Bénéficiant de l'excès de confiance des huit cents Apaches qui dorment paisiblement après leur assaut manqué sur l'île, les fugitifs entament une évasion audacieuse.
Dissimulée par un épais brouillard, la pirogue glisse le long du fleuve sous la direction de la Plume-d’Aigle et accoste au pied d'un rocher protecteur. Les chasseurs débarquent et s'avancent en file indienne à pas de loup au cœur du camp ennemi, rasant les tentes et enjambant les guerriers endormis. Malgré la tension insoutenable, la chance leur sourit lorsqu'un Apache s'éveille brusquement face à eux. Paralysé par la surprise et l'aspect spectral de cette procession silencieuse, l'Indien se méprend en croyant à une vision céleste et se rendort sans donner l'alerte.
Une fois sortis du camp, la priorité est de trouver des montures. Suivant les conseils de don Pablo, le groupe décide de rester uni plutôt que de se séparer. Guidés par Rayon-de-Soleil, ils découvrent rapidement les chevaux de la tribu, entravés à l'amble et sous la surveillance d'une sentinelle. Refusant de verser le sang inutilement comme le suggère doña Clara, Curumilla s'approche en rampant et neutralise silencieusement le gardien apache à l'aide de son lazo. L'homme est ligoté et déposé sain et sauf aux pieds de la jeune Mexicaine. Les chasseurs s'emparent des sept meilleurs chevaux, enveloppent leurs sabots de cuir de bison pour étouffer le bruit et s'élancent à fond de train dans le désert, assurés d'avoir au moins six heures d'avance.
Au lever du jour, après une course effrénée de dix lieues à travers les collines et les rivières, la brume se dissipe et révèle une prairie calme. Vers huit heures du matin, Valentin repère une fumée bleuâtre. Grâce aux explications de la Plume-d’Aigle, les blancs apprennent à distinguer la fumée légère et impalpable des feux indiens faits de bois sec de celle, blanche et épaisse, des feux de bois vert faits par les blancs. En approchant, ils sont accueillis amicalement par deux Comanches armés. Valentin reconnaît parmi eux Pethonista, l’un des chefs les plus vénérés de la nation comanche.
L’accueil est chaleureux, car Valentin est un enfant adoptif de cette tribu. Pethonista explique que le grand sachem l'Unicorne l'avait informé de leur arrivée imminente avant de quitter le village. Le chef comanche souhaite la bienvenue à doña Clara, rebaptisée le Lis blanc de la vallée, ainsi qu'à Rayon-de-Soleil, puis il repart au galop pour annoncer la nouvelle à son peuple et préparer leur réception. Soulagés d'être enfin hors de danger, Valentin invite ses compagnons à ralentir le pas pour respecter les traditions de leurs hôtes. La petite troupe poursuit sa route au petit trot vers le village comanche, le cœur rempli de gratitude pour cette protection providentielle.