Tous les protagonistes sont finalement réunis dans le salon de l’hôtel, transformé en pièce de confrontation sous haute surveillance. La porte est verrouillée, Chief Inspector Oats monte la garde, Rainbird, Fox et Smallbone surveillent les murs, et des policiers de la Metropolitan Police contrôlent les accès au Bay Hotel. William Joynson-Hicks, dit Jix, et Sir Vernon Kell sont également présents. Petronella Douglas, menottée, proteste vivement de son arrestation, tandis que Tony Stone reste à distance de sa femme, nerveux et visiblement mal à l’aise. Mickey O’Dowd paraît épuisé et tremblant, Sidney Sherringham est particulièrement attentif, Ruth Walker et Alf semblent inquiets, et Mr Potterton dissimule mal son intérêt pour le spectacle. Posie, placée devant le feu, doit maintenant exposer la conclusion à laquelle ses recherches l’ont conduite. Elle affirme d’emblée que trois personnes ont été assassinées à White Shaw, Elsie Moncrieff, Harriet Neame et Bruce Douglas, et que ces trois morts sont liées au même meurtrier. Selon elle, l’affaire ne repose ni sur l’amour, ni sur la jalousie, ni sur l’argent, mais sur des rêves détruits et sur les sacrifices imposés à ceux qui ont choisi une existence clandestine. Avant d’aborder directement les meurtres, elle doit révéler le passé secret d’Elsie et de son entourage, avec l’accord tacite de Sir Vernon Kell, qui comprend que les informations qu’elle s’apprête à dévoiler relèvent de l’espionnage britannique.
Posie explique alors qu’à partir de 1917, trois agents travaillaient pour le gouvernement britannique sur la côte sud, dans des opérations hautement confidentielles. Deux d’entre eux dirigeaient à Douvres une maison sûre, un véritable refuge pour les agents entrant dans le pays ou en sortant. L’un de ces deux agents était une jeune Allemande de la classe moyenne, remarquablement douée, recrutée en 1917 et connue sous le nom d’Elise, devenue plus tard Elsie Moncrieff. Son mari était en réalité Lord James Roades, fils de l’Earl of Malorney, héritier d’une immense tradition aristocratique et militaire. Pourtant, Jack Roades avait toujours refusé de se conformer aux attentes de sa famille. Pacifiste, il avait refusé de s’engager dans la Grande Guerre et avait disparu au début de 1917, adoptant le nom de Jack Moncrieff, un ancien nom familial suffisamment éloigné pour ne susciter aucune recherche. Il s’était ensuite marié avec Elise, et tous deux avaient consacré leur existence à leur mission. Mais leur sacrifice avait été encore plus profond, car Elise et Jack avaient eu un enfant. Les règles de leur activité clandestine leur avaient fait considérer qu’un espion ne pouvait pas avoir de famille, et leur bébé avait donc été confié à d’autres, tandis qu’une fausse histoire de mort-né était répandue. Cette décision avait brisé Jack. Incapable de supporter ce qu’ils avaient fait, il s’était mis à boire quotidiennement dans le pub situé face à leur refuge. Le couple devenait de moins en moins efficace, et Elsie, désespérée de voir son mari se détruire, avait demandé leur transfert trois ans après la naissance de l’enfant. Peu après, Jack était officiellement déclaré mort après être tombé ivre dans le port et avoir été retrouvé noyé le lendemain.
Posie révèle cependant que cette mort n’était qu’une mise en scène. Le corps retrouvé dans le port n’était pas celui de Jack, et l’agence gouvernementale qui employait le couple possédait les moyens nécessaires pour fabriquer des identités, effacer des traces et réécrire des histoires officielles. Elsie avait donc survécu à cette première période et avait été transférée à White Shaw, où elle avait changé d’apparence et pris le rôle de gouvernante de Douglas & Stone. Posie explique que ce déplacement n’était pas dû au hasard. Le gouvernement britannique avait trouvé suspect qu’une maison de couture réputée, fréquentée par des clients riches, controversés et influents, s’installe précisément dans une région connue pour la contrebande. Elsie devait donc surveiller les lieux et rendre compte de ce qui s’y passait. Elle n’agissait toutefois pas seule. Une petite équipe d’observateurs loyaux avait été installée autour d’elle, sans que ses membres comprennent véritablement sa mission. Chaque dimanche, après les fêtes données à White Shaw, Elsie traversait la rue jusqu’à l’hôtel et téléphonait à Whitehall pour transmettre son rapport. Pendant longtemps, elle n’avait presque rien à signaler, puisque rien de particulièrement suspect ne semblait se produire. Mais au début de l’année, elle et Jack auraient découvert quelque chose d’une importance considérable.
Cette révélation bouleverse particulièrement Tony Stone, qui comprend que sa maison et son activité ont été surveillées sans qu’il s’en rende compte, tandis que Petronella peine à accepter l’idée qu’Elsie ait pu être une espionne. Sidney Sherringham paraît lui aussi profondément atteint, comme s’il découvrait que la femme qu’il croyait connaître lui avait caché toute une existence. Posie insiste alors sur un point essentiel, car le véritable choc n’est pas seulement qu’Elsie ait été une agente secrète, mais que son prétendu mari, Jack Moncrieff, n’ait jamais été réellement mort. Les autorités avaient fabriqué sa disparition et entretenu la fiction de son décès. Posie ne sait pas quel corps avait été retiré du port ce jour-là, mais elle comprend que l’organisation qui employait Elsie et Jack disposait de complices suffisamment nombreux et suffisamment bien rémunérés pour fabriquer de telles preuves et garantir leur silence. Elle regarde directement Alf en rappelant que cette organisation exigeait une fidélité absolue de tous ses auxiliaires. À ce stade, son récit établit que l’histoire officielle de Jack, d’Elsie et de leur installation à White Shaw repose sur une succession de mensonges soigneusement construits, et que les morts étudiées par Posie doivent être comprises à l’intérieur de ce réseau clandestin.