Posie, Dolly et Silvia Hanro quittent la loge de l’actrice pour rejoindre le plateau de tournage sous le soleil éclatant. Dans le long couloir vitré puis sur la terrasse, Silvia semble presque irréelle aux yeux de Posie, enveloppée dans ses bandages de maquillage et protégée par un petit parasol japonais violet. Le chemin vers le studio traverse les anciens jardins de Worton Hall, désormais transformés en immense zone de production où une centaine de personnes travaillent sans relâche. Posie découvre l’ampleur du tournage de Henry the King : des menuisiers fabriquent des décors imposants, des ouvriers peignent des toiles de scène, des chevaux attendent près de chariots chargés de matériel et les figurants profitent d’une pause sous une tente. L’activité ressemble davantage à celle d’un chantier naval qu’à celle d’un simple studio de cinéma, confirmant les propos de Robbie Fontaine sur cette véritable petite ville qu’est devenue Worton Hall Studios. La présence de Silvia attire immédiatement tous les regards, car sa silhouette imposante, ses vêtements blancs et son parasol coloré la rendent impossible à ignorer. Posie, qui regrette d’avoir choisi une tenue jaune trop voyante, tente de rester discrète tandis que Dolly, au contraire, semble apprécier l’attention.
Sur le chemin du studio sombre, plusieurs personnes suivent leur progression. Elaine, la coiffeuse-habilleuse de Silvia, avance péniblement avec des rideaux ou des tissus dans les bras malgré des chaussures orange très peu pratiques. Sidney, le jeune assistant déjà rencontré par Posie, les suit également en répétant une chanson agaçante tout en transportant des accessoires. Il est interrompu par un homme grand et impressionnant qui s’approche de Posie. Cet homme, blond, bronzé, vêtu comme un sportif et portant une énorme lampe de cinéma, dégage une présence presque mythique. Posie remarque son allure et son parfum de bois et de menthe, intriguée par cet inconnu qui semble appartenir pleinement à l’univers du studio. Silvia, qui le remarque aussi, ne lui adresse pourtant aucun signe. Peu après, ils arrivent devant le studio sombre, un immense bâtiment de tôle semblable à un hangar. Une pancarte indique que le tournage de Henry the King est en cours, avec Silvia Hanro et Robbie Fontaine dans les rôles principaux. À l’intérieur, la fraîcheur et l’obscurité contrastent avec la chaleur extérieure. Posie et Dolly découvrent un monde nouveau fait de décors en bois, de projecteurs puissants, de caméras et d’une agitation constante autour de la scène.
Brian Langley apparaît bientôt, furieux, un mégaphone à la main. Il reproche à Silvia son retard de deux minutes et son absence mystérieuse du matin, puis critique durement son apparence après avoir retiré ses vêtements de protection. Son maquillage a souffert de la chaleur et sa perruque est en désordre. Il accuse Elaine de ne pas faire correctement son travail, ce qui révèle immédiatement à Posie que la jeune femme est terrorisée par le producteur. Silvia prend les reproches avec légèreté, mais Dolly intervient rapidement pour réparer son maquillage avec une grande efficacité. En quelques instants, elle redonne à l’actrice une apparence impeccable. Brian, impressionné par ses talents, propose alors à Dolly un travail ponctuel pour le reste de la journée et lui promet un salaire équivalent à celui des figurants. Dolly accepte avec enthousiasme, tandis que Posie s’interroge sur les implications de cette proposition et sur les contraintes professionnelles imposées aux femmes mariées à cette époque.
Une fois Silvia prête, Brian Langley se concentre sur la scène à tourner et affirme qu’elle ressemble désormais davantage à Anne Boleyn. Posie est stupéfaite par cette interprétation qu’elle juge historiquement absurde, car Silvia, grande blonde et imposante dans la réalité, doit jouer une reine connue pour son apparence très différente. Elle n’a toutefois pas le temps de protester, car Robbie Fontaine apparaît dans son costume royal, vêtu de velours richement décoré et portant une couronne. Là encore, Posie trouve son apparence peu crédible pour incarner Henri VIII, mais elle observe surtout la transformation immédiate du couple devant les caméras. Robbie embrasse Silvia avec passion en public, tandis qu’elle lui répond avec des mots tendres, jouant parfaitement leur rôle d’amants célèbres. Les membres de l’équipe réagissent avec amusement, habitués à cette représentation permanente du couple idéal. Posie comprend alors pleinement ce que Silvia appelait le « spectacle Robbie et Silvia », une mise en scène aussi importante devant les caméras qu’en dehors.
Lorsque Brian ordonne le début du tournage, tout le monde disparaît rapidement dans l’obscurité du plateau. Posie et Dolly restent momentanément seules, ne sachant pas où s’installer pour observer la scène et assurer la protection de Silvia. Elaine revient finalement les guider vers des chaises placées au premier rang, près des caméras, avec une vue directe sur le décor. Elle leur propose du thé, du champagne et des pâtisseries préparées par le cuisinier du studio. Posie choisit le thé et demande toutes les sortes de gâteaux, heureuse de retrouver un peu de confort après cette matinée éprouvante. Brian exige ensuite le silence et le tournage commence. Silvia entre en scène sous sa perruque blonde, incarnant Anne Boleyn dans une séquence particulièrement dramatique. Posie observe avec un mélange d’amusement et d’agacement, tout en remarquant qu’Elaine regarde Robbie Fontaine avec une admiration évidente, comme beaucoup d’autres femmes semblent le faire. Elle demande à Elaine quelle scène ils tournent et apprend qu’il s’agit de l’exécution d’Anne Boleyn avec une guillotine. Cette révélation choque Posie, qui souligne que cette invention n’existait pas encore à l’époque supposée du récit. Dolly, elle, minimise l’importance de la précision historique, estimant que dans le cinéma le spectacle compte davantage que la réalité.