25. L'essence de la perversité et la discontinuité du monde
Spicilège — Résumé 🇫🇷 Français
Vivre consiste à affronter les fantômes intérieurs issus de notre conscience, tandis qu'être poète revient à exercer un jugement sur soi-même. Si l'apparence première de l'univers tend vers la continuité par le biais de la centralisation nerveuse et de la généralisation logique, la science et l'expérience tactile démontrent que le monde se révèle en réalité profondément discontinu. Cette discontinuité s'observe tant dans l'espace que dans le temps psychologique, dont la variabilité se transforme selon l'évolution de la connaissance et de la conscience humaine.
Cette même mutation s'applique à la vision passionnelle et morale de l'univers, où l'âme passe d'une unité indivisible à une conscience diversifiée de ses propres facultés. À l'instar des créations artistiques modernes qui fractionnent les types humains en personnalités spécialisées telles que Macbeth ou Hamlet, l'âme affine sa sensibilité et distingue de multiples nuances en ses profondeurs, valorisant ainsi la complexité de ses composants.
Le point de départ de la moralité humaine réside initialement dans un égoïsme fondamental dicté par l'instinct de survie. La perversité morale surgit lorsque l'individu prend conscience de l'existence d'autrui et choisit de lui sacrifier une portion de son propre moi, trouvant une jouissance intime dans cet anéantissement. Lorsque ce sacrifice est accompli au bénéfice de la collectivité, il engendre une moralité supérieure qui transcends l'ordre naturel des choses.