24. La perversité et la conscience de la discontinuité humaine
Spicilège — Résumé 🇫🇷 Français
L'existence humaine implique un combat permanent contre les fantômes intérieurs, tandis que la poésie constitue un tribunal que l'individu exerce sur lui-même. D'après l'analyse des aspects fondamentaux de l'univers, la perception commune impose d'abord une idée de continuité, tant par la centralisation nerveuse que par la généralisation logique. Cependant, l'approfondissement de la science et de la connaissance tactile révèle que la réalité se compose en profondeur de discontinuité, qu'il s'agisse de l'espace, des intervalles moléculaires ou du temps psychologique et variable.
Cette évolution vers la différenciation se retrouve également dans l'examen de l'âme et des créations esthétiques. À l'origine perçue comme une entité une et indivisible, l'âme apprend à se subdiviser en facultés distinctes et à nuancer ses états intérieurs, tout comme les auteurs modernes abandonnent les figures globales de l'Antiquité pour peindre des caractères spécialisés et complexes. La conscience progresse ainsi par étapes successives, allant de l'homogène vers une extrême hétérogénéité des sensations et des sentiments.
Enfin, le point de départ moral de l'humanité réside dans un égoïsme naturel dicté par le besoin de persister dans son être. La perversité morale émerge lorsque l'individu prend conscience d'autrui et choisit de lui sacrifier une partie de son propre moi, trouvant une jouissance paradoxale dans l'anéantissement de soi. Lorsque ce sacrifice est réalisé au profit de la collectivité, il engendre une moralité supérieure qui transcende les lois de la nature originelle.