
Résumé : De la terre à la lune: trajet direct en 97 heures 20 minutes
Jules Verne
Chapitre 2
Au lendemain de la guerre fédérale des États-Unis, la ville de Baltimore voit s'établir le Gun-Club, une association très influente regroupant des artilleurs, des ingénieurs et des spécialistes de la balistique.
Durant le conflit, ces inventeurs passionnés ont surpassé l'Europe en concevant des armes aux dimensions colossales et aux portées inédites, décuplant l'efficacité meurtrière de leurs tirs. Cependant, la signature de la paix plonge brusquement le club dans un désœuvrement profond. Les membres, souvent marqués par de graves mutilations de guerre, errent dans des salles désertes et regrettent l'époque des canonnades. Le secrétaire perpétuel, J.-T. Maston, et ses compagnons se lamentent de l'absence de toute perspective de guerre, refusant d'employer leur génie au profit des nations européennes dont ils méprisent les règles d'avancement militaire. Le club est alors menacé de dissolution face à cette oisiveté forcée.
C'est dans ce contexte de crise qu'une circulaire du président Impey Barbicane convoque l'ensemble des membres pour une communication de la plus haute importance. Le 5 octobre, une foule compacte de scientifiques, de correspondants et de curieux prend d'assaut le hall du Gun-Club, magnifiquement décoré de panoplies d'armes, de lustres formés de revolvers et de monuments à la gloire de l'artillerie. Barbicane, un homme de quarante ans originaire de la Nouvelle-Angleterre, réputé pour son calme, sa rigueur mathématique et son sens pratique inébranlable, prend place sur son siège élevé en forme de mortier.
Devant une assemblée suspendue à ses lèvres, le président Barbicane commence par déplorer la paix inféconde qui paralyse leurs travaux. Constatant qu'une nouvelle guerre est impossible dans les circonstances actuelles, il annonce avoir élaboré un projet grandiose, digne du dix-neuvième siècle et du passé glorieux du Gun-Club. Il propose d'utiliser les progrès de la balistique pour accomplir une entreprise inédite : établir une communication directe avec la Lune et en faire la conquête au nom de l'Union. Après avoir rappelé les voyages imaginaires et les mystifications scientifiques qui ont jalonné l'histoire littéraire, de Cyrano de Bergerac à Edgar Allan Poe, Barbicane affirme que les connaissances astronomiques actuelles permettent enfin de passer de la fiction à la réalité. Son discours, accueilli par des acclamations frénétiques et un enthousiasme universel, redonne instantanément une mission d'envergure mondiale aux artilleurs désœuvrés.
Chapitre 3
Alors que les gigantesques travaux du Gun-Club touchent à leur fin, une nouvelle extraordinaire vient bouleverser l’Amérique et ranimer l’intérêt du public. Le 30 septembre, le président Impey Barbicane reçoit un télégramme en provenance de Paris. Un Français nommé Michel Ardan propose de remplacer l'obus sphérique initial par un projectile cylindro-conique, annonçant qu'il prendra place à l’intérieur pour voyager vers la Lune et qu'il arrivera prochainement à bord du navire Atlanta.
Cette annonce suscite d'abord la stupéfaction et l'incrédulité générale. Les membres du club qualifient le projet de plaisanterie ou de folie pure, à l'exception notable du secrétaire J.-T. Maston qui salue l'audace de cette idée. Face au scepticisme, Barbicane mène une enquête télégraphique auprès de Liverpool et obtient la confirmation officielle que Michel Ardan est bel et bien enregistré comme passager sur l' Atlanta. Dès lors, une fièvre monumentale s'empare du pays. Des milliers de curieux affluent à Tampa-Town, quadruplant sa population en quelques jours. Le 20 octobre, le navire accoste enfin. Barbicane monte à bord et rencontre Ardan, un homme de quarante-deux ans à l'allure léonine, excentrique, profondément désintéressé, généreux et passionné par l'impossible. Malgré le contraste saisissant entre le flegme du président américain et l'enthousiasme bouillant du voyageur français, les deux hommes s'entendent rapidement. Ardan maintient sa décision inébranlable et propose de tenir un grand meeting public le lendemain afin d'exposer ses plans et de répondre à toutes les objections.
Le jour suivant, une tente colossale est improvisée en pleine plaine à l'aide de voiles de navires pour abriter un rassemblement de trois cent mille personnes. Accompagné par Barbicane et Maston, Michel Ardan monte sur l'estrade et s'adresse à la foule en anglais avec une grande aisance. Se qualifiant lui-même d'« ignorant sublime », il présente le voyage spatial comme une suite logique du progrès technique humain. Pour rassurer son auditoire face aux doutes sur la vitesse vertigineuse du projectile, il énumère avec précision les vitesses de translation des différentes planètes du système solaire, démontrant que la course de l'obus sera en réalité bien inférieure à celle de la Terre. Ardan conclut son discours sous des applaudissements frénétiques en rejetant les visions limitées de l'humanité, affirmant avec conviction que la Lune et les étoiles seront bientôt accessibles, et que l'espace sera traversé aussi facilement que l'on relie Liverpool à New York.
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