L. B. Hathaway

51. Repères historiques et libertés romanesques

Murder on the White CliffsRésumé 🇫🇷 Français

Cette note historique précise d’abord le rapport entre réalité et fiction dans le roman. Les personnages sont, sauf exceptions explicitement signalées, imaginaires, tandis que les dates, les événements politiques généraux, les conditions météorologiques et la géographie sont présentés comme historiquement exacts autant que possible. L’autrice explique notamment qu’elle emploie l’expression « Grande Guerre » pour désigner la Première Guerre mondiale, bien qu’elle n’ait pas encore été courante en 1924. Plusieurs lieux londoniens et du Kent existent réellement, notamment l’adresse professionnelle de Posie Parker à Grape Street, son domicile de Museum Chambers et le pub Green Man de St Margaret’s Bay, aujourd’hui devenu The Coastguard. En revanche, l’intrigue centrale concernant la mort d’Elsie Moncrieff, sa chute de la falaise et les événements rapportés dans The Times le 4 novembre 1924 relève entièrement de la fiction. Les faits politiques évoqués dans ce numéro du journal, comme les élections générales britanniques et les activités fascistes en Italie, sont toutefois authentiques. De même, le Bay Hotel de St Margaret’s Bay a réellement existé et correspond à la description générale donnée dans le récit, avec son emplacement en bord de mer, son essor dans les années 1920, son électrification, sa salle de bal et sa piscine extérieure. L’intérieur de l’hôtel, la suite de Posie et certains aménagements, notamment le couloir de service reliant les propriétés, sont en revanche des inventions destinées aux besoins de l’histoire. La note souligne aussi que Maypole Manor est fictif, même si son emplacement imaginaire correspond à un site qui abritait alors une demeure appelée The Hermitage. L’autrice distingue ensuite les personnages, entreprises et institutions inventés des éléments historiques précis qui ont nourri leur création. Petronella Douglas, Tony Stone, leur maison de couture, la House of Harlow, l’architecte Jolyon Peterson, Harriet Neame, les banques Rutherford’s Bank et Portnov’s Bank, le club Oberoy, Mickey O’Dowd et son Victoria Cross sont fictifs. La biographie de Max l’est également. Le parfum Nuit d’Oranges porté par Petronella est inventé, tandis que Phúl-Nana, mentionné comme un parfum extrêmement répandu dans les années 1920, a réellement été produit par Grossmith et a connu un grand succès en Grande-Bretagne. Les bagues de fiançailles et de mariage de type Orange Blossom, comme celle que Richard achète à Posie, sont elles aussi inspirées d’un produit réel de la Traub Manufacturing Company de Detroit, vendu dans les grands magasins américains. La note précise également que les défilés de mode de Haresmythe’s Department Store sont fictifs, même s’ils s’inspirent de pratiques réelles observées notamment chez Harrods. Certaines anecdotes fictives reposent sur des faits historiques plus modestes, comme l’histoire du vol de cuillères en argent, inspirée d’un incident survenu dans les salons de thé de St Margaret’s Bay en 1921. À l’inverse, l’attaque du HMT Aragon par un sous-marin allemand le 30 décembre 1916 et les pertes humaines qui suivirent sont authentiques, même si leur intégration dans l’histoire de Mickey O’Dowd est romancée. Le German Band évoqué par Richard Lovelace correspond également à une réalité sociale de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, ces formations musicales très organisées se produisant dans les grandes villes et les stations balnéaires britanniques avec des airs de danse, des valses et une musique de type Oktoberfest. Les célébrations du Peace Day du 19 juillet 1921, avec leurs feux d’artifice et leurs cérémonies commémoratives, sont également historiques, et la note rappelle même que Virginia Woolf en a témoigné dans son journal. Une large partie de la note concerne enfin les institutions politiques et de renseignement qui servent de cadre au roman. La représentation de MI5 et de ses rapports avec Scotland Yard et le Secret Intelligence Service repose sur une situation historique complexe, même si l’organisation particulière décrite dans le livre, une branche clandestine et agressive de MI5 opérant depuis Whitehall avec des agents étrangers, est entièrement fictive. Sir Vernon Kell, en revanche, a réellement dirigé le service de renseignement intérieur britannique à cette époque. L’autrice rappelle son rôle dans le démantèlement du réseau d’espionnage allemand au début de la Grande Guerre, ses compétences linguistiques et sa réputation, ainsi que son asthme, intégré au personnage romanesque. La peur d’une infiltration communiste soviétique en Grande-Bretagne en 1924 est également solidement ancrée dans la réalité. La fameuse lettre Zinoviev, dans laquelle Grigory Zinoviev et Arthur McManus auraient évoqué des moyens de favoriser une révolution en Grande-Bretagne, alimentait alors les inquiétudes, même si son authenticité reste discutée. William Joynson-Hicks, dit Jix, est lui aussi un personnage historique réel. Ministre de l’Intérieur du gouvernement de Stanley Baldwin de 1924 à 1929, il était réputé pour son hostilité au communisme, son conservatisme strict et sa volonté de lutter contre l’alcool clandestin, les clubs illégaux et les publications jugées indécentes. Le roman prend toutefois une liberté importante en le faisant intervenir directement à White Shaw, avec un mandat de perquisition, alors qu’une telle intervention aurait été peu vraisemblable quelques jours seulement après sa prise de fonctions. Enfin, la géographie de Dover est généralement fidèle à celle de 1924, notamment Snargate Street, les Western Docks et les bassins, mais certains éléments sont modifiés pour faciliter l’intrigue, comme le port de pêche fictif, le pub The Two Kennels, le funk hole de Snargate Street et la bijouterie Simpkins. La présence de Woolworths à Dover, en revanche, est authentique. La note présente ainsi le roman comme un mélange volontaire de documentation historique minutieuse et de liberté romanesque, où des lieux, personnalités, événements et réalités politiques bien réels servent de cadre à une intrigue et à des personnages entièrement inventés.