Par une journée de juillet exceptionnellement étouffante, Posie Parker travaille dans les bureaux de son agence de détectives de Grape Street en tentant de tricoter un pull destiné à Alaric pour son anniversaire. L’ouvrage est si mal commencé que Dolly Price, désormais Lady Cardigeon mais toujours l’amie la plus proche de Posie, le prend d’abord pour un amas informe de laine. Avec son humour habituel, Dolly se moque gentiment des talents de tricoteuse de Posie et lui conseille d’abandonner ce projet au profit d’un cadeau acheté chez Harrods. Elle s’étonne aussi qu’un vêtement aussi épais soit confectionné au cœur d’un été suffocant. La conversation glisse rapidement vers la situation sentimentale de Posie. Dolly lui rappelle qu’elle pensait assister depuis longtemps au mariage de son amie avec Alaric, mais que le sujet semble avoir disparu de leurs échanges. Cette question met immédiatement Posie mal à l’aise. Depuis son réveil, elle est poursuivie par un mauvais pressentiment né d’un rêve dans lequel Alaric tentait désespérément de lui annoncer une nouvelle urgente et probablement inquiétante. Même après s’être levée et avoir choisi une tenue jaune éclatante pour essayer de se remonter le moral, elle n’a pas réussi à dissiper cette impression. Entendre une chanson populaire consacrée au mariage pendant son trajet jusqu’au bureau n’a fait qu’accentuer son malaise. Lorsqu’elle répond finalement à Dolly, elle affirme que tout va bien mais reconnaît que leur mariage est sans cesse repoussé parce qu’Alaric se trouve au Maroc depuis deux mois et ne reviendra qu’à l’occasion de son anniversaire. Refusant d’approfondir ce sujet douloureux, elle préfère accepter la proposition de sortir déjeuner, heureuse d’abandonner un tricot qui ne lui apporte que frustration.
Au moment où les deux femmes s’apprêtent à quitter le bureau, les jumelles de Dolly, Bunny et Trixie Cardigeon, se réveillent simultanément dans leur immense landau et éclatent en pleurs. Dolly, dépassée, ne sait absolument pas comment calmer ses filles. Posie lui rappelle avec irritation qu’elle a renvoyé les deux nourrices qui auraient justement pu les aider. Dolly avoue qu’elle ne supporte pas ces nouvelles employées choisies par son mari Rufus, car elle a l’impression constante qu’elles l’espionnent. Les deux femmes peinent également à déplacer le lourd landau sans assistance. Posie remarque intérieurement que les bébés, rouges de colère, ressemblent davantage à leur grand-père, le comte de Cardigeon, qu’à de charmants nourrissons. Leur difficulté est heureusement interrompue par l’arrivée de Len Irving, associé de Posie. Chargé d’un énorme ventilateur métallique, il comprend immédiatement la situation et se contente de faire rouler doucement le landau sur le palier. Le mouvement suffit à calmer instantanément les jumelles. Dolly, presque au bord des larmes, lui demande alors s’il accepterait de surveiller les enfants pendant leur courte absence. Len accepte volontiers, expliquant que la période estivale est particulièrement calme pour son activité de détective spécialisé dans les affaires d’adultère. Posie lui précise qu’elles seront absentes au maximum une heure, profitant également du fait que Prudence Smythe est en vacances et que leur secrétaire remplaçante, Tess, est loin d’être aussi compétente. Len rassure les deux femmes et les laisse partir. Une fois dehors, elles sont immédiatement frappées par une chaleur presque insupportable. Les rues semblent désertes tant les Londoniens cherchent à fuir le soleil. Même les vendeurs ambulants et les mendiants ont disparu. Posie se sent ridicule dans son élégant costume jaune de la maison Harlow, qui lui donne désormais l’impression d’être un énorme canari. Elle tente de retrouver un peu de fraîcheur en s’aspergeant abondamment de parfum à la violette.
