L. B. Hathaway

15. Le mariage enfin retrouvé

Marriage Is Murder?Résumé 🇫🇷 Français

Posie revient à l’église suisse environ quinze minutes après l’avoir quittée, et cette fois les portes fermées s’ouvrent facilement lorsqu’elle les pousse, comme si la scène se répétait dans une étrange impression de déjà-vu. Pourtant, tout a changé. Elle ne porte plus le bouquet de roses blanches qu’elle avait auparavant dans les mains, mais seulement son sac de voyage sale, tandis qu’elle a réussi à remettre son beau voile et sa coiffure, à raviver légèrement son rouge à lèvres et à arranger son maquillage dans le motor-taxi. Sa robe est désormais tachée par la poudre du visage de Dolly, la saleté de Londres et le sang de Caspian della Rosa, et elle sent l’essence et les bulbes de tulipe plutôt que son parfum habituel de violette de Parme. Elle tient toujours le Webley, et ses mains ou son corps restent parcourus par le tremblement qui l’avait saisie dans le taxi. Malgré tout ce désordre, elle ne ressent plus la déception ni l’inquiétude qui accompagnaient l’absence des roses et la présence mystérieuse du mimosa. Elle comprend maintenant que Caspian della Rosa est derrière ces fleurs, comme il l’avait déjà été en 1921 lorsqu’il avait envoyé du mimosa à Posie, simplement parce que cette fleur était sa préférée et constituait en quelque sorte sa signature. Cette compréhension s’inscrit dans une situation bien plus urgente, mais Posie n’a plus envie de s’attarder sur le passé immédiat. Elle veut croire que cette fois, tout va enfin se dérouler comme prévu, parce que Richard est là et qu’il est précisément l’homme qu’elle espérait retrouver. Richard Lovelace porte son uniforme de cérémonie de la police. Son visage est encore très pâle et choqué, une égratignure et un bleu commencent à apparaître sur sa pommette gauche, mais il semble avoir échappé au pire. Dès qu’il aperçoit Posie dans l’entrée, ses yeux verts s’illuminent et son visage s’éclaire d’un large sourire. À côté de lui se tient Father Hoffman, le prêtre que Posie avait rencontré la semaine précédente, vêtu cette fois de ses véritables vêtements sacerdotaux, noirs, lourds et maintenant quelque peu froissés. À la gauche de Richard se trouve également le véritable Rhoddy Brown, reconnaissable grâce à une petite boîte en velours bleu contenant deux alliances en or assez bon marché achetées chez Woolworths. Posie le trouve radicalement différent de l’homme qui avait usurpé son identité plus tôt, un Mr Brown roux, massif et robuste. Le véritable Rhoddy Brown est petit, sombre, osseux et d’apparence fragile, avec un teint presque entièrement jaunâtre. Posie comprend qu’il est lui-même en mauvaise santé et suppose que son état, ajouté à celui de sa femme malade, explique pourquoi il n’avait pas pu venir à Londres plus tôt. Sa présence aujourd’hui prend donc une importance particulière. Il a fait le voyage depuis le pays de Galles uniquement pour assister au mariage de son vieil ami Richard, malgré les difficultés et les dangers du déplacement. Posie imagine ce qu’il a dû subir ce matin lorsqu’il a été attaqué par les hommes de Caspian della Rosa. Elle se demande s’il a cru qu’il sortirait vivant de Londres, s’il avait regretté d’être venu, ou s’il avait pensé que tous les efforts accomplis pour traverser les tranchées et atteindre la ville pourraient finalement ne servir à rien. Ces pensées renforcent la gravité de ce moment, où chacun a dû affronter la violence et la possibilité de mourir avant de pouvoir simplement assister à un mariage. Soudain, l’atmosphère bascule complètement. Tout le monde se lève tandis que l’orgue éclate dans l’église. Les personnes présentes rient et applaudissent, comme si les événements extraordinaires et terrifiants qui viennent de se produire n’avaient plus d’importance. Rhoddy Brown lui-même affiche un large sourire, preuve qu’il possède une résistance morale qui lui permet de ne pas rester longtemps accablé par les catastrophes. Posie remarque aussi que l’église semble plus remplie qu’auparavant. Elle comprend que les journalistes et les photographes qui attendaient à l’extérieur lors de sa précédente arrivée sont maintenant entrés et se sont regroupés au fond de l’édifice. Les flashs crépitent soudainement autour d’elle. Malgré son épuisement et son bouleversement, Posie s’efforce de sourire et de reprendre contenance devant cette foule et devant les appareils photographiques. Richard, cependant, ne se préoccupe pas des convenances ni de la solennité habituelle d’un mariage. Il avance directement dans l’allée à sa rencontre et vient la rejoindre à mi-chemin. Il remarque immédiatement le Webley que Posie tient encore entre ses mains. Sans lui poser de question ni faire de commentaire, il le lui retire doucement et le range dans une poche intérieure de son uniforme. Ce geste simple marque une rupture importante avec les violences qui ont précédé leur arrivée à l’église, car Posie n’a plus besoin de porter elle-même son arme ni de rester constamment prête à se défendre. Richard la prend ensuite dans une grande étreinte, la soulève du sol et enfouit son visage dans ses cheveux. Posie pense qu’il pourrait se mettre à pleurer, et elle sent qu’elle-même n’en est pas loin. Au milieu de cette émotion, elle ressent soudain un coup à l’intérieur d’elle-même, rappel concret de la vie qu’elle porte et de l’avenir qui l’attend. Ce mouvement la ramène aussitôt au but de leur présence dans l’église. Avec un sourire, elle presse Richard de continuer et lui rappelle qu’ils ont un mariage à célébrer, que tout le monde attend et qu’elle espère seulement que la cérémonie pourra enfin avoir lieu cette fois. Elle glisse alors naturellement sa main sous le bras de Richard. Ensemble, ils avancent dans l’allée, laissant derrière eux les dangers, les poursuites et les bouleversements qui ont marqué cette journée, pour se diriger vers l’avenir qu’ils étaient venus chercher. La scène s’achève donc sur une décision simple mais chargée d’émotion. Malgré tout ce qui a tenté de les empêcher de se retrouver, Posie et Richard choisissent de poursuivre leur mariage et de marcher ensemble vers la suite de leur vie.