Posie expose enfin devant Richard Lovelace et le sergent Fox la théorie qu’elle a progressivement construite autour d’Elsie Moncrieff. Elle affirme qu’Elsie était une espionne professionnelle, armée et extrêmement prudente, dont l’identité véritable demeure inconnue. Elle ne semble avoir laissé aucune documentation officielle permettant de retracer son existence, comme si elle avait délibérément effacé toutes ses traces. Malgré son caractère séduisant, son goût pour la musique, la mode et la danse, elle aurait évité de s’attacher véritablement aux autres, car sa mission exigeait une grande discrétion. Selon Posie, Elsie s’était entourée de personnes soigneusement choisies capables d’espionner pour elle et de recueillir des informations auxquelles elle n’aurait pas directement accès. Elle rendait régulièrement compte de ses activités à quelqu’un, chaque dimanche après-midi depuis l’hôtel, en utilisant le nom de code Burning Dog. White Shaw, et plus particulièrement la chambre où elles se trouvent, aurait ainsi constitué une sorte de refuge sûr pour ses activités clandestines. Posie montre également les tableaux accrochés aux murs, qu’elle attribue à Elsie, ce qui donne à cette chambre une dimension encore plus personnelle. Elle explique ensuite que la mission initiale d’Elsie consistait probablement à surveiller les clients de White Shaw, notamment les personnes fréquentant les somptueuses réceptions, mais que son attention s’était progressivement concentrée presque exclusivement sur Petronella Douglas. Elsie aurait même engagé un amant convenable pour Petronella afin d’obtenir des informations sur elle. Ce travail d’espionnage semblait particulièrement motivé par les finances de la créatrice de mode, qu’Elsie trouvait suspectes. Posie rappelle le réhypothécation de White Shaw, les difficultés du Fashion House, le remboursement du prêt par Taylors et l’étrangeté entourant un certain Mr Tell. Elle espère que les recherches demandées à Fox auprès de la banque et de Companies House permettront bientôt d’éclaircir ces affaires, mais le sergent n’a encore reçu aucun des renseignements attendus. Posie reconnaît également plusieurs zones d’ombre. Elle soupçonne qu’un homme ait aidé Elsie au début de son opération et qu’il l’ait peut-être retrouvée dans cette même chambre le dimanche précédent sa mort. Elle ignore toutefois son identité et ce qu’il est devenu. Elle ne sait pas davantage ce que Petronella a découvert dans l’appartement d’Elsie ce dimanche, mais elle est convaincue que cette découverte a profondément bouleversé la créatrice. Après cela, Petronella a écrit à Elsie pour mettre fin à son emploi de gouvernante, s’est violemment emportée contre son mari au téléphone et a adopté une attitude étrange lorsque la mort d’Elsie a été annoncée. Posie rappelle notamment la profanation de la chambre d’Elsie et le comportement calculé de Petronella lorsqu’elle a offert à boire au policier local, semblant chercher à gagner du temps.