En cherchant un taxi qui ne vient jamais, les deux amies évoquent leurs souvenirs de la précédente grande canicule, celle de 1915. Dolly se rappelle parfaitement cette année parce qu’elle s’apprêtait alors à partir comme infirmière en France pendant la Grande Guerre. Avant son départ, Londres suffoquait déjà sous la chaleur tandis que les raids de Zeppelins menaçaient quotidiennement la population. Elle raconte avoir échappé de peu à une attaque près de Red Lion Square avant d’être envoyée à Folkestone, où elle se souvient des milliers de soldats alignés sur la Road of Remembrance, brûlant au soleil en attendant leur embarquement. Contrairement à ce que Posie a toujours entendu de sa bouche, Dolly parle cette fois de cette époque avec une étrange nostalgie plutôt qu’avec tristesse. Cette attitude inquiète profondément Posie. Depuis la naissance des jumelles, son amie lui paraît transformée. Autrefois vive et pétillante, elle semble désormais épuisée, amaigrie et souvent absente, comme si toute sa lumière intérieure s’était éteinte. Posie réfléchit à cette évolution en se rappelant que la visite improvisée de Dolly est inhabituelle. Lady Cardigeon est normalement absorbée par d’innombrables obligations mondaines et ne passe presque jamais sans prévenir. Les deux femmes renoncent finalement à attendre un taxi pour Harrods, car elles ne pourraient pas effectuer l’aller-retour dans le temps prévu. Dolly suggère même de rentrer délivrer Len de la garde des enfants, tout en regrettant de ne pas pouvoir profiter davantage de ce moment de liberté avec Posie. Elle évoque alors avec enthousiasme le dernier film de Betty Balfour, qu’elle recommande chaleureusement, tandis que Posie avoue ne pas l’avoir vu. Refusant que leur rare sortie se termine aussi vite, Posie propose simplement d’aller déjeuner ensemble. Elle persuade finalement Dolly en vantant les célèbres croquettes de poisson du restaurant Kettner’s, situé à quelques minutes de marche dans Soho. Cette perspective suffit à rendre le sourire à Dolly, qui reprend le bras de son amie comme au temps de leur première rencontre.
Malgré cette apparente légèreté retrouvée, Posie est incapable de se débarrasser d’un sentiment de malaise. En traversant les rues presque vides de Soho, elle éprouve à plusieurs reprises l’impression d’être observée. Avant même d’en parler, elle aperçoit les deux imposantes nourrices assises devant le glacier Caspari, occupées à déguster des glaces tout en lançant à Dolly des regards désapprobateurs. Posie comprend qu’elles étaient en train de médire de leur employeuse. Dolly, absorbée par son maquillage, ne les remarque pas. Convaincue que ces femmes rendent probablement la vie de son amie plus difficile, Posie l’éloigne discrètement sans provoquer d’incident. Cependant, l’étrange sensation persiste. À plusieurs reprises, elle croit apercevoir un jeune garçon brun qui se cache dès qu’elle se retourne. Son expérience de détective lui fait reconnaître un « stringer », un jeune filateur en apprentissage. Dolly tourne cette inquiétude en dérision, persuadée que Posie se laisse emporter par son imagination. Pourtant, Posie commence à envisager une hypothèse plus sérieuse. Elle se demande si Rufus Cardigeon ne craindrait pas un enlèvement visant sa femme ou ses filles et si les nourrices n’auraient pas été recrutées autant comme gardes du corps que comme domestiques. Elle s’agace de n’avoir reçu aucune information à ce sujet. Au même instant, le jeune garçon court devant elles, gagne Romilly Street et adresse un signal à quelqu’un tout en criant qu’il a retrouvé les deux femmes. Quelques secondes plus tard, une élégante Ford verte ornée d’un blason s’approche silencieusement et s’arrête près d’elles. Le garçon grimpe aussitôt à l’avant du véhicule. Posie aperçoit alors, à travers la vitre arrière, la silhouette d’un homme brun assis à l’arrière. Dolly, désormais aussi inquiète qu’elle, secoue la tête lorsqu’on lui demande si elle connaît cet inconnu. Convaincue qu’elles vont être victimes d’un enlèvement, Posie reste figée aux côtés de son amie. La portière s’ouvre soudain dans un déclic sec, l’homme commence à sortir de la voiture et une silhouette vêtue de blanc apparaît brusquement, interrompant la scène au moment où les deux femmes s’apprêtent à découvrir son identité.