les enfler d arrogance. Les anges saints et bienheureux, en revanche, méprisent ces vains savoirs éphémères pour s attacher exclusivement à l amour de Dieu, source unique de leur lumière et de leur béatitude éternelle.
La véritable médiation entre les misérables mortels et les bienheureux immortels ne peut émaner ni des démons trompeurs ni de créatures intermédiaires ambiguës, mais réside uniquement dans la personne du Christ, le Médiateur unique. En assumant la condition humaine et la mortalité de la chair sans jamais perdre la pureté de sa divinité, le Sauveur a accompli le sacrifice nécessaire pour purifier les âmes croyantes et les affranchir de la tyrannie des esprits impurs. Cette rédemption directe conduit l humanité non point vers des intermédiaires inférieurs, mais vers la Trinité elle-même, à laquelle aspirent également les anges et les esprits célestes. L Écriture confirme ainsi que la notion de démon est toujours associée aux esprits impurs et rebelles, tandis que le nom de Dieu et de ses ministres est réservé à ceux qui servent le Seigneur et proclament sa vérité.
Le dixième livre de cet ouvrage s ouvre sur la question fondamentale du culte et de l adoration dus exclusivement au Dieu unique, Créateur de toutes choses. Les philosophes platoniciens les plus éminents, à l instar de Plotin, ont reconnu que la rationalité et la béatitude de l âme ne proviennent pas d elle-même, mais de la participation à une lumière intelligible supérieure qui est Dieu. Par conséquent, ni les anges ni les puissances célestes ne désirent que les hommes leur offrent le culte de la latrie ou des sacrifices réservés au Créateur, car leur propre bonheur dépend entièrement du même Dieu souverain. Reconnaître cette vérité implique d abandonner les égarements de l idolâtrie et de consacrer son âme entière à celui qui illumine et sanctifie tous ses adorateurs.
Le culte spirituel et le vrai sacrifice
La véritable dévotion spirituelle s adresse exclusivement au Dieu unique et souverain, dont le cœur de l homme constitue l autel et le Verbe incarné le grand Prêtre. Les sacrifices que Dieu agrée par-dessus tout ne consistent point en des offrandes matérielles de bêtes immolées, mais en l humilité, la contrition du cœur, la louange, l amour fraternel et la pratique de la miséricorde envers son prochain. Les anciens sacrifices sanglants de la loi n étaient que des symboles et des sacrements visibles destinés à préfigurer la sacrifice spirituel par lequel l humanité rachetée s offre elle-même à Dieu sous la conduite de son unique Médiateur, qui s est livré corps et âme pour la rédemption universelle.
Les saints anges et les esprits célestes, bienheureux et immortels, désirent ardemment que les hommes adorent le même Dieu qu eux et refusent catégoriquement que des sacrifices leur soient offerts. Les miracles éclatants manifestés à travers les âges par la volonté divine, depuis les prodiges accordés aux patriarches jusqu aux interventions mémorables lors de la sortie d Égypte, avaient précisément pour but d affermir la foi du peuple dans le culte exclusif du Créateur. En outre, la fausse théurgie et les pratiques magiques des philosophes païens, défendues à tort par certains sages comme Porphyry pour purifier prétendument l âme, se révèlent n être que des illusions trompeuses dictées par la duplicité de mauvais esprits.
Ces illusions et ces pratiques ténébreuses témoignent de l emprise trompeuse des démons qui abusent de la crédulité humaine pour détourner les âmes du véritable chemin de la sainteté. Les sages et philosophes eux-mêmes, malgré leurs efforts intellectuels, se sont souvent enlisés dans ces erreurs par complaisance envers les coutumes populaires ou par ignorance de la grâce divine. Face à ces égarements, seule la doctrine chrétienne et la soumission filiale à la volonté du Créateur permettent à l homme de s affranchir de la tyrannie des esprits malins, lui ouvrant ainsi les voies de la béatitude éternelle et de la communion parfaite avec le Dieu vivant.
Les miracles de la foi divine
L opposition entre les divers miracles démontre clairement que les prodiges accomplis par les démons visent à égarer les hommes vers le culte d une pluralité de dieux, tandis que ceux que Dieu opère par le ministère de ses anges saints servent exclusivement à recommander la religion du Créateur unique. Les récits historiques et les traditions païennes rapportent de prétendus prodiges associés aux idoles, aux magiciens et aux théurgistes qui ne sont que de vaines illusions de esprits corrompus. En revanche, les miracles éclatants de la foi, tels que ceux manifestés lors de la sortie d Égypte et de la promulgation de la loi déposée dans l arche du témoignage, attestent la puissance souveraine de Dieu et la vérité de ses promesses. Cet enseignement progressif a guidé l humanité des biens terrestres vers les biens célestes, affirmant que toutes les grâces et toutes les prospérités dépendent de la seule providence divine.
Face à ces exigences contradictoires entre des esprits impurs réclamant des sacrifices pour eux-mêmes et les anges qui orientent toute adoration vers le Seigneur, la raison et la piété commandent de suivre la voie tracée par la vérité céleste. La véritable religion enseigne que les sacrifices visibles, dépouillés de tout besoin matériel de la part de Dieu, ne sont que les symboles sacrés du sacrifice intérieur et invisible par lequel l homme offre son cœur brisé, sa contrition et sa charité. Les anges eux-mêmes, dans leur bienveillance envers les mortels, refusent catégoriquement les honneurs divins et enjoignent de ne les rendre qu au seul Dieu qui les a créés. Toute tentative d adorer d autres intermédiaires ou de s adonner aux arts occultes de la théurgie ne fait que trahir l emprise de esprits trompeurs et orgueilleux.
Le couronnement de cette économie divine réside dans le sacrifice parfait accompli par le Médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, qui s est offert lui-même en victime sainte pour racheter l humanité. En prenant la forme de serviteur, le Sauveur a institué dans l Église la célébration quotidienne de ce sacrifice sacramentel, abolissant ainsi toutes les offrandes mensongères et périmées du paganisme. L âme croyante trouve dès lors son bien suprême et sa béatitude éternelle non point dans la fréquentation de démons aériens, mais dans l union intime et spirituelle avec le Dieu vivant, l unique sanctificateur de ses fidèles.
La puissance des martyrs de Dieu
La puissance accordée par la providence divine aux démons en certains temps déterminés leur permet d exprimer leur hostilité envers la cité de Dieu en soulevant contre elle des hommes sous leur emprise. L opposition de ces esprits impurs ne se limite pas à recevoir des sacrifices volontaires, mais cherche aussi à les extorquer par de violentes persécutions. L œuvre de ces persécuteurs se révèle toutefois utile à l Église, car elle contribue à parachever le nombre des martyrs, honorés comme d éminents citoyens pour avoir combattu jusqu au sang contre l impiété.
Le terme héros, souvent associé par la mythologie grecque aux âmes des bien méritants habitant l air avec les démons sous l autorité de Junon, pourrait convenir à ces témoins de la foi si l usage ecclésiastique le permettait. Les martyrs méritent cette qualification non pour avoir partagé la demeure des puissances aériennes, mais pour les avoir vaincues avec persévérance. Junon, fréquemment dépeinte par les poètes comme ennemie de la vertu et jalouse des mortels aspirant aux cieux, illustre l opposition que ces champions de la foi surmontent par leur fidélité inébranlable au service du Dieu véritable.