Pour Posie, l’opération d’Elsie touchait alors à sa fin. Elle souligne qu’Elsie ne comptait rester à l’hôtel que jusqu’à la fin de la semaine et qu’elle avait été entendue déclarant à l’homme mystérieux du dimanche qu’elle voulait partir, ou « out ». Cette volonté de quitter les lieux pourrait indiquer que sa mission arrivait à son terme, mais Posie reste incapable de déterminer précisément ce qu’était cette opération. Un autre mystère l’obsède, celui du « November Drop », mentionné à plusieurs reprises sans qu’elle en comprenne la signification. Elle demande à Richard s’il connaît cette expression, mais il avoue n’en avoir aucune idée. Fox avance alors une hypothèse particulièrement directe, selon laquelle Petronella aurait découvert dans l’appartement d’Elsie des preuves de ses activités d’espionnage et l’aurait tuée pour cette raison. Posie reconnaît que cette explication est plausible, tout en refusant de considérer Petronella comme l’unique suspecte. White Shaw abrite selon elle suffisamment de personnages suspects pour rendre l’affaire beaucoup plus complexe. Harriet, la femme de chambre, et peut-être son fiancé Alf pourraient être de petits maîtres chanteurs, tandis que plusieurs hommes auraient pu être amoureux d’Elsie sans être aimés en retour, notamment Tony Stone, Mickey O’Dowd et, plus hypothétiquement, Sidney Sherringham. Tous pourraient donc avoir eu une raison de vouloir sa mort. Malgré cette liste, Posie reste surtout préoccupée par la raison pour laquelle Elsie lui avait personnellement écrit en juillet pour lui demander de venir à White Shaw. En tant que détective privée, Posie aurait forcément remarqué qu’une opération secrète était en cours et risquait ainsi de compromettre la mission d’Elsie. Richard suggère alors une interprétation différente. Peut-être Elsie voulait-elle précisément provoquer cette intervention, mettre fin à sa mission ou faire échouer délibérément l’opération. Si elle était déjà décidée à partir, elle aurait pu vouloir adresser une sorte de défi à ses employeurs, en détruisant elle-même ce qu’ils avaient construit. Cette possibilité pousse Posie à s’interroger sur l’identité de ces employeurs. Elle pense qu’Elsie pouvait être allemande, même si elle avait soigneusement dissimulé cette origine. Son anglais était excellent, mais plusieurs personnes avaient remarqué qu’elle conservait un léger accent. Elle avait expliqué à l’un de ses interlocuteurs avoir grandi en Afrique du Sud, tandis qu’à un autre elle avait évoqué des relations néerlandaises. Richard comprend aussitôt que ces explications auraient pu servir à détourner les soupçons d’une origine allemande, en fournissant des justifications plausibles à son accent.
Posie affirme alors qu’un lien avec l’Allemagne existe forcément quelque part dans l’affaire. Richard ne répond pas immédiatement, car son attention est soudain attirée par quelque chose qu’il découvre près des portes-fenêtres. Pendant qu’il se penche pour ramasser l’objet, Posie sort de son sac les petits trésors qu’elle avait conservés après les avoir récupérés parmi les affaires d’Elsie. Elle retrouve notamment un minuscule fragment de télégramme portant des mots allemands et le montre à Richard. Elle lui explique que ces objets sont précisément ceux qu’Elsie avait cachés et qu’elle ne voulait laisser personne découvrir. Le fragment constitue donc, selon Posie, la preuve qu’Elsie recevait effectivement des messages en allemand. Richard lit le télégramme tout en passant nerveusement les mains dans ses cheveux auburn. Son comportement contraste fortement avec l’enthousiasme du sergent Fox. Là où Fox paraît stimulé par la perspective d’une avancée majeure dans l’enquête, Richard semble successivement en colère, effrayé et profondément mal à l’aise. Son attention se porte particulièrement sur les petites photographies sépia représentant des enfants, qu’il observe avec une inquiétude visible. Il se ronge même l’ongle, mais demeure silencieux. Posie poursuit pourtant son raisonnement et admet qu’elle ne comprend toujours pas pourquoi Elsie a été tuée. Elle rappelle que Richard lui explique habituellement que les meurtres sont motivés principalement par l’amour ou par l’argent, mais elle se demande si ces règles ordinaires peuvent réellement s’appliquer à une affaire d’espionnage. Peut-être les espions obéissent-ils à d’autres logiques, où les motivations habituelles ne suffisent plus. Posie remarque qu’elle a volontairement évité de parler de Max durant toute son explication, car elle ignore encore s’il est impliqué. Cette omission la préoccupe, tout comme l’attitude de Richard. Celui-ci tient maintenant un petit morceau de papier de la taille d’une carte de visite et le dépose silencieusement devant elle. Le papier est complètement détrempé et l’encre noire a largement bavé. Posie reconnaît immédiatement l’écriture serrée et irrégulière de Max. Cette découverte, apportée sans aucune explication par Richard, transforme brusquement l’atmosphère de la pièce. Alors que Posie venait de reconstruire une théorie cohérente autour d’Elsie, de son activité d’espionnage et d’un possible lien avec l’Allemagne, le fragment écrit de la main de Max introduit soudain une nouvelle menace et remet en cause tout ce qu’elle croyait comprendre.