L analyse critique de la théologie romaine examine l attribution des causes des choses à Jupiter et des commencements à Janus, tout en soulignant les contradictions profondes de ces doctrines. Varro tente d expliquer ces présidences en affirmant que Janus règne sur les premiers temps tandis que Jupiter l emporte par sa dignité suprême, bien que l examen logique démontre que la cause efficiente est toujours antérieure au commencement de l effet. Assimiler le monde entier à ces divinités et leur attribuer des rôles multiples ou contradictoires réduit les dieux à de vaines fictions souvent indignes, associant le roi de l univers à des noms avilissants ou à des mythes immoraux. L investigation théologique montre ainsi que ces prétendues divinités se confondent soit avec les parties du monde, soit avec l âme universelle, ruinant l idée d une pluralité de véritables dieux indépendants.
L exploration des attributs divins se poursuit à travers les multiples surnoms de Jupiter et la confusion qui entoure des figures telles que Saturne, Mercure et Mars. Qu il s agisse de désigner le monde, la semence ou des fonctions humaines comme la parole et la guerre, ces prétendus dieux ne parviennent pas à être rattachés à des réalités cohérentes sans sombrer dans l absurdité. Les interprétations allégoriques des philosophes, qui voient en Saturne le temps ou l agriculture et en Jupiter la cause universelle, s entredétruisent et révèlent l impuissance de la raison humaine lorsqu elle tente de justifier des fables absurdes et des cultes cruels.
L ensemble de cette démarche démontre que la cause la plus crédible de ces erreurs païennes réside dans l apothéose d anciens hommes dont les actions, qu elles soient glorieuses ou criminelles, furent consacrées par la tradition et amplifiées par les mensonges des poètes et des démons. Varro lui-même avoue l incertitude de ses propres recherches sur les dieux incertains et publics, reconnaissant que ces institutions relèvent des conventions humaines et non de la vérité divine. Face à cette vanité religieuse, seule la reconnaissance du Dieu unique et véritable permet d échapper aux égarements de la superstition et aux pratiques dépravées qui ont marqué l histoire des civilisations païennes.
Les interprétations physiques et les mystères des faux dieux
L analyse de la théologie romaine se poursuit en démontrant que les interprétations allégoriques et physiques proposées par les savants ne parviennent jamais jusqu au vrai Dieu incorporel et immuable, mais se terminent toujours dans des réalités corporelles, temporelles et mortelles. L examen des fables concernant Saturne, qu il s agisse de la castration de son père Célus ou de son rôle lié aux semences, montre que ces doctrines se contredisent constamment d elles-mêmes. De même, les mystères d Eleusis consacrés à Cérès et à Proserpine s expliquent uniquement par la fécondité des fruits de la terre et par les saisons de deuil et de joie liées à l agriculture, sans offrir aucune perspective de salut éternel.
Les rites obscènes et avilissants voués à Liber illustrent la profonde stupidité de ces cultes païens, où le membre viril était ouvertement honoré et promené en public pour assurer prétendument la croissance des semences. Cette même quête désordonnée de multipliants démons se retrouve dans le culte de Neptune et de ses épouses Salacia et Venilia, réduites à de simples vagues s avançant et se retirant du rivage. Varro lui-même, en tentant d expliquer ces divinités à travers la doctrine de l âme du monde et de ses grades, aboutit à un enchevêtrement de contradictions où la terre, le feu, l éther et les différentes parties du cosmos sont tour à tour divinisés sous des noms multiples, trahissant l emprise d esprits malins et trompeurs sur l âme humaine.
L apogée de cette abomination se manifeste dans le culte de la Grande Mère et la mutilation rituelle de ses prêtres, les Galli, un rituel d une cruauté inouïe qui surpasse les excentricités des autres divinités. Face à ces pratiques dégradantes et sanglantes exigées par des démons réels sous couvert de religion, l auteur rappelle que le véritable culte est dû exclusivement au Dieu unique, créateur de toute âme et de tout corps, et non à des créatures corrompues par des rites impurs et criminels.
La théologie naturelle et la critique des mystères secrets
Varro tente en vain de rattacher l ensemble de la théologie civile et de ses divinités au ciel et à la terre, car ses explications s échappent continuellement et se révèlent incapables de fonder une doctrine cohérente. En voulant systématiser les mystères de Samothrace et les attribuer à des principes cosmiques comme le ciel, la terre et les idées platoniciennes, ses classifications se contredisent sans cesse. L analyse démontre que l ensemble de ces cultes ne conduit ni au vrai Dieu ni au salut éternel, mais qu ils aboutissent inévitablement à des réalités corporelles et corruptibles, tout en servant à attirer de vils démons par l entremise de pratiques insensées.
L ensemble de ces bienfaits et de ces causes que les théologiens païens ont vainement cherché à attribuer à des divinités multiples revient de droit au Dieu unique et véritable. Ce créateur suprême a établi les commencements et les fins de toutes choses, gouverne les éléments, dispense la raison aux hommes et dispense sa grâce aux croyants par le mystère de la rédemption en Jésus Christ. Contrairement aux faux dieux qui réclament des hommages avilissants, le culte de ce Dieu unique dissipe les supercheries des esprits malins et libère l humanité de leur joug tyrannique.
La prise de conscience de la nature pernicieuse de ces mystères est illustrée par l épisode mémorable où les livres de Numa Pompilius, découverts par un laboureur sur le Janiculum, furent brûlés par ordre du sénat romain. Ces écrits secrets, issus de pratiques divinatoires et nécromantiques, révélaient des causes si scandaleuses et exécrables des institutions sacrées que les sénateurs jugèrent préférable de les détruire par le feu plutôt que de tolérer la vérité de leurs origines ténébreuses. Face à cette vanité religieuse, la démarche intellectuelle s oriente désormais vers les philosophes platoniciens, jugés les plus proches de la vérité pour discuter de la théologie naturelle et de la recherche de la véritable sagesse.
La sagesse platonicienne et la philosophie véritable
La philosophie de Socrate marque un tournant décisif en orientant ses efforts vers la correction et la régulation des mœurs, afin de purifier l esprit des désirs terrestres pour lui permettre de contempler la lumière incorporelle. Malgré sa condamnation injuste et la repentance tardive d Athènes, Socrate lègue à ses disciples de multiples interprétations du souverain bien, dont l éclat est surpassé par Platon. Ce dernier voyage pour assimiler le savoir des Égyptiens et des pythagoriciens, puis unifie la philosophie en trois branches, à savoir la morale, la physique et la logique. Grâce à sa profonde intuition, Platon et ses disciples reconnaissent que le Dieu suprême est à la fois le créateur de toutes choses, la source de la vérité et le principe de la béatitude, s élevant ainsi bien au-dessus des matérialistes et des théologies fabuleuses ou civiles.
La supériorité des platoniciens réside dans leur capacité à transcender le corps et l esprit changeant pour découvrir l existence immuable de Dieu, unique source de toute forme et de toute intelligence. Contrairement aux philosophes qui attribuent l origine de l univers à l eau, à l air, au feu ou à des atomes corporels, les disciples de Platon distinguent clairement l âme raisonnable et perçoivent que l essence divine ne se confond pas avec la matière. En proclamant que la béatitude s obtient par la connaissance et l imitation du Dieu incorporel, ils se rapprochent de la vérité chrétienne, même si le croyant instruit par les Écritures doit se prémunir contre leurs erreurs pour s attacher exclusivement au Créateur.
La place de Platon et la critique des démons
Les chrétiens, bien qu ignorants des termes techniques de la philosophie antique comme la physique, la logique ou l éthique, savent par la grâce divine que c est du Dieu unique et souverain que proviennent la nature, la doctrine et le salut. Si les platoniciens se distinguent de tous les autres philosophes, c est parce qu ils ont su identifier la cause cosmique, la lumière de la vérité et la source de la félicité dans le Dieu véritable. L examen historique montre cependant que Platon n a pu ni rencontrer le prophète Jérémie ni lire les Écritures hébraïques lors de son voyage en Égypte, puisque celles-ci n avaient pas encore été traduites en grec, bien qu il ait pu s instruire de leur contenu par des conversations. Certaines correspondances frappantes, telles que les premiers vers de la Genèse et la définition divine de l être prononcée par Moïse, témoignent néanmoins d une proximité remarquable avec la vérité révélée, surpassant les conceptions des philosophes matérialistes.
Malgré ces intuitions élevées concernant le Dieu suprême, Platon et ses plus illustres successeurs soutiennent obstinément que des rites sacrés doivent être rendus à une pluralité de dieux. L analyse de cette doctrine se heurte à la contradiction flagrante entre l affirmation que tous les dieux sont bons et la réalité de divinités qui exigent des spectacles théâtraux obscènes et immoraux, proscrits par Platon lui-même pour leur indignité. L explication avancée par certains platoniciens, selon laquelle les êtres rationnels se partagent entre les dieux célestes, les démons aériens et les hommes terrestres, attribue aux démons une nature passive, sujette aux passions humaines et amatrice de turpitudes. Apuleius défend cette vision dans son traité sur le dieu de Socrate, décrivant les démons comme des intermédiaires indispensables entre les dieux lointains et les hommes.
Cette hiérarchie qui place les démons dans l air entre le ciel et la terre ne confère pour autant aucune supériorité morale à ces esprits par rapport aux hommes vertueux. Les démons, malgré l excellence de leur corps aérien et l immortalité de leur temps, partagent avec les bêtes et les hommes des passions tumultueuses, la colère, la vanité et la sensibilité aux offrandes, se complaisant dans les crimes des magiciens et les obscénités de la scène. Prétendre que la vertu et l innocence de l homme doivent recourir à l entremise de tels intermédiaires impurs pour obtenir les faveurs des dieux relève d une erreur funeste. La véritable religion enseigne au contraire à rejeter l emprise de ces esprits trompeurs pour s élever par la pureté de l âme et l imitation du Créateur, se libérant ainsi d une condition misérable que les démons subissent éternellement.
La condamnation de la magie et de l impudicité
L analyse finale de ce livre expose l incohérence profonde de ceux qui estiment que les choses honteuses plaisent à la divinité, rappelant qu un tel comportement contredit l autorité même de penseurs aussi illustres que le philosophe Platon. L invocation des arts magiques, dont certains hommes impies se vantent orgueilleusement, se heurte à la réprobation universelle des lois et des institutions publiques. L auteur interroge la légitimité de ces pratiques en soulignant qu elles sont sévèrement punies, non point par l influence des chrétiens, mais parce qu elles constituent un fléau destructeur et manifeste pour le genre humain.
Cette opposition universelle aux sortilèges et aux maléfices démontre que les prétendus miracles de la magie ne relèvent en rien de la bienveillance divine, mais dépendent entièrement de l assistance de esprits malins et trompeurs. Les lois punissent rigoureusement ces actions parce qu elles exploitent la crédulité humaine pour corrompre les âmes et propager des vices que même la conscience commune réprouve. Ainsi, qu il s agisse des spectacles obscènes ou des arts occultes, toutes ces manifestations confirment la nécessité absolue de se tourner vers la véritable piété pour s affranchir de l emprise de ces forces corruptrices